Vers un report des études pour la recherche d’un site de stockage pour les déchets radioactifs à Miyagi

Le ministère de l’environnement devrait repousser une nouvelle fois les études géologiques sur les trois sites pré-sélectionnés pour installer le centre de stockage des déchets radioactifs de la province de Miyagi. A Kami, l’opposition y est très forte et, à chaque fois que des géologues sont venus, l’accès au site a été bloqué. Avec l’approche de la neige, ce sera bientôt trop tard pour cette année.

Deux autres communes, Kurihara et Taïwa ont accepté les études géologiques, mais à condition qu’elles soient simultanées sur les trois sites retenus. Elles ont annoncé qu’elles pourraient revenir sur leur décision si les investigations ne commençaient pas cette année.

Le gouverneur de Miyagi a critiqué le gouvernement pour son manque de leadership dans cette affaire. La seule proposition du ministère à l’issue de la rencontre entre le gouverneur et le ministre de l’environnement a été de convoquer une nouvelle réunion pour convaincre les communes concernées d’accepter les études géologiques. Tant que les autorités garderont leur approche traditionnelle, à savoir Décider, Annoncer et Défendre, ce sera un échec.

Dernières statistiques sur les doses prises par les travailleurs

TEPCo a mis en ligne ses dernières statistiques sur les doses prises par les travailleurs à sa centrale de Fukushima daï-ichi. Au 30 septembre 2015, ils étaient officiellement 45 241 à être intervenus sur le site, dont 40 603 sous-traitants.

Il y a eu 10 582 travailleurs en août 2015 et 10 758 en septembre. Par rapport aux précédentes statistiques que nous avons relayées, le nombre de travailleurs à être intervenus en juillet 2015 est passé de 10 798 à 11 100. L’effectif de septembre devrait donc être aussi revu à la hausse. Les doses moyennes reçues en août et septembre 2015 seraient respectivement de 0,41 et de 0,56 mSv, et les doses maximales, de 10,30 et de 14,01 mSv. Rappelons, qu’à titre de comparaison, la limite pour le public est de 1 mSv par an cette fois-ci et 20 mSv par an en moyenne pour les travailleurs.

Il y a, en plus, depuis le début de la catastrophe, 1 203 travailleurs supplémentaires qui ont une limite de dose plus élevée. Ils sont respectivement 579 et 541 à être intervenus en août et septembre 2015 et ont pris, en moyenne, 0,31 et 0,29 mSv durant chacun de ces deux mois. Quant aux doses maximales, elles sont respectivement de 3,38 et 4,79 mSv.

Le document donne aussi les doses équivalentes à la peau et au cristallin. Les valeurs sont plus élevée, mais les limites aussi : pour la peau, c’est 500 mSv/an et pour la cornée, 150 mSv/an.

TEPCo a aussi mis en ligne des statistiques par classe d’âge. Les données mois par mois depuis le début de la catastrophe sont rappelées ici pour l’exposition externe, et ici pour l’exposition interne. La répartition des doses mensuelles sont ici et les doses cumulées par an sont ici.

Pour les doses équivalentes à la peau cumulées par année sont ici, et celles au cristallin, ici.

 

TEPCO tarde à indemniser les communes de Fukushima

Le Fukushima Minpo, quotidien régional, a enquêté auprès des 59 communes de la province de Fukushima à propos des compensations payées par TEPCo. Toutes, sauf trois, ont déposé une demande d’indemnisation, pour un montant total de 55,3 milliards de yens (420 millions d’euros) et TEPCo n’en a remboursé que 11,4%.

Les plus fortes demandes émanent, dans l’ordre, de Futaba, avec 19,2 milliards de yens, puis de Kôriyama, avec 7,1 milliards, la ville de Fukushima, avec 5,9 milliards et Iwaki avec 3,5 milliards. Onze communes ont demandé plus d’un milliard de yens.

Elles souhaitent être indemnisées pour compenser la perte de revenu issu des taxes après l’évacuation ou pour financer l’embauche de nouveaux employés pour faire face à la pollution radioactive. Les retards de TEPCo affectent les finances publiques, même fortement pour 10 d’entre elles.

Pour Tomioka, par exemple, qui tente de rétablir les infrastructures publiques pour faciliter le retour des habitants, la municipalité doit se battre pour trouver des revenus.

Quinze communes envisagent de saisie la commission de réconciliation chargée de ces litiges. C’est le cas en particulier de Futaba, entièrement évacuée, qui n’a encore rien reçu de TEPCo. Yabuki n’a eu que 4% de ses demandes remboursées.

Tamura hésite à cause de la lourdeur administrative de la tâche. Il y a déjà tant à faire avec la catastrophe… En revanche, les communes de Kôri et de Fukushima ont déjà saisi cette commission et sont parvenues à un accord. 39 autres communes n’envisagent pas une telle action pour le moment.

Nous avions déjà signalé de tels retards pour d’autres provinces.

Droit au retrait reconnu en situation d’urgence

Emmanuelle Bodin, une Française employée depuis plus de 20 ans par la NHK, la radio et télévision publiques japonaises, comme présentatrice et traductrice, avait quitté le Japon le 15 mars 2011, et donc son poste, pour se protéger. Son départ pour Singapour correspondait à une recommandation des autorités françaises.

La radio l’avait licenciée une semaine plus tard, sans donner d’explications. Un tribunal de Tôkyô vient de donner raison à la plaignante : partir pour se protéger dans de telles circonstances n’est pas une négligence professionnelle. La NHK ne peut pas exiger une fidélité aussi excessive.

La justice japonaise vient de reconnaître le droit au retrait. La télévision devra lui payer 5,14 millions de yens, qui correspondent au salaire qu’elle aurait dû percevoir si son contrat avait été renouvelé. Elle avait réclamé 15,7 millions de yens.

Avant de partir, E. Bodin avait demandé à une collègue plus âgée de la remplacer pendant son absence. Elle avait aussi prévenu par téléphone sa supérieure, en lui précisant qu’elle serait de retour à la fin du mois. Sa supérieure aurait approuvé.

Six autres personnes avaient quitté leur poste pour les mêmes raisons avant elle, d’autres avaient suivi, mais ce serait la seule à avoir été licenciée.

Les étrangers qui sont partis ainsi en mars 2011 ont été qualifiés de “flyjin” par certains, un terme péjoratif qui renvoie à “gaijin”, qui désigne les étrangers.

Le réacteur n°2 de Sendaï en “production commerciale”

Le réacteur n°2 de la centrale de Sendaï, située dans la province de Kagoshima, est en “production commerciale” depuis 16h. Il fournissait déjà de l’électricité au réseau depuis le 21 octobre dernier et avait atteint sa pleine capacité de production le 1er novembre, mais les inspections de l’autorité de régulation nucléaire n’étaient pas terminées. C’est chose faite.

C’est le deuxième réacteur nucléaire à produire de l’électricité au Japon. Il était à l’arrêt depuis plus de quatre ans.

Nouveau report de la date de démarrage de l’usine dite de retraitement

Japan Nuclear Fuel Ltd vient d’annoncer un nouveau report de la date de démarrage de son usine dite de retraitement des combustibles usés à Rokkashô-mura, dans la province d’Aomori. La nouvelle date est septembre 2018.

Initialement, cette usine aurait dû démarrer en 1997 et la dernière date de démarrage était annoncée pour mars 2016. Cette dernière était intenable, comme nous l’avions souligné.

L’usine de production du combustible MOx, quant à elle, ne démarrera pas avant 2019.

Quelle consultation du public autour de la centrale d’Ikata ?

Dans un éditorial, le Japan Times critique l’absence de consultation du public à propos de la décision de redémarrer le réacteur n°3 de la centrale d’Ikata située dans la province d’Ehimé.

Le gouverneur, Tokihiro Nakamura, a demandé au gouvernement et à Shikoku Electric d’organiser des réunions publiques dans les 6 communes situées à moins de 30 km de la centrale pour expliquer le redémarrage. Mais seulement 480 personnes en tout ont été conviées : il s’agit de conseillers municipaux et de représentants d’organisations économiques. Les citoyens ordinaires n’y avaient pas accès. Environ la moitié des participants de Uwajima et Seiyo ont estimé, dans un questionnaire, que les explications fournies étaient insuffisantes. 5 communes sur 6 ont exprimé leurs inquiétudes en cas d’accident.

Le gouverneur a aussi demandé aux représentants de la compagnie d’aller expliquer leur démarche dans chaque foyer situé à moins de 20 km. On ne peut pas parler de consultation.

Le gouverneur, quant à lui, a donné son accord sans consulter la population, ni justifier sa décision. En particulier, comme nous l’avons déjà signalé plusieurs fois, les plans d’urgence seront complexes à mettre en œuvre en cas d’accident grave. Le gouverneur, qui sera en première ligne en cas de crise, aurait dû s’expliquer à ce sujet.

L’autorité de régulation nucléaire repousse la date limite pour l’installation d’une salle de commande de secours

Un des problèmes auxquels ont dû faire face les personnes sur place à Fukushima daï-ichi, lors de l’accident, est qu’il n’était plus possible d’accéder à la salle de commande des réacteurs car elle était trop radioactive. Les nouvelles règles de sûreté japonaises exigent donc une deuxième salle de commande bunkérisée, située à au moins 100 m des réacteurs. Cette salle, qui devrait aussi permettre de garder le contrôle des installations en cas d’attaque terroriste, doit être mise en place avant juillet 2018.

Face au retard des exploitants qui ont déposé des demandes d’autorisation de redémarrage, la NRA vient de reporter la date limite, jugeant la règle précédente « irréaliste ». Les exploitants auront désormais 5 années après que le dossier de sûreté ait été jugé conforme aux nouvelles règles de sûreté.

Des demandes d’autorisation de redémarrage ont été déposées pour 26 réacteurs en tout, situés dans 16 centrales nucléaires. Mais des dossiers de sûreté relatifs à une salle de contrôle décentralisée n’ont été déposés que pour 5 d’entre eux, dans trois centrales.

A la centrale de Sendaï, située dans la province de Kagoshima, où deux réacteurs nucléaires sont en exploitation, il n’y a pas de deuxième salle de commande. Aucun dossier n’a encore été déposé. L’exploitant va bénéficier d’un délai supplémentaire. Il en est de même pour le réacteur n°3 de la centrale d’Ikata, dans la province d’Ehimé, dont le dossier de sûreté a aussi été validé.

Officiel : un nouvel exploitant requis pour Monju à cause de la sûreté

C’est maintenant officiel, l’Autorité de Régulation Nucléaire, la NRA, a recommandé que le gouvernement trouve un autre exploitant pour le réacteur Monju à Fukui, car la Japan Atomic Energy Agency (JAEA) n’en est pas capable. Elle avait annoncé cette décision le 4 novembre dernier. Le ministère des sciences et technologies a jusqu’en mai 2016 pour trouver un nouvel exploitant. Il peut passer outre car il ne s’agit que d’une recommandation, mais ce serait politiquement difficile.

Cette décision est grave car elle n’a même pas été prise à l’encontre de TEPCo après la catastrophe de Fukushima, alors qu’il y aurait eu de quoi.

Le ministre a déclaré vouloir demandé conseil à Shunichi Tanaka, le président de la NRA, mais ce dernier a immédiatement répondu qu’il a présenté ses recommandations et qu’il ne peut pas aussi fournir la réponse.

Ce n’est pas la première fois que la JAEA est secouée par un scandale. Son nom a été changé, mais pas sa culture de sûreté… Shunichi Tanaka a clairement précisé que cette option n’était plus acceptable. Qui pourrait reprendre ce réacteur démarré en 1994 et arrêté depuis 1995 ? Les compagnies exploitant du nucléaire au Japon ont d’autres soucis avec leurs propres réacteurs. Le ministère pourrait rechercher un exploitant à l’étranger. Mais où ? Cette filière n’intéresse plus grand monde, sauf peut-être, la France, Russie, Chine et Inde.

Comme il a déjà coûté plus de 1 000 milliards de yens (7,6 milliards d’euros), qui va s’y intéresser ? Au moment de sa construction, son coût annoncé n’était que de 35 milliards de yens (265 millions d’euros au cours actuel). Son maintien coûte environ 20 milliards de yens par an (150 millions d’euros). A titre de comparaison, le budget annuel actuel de promotion des énergies renouvelables est du même ordre de grandeur !

Le nouveau ministre de la réforme de l’Etat, Tarô Kôno, a, lors de la revue des dépenses de l’Etat, fortement critiqué la JAEA pour son gaspillage de l’argent public. Il aurait précisé que l'”on ne peut dépenser de l’argent sur des projets que l’on ne peut pas expliquer au public.” Sur les 55 projets revus, 19 concernaient le nucléaire, dont un bateau de transport de matières nucléaires qui n’a servi que quatre fois depuis 2006 malgré un coût annuel de 1,2 milliards de yens (9 millions d’euros), et le réacteur d’Ôma en construction à Aomori qui a reçu 29 milliards de yens d’aides publiques (220 millions d’euros).

Une fois encore, la meilleure solution est d’abandonner définitivement ce projet fou. Cela implique aussi de revoir toute la politique de gestion des déchets nucléaires, comme nous l’avons déjà expliqué.