70% des “auto-évacués” n’ont pas décidé où aller quand ils n’auront plus de logement gratuit

Les autorités régionales de Fukushima ont mené une enquête auprès des “auto-évacués” ou évacués “volontaires” qui bénéficient d’un logement gratuit. Un questionnaire a été envoyé à 12 539 foyers, selon le Maïnichi.

Sur 6 091 réponses déjà reçues, 1 774 foyers, soit 29%, savent où ils iront à partir du 1er avril 2017, quand les logements gratuits ne seront plus disponibles. Ce taux est de 40% pour les personnes qui sont restées dans la province de Fukushima et de 20% pour celles qui ont trouvé refuge en dehors.

4 285 foyers ont répondu qu’ils ne savaient pas où ils iraient quand ils devront quitter le logement temporaire gratuit qui leur a été mis à disposition. Parmi eux, 90% de ceux qui sont à Fukushima veulent rester dans la commune où ils sont actuellement.

Parmi les auto-évacués qui résident en dehors de Fukushima, 10% ont dit vouloir rentrer à Fukushima, 70% vouloir rester en dehors de cette province et 20% sont indécis.

Les autorités de Fukushima ont prévu un petit soutien financier pour les foyers les plus modeste. Une réunion à Tôkyô avait tourné au dialogue de sourds.

Polémiques autour des plans d’urgence nucléaire au Japon

SPEEDI

SPEEDI est un code informatique destiné à prédire les retombées radioactives lors d’un accident nucléaire. Lors de la catastrophe de Fukushima, la quantité de radioéléments rejetés étant inconnue, ses prédictions n’ont pas servi à la gestion de l’urgence. Seules la direction des retombées étaient connues, pas leur quantité. Et les pouvoirs locaux en charge de l’évacuation n’avaient jamais eu accès aux maigres résultats obtenus. L’Autorité de Régulation Nucléaire, la NRA, a décidé de ne pas l’utiliser en cas de nouvel accident.

Mais le gouvernement vient d’accepter, à la demande des gouverneurs, que les autorités locales puissent utiliser SPEEDI en cas d’accident pour encadrer les évacuations. On se souvient qu’en 2011, des habitants de Namié avaient été évacués vers une zone plus exposée aux retombées radioactives que leur lieu d’origine. D’où la demande de pouvoir utiliser SPEEDI.

Cette divergence entre la NRA et les autorités locales pourrait conduire à des décisions contradictoires et à de la confusion pour les personnes concernées. Le gouvernement doit donc clarifier les rôles de chacun. Il compte ne pas faire obstruction aux décisions locales prises en se basant sur SPEEDI. C’est aussi, pour lui, une façon de se décharger de ses responsabilités. Qui fera tourner SPEEDI ? Les autorités locales ou la Japan Atomic Energy Agency, l’équivalent du CEA ? ce n’est pas encore décidé.

Ce logiciel, développé après l’accident de Three Mile Island, a coûté près de 12,4 milliards de yens (près de 100 millions d’euros).

Le gouvernement a aussi décidé que les autorités locales pourront distribuer des comprimés d’iode jusqu’à 30 km des centrales nucléaires et qu’il prendra en charge les coûts. Pour le moment, c’est seulement 5 km ! En France et en Suisse, ce sont les exploitants du nucléaire qui payent. En 2011, il aurait fallu prendre de l’iode jusqu’à 50 km.

Rôle de l’armée et des pompiers

En ce qui concerne l’armée, appelée “forces d’auto-défense” et les pompiers qui étaient intervenus durant les premiers jours de la catastrophe à la demande du premier ministre, il n’y a toujours pas de politique de définie. Le gouvernement, l’Autorité de Régulation Nucléaire (NRA), l’armée et les pompiers ont des avis qui diffèrent.

Un responsable du ministère de la défense explique que le Japon ayant désormais les règles de sûreté les plus stricts au monde, les exploitants sont bien préparés à faire face à l’urgence nucléaire et que l’armée ne pourrait pas faire mieux. A l’occasion du cinquième anniversaire de la catastrophe, le gouvernement a affirmé, dans un rapport, prendre la responsabilité de la gestion d’un accident nucléaire. Ce rapport fait référence à des escadrons de militaires et de pompiers qui participeront au transport de matériel et à d’autres efforts. La délimitation de leurs tâches n’est pas précisée. Il n’est officiellement question que d’assistance. La limite de dose de 250 mSv qui deviendra la norme en cas d’urgence nucléaire à partir du 1er avril prochain ne s’applique qu’aux travailleurs du nucléaire et aux inspecteurs de la NRA. Aucune limite n’est définie pour les militaires et pompiers.

Les pompiers, sont tout aussi réticents à intervenir en cas d’accident nucléaire. Les nouvelles règles de sûreté imposent le pré-positionnement de camions de pompier et les exploitants doivent pouvoir s’en servir sans intervention extérieure.

Enfin, la NRA précise que si l’exploitant est dépassé par les évènements, des troupes sous responsabilité gouvernementale pourraient être envoyées sur place en recours ultime.

A Fukushima

Les communes situées à moins de 30 km des centrales nucléaires doivent aussi élaborer des plans d’évacuation. C’est aussi le cas pour celles situées autour de Fukushima daï-ichi et daï-ni. A Namié, commune de 18 700 habitants encore complètement évacuée, la mairie a décidé que les habitants pourront partir même si le risque d’exposition est inférieur au seuil de déclenchement de l’évacuation défini au niveau national, qui est de 500 microsieverts par heure. Mais en 2011, ce seuil n’avait jamais été atteint au-delà de 5 km. Les communes ont quand même été évacuées. La habitants doivent aussi partir au bout d’une semaine si l’exposition dépasse 20 microsieverts par heure pendant plus de 24h.

La ville voisine de Minami-Sôma a pris une décision similaire en 2013. Cela n’est pas du goût du gouvernement car cela pourrait engorger les routes en cas d’urgence et entraver l’évacuation des zones les plus exposées. Lors de la catastrophe de Fukushima, toutes les routes autour de Namié étaient congestionnées et les abris ne pouvaient pas accueillir tout le monde.

En 2011, seules les communes situées à moins de 5 km d’une centrale nucléaire devaient prévoir des plans d’évacuation. Ni Namié, ni Minami-Sôma n’étaient donc concernées. Namié a pourtant été évacuée et un ordre de mise à l’abri a affecté Minami-Sôma. Près de 55 000 personnes sur 70 000 étaient parties d’elles-mêmes.

Le maire de Namié estime que les habitants partiront de nouveau d’eux mêmes et qu’il vaut mieux prévoir une limite plus basse afin de fluidifier le trafic.

Sur tout le Japon, 135 communes doivent élaborer des plans d’évacuation et 95 d’entre elles l’ont fait. A Ibaraki et Shizuoka, il est difficile de trouver des abris pour tout le monde car il y a près d’un million d’habitants dans un rayon de 30 km. Un responsable d’Ibaraki estime que les lignes directrices du gouvernement ne sont que de la théorie sur le papier. “Plus on travaille sur les plans d’urgence, moins ils sont réalistes.”

Des balises de mesure de la radioactivité limitées

Autour de la centrale de Sendaï, dans la province de Kagoshima, qui a deux réacteurs nucléaires en activité, il y a 48 balises de mesure de la radioactivité ambiante pour donner l’alerte en cas d’accident et aider à la décision pour l’évacuation. Mais 22 d’entre eux ne peuvent pas mesurer des niveaux supérieurs à 80 microsieverts par heure alors que le seuil d’évacuation est de 500 ! Pas de problème, déclare un représentant de la province à l’Asahi, car il y a aussi des postes de mesure mobiles. Mais 30 de ces 44 appareils mobiles ne peuvent pas mesurer des niveaux supérieurs à 100 microsieverts par heure !

Autour de la centrale de Takahama, où deux réacteurs auraient dû redémarrer sans une décision de justice, les autorités régionales de Kyôto ont prévu d’installer 41 balises mais il n’y en a que 14. Il y a encore des délibérations à propos de l’emplacement…

Quel avenir pour les zones dites de “retour difficile” ?

En 2012, le gouvernement a redessiné les territoires évacués en trois zones en fonction du débit de dose ambiant. Pour la partie la plus contaminée, là où l’exposition externe peut dépasser 50 mSv par an, classée en zone de “retour difficile”, le gouvernement avait annoncé qu’il n’y aurait pas de retour possible avant cinq années. Quel avenir pour ces territoires après 2017 ?

Une consultation des élus locaux va avoir lieu pour définir les parties à décontaminer en priorité, sachant que par endroits, le débit de dose est encore bien trop élevé. Le but est de réduire la zone dite de “retour difficile”, pas de l’éliminer. Il y a, en particulier, les 16 km2 prévus pour le centre d’entreposage des déchets radioactifs tout autour de la centrale de Fukushima daï-ichi où le retour ne sera pas possible avant des décennies.

Pour le moment, aucune décontamination n’a eu lieu dans cette zone de retour difficile, mis à part quelques chantiers test à l’automne 2013 où le débit de dose moyen est passé de 18,7 microsieverts par heure à 6,44. C’est encore trop élevé pour pouvoir lever l’ordre d’évacuer. Mais en décembre 2015, il était de 3,52 microsievert par heure.

Cette absence de décision pour ces territoires les plus contaminés est préjudiciable aux anciens résidents qui ne savent pas quel sera leur avenir. C’est le cas, par exemple, pour le district de Nagadoro dans la commune d’Iitaté où il y avait 270 habitants avant la catastrophe. Selon le Maïnichi, lors d’une réunion qui a eu lieu en novembre 2014, les habitants n’ont pas réussi à s’entendre. Une enquête effectuée en 2014 par l’agence de reconstruction a montré que seulement 13% d’entre eux souhaitaient rentrer, contre 29,4% pour le village entier, et 50,7% ont dit ne pas vouloir rentrer, contre 26,5% pour le village. Les habitants qui veulent rentrer souhaitent le déclassement de la zone de retour difficile alors que ceux qui ne le veulent pas craignent que ce déclassement entraîne une moins bonne prise en charge. L’indemnisation a déjà été versée et ne va pas être reprise. En revanche, la couverture sociale a diminué là où l’ordre d’évacuer a été levé.

Fukushima cinq ans après, retour à l’anormale

Etude pour Greenpeace Belgique

Rapport complet

Voir le communiqué de Greenpeace et ses autres rapports en anglais

Résumé

La catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi (FDI), classée au niveau 7 de l’échelle internationale INES – le niveau le plus élevé – est largement reconnue comme étant d’origine humaine. Elle a contaminé un grand territoire au Japon et est responsable du déplacement de 160 000 personnes environ, selon les statistiques officielles. Les territoires contaminés qui n’ont pas été évacués sont aussi fortement affectés.

Les rejets radioactifs de la centrale accidentée perdurent, parfois à des niveaux anormalement élevés. Cela a été caché pendant plusieurs mois, générant ainsi une forte confusion. De mauvaises pratiques ont ainsi conduit à des rejets importants de poussières radioactives et à une contamination significative à des dizaines de kilomètres de la centrale. TEPCo peine à réduire les fuites en mer et l’eau contaminée continue à s’accumuler dans des cuves sans solution en vue.

La compagnie en est toujours à tenter de stabiliser la centrale et de réduire les menaces. Le démantèlement à proprement parler n’a pas encore commencé. Alors que les territoires qui entourent la centrale ont été évacués, il y a une crainte de reprise des rejets massifs en cas de nouvelle catastrophe naturelle. Les personnes déplacées se demandent s’il est raisonnable de rentrer une fois l’ordre d’évacuation levé. En effet, les réacteurs accidentés de la centrale de FDI sont plus fragiles que des réacteurs normaux et leur enceinte de confinement fuit. Ils pourraient ne pas tenir en cas de séisme et tsunami, entraînant ainsi de nouveaux rejets radioactifs massifs.

Les évacués

De nombreuses personnes ont dû évacuer pendant la phase d’urgence, suivies par d’autres durant les premiers mois à cause de la contamination radioactive. De nombreuses autres personnes sont parties d’elles-mêmes pour se protéger ou protéger les enfants. Cinq ans plus tard, la plupart restent évacuées et ont du mal à imaginer leur avenir.

Le nombre total de personnes déplacées n’est pas bien connu. Cependant, selon les données officielles, environ 160 000 personnes ont fui les territoires contaminés. Cinq ans plus tard, le nombre de personnes déplacées est toujours de 100 000 environ alors que l’ordre d’évacuer n’a été levé que dans trois communes. Celles qui se sont réinstallées ailleurs ne sont plus comptées bien qu’elles souffrent encore.

Au-delà de ces chiffres, il y a de nombreux individus dont la vie a été fortement perturbée. Les catastrophes nucléaires majeures sont d’abord des catastrophes humaines qui conduisent au déplacement de nombreuses personnes qui perdent tout : le logement, la vie de famille, le lien social, jusqu’à leur avenir. L’évacuation génère de grandes difficultés et de la souffrance pour les populations affectées, mais elle était nécessaire. Les personnes qui n’ont pas été évacuées et qui vivent toujours en territoire contaminé s’inquiètent aussi beaucoup pour leur santé ; leur vie quotidienne est aussi fortement perturbée.

Pour définir le devenir des territoires évacués, les autorités japonaises les ont divisé en trois zones en fonction du débit de dose ambiant : les zones où l’exposition externe annuelle devrait dépasser vingt millisieverts (20 mSv) pendant cinq ans et là où elle dépasse 50 mSv actuellement sont classées en « zones de retour difficile ». L’ordre d’évacuation ne sera pas levé avant plusieurs années et la réinstallation des résidents est aidée. Les zones où l’exposition externe sera sûrement inférieure à 20 mSv par an sont classées en zones où l’ordre d’évacuer est prêt à être levé. Entre les deux, là où l’exposition externe est comprise entre 20 et 50 mSv par an, les résidents ne peuvent pas rentrer, mais la décontamination devrait pouvoir la faire passer sous la limite de 20 mSv par an.

La protection contre les radiations

Aussi bien la politique d’évacuation que celle de retour des populations est basée sur une interprétation laxiste des recommandations internationales de radioprotection qui ne sont pas très contraignantes. 20 mSv par an correspond à la valeur la plus haute des niveaux de référence introduits par la Commission internationale de protection radiologique (CIPR) pour ce qu’elle appelle les « situations existantes » qui incluent le post-accident. La CIPR recommande de baisser ce niveau à 1 mSv par an. Les autorités japonaises ont donc adopté cette valeur comme un objectif à long terme, sans calendrier d’application. Pour le moment, elles maintiennent un niveau de référence de 20 mSv par an qui est trop élevé pour nombre de Japonais.

En ce qui concerne la contamination de l’alimentation, la stratégie est complètement différente : les niveaux de contamination maximaux admissibles ont été fixés en dessous des recommandations internationales pour retrouver la confiance des consommateurs et soutenir l’agriculture dans les territoires contaminés.

Le contraste entre la protection contre l’exposition externe liée au rayonnement ambiant et l’exposition interne liée à l’alimentation est saisissant. Dans le premier cas, les autorités refusent de baisser les niveaux de référence qui sont au plus haut des recommandations internationales et dans l’autre, les niveaux maximum admissibles sont divisés par un facteur 5 après un an.

Une telle différence montre que le souci premier des autorités concerne les conséquences économiques de la catastrophe nucléaire. La diminution des niveaux dans l’alimentation avait pour but de rassurer les consommateurs qui évitent les produits de Fukushima. Inversement, l’indemnisation des personnes évacuées représente un lourd fardeau économique et les autorités n’envisagent rien d’autre que le retour des populations déplacées.

Afin d’obtenir l’assentiment des citoyens, les autorités répètent à l’envi que des cancers radio-induits n’apparaissent pas, ou s’ils apparaissent ils sont indétectables, en dessous d’une dose cumulée de 100 mSv, bien que les recommandations internationales soient basées sur l’hypothèse que le nombre de cancers et les effets héréditaires sont proportionnels à la dose reçue, sans seuil. Avec une limite à 20 mSv par an, 100 mSv cumulés peuvent être rapidement atteints.

Ainsi, les autorités japonaises ont changé leur politique et ont introduit une nouvelle façon de mesurer la dose. Les zones d’évacuation ont été définies à partir du débit de dose ambiant qui peut être mesuré simplement à l’aide de différents appareils, dont de simples radiamètres. Puis, pour estimer la dose annuelle, il est supposé que chaque individu passe en moyenne 8 heures par jour à l’extérieur et qu’à l’intérieur, l’exposition est réduite de 60%. Mais, pour le retour des populations, les autorités vont fournir des dosimètres individuels, appelés glass-badges au Japon, pour enregistrer les doses reçues par chacun, sans mentionner que ce type d’appareil donne une valeur globale 30 à 40% inférieure à l’autre méthode de mesure avec des radiamètres.

Cette nouvelle politique repose aussi sur un changement de paradigme : chacun devient responsable de sa propre protection contre les rayonnements ionisants. A l’inverse des travailleurs du nucléaire qui doivent être contrôlés, personne ne va vérifier que la population utilise bien ce dosimètre individuel. C’est particulièrement problématique pour les enfants qui sont plus sensibles aux radiations. Contrôler sa vie au quotidien, apprendre à minimiser la dose reçue, constituent des fardeaux qui ne sont pas acceptés, surtout quand il y a des enfants car ce n’est pas un avenir à leur proposer.

Trente ans après la catastrophe de Tchernobyl, les règles de radioprotection définies au niveau international ne sont pas adaptées aux personnes qui vivent dans les territoires contaminés. Elles sont particulièrement confuses pour les populations et difficiles à mettre en œuvre. Cela permet aux autorités de les adapter à leur propre avantage plutôt qu’à celui des population concernées. Les règles devraient être plus contraignantes en terme de limites, d’évolution temporelle et de mise en œuvre opérationnelle.

Contamination de l’alimentation

En ce qui concerne la contamination de l’alimentation, les autorités japonaises ont d’abord sous-estimé l’ampleur des problèmes et ont été fréquemment prises par surprise dans les premiers mois. Par conséquent, la confiance envers les autorités et le gouvernement s’est érodée et les populations préoccupées par la sécurité alimentaire ont reconsidéré leur relation à l’Etat et à l’alimentation.

Mais les citoyens japonais, les producteurs, les vendeurs et les consommateurs ont mesuré la radioactivité dans les aliments, forçant ainsi les autorités à introduire des contrôles systématiques. La situation s’est donc rapidement améliorée et, à l’exception des plantes sauvages, du gibier, des poissons et des potagers, la contamination de l’alimentation vendue sur les marchés reste faible. La contamination interne des enfants contrôlés par anthropogammamétrie est suffisamment faible pour considérer que l’exposition externe est le problème principal dans les territoires contaminés. Ce succès a un coût : de nombreux agriculteurs ne peuvent pas reprendre leurs activités et certaines productions traditionnelles pourraient disparaître.

Le cas japonais montre l’intérêt d’un processus ouvert dans lequel chacun peut contrôler la contamination et adapter son régime alimentaire à ses propres critères. Cependant, les consommateurs rechignent toujours à acheter des aliments en provenance des territoires contaminés. Les producteurs et les agriculteurs, éleveurs, pêcheurs, forestiers… en particulier souffrent encore cinq ans plus tard.

La politique gouvernementale s’est focalisée sur la sécurité alimentaire (anzen en japonais), sans se préoccuper de la dimension culturelle et du climat de confiance vis à vis des aliments (anshin, en japonais). Imposer des standards ne suffit pas à surmonter la défiance des consommateurs et le défi est de garantir la sécurité alimentaire et la tranquillité qui va avec.

Quel avenir pour les territoires évacués ?

Le gouvernement japonais a décidé de lever tous les ordres d’évacuation avant mars 2017 et d’arrêter les indemnisations avant mars 2018, sauf dans les zones dites de retour difficile. Même J-Village, un ancien centre d’entraînement de football transformé en base pour les travailleurs à la centrale de FDI, va être rendu aux sports avant les jeux olympiques de 2020.

Les autorités japonaises rêvent d’une catastrophe réversible et les recommandations internationales sur la gestion post-accidentelle se préoccupent surtout de retour à la normale. Avec une demi-vie de 30 ans, le césium-137 décroît trop lentement. Le gouvernement japonais a donc lancé un vaste chantier de décontamination aussi bien dans les territoires évacués que dans ceux qui n’ont pas été évacués, partout où l’exposition externe pourrait dépasser 1 mSv par an, à l’exception, une fois encore, des zones de retour difficile. Cela consiste à gratter la terre, couper les herbes, émonder les arbres et les buissons et laver les toits des habitations, les routes, trottoirs… dans les environs immédiats des zones de vie, transformant ainsi les villes et villages en oasis au milieu d’un vaste territoire contaminé. Pour les zones évacuées, les plans prévoient la décontamination de 24 800 ha et rien n’est prévu au-delà, dans les forêts et montagnes qui couvrent 70% de la province de Fukushima.

La décontamination n’est pas très efficace et engendre une grande quantité de déchets radioactifs pour lesquels les solutions envisagées sont des échecs à cause de l’opposition des populations. De fait, la gestion des déchets radioactifs est très complexe dans tous les pays qui en ont accumulé une quantité significative. Mais après un accident grave, c’est encore plus complexe et les volumes sont gigantesques. Dans la seule province de Fukushima, environ 20 millions de mètres cubes sont attendus et le centre d’entreposage prévu va couvrir une superficie de 16 km2. Pour le moment, les projets de stockage sont bloqués à Fukushima et dans les autres provinces, mais les autorités s’accrochent à leur approche autoritaire qui est un échec : Décider, Annoncer et Défendre (DAD). Pendant ce temps là, les déchets s’accumulent dans des sacs qui se détériorent rapidement.

La décontamination s’est révélée être très décevante alors que le niveau de dose ambiant n’a pas baissé de façon significative par rapport à ce que l’on a pu observer dans les forêts où aucun travaux n’ont eu lieu. Mais les autorités continuent à favoriser le retour des populations.

Les résidents sont réticents à rentrer

Jusqu’à présent, les ordres d’évacuation ont été levés dans des parties de Tamura et de Kawauchi en 2014, et à Naraha en 2015. Tous ces territoires sont dans les parties les moins contaminées de la zone d’évacuation de 20 km. Les recommandations à l’évacuation autour de nombreux points chauds répartis çà et là ont toutes été levées. Mais les habitants rechignent à rentrer et les territoires contaminés font face aux problèmes de dépopulation et de vieillissement.

La commune de Hirono, par exemple, qui est entre 20 et 30 km de la centrale de FDI a été incluse dans la zone dite de préparation à l’évacuation d’urgence en 2011. Les habitants peuvent rentrer, mais selon le dernier recensement de 2015, une grande partie des résidents est engagée dans les travaux à la centrale accidentée : la population masculine a augmenté de 2,3% depuis 2010 et la population féminine, au contraire, a baissé de 42,3%. A Minami-Soma, la population a baissé de 66% depuis l’accident et l’âge moyen des habitants a augmenté de 14 années, un niveau attendu pour 2025.

Un retour à la normale est impossible après un accident nucléaire de grande ampleur comme ceux de Tchernobyl et de Fukushima. Les principes directeurs des Nations Unies relatifs aux personnes déplacées à l’intérieur de leur pays enjoignent les autorités à associer pleinement ces personnes à la planification et à la gestion de leur retour et de leur réinstallation. Mais au Japon, cette participation est réduite à des « réunions d’explication » (seitsumeikai) à huis clos, sans la présence de médias, d’associations, ou d’experts, laissant ainsi les populations désarmées.

Les communautés ne voient pas la fin des difficultés auxquelles elles font face et en souffrent. Rester ou partir, rentrer ou se réinstaller sont autant de choix difficiles sans solution satisfaisante. Le nombre de personnes souffrant de troubles psychologiques, comme le stress post-traumatique ou la dépression, est plus élevé que la normale, aussi bien chez les personnes évacuées que chez les personnes non-évacuées. Le nombre de suicides liés à la triple catastrophe est plus élevé à Fukushima que dans les provinces de Miyagi et d’Iwate, sévèrement touchées par le tsunami.

Conclusions

Les conséquences de l’accident nucléaire sont toujours présentes et des réponses acceptables pour les populations sont indispensables. Les personnes affectées sont toujours en train de se battre pour s’en remettre. Elles continuent à faire face à de fortes inquiétudes relatives à leur santé, à la séparation de leur famille, aux ruptures dans leur vie et à la contamination de l’environnement sur de vastes territoires. Et comme une catastrophe nucléaire dure pendant des décennies, les populations ne voient pas la fin des difficultés auxquelles elles font face.

Après un tel accident, de nombreuses personnes ne croient plus en la parole des autorités et des experts qui n’ont pas réussi à les protéger. Mais les chemins vers la résilience requièrent une bonne coordination entre les autorités et les populations. Les solutions envisagées et expérimentées ne peuvent pas ignorer les besoins et demandes spécifiques des personnes concernées, ainsi que leurs suggestions. Cela implique de trouver aussi de nouvelle méthode de délibération et de prise de décision. Les solutions peuvent différer d’une famille à l’autre ou d’une communauté à l’autre. Comme il n’y a pas de bonne solution, chaque décision doit être évaluée et adaptée. En plus de la souffrance engendrée, un accident nucléaire remet en cause les fondements de la démocratie.

Les citoyens japonais ont fait montre d’initiative à propos de la mesure de la radioactivité. Une cartographie de la pollution radioactive a été effectuée partout et la surveillance des aliments a poussé les autorités, producteurs et vendeurs à renforcer leurs propres contrôles pour finalement conduire à une baisse significative de l’ingestion de radioéléments. Pourquoi un tel processus ouvert qui a fait ses preuves ne peut pas être mis en place pour décider de l’avenir des territoires contaminés et de leurs populations ?

Fukushima five years later: back to normal?

Analysis commissioned by Greenpeace Belgium

Full report

See Greenpeace’s press release and the other reports

Summary

The nuclear disaster at the Fukushima daiichi nuclear power plant (FDNPP), ranked at Level 7 of the International Nuclear Event Scale (INES), which is the highest level, is widely recognized as man-made. It contaminated a vast territory in Japan and was responsible of the displacement of about 160 000 persons according to official statistics. Contaminated territories that were not evacuated are also strongly affected by the disaster.

The crippled reactors are still discharging radioelements into the environment. Anomalous discharges were hidden for several months, generating to a lot of confusion. Sloppy behaviours led to significant contamination by radioactive dust tens of kilometres away from the plant. TEPCo has difficulties to curb down the radioactive leaks into the ocean and tainted water piles up in tanks without any solution in sight.

TEPCo has yet to fully stabilize the power station and its priority is still to reduce the threat. Dismantling has not started yet. While communities around the station were evacuated due to the long-going contamination, and many fear radioactive emissions could resume in the event of another natural disaster. They wonder if it is safe to come back when the evacuation order is lifted. Actually, the crippled reactors at FDNPP are more fragile than usual reactors, and their containment vessels are leaking. They might not be able to sustain an earthquake or a tsunami, which would lead to a new massive release of radioelements.

Evacuees

Many people were forced to evacuate during emergency phase followed by others during the first months of the disaster due to the radioactive contamination. Many others evacuated on their own in order to protect their children or themselves. Five years later most of them remain evacuated and hardly imagine their future.

The total number of evacuees related to the nuclear disaster is not well known. Nevertheless, about 160 000 people fled from contaminated territories according to official statistics. Five years later, the number of nuclear displaced persons is still about 100 000 as evacuation orders have only been lifted in three places. Evacuees who resettled are not counted anymore although they might be still suffering.

Behind these figures, there are individuals whose life was disrupted. Major nuclear disasters are firstly human disasters leading to the displacement of many people who lose everything from dwellings, family life, social relationship and future. Displacement generates conditions of severe hardship and suffering for the affected populations, but it could be avoided. Non-evacuated people in contaminated territories worry for their health and future and their daily life is also severely affected.

To decide about the fate of evacuees, Japanese authorities have divided the evacuated territories into three zones depending on the airborne dose rate: Areas where the annual integral dose of radiation is expected to be 20 mSv or more within five years and the current integral dose of radiation per year is 50 mSv or more are classified as difficult-to-return zones. Evacuation orders will not be lifted before several years and residents’ relocation is supported. Areas where it is confirmed that the annual integral dose of radiation will definitely be 20 mSv or less are classified as areas to which evacuation order is ready to be lifted. In between, with an annual external dose ranging from 20 to 50 mSv, the residents are not permitted to live, but decontamination is expected to reduce the annual dose below 20 mSv.

Radiation protection

Both evacuation and return policies are based on a lax interpretation of the international recommendations that not very binding. 20 mSv per year corresponds to the highest value of the International Commission on Radiological Protection (ICRP) reference interval in case of existing situation that includes post-accident. ICRP recommends lowering with time the reference level to 1 mSv per year. Consequently, Japanese authorities have adopted this value as a long-term target, without a precise agenda for compliance. At the moment authorities stick to the 20 mSv reference level that is considered as too high by many Japanese.

Regarding the food contamination, the strategy was completely different: maximum allowed concentrations were fixed below international standards to promote the recovery of consumers’ confidence and food production in contaminated territories.

Contrast between the protection against external exposure and internal exposure through food intake is shocking. In the first case Japanese authorities refuse to lower the reference levels that are kept at the highest value of the international recommendations whereas in the second case maximum allowed values were divided by a factor 5 after a year.

Such a contrast shows that the primary concern of Japanese government is the economical consequences of the nuclear disaster. Contamination limits in food were lowered to regain the confidence of consumers who avoid products from Fukushima. On the contrary compensation of the evacuated people represents a heavy economical burden and authorities do not propose any other solution than the return of displaced persons.

To win the citizens’ understanding, authorities keep claiming that radiation-induced cancer does not occur, or is undetectable even if it occurs, under the integrated exposure dose of 100 mSv although international recommendations on protection against radiations are based on the central assumption of a no-threshold linear dose–response relationship for the induction of cancer and heritable effects. And with a limit of 20mSv per year, 100 mSv might be quickly reached.

Consequently, Japanese authorities have changed their policy and introduced a new way of measuring the dose. Evacuation policy was based on the airborne dose rate that can be easily measured by various methods, including simple radiameters. Then, to estimate the annual dose, it is supposed that individuals spend 8 hours per day outdoors and that indoors, exposure is reduced by 60%. For the return, authorities will provide an individual dosimeter or glass-badge to register each individual cumulative dose, without mentioning that this apparatus gives an overall value that is 30 to 40% lower from what can be deduced with an apparatus measuring airborne dose rate.

This new policy is also a change of paradigm: Individuals will be in charge of their own protection against radiations. On the contrary to nuclear workers who are supposed to be well controlled, nobody controls if the population wear such individual dosimeters. This is crucially problematic for children who are more sensitive to radiations. Continuously controlling one’s life is a heavy burden that is hardly accepted, especially when there are children for which it is not a bright future to propose.

30 years after the Chernobyl disaster, international radiological protection rules and practices are not adapted for populations living in contaminated territories. They are extremely confusing and impossible to enforce, allowing authorities to adapt rules to their own advantage rather than the affected populations. Rule should be binding in terms of limits, temporal evolution and operational quantities.

Food contamination

Regarding the food issue, Japanese authorities initially failed to foresee the scale of problems with contaminated food and crops, and were repeatedly caught by surprise in the following months. As a consequence, many people’s trust in the government was eroded and the population concerned about food safety reconsidered their relationship to the state and to the food.

But citizens, famers, producers, retailers and consumers have been monitoring food production forcing authorities to introduce systematic controls. Situation has quickly improved and except for wild plants and animals, including fishes and self-production, contamination of the food found on the market remains low. Internal contamination of children checked by whole body counting is also low enough to consider that external dose is the dominating problem for residents in contaminated territories. This success has a cost: many farmers cannot resume farming and some traditional productions might disappear.

The food issue shows the merit of an open process in which every one can check the contamination and adapt its diet to its own requirement. Nevertheless consumers are still reluctant to buy food produced in contaminated territories and producers, including farmers, fishermen and foresters are still suffering five years later.

Government’s policy was focused on food safety (anzen in Japanese), but it did not address how to generate a climate of trustworthiness (anshin in Japanese) about food. Enforcing technical standards alone is not sufficient to overcome consumer mistrust. The challenge is to bring together food safety and the peace of mind that comes with it.

What future for evacuated territories?

Japanese government decided to withdraw evacuation orders by March 2017 and stop compensations by March 2018, except in the so-called difficult-to-return zones. Even J-Village, a former training centre for football, changed into a base for the workers at the FDNPP will turn back to sports before the 2020 Olympic games.

As a matter of fact, Japanese authorities dream of a reversible disaster while international recommendations on post-accident management only focus on the return to normalcy. With a half-life of 30 years, caesium-137 decays too slowly. Japanese government has launched a huge decontamination programme in both non-evacuated and evacuated territories where the annual dose is higher than 1 mSv, except for the difficult-to-return areas. It consists on scrapping the soil, cutting the grass, trees, bushes and washing to roof of dwellings, roads, and sidewalks… in the vicinity of dwellings and other buildings, changing villages and towns into oasis in the middle of a vast contaminated land. In evacuated territories, decontamination plans covers about 24 800 ha and there are no such plans for the surrounding land, including forests and mountains that cover about 70% of Fukushima prefecture.

Decontamination is not very effective and generates huge amount of waste for which all proposed solutions failed because of the opposition of the populations. Actually, handling radioactive waste is a difficult issue in all countries that have accumulated significant amounts. But after a severe nuclear accident, it is even more difficult and volumes are enormous. 20 millions cubic meters are expected in Fukushima prefecture and the projected storage centre will cover 16 km2. Projects are stalled in Fukushima and other prefectures, but authorities stick to their authoritative attitude that is a complete failure: Decide – Announce – Defend (DAD). In the mean time waste is piling up in bags that are quickly damaging.

Decontamination proved to be deceiving as dose rates have not significantly fallen compared to what can be observed in the forest. Nevertheless authorities keep encouraging inhabitants to come back.

Residents are reluctant to come back

So far, evacuation orders were lifted in parts of Tamura and Kawauchi in 2014, and in Naraha in 2015. All these areas lie within the less contaminated parts of the 20 km evacuation zone. Evacuation recommendations around scattered hot-spots are also completely lifted. But residents are reluctant to come back and contaminated areas are facing aging and depopulation problems.

The town of Hirono, which lies between 20 and 30 km from the FDNPP, was included in the emergency evacuation preparation zone. Residents are expected to return, but according to the latest census in 2015, large portion of the present population is involved in nuclear reactor decommissioning work: the male population is up 2.3% from 2010 whereas the female population, on the other hand, was down 42.3%. In Minami-Soma, the population declined to 66% of that prior to the accident and the average resident age increased by 14 years, a level that was expected in 2025.

Facts prove that return to normalcy is impossible after a large-scale nuclear disaster such as the ones that occurred at Chernobyl and Fukushima. United Nations’ guidelines on internally displaced persons urge authorities to ensure the full participation of internally displaced persons in the planning and management of their return or resettlement and reintegration. But in Japan their participation is reduced to “explanation meetings” (setsumeikai) usually organized behind closed doors without any presence of media, NGOs, legal or independent experts and thus leaving evacuees with little recourse.

Affected communities see no end to the severe hardship they are facing and are suffering. To stay or to flee, to come back or to relocate are difficult choices in a no-win situation. Number of people suffering from psychological disorders such as depression and post-traumatic stress disorder is larger than usual among both evacuated and non-evacuated people. The number of suicides related to the disasters is larger in Fukushima than in Miyagi or Iwate that were hit by the tsunami.

Conclusions

The impact of the accident still continues, and responses that can be accepted by the affected populations are urgently required. Residents in the affected areas are still struggling to recover from the effects of the accident. They continue to face grave concerns, including the health effects of radiation exposure, the dissolution of families, disruption of their lives, and the environmental contamination of vast areas of land. As nuclear disasters last for decades affected population see no end to the severe hardship they are facing.

After a nuclear disaster, many residents distrust authorities and official experts that failed to protect them. But recovery paths require a good coordination between authorities and the populations. Solutions cannot ignore the specific needs and demands of the affected populations, as well as their suggestions. This means new ways for deliberation and decision. Solutions might differ from families or communities. There is no good solution and each decision should be evaluated and then adapted. Beyond the pain of the affected persons, a nuclear disaster also shakes the ground of democracy.

Japanese citizens have proved to be resourceful about the measurement of radioactivity. Citizen mapping of the contamination was done all over and food monitoring prompted authorities, producers, and retailers to strengthen their controls and finally led to a decrease of intake of radioelements. Why such an open process that proved to be effective is not possible when deciding about the fate of contaminated territories and affected population?

Chiffres clé pour le 5ième anniversaire

A l’approche du cinquième anniversaire de la catastrophe, voici quelques chiffres clé tels qu’ils apparaissent dans les médias. Cet article sera mis à jour au fur et à mesure de leur apparition.

Cartographie de la pollution radioactive

• En septembre 2015, la Japan Atomic Energy Agency a effectué une nouvelle cartographie par hélicoptère de la pollution radioactive dans un rayon de 80 km autour de la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi et a mis cette nouvelle édition en ligne sur le site dédié.

5640-D

Cette nouvelle carte fait apparaître une baisse moyenne de 65% du débit de dose ambiant par rapport à ce qui était mesuré à l’automne 2011. La décroissance radioactive est responsable d’une baisse de 53%. Le reste est dû au lessivage des sols et, par endroits, aux travaux de décontamination.

• Selon les données du ministère de l’agriculture, seulement 33% des terrains agricoles de Fukushima touchés par le tsunami ont été restaurés. C’est 74% sur tout le pays. A Miyagi et Iwaté, les deux provinces les plus touchées avec Fukushima, c’est respectivement 88 et 67%.

Plus de 21 480 hectares de terrains agricoles ont été touchés par le tsunami dans les provinces du littoral pacifique qui vont d’Aomori à Chiba. Les débris et le sel ont été retirés sur quelques 15 920 hectares. A Fukushima, s’ajoute le problème de la pollution radioactive qui empêche les travaux. Il y a encore 2 120 hectares de terrains agricoles touchés par le tsunami et non restaurés dans la zone évacuée.

Personnes déplacées

• Le Japon effectue un recensement de sa population tous les 5 ans. Les deux derniers ont eu lieu en 2010, juste avant la catastrophe et en 2015. Au 1er octobre 2015, la population de la province de Fukushima a baissé de 5,7% par rapport à 2010 (115 000 personnes en moins), celle de Miyagi de 0,6% et celle d’Iwaté de 3,8%.

Ce recensement est basé sur les personnes réellement présentes et non les personnes enregistrées. Ainsi, dans les communes de Namié, Futaba, Ôkuma et Tomioka il y a zéro habitant. La population de Kawauchi, où l’ordre d’évacuer a partiellement été levé en 2014, la population a baissé de 28,3%. A Naraha, où l’ordre d’évacuer a été entièrement levé en septembre 2015, la population a baissé de 87,3%.

Certaines communes qui accueillent des personnes déplacées ont vu leur population augmenter.

Sur tout le Japon, le nombre d’habitants a baissé de 0,7% (- 947 000) en cinq ans et était de 127,11 millions au 1er octobre 2015. Le nombre d’habitants a augmenté à Tôkyô (+2,7%), Saïtama et Aïchi. La plus forte baisse est à Akita (-5,8%) qui n’a pas été touchée par la triple catastrophe. Fukushima a la deuxième plus forte baisse, avec -5,7%.

• Selon les statistiques officielles compilées par les autorités régionales de Fukushima, il y a encore près de 100 000 personnes déplacées dans la province. Parmi elles, il y avait environ 18 000 “auto-évacués” qui bénéficient d’un logement gratuit en octobre 2015. Ce chiffre serait descendu à 16 000 en janvier 2016. Le nombre réel d'”auto-évacués” est bien plus élevé puisque tous ne sont pas enregistrés comme tel.

Plus précisément, ils seraient 56 463 à Fukushima et 43 497 dans une autre province à la date du 10 décembre 2015. Selon ces mêmes autorités, ce chiffre a atteint 164 865 en mai 2012.

A la fin octobre 2015, il y avait encore 10 557 mineurs originaires de Fukushima déplacés en dehors de la province. Comme certaines familles se sont enregistrées dans d’autres provinces, le nombre réel doit être plus élevé. Ils étaient 18 000 en avril 2012.

Les mineurs représentent environ 37% des “auto-évacués”. Plus précisément, 19,7% ont moins de 10 ans et 17,4% entre 10 et 19 ans.

Le nombre de personnes déplacées dépend de la façon de compter et des critères fixés. Ces chiffres incluent les personnes qui vivent dans un logement provisoire ou dans de la famille. En revanche, il ne prend pas en compte les personnes qui ont trouvé à se reloger, en devenant propriétaire ou bénéficiaire d’un logement dans le parc public pour les victimes de la catastrophe.

Sur tout le Japon, il y a encore 180 000 personnes déplacées en tout suite à la triple catastrophe de 2011.

• La commune de Hirono, par exemple, est juste en dehors de la zone évacuée de 20 km. Les habitants ont d’abord été confinés, puis il leur a été recommandé de partir. Tous les services ont fermé. La recommandation d’évacuer a été levée en septembre 2011, mais la mairie a recommandé aux habitants de rester éloignés jusqu’en avril 2012. Actuellement, seulement la moitié des 5 000 habitants sont rentrés. Un petit centre commercial, financé par le gouvernement, vient d’ouvrir, pour attirer les habitants.

Selon le dernier recensement effectué à l’automne 2015, une grande partie de la population actuelle est employée sur le chantier de la centrale accidentée. La population masculine y est de 2 746 personnes, avec une augmentation de 2,3% depuis 2010. La population féminine, au contraire, est à peu près la moitié, avec une baisse de 42,3%.

• A Naraha, l’ordre d’évacuer a été levé en septembre 2015 et seulement 440 personnes sont rentrées sur 8 000 personnes avant la catastrophe. 70% ont plus de 60 ans. Il y a un petit centre commercial avec une poste, une superette et deux restaurants. Il y a plus de travailleurs à la centrale accidentée dans des logements provisoires que d’habitants.

• Fin novembre 2015, il y avait encore 30 293 logements préfabriqués utilisés dans les provinces de Fukushima, Miyagi et Iwaté avec 62 798 personnes. Le plus grand nombre de préfabriqués occupé était de 48 628 en avril 2012. Le Yomiuri a interrogé les communes concernées et est arrivé à la conclusion qu’il y aurait encore un minimum de 14 000 préfabriqués occupés au 1er avril 2016. Ces logements, qui ne sont pas prévus pour durer, se détériorent très vite.

Début 2016, il y a encore 59 000 personnes dans ces logements provisoires. Les autorités de ces trois provinces veulent construire 29 105 unités d’habitation (appartements et maisons) pour reloger les personnes déplacées par la triple catastrophe. Ce chiffre est basé sur les demandes des personnes concernées. 13 933 unités sont disponibles, mais 909 d’entre elles, soit 7%, sont vacantes. Les délais de construction ont entraîné le retrait de candidatures. Parfois, l’emplacement ne convient pas ou le loyer est trop élevé.

Le nombre de “décès solitaires” dans un préfabriqué atteindrait 188 à la fin décembre 2015 pour les trois provinces. Ce chiffre était de 16 en 2011 et le phénomène s’aggrave. Les autorités ont du mal à faire face car cs logements provisoires sont de moins en moins occupés et les personnes qui restent, de plus en plus isolées.

Certaines personnes pourraient rester une dizaine d’années dans ces logements provisoires. C’est le cas, par exemple à Otsuchi dans la province d’Iwaté où un quart de la population est encore dans des préfabriqués. La mairie pensent qu’il faudra attendre 2021 au moins pour reloger tout le monde. Dans d’autres communes, il est question de 2019, juste avant les JO de 2020… 17 communes ne peuvent pas faire de prédiction, dont 11 à Fukushima.

Environ 10% des habitants qui restent dans ces logements temporaires ne savent pas où aller après. Certains n’ont pas fait de demande pour accéder à un logement publique pour diverses raisons : des problèmes financiers ou de santé…

• 125 000 logements auraient été détruits par le tsunami de 2011 dans ces trois provinces. Certaines communes ont renoncé à aménager des terrains pour la reconstruction, plus en altitude ou plus dans les terres élevés à cause du coût élevé et de la baisse de la demande. De nombreuses personnes auraient en effet renoncé à reconstruire car elles n’en ont pas les moyens. D’autres se sont déjà réinstallées ailleurs.

• Environ 160 écoles, collèges et lycées ont dû être déplacés suite à la triple catastrophe. 5 ans plus tard, 40% sont encore dans des bâtiments temporaires. Il s’agit de préfabriqués ou des bâtiments prêtés par d’autres établissements. Cela peut perturber cette classe comme les sciences ou le sport. C’est à Fukushima qu’il y a le plus grand nombre d’établissements scolaires encore déplacés : 39 sur 63 en tout.

• Les commerces dans des préfabriqués sont à la peine. Après la triple catastrophe, les autorités ont construit des préfabriqués pour y installer des commerces en attendant la reconstruction. Ils bénéficient d’un loyer gratuit pour 5 ans. Actuellement, il y a encore 669 commerces sur 62 sites. Il y a eu jusqu’à 68 sites. Leur chiffres d’affaire diminue avec la dépopulation des zones sinistrées et beaucoup n’ont pas les moyens de se réinstaller dans du dur et de payer un loyer. Certaines communes, propriétaires des préfabriqués, pourraient demander un loyer à partir de cet automne. Le gouvernement prévoit d’étendre son plan d’aide jusqu’en 2018.

Impact sanitaire

Voir le rapport dédié.

• Les dernières statistiques officielles datée du 7 mars 2016 font état de 15 894 décès directs dus à la triple catastrophe. 75 corps restent non identifiés. Il y a 2 561 personnes portées disparues (1 236 à Miyagi, 1 124 à Iwaté et 197 à Fukushima). Plus de 90% des décès sont dus à la noyade.

• Nombre de décès liés à la catastrophe dus à la dégradation des conditions de vie (aggravation de la maladie, suicides…) :

  • Fukushima : 2 024
  • Miyagi : 918
  • Iwate : 455

Les familles endeuillées ont été indemnisées (2,5 ou 5 millions de yens). Pour Fukushima, c’est plus que le nombre de décès directs dus aux séisme et tsunami qui est de 1 604.

Le nombre de suicides est aussi plus élevé à Fukushima qu’à Miyagi et Iwaté.

• En ce qui concerne les cancers de la thyroïde, voir les dernières données publiées le 16 février 2016.

Travailleurs à la centrale de Fukushima daï-ichi

Voir les dernières données publiées sur les doses prises par les 46 181 personnes à avoir travaillé à la centrale depuis le début de l’accident.

Un travailleur a vu sa leucémie reconnue comme d’origine professionnelle. Il aurait été exposé à une dose de 16 mSv à la centrale de Fukushima daï-ichi et 4 mSv sur un autre réacteur.

Selon les règles en vigueur au Japon depuis 1976, un travailleur du nucléaire, qui aurait été exposé à une dose supérieure à 5 mSv en un an et qui développerait une leucémie plus d’un an après avoir été engagé pour des travaux sous rayonnements ionisants, a droit à la prise en charge des soins et une indemnisation. 8 demandes en ce sens auraient déjà été déposées.

Alimentation

• Pour la deuxième année consécutive, tout le riz récolté à Fukushima pour être commercialisé avait une contamination inférieure à la limite de mise sur le marché qui est de 100 Bq/kg. Plus de 10 millions de sacs de 30 kg ont été contrôlés (10 307 119 exactement). 99,9% d’entre eux avaient une contamination inférieure à 25 Bq/kg qui correspond à la limite de détection.

Les cultures test dans les zones évacuées qui ne sont pas destinées à être commercialisées et l’auto-production, ne sont pas concernés pas ces chiffres.

• La pêche à Fukushima est limitée à 71 espèces à titre expérimental. En 2014, 740 tonnes d’animaux marins ont été pêchés, soit à peine 3% de la pêche d’avant la catastrophe.

• La part des produits locaux dans les menus des cantines scolaires était de 36,1% en 2010 à Fukushima. Elle n’a pas été mesurée en 2011 et 2012. En 2013, elle était descendu à 18,3%. Elle en hausse depuis et a atteint 27,3% en 2015 (Source : Fukushima Minpo).

• Selon une étude d’opinion, environ 15,7% des Japonais disent bouder les produits alimentaires de Fukushima. C’est 1,5 points de pourcentage plus bas qu’en août dernier.

Déchets radioactifs

• Le Japon a accumulé quelques 170 000 tonnes de déchets radioactifs dus à l’accident nucléaire avec une concentration en césium radioactif supérieur à 8 000 Bq/kg. Ces déchets sont répartis dans 12 provinces :

  • Fukushima : 142 139 tonnes
  • Tochigi : 13 533 tonnes
  • Chiba : 3 690 tonnes
  • Ibaraki : 3 533 tonnes
  • Miyagi : 3 406 tonnes
  • Gunma : 1 187 tonnes
  • Niigata : 1 018 tonnes
  • Tôkyô : 982 tonnes
  • Shizuoka : 8,6 tonnes
  • Kanagawa : 2,9 tonnes
  • Yamagata : 2,7 tonnes

Ces chiffres incluent les boues de station d’épuration, des cendres d’incinérateur de déchets et des déchets issus de la décontamination.

Mais grâce à la décroissance radioactive, la contamination de certains déchets est passée sous la limite de 8 000 Bq/kg et les autorités veulent les banaliser, c’est à dire, les traiter comme des déchets ordinaires. A Miyagi, la quantité de déchets ne serait plus qu’à un tiers de la quantité initiale, selon le ministère de l’environnement. Il n’en resterait plus quelques 1 090 tonnes.

• En ce qui concerne le centre d’entreposage de 16 km2 prévu autour de la centrale de Fukushima daï-ichi supposé accueillir environ 20 millions de m3 de déchets radioactifs de la province de Fukushima seulement pour une durée de 30 ans maximum, les autorités n’ont signé qu’avec 22 propriétaires terriens à la fin novembre 2015.

Fin janvier 2016, 44 propriétaires terriens avaient signé, pour une surface totale de 0,15 km2, soit moins de 1% de la surface totale du projet. Le ministère de l’environnement n’a pas réussi à entrer en contact avec 990 propriétaires, qui possèdent en tout environ 10% de la surface totale. 2 365 propriétaires sont a priori concernés. Si certains sont décédés, ce nombre devrait être plus élevé en prenant en compte les héritiers.

Interrogé sur ce problème, le premier ministre ne cesse de répéter qu’il va accélérer le processus et faire plus d’efforts, sans donner aucune solution concrète en ce sens. Le ministère de l’environnement, veut faire passer le nombre de personnels qui s’occupent des terrains de 75 à 100.

En attendant, à la fin septembre 2015, près de 9 millions de m3 attendent déjà sur environ 115 000 sites à Fukushima.

A la centrale de Fukushima daï-ichi

Combustibles usés dans les piscines : seule la piscine du réacteur n°4 a été entièrement vidée. Pour le réacteur n°3, les débris de la partie haute du bâtiment réacteur endommagé ont été retirés. TEPCo doit construire une structure pour aller reprendre ces combustibles, mais le débit de dose y est tel qu’il n’est pas possible à des humains d’y travailler. Le retrait des débris vient à peine de commencer pour le réacteur n°1.

Eau contaminée : à la date du 12 février, il y en avait plus de 760 000 m3 dans 1 106 cuves sur le site de la centrale accidentée. La place pour ajouter des cuves se fait de plus en plus rare.

Lors d’une conférence de presse, Yuichi Okamura, responsable de l’eau contaminée chez TEPCo, reconnait qu’il faudra 4 années supplémentaires pour arriver à pomper et traiter l’eau contaminée des sous-sols et des nappes phréatiques. Mais, il faudra continuer à traiter l’eau qui sert à refroidir les combustibles fondus pendant des décennies.

Le stock d’eau contaminée augmente de 500 m3 par jour actuellement.

Réacteurs nucléaires

• Sur les 54 réacteurs nucléaires en état de marche avant la catastrophe nucléaire, 6 ont été partiellement ou complètement détruits à la centrale de Fukushima daï-ichi. 5 autres, trop vieux, ont été arrêtés définitivement. Il ne reste donc officiellement que 43 réacteurs nucléaires au Japon.

Une demande d’autorisation de redémarrage n’a été déposée que pour 26 d’entre eux et elle n’a été accordée que pour 5 réacteurs actuellement. Deux réacteurs de la centrale de Sendaï (Kagoshima) produisent de l’électricité qui alimente le réseau. Il en est de même pour un troisième réacteur, à Takahama (Fukui). Enfin, un quatrième en cours de redémarrage à Takahama.

Divers

• La triple catastrophe aurait entraîné 1 698 faillites économiques selon un think-tank et cela a affecté près de 27 000 employés. C’est beaucoup plus que les 314 faillites dues au séisme de Kôbé.

90% des faillites sont attribuées à des facteurs indirects, comme la perte de clients ou de fournisseurs. Dans 8,3% des cas, il y a une cause directe comme la destruction de l’usine ou des bureaux. La plupart des faillites ont eu lieu dans le secteur des services comme la restauration, l’hôtellerie, suivi par la construction et la vente.

• Il y aurait eu 12 077 répliques du séisme du 11 mars 2011 selon l’agence de météorologie nucléaire japonaise. 8 112 ont eu lieu la première année, 1 583 la deuxième, 1 023 la troisième, 744 la quatrième et 615 la cinquième.

Livres parus pour le cinquième anniversaire

  • Franckushima, essai graphique sur la catastrophe de Fukushima et le risque nucléaire coordonné, mis en forme et illustré par Géraud Bournet
  • La désolation, récit sur les travailleurs du nucléaire à Fukushima par Arnaud Vaulerin
  • Au cœur de Fukushima, journal d’un travailleur à la centrale nucléaire 1F, par Kazuto Tatsuta (dommage qu’il y ait de nombreuses erreurs de traduction : microsievert/h en japonais (p.118) devenu millisievert en français (p.120), accident devenu incident…)
  • Jets de poèmes, Dans le vif de Fukushima, par Ryoichi WAGO, traduit par Corinne Atlan, illustré par Elisabeth Gerony

Rapports parus à l’occasion du cinquième anniversaire :

Images

Les autorités veulent lever les ordres d’évacuer à Minami-Sôma

Les autorités veulent lever les ordres d’évacuer à Minami-Sôma à la fin avril 2016. Plus de 11 000 personnes sont concernées. Ce sera la première fois que cet ordre sera levé dans une zone dite de “restriction de résidence” où l’exposition externe était comprise entre 20 et 50 mSv/an. Mais elle est maintenant passée sous la limite de 20 mSv/an grâce à la décroissance naturelle et aux travaux de décontamination. Rappelons que cette limite correspond à la valeur la plus élevée des recommandations internationales et qu’elle n’est pas acceptée par beaucoup.

Plus précisément, sont concernés par cette décision, 3 536 foyers de la zone de “préparation au retour” des districts d’Odaka et de Haramachi, où l’exposition externe était inférieure à 20 mSv/an et 126 de la zone de “restriction de résidence” d’Odaka. La population enregistrée dans ces zones était de 11 663 personnes en septembre 2015.

L’ordre d’évacuer sera maintenu pour deux habitants de la petite partie de Minami-Sôma classée en zone de “retour difficile”, où l’exposition externe y dépassait 50 mSv/an.

Une première réunion a eu lieu avec le conseil municipal. D’autres vont être organisées avec les habitants pour obtenir leur consentement. Mais ce n’est pas gagné, étant donné leur réticence à rentrer. Comme pour les autres communes où le retour est permis, il a été proposé aux habitants une période d’essai préalable les autorisant à passer la nuit chez eux. Au 27 janvier 2016, seulement 1 600 résidents ont demandé à en bénéficier, alors que ce programme est ouvert depuis août 2015. Et, parmi eux, seulement 30% auraient effectivement passé la nuit chez eux. C’étaient surtout des personnes âgées. Dans la partie la plus contaminée, ils sont très peu à être retournés.

Le 20 février, lors de la première réunion d’information, ils étaient environ 350 présents et de nombreuses voix se sont élevées pour exiger un report de la levée de l’ordre d’évacuation car les risques liés à la radioactivité seraient encore trop élevés. Le maire, Katsunobu Sakurai, pense aussi qu’avril 2016 n’est pas réaliste.

La mairie estime que 90% des personnes concernées ne rentreront pas de suite.

C’est la quatrième commune où les habitants vont être autorisés à rentrer chez eux. Le gouvernement veut aussi lever les ordres d’évacuer d’une partie de Kawamata et de Katsurao dans un avenir proche.

TEPCo doit indemniser des évacués “volontaires” selon la justice

Une famille de cinq “auto-évacués” de Kôriyama dans la province de Fukushima, ou “évacués volontaires”, a saisi la justice pour obtenir une meilleure indemnisation de TEPCo. La Cour du district de Kyôto vient de leur donner raison. TEPCo va devoir verser 30,46 millions de yens (240 000 euros) à un couple en dédommagement de la détérioration de situation économique de la famille et de la santé.

La famille a fini par s’installer à Kyôto en mai 2015. Le mari a perdu son emploi et a développé une pleurésie. Il souffre aussi d’insomnie et de dépression. Les enfants ont souffert de discrimination à l’école. La Cour a reconnu que l’accident nucléaire était à l’origine de ces maux et que la décision de partir était légitime étant donné que les risques liés à l’accident demeurent et que les informations étaient contradictoires.

TEPCo avait dû verser 2,92 millions de yens à la famille, selon les critères d’indemnisation. La structure de conciliation chargée des indemnisations avait proposé 11 millions de yens. Le couple avait demandé 180 millions de yens.

La famille est partie dans les premiers jours de l’accident. La Cour a ordonné à TEPCo de l’indemniser jusqu’en août 2012, date à partir de laquelle l’exposition aux radiations est passée sous un certain niveau et l’information est devenue plus “stable” et précise. La somme comprend les 21 millions de yens en compensation des salaires du couple durant cette période. En ce qui concerne les enfants, la Cour a estimé qu’ils avaient déjà été indemnisés par TEPCo.

C’est la première fois que TEPCo est obligée par la justice d’indemniser mieux des “auto-évacués”, à savoir des personnes qui sont parties à cause de la radioactivité sans en avoir reçu l’ordre. Environ 10 000 “auto-évacués” ont déposé une plainte. Ils sont encore 180 000 à bénéficier d’un logement gratuit, selon les autorités régionales de Fukushima. Les autres, qui se sont relogés par eux-mêmes, ne sont pas comptés.

Les personnes déplacées par la catastrophe nucléaire qui ont entamé des actions en justice se sont fédérées en coordination nationale.

Fukushima, cinq ans après : quel impact sanitaire ?

A un mois du cinquième anniversaire de la catastrophe de Fukushima, l’ACRO publie en ligne un premier rapport sur son impact sanitaire :

Fukushima, cinq ans après : quel impact sanitaire ?

D’autres rapports vont suivre d’ici le 11 mars 2016.

Résumé

L’évacuation forcée autour de la centrale nucléaire de Fukushima daï-ichi a provoqué beaucoup de souffrances. Cinq plus tard, environ 100 000 personnes sont toujours comptabilisées comme personnes déplacées à cause de l’accident nucléaire. Les personnes non-évacuées et vivant en territoire contaminé ont aussi vu leur vie bouleversée.

L’évacuation d’urgence, les conditions d’accueil difficiles, sans structure de soin appropriée et l’absence de solution acceptable à moyen et long terme conduisent à une dégradation de la santé des personnes les plus fragiles. Les suicides sont plus fréquents que dans les provinces voisines touchées par le tsunami. Le nombre total de décès liés aux conséquences de la catastrophe nucléaire dépasse déjà le nombre de victimes directes du tsunami à Fukushima.

Le suivi des conséquences sanitaires des rejets radioactifs a conduit à mettre en évidence une augmentation notable du nombre de cancers de la thyroïde chez les jeunes qui est reconnue par tous. En revanche, il y a débat sur l’origine de la hausse constatée : effet du dépistage, comme le prétendent les autorités ou à la radioactivité, comme le montre une étude scientifique ?

Enfin, les personnes les plus exposées sont les travailleurs du nucléaire qui dépassent les 45 000 à la centrale de Fukushima daï-ichi et quelques 26 000 sur les chantiers de décontamination où les doses sont moindres. A la centrale, on déplore déjà plusieurs décès dus à des accidents de chantier. Le port de combinaisons et de masques intégraux rend les conditions de travail et de communication plus difficiles.

Il a fallu plusieurs scandales et un renforcement des contrôles pour que la protection des travailleurs s’améliore. Un travailleur à la centrale accidentée a vu sa leucémie reconnue comme maladie professionnelle.

Une catastrophe nucléaire de grande ampleur est d’abord une catastrophe humanitaire. A Fukushima, elle ne fait que commencer et il est hasardeux de vouloir tirer un bilan définitif. Mais, en moins de 5 ans, l’impact est déjà significatif.

Dialogue de sourds entre “auto-évacués” et les autorités

Les autorités ont organisé une réunion avec les “auto-évacués” de Fukushima qui vivent à Tôkyô. Il s’agit des personnes qui ont quitté les territoires contaminés sans être forcées à évacuer. Une partie d’entre elles bénéficient d’un logement gratuit, dont environ 5 700 à Tôkyô.

Rappelons que les autorités veulent cesser cette aide à partir de mars 2017, ce qui inquiète beaucoup les personnes concernées. Des mesures d’accompagnement financier sont prévues à la place.

Lors de la réunion qui a eu lieu le 7 février à Tôkyô, une trentaine de personnes étaient présentes, selon l’Asahi, pour critiquer la décision de la province de Fukushima. Le représentant de la région a confirmé le calendrier, une aide pouvant aller jusqu’à 100 000 yens (770 euros) pour le déménagement et un accès privilégié au parc locatif géré par la province. Pour les foyers les plus modestes, la province va payer la moitié du loyer, à hauteur de 30 000 yens (230 euros) par mois la première année et le tiers, à hauteur de 20 000 yens (154 euros) la deuxième année. Il n’est pas nécessaire de rentrer à Fukushima pour bénéficier de cette aide.

Les personnes présentes ont fortement critiqué ces décisions alors que l’accident nucléaire est loin d’être terminé. L’aide de 30 000, puis 20 000 yens ne permet pas de se loger à Tôkyô.