Kawauchi : l’ordre d’évacuation va être entièrement levé

L’ordre d’évacuation avait été partiellement levé en 2014 à Kawauchi. Restaient deux districts, Ogi et Kaïnosaka. Fin janvier, il y avait, pour ces deux districts, 52 habitants enregistrés dans 19 foyers. Ces personnes sont autorisées à rester dans leur maison pour se préparer au retour. Cette période d’essai, qui se terminait le 31 janvier, va être prolongée jusqu’à la levée de l’ordre d’évacuation.

Le 23 janvier, lors d’une réunion avec les habitants, seulement 8 d’entre eux ont répondu présent. Selon de Fukushima Minpo, ils ont fait part aux autorités de leur craintes relatives à la radioactivité ou que leur habitation devait être restaurée.

Aucune date n’a été fixée pour le moment.

Quand un militant de la cause des personnes déplacées devient la honte de sa famille

Le Blog “nos voisins lointains 3.11” rapporte le témoignage de Katsumi HASEGAWA :

Le monde n’est pas aussi indulgent que les gens le pensent.
Moi qui suis un des fondateurs de l’Association nationale des réfugiés pour revendiquer « le droit de déplacement » (“Hinan no kenri” wo motomeru zenkoku hinansha no kai ), je suis traité comme la honte de la famille par mes proches à Fukushima.
Ma belle-mère se fait petite.
Je suis peiné pour elle.
Il y a quelque chose qui ne va pas…
Au fond, c’est « la manière d’être de notre Nation » qui est fausse.

Quelques chiffres concernant les personnes déplacées par la catastrophe nucléaire

Il y a encore plus de 100 000 personnes qui ne sont pas autorisées à vivre chez elles à cause la radioactivité au Japon. 57 000 environ sont restés dans la province de Fukushima et 43 000 sont dans une autre province.

L’ordre d’évacuer devrait être levé dans certaines parties de Minami-Sôma, Kawamata et Katsurao en 2016. A Naraha, où il a été levé le 5 septembre 2015, seulement 5% des habitants sont rentrés.

Zoom sur Namié :

Avant la triple catastrophe, Namié avait environ 21 000 habitants. 559 sont décédés suite aux séismes et tsunami, ainsi que des suites de l’évacuation. La commune est toujours entièrement évacuée.

14 500 habitants sont restés dans la province de Fukushima et 6 400 sont répartis dans 44 autres provinces. Il y aurait environ 900 personnes à Tôkyô. Le lieu de résidence n’est pas bien connu, sauf pour 3 300 personnes qui bénéficient d’un logement provisoire dans un préfabriqué ou dans le parc locatif public. Ces derniers sont répartis sur 31 lieux dans 7 communes différentes.

Comme le souligne l’Asahi, des élections municipales ont tout de même eu lieu à Namié, mais il était quasiment impossible de faire campagne dans de telles conditions. C’est donc un des fondements même de la démocratie qui est aussi menacé. Le taux de participation a été de 56% contre 73,5% avant la catastrophe.

Baisse du nombre d’habitants à Fukushima

Les résultats du dernier recensement national, qui a eu lieu tous les 5 ans, viennent d’être rendus publics : il y a 115 458 habitants en moins dans la province de Fukushima par rapport à 2010. Cela représente une baisse de 5,7%. Au 1er octobre 2015, il y avait 1 913 606 résidents à Fukushima. Ils étaient 2 029 064 en 2010. C’est la plus forte baisse enregistrée.

La population étaient déjà en train de décroître depuis 1995, année où il y avait 2,1 millions d’habitants. Mais la catastrophe nucléaire a accéléré le mouvement d’exode.

Il y a de fortes disparités à l’intérieur de la province. Sans surprise, la baisse est la plus forte dans les territoires évacués, avec des communes qui ont maintenant zéro habitant. A Iwaki, en revanche, la population a augmenté de 2,1%. La hausse est de 2% à Sôma.

Il y a aussi plus de femmes que d’hommes qui sont partis : sur la province, il y a 39 715 hommes et 75 743 femmes en moins, soit une baisse de 4 et 7,3% respectivement. Il y a plus d’hommes qui viennent travailler à Fukushima et plus de femmes évacuées. A Hirono, où de nombreux travailleurs du nucléaire résident, il y a 2 746 hommes, avec une hausse de 2,3% depuis 2010 et 1 577 femmes, avec une baisse de 42,3%.

Tous ces chiffres rapportent le nombre d’habitants présents dans les communes ou la province, mais le nombre de personnes qui y sont enregistrées.

Il y a ainsi 41 personnes à Iitaté qui résident dans une maison de retraite, 18 à Katsurao. A Naraha, où l’ordre d’évacuer a été levé en septembre 2015, le nombre d’habitants présents était de 976, contre 7 700 en 2010. A Kawauchi, où l’ordre d’évacuer a été partiellement levé en Octobre 2014, la population est passée de 2 820 en 2010 à 2 021 en octobre 2015, sont une baisse de 28,3%.

Encore 100 000 personnes forcées à évacuer à Fukushima

Environ 150 000 personnes ont dû évacuer dans les premiers mois de la catastrophe de Fukushima. Il y a d’abord eu une évacuation systématique dans un rayon de 20 km, puis après une mise à l’abri prolongée entre 20 et 30 km, une “recommandation” à évacuer. Enfin, le 22 avril 2011, plus d’un mois après les rejets massifs, la “recommandation” a été levée sauf dans les territoires les plus contaminés, et un autre ordre d’évacuation a été issu pour une bande allant vers le Nord-Ouest. Le seuil d’évacuation a alors été fixé à 20 mSv/an, qui constitue la fourchette haute des recommandations de la CIPR pour ce qu’elle qualifie de “situations existantes”.

Depuis, l’ordre d’évacuer a été levé en 2014 pour les parties de Tamura et de Kawauchi situées à moins de 20 km, plus en septembre 2015 pour Naraha, entièrement située à moins de 20 km. A chaque fois, cela concernait les parties les moins contaminées de la zone des 20 km.

La dernière carte officielle avec les ordres d’évacuer est ici en anglais. Ils concernent encore 100 000 personnes. Ce chiffre ne prend pas en compte les personnes qui ne sont pas rentrées où c’était possible, ni les “auto-évacués” ou “évacués volontaires”.

Selon le Fukushima Minpo, traduit par le Japan Times, parmi ces personnes déplacées, à la fin novembre 2015, 19 373 vivaient encore dans des préfabriqués provisoires. Ils étaient 33 016 en juillet 2012. Ainsi, 38% de ces logements sont vacants et les “villages” de préfabriqués deviennent de plus en plus désertés, entraînant un sentiment d’abandon et de solitude pour les personnes qui restent. Il y a eu 11 suicides entre janvier et juillet 2015 en lien apparent avec la catastrophe nucléaire, dont deux dans ces préfabriqués.

Certains de ces logements se détériorent très vite.

Le Fukushima Minpo rapporte les dernières statistiques officielles : dans le district de Miyakoji à Tamura, situé à moins de 20 km de la centrale de Fukushima daï-ichi, 62,6% des habitants sont rentrés chez eux. C’est 22,8 points au dessus du chiffre d’il y a un an. 24,2% des anciens résidents vivent ailleurs que dans leur ancien logement. Enfin, 9,1% naviguent entre leur ancienne demeure et leur logement temporaire.

Les habitants poussés au retour dans les zones évacuées

Comme on le sait, les autorités ont annoncé qu’elles lèveraient les ordres d’évacuer avant mars 2017 et qu’elles cesseraient les indemnisations un an plus tard. Les nombreuses personnes qui vivent dans des logements préfabriqués temporaires devront les quitter sans savoir où aller si elles ne veulent pas ou ne peuvent pas rentrer.

Les habitants originaires des zones dites de “retour difficile” sont les seuls à avoir un droit d’accès aux logements publics en construction. Il y aura donc moins de logements que de familles encore évacuées. Cependant, comme les familles éligibles issues de la zone de “retour difficile” ont reçu l’équivalent de plusieurs années d’indemnisation, beaucoup ont trouvé à se reloger par elles-mêmes. Il y a donc beaucoup moins de demandes que prévu. Les autorités, qui ne pensent qu’au retour dans les zones évacuées, n’envisagent pas d’assouplir les règles et permettre aux autres d’accéder à ces logements. Cela met en colère de nombreuses personnes concernées.

Le Maïnichi rapporte le cas Toshio Niizuma, qui a quitté Naraha pour Iwaki. Il a participé au programme de préparation au retour et, depuis que l’ordre d’évacuer a été levé, le 5 septembre dernier, il reste à Iwaki, mais va voir sa maison tous les deux jours. Le problème est que les débits de dose dans la cour qui a été décontaminée, sont encore trop élevés. Près de la gouttière, il y a jusqu’à 10 microsieverts par heure. Dans son hameau, sur 90 foyers, seuls trois familles passent la nuit chez elles. M. Niizuma aimerait aussi rentrer, mais veut rester avec son fils et sa famille. Il n’ose même pas aborder le sujet car il sait que ce sera une source de conflit. S’il était éligible au parc locatif public, il candidaterait pour y emménager à partir de mars 2017, date à partir de laquelle il ne pourra plus rester dans le logement préfabriqué temporaire. Il ne comprend pas pourquoi ce n’est pas possible et cela le met en colère.

Les autorités régionales de Fukushima auraient prévu de construire 4 890 logements pour les personnes déplacées par la catastrophe nucléaire alors qu’il y a toujours 43 700 familles déplacées en logements temporaires. En ajoutant les 2 800 logements prévus pour les survivants du tsunami, les autorités ne pourront loger, selon le Maïnichi, que 17% des familles potentiellement dans le besoin.

Selon des documents non publics obtenus par le quotidien, en mai 2013, les autorités de Fukushima ont recensé les familles ayant besoin de nouveaux logements en les classant en trois catégories :

  • celles qui veulent rester dans ces logements jusqu’à la levée de l’ordre d’évacuer. Cela concerne les familles issues des zones de retour difficile pour lesquelles il faudrait de 3 136 à 5 663 logements.
  • celles qui veulent demeurer dans ce logement après que l’ordre d’évacuer ait été levé, le temps qu’un environnement plus vivable soit rétabli. Il leur faudrait de 2 743 à 4 172 logements.
  • enfin, celles que ne veulent pas rentrer et demeurer dans ces nouveaux logements. Cela nécessiterait de 3 366 à 4 837 logements.

Mais rien n’est prévu pour ces deux dernières catégories, conformément à la volonté du gouvernement central de pousser au retour. Une telle politique viole les textes internationaux de l’ONU relatifs aux déplacés intérieurs qui imposent aux autorités de leur laisser le choix et de favoriser leur réinstallation s’ils le désirent. Voir, à ce propos, le dossier de l’Organisation Internationales des Migrations.

Droit au retrait reconnu en situation d’urgence

Emmanuelle Bodin, une Française employée depuis plus de 20 ans par la NHK, la radio et télévision publiques japonaises, comme présentatrice et traductrice, avait quitté le Japon le 15 mars 2011, et donc son poste, pour se protéger. Son départ pour Singapour correspondait à une recommandation des autorités françaises.

La radio l’avait licenciée une semaine plus tard, sans donner d’explications. Un tribunal de Tôkyô vient de donner raison à la plaignante : partir pour se protéger dans de telles circonstances n’est pas une négligence professionnelle. La NHK ne peut pas exiger une fidélité aussi excessive.

La justice japonaise vient de reconnaître le droit au retrait. La télévision devra lui payer 5,14 millions de yens, qui correspondent au salaire qu’elle aurait dû percevoir si son contrat avait été renouvelé. Elle avait réclamé 15,7 millions de yens.

Avant de partir, E. Bodin avait demandé à une collègue plus âgée de la remplacer pendant son absence. Elle avait aussi prévenu par téléphone sa supérieure, en lui précisant qu’elle serait de retour à la fin du mois. Sa supérieure aurait approuvé.

Six autres personnes avaient quitté leur poste pour les mêmes raisons avant elle, d’autres avaient suivi, mais ce serait la seule à avoir été licenciée.

Les étrangers qui sont partis ainsi en mars 2011 ont été qualifiés de “flyjin” par certains, un terme péjoratif qui renvoie à “gaijin”, qui désigne les étrangers.

Quel avenir pour Ôkuma ?

A Ôkuma, commune où il y a une partie de la centrale de Fukushima daï-ichi, 62% du territoire sont classés en “zone de retour difficile”. 96% des habitants y habitaient. La commune a accepté l’installation du centre d’entreposage des déchets radioactifs issus des chantiers de décontamination. Même si les déchets ne doivent y rester, officiellement, que 30 ans, tout le monde sait que ce n’est pas réaliste.

Malgré un contexte qui rend le retour quasi-impossible, certaines personnes âgées insistent pour rentrer. La commune a donc décidé de construire une ville nouvelle dans le district d’Ogawara, où la contamination est moindre. Elle devrait accueillir 2 000 travailleurs du nucléaire et 1 000 habitants. Comme nous l’avons déjà signalé, une maison de retraite y était aussi prévue, mais, finalement, ce projet semble abandonné par crainte de ne pas pouvoir recruter le personnel nécessaire.

La commune a 10 778 habitants enregistrés. 23% vivent en dehors de Fukushima.

Dans un tel contexte, personne ne souhaite être maire d’Ôkuma. Âgé de 68 ans, Toshitsuna Watanabé, qui assumait la tâche depuis 8 ans voulait passer la main. Mais il n’a pas trouvé de candidat. Il vient donc être réélu pour un troisième mandat, étant le seul à s’être présenté.

Quel est l’avenir de cette commune sans enfant ?

Des évacués “volontaires” se sont constitués en association

Selon l’Asahi, des évacués “volontaires” ou “auto-évacués” se sont constitués en association. Il s’agit des personnes qui ont quitté les zones contaminées de Fukushima sans qu’il y a d’ordre d’évacuer, par crainte des radiations, plus, maintenant, des personnes qui ne souhaitent pas rentrer là où l’ordre d’évacuer a été levé. Pour certains, le dilemme se résume à vivre dans la pauvreté ou retourner vivre en zone contaminée. En effet, le seul soutien qu’ils reçoivent est un logement gratuit et les autorités régionales ont annoncé la fin pour mars 2017. Le gouvernement souhaite lever tous les ordres d’évacuer en mars 2017, afin la fin des indemnisations un an plus tard, sauf dans les zones classées en zone de “retour difficile”.

Cette association, dont le lancement a réuni 130 personnes à Tôkyô, veut demander la prolongation du soutien aux autorités et à TEPCo. Elle va travailler en concertation avec d’autres associations de déplacés.

Le nombre d’habitants qui souhaitent rentrer à Tomioka et Ôkuma baisse

Selon le dernier sondage effectué en août dernier par l’Agence de reconstruction auprès des habitants de Tomioka et d’Ôkuma, le nombre d’habitants qui souhaitent rentrer une fois l’ordre d’évacuer levé est en baisse.

50,8% des ménages de Tomioka et 63,5% de ceux d’Ôkuma ont répondu “non” à la question. C’est 1,4 point de plus par rapport à l’an dernier pour Tomioka et 5,6 points de plus pour Ôkuma.

13,9% des ménages ont répondu “oui” à Tomioka, ce qui est 2.0 points de plus que l’an dernier et 11,4% à Ôkuma, -1,9 point par rapport à l’année précédente.

Le pourcentage des indécis est en baisse : 29,4% à Tomioka, soit 1,3 point en moins et 17,3% à Ôkuma, soit 8,6 points de moins qu’il y a un an. Pour les deux communes, le taux de réponse est de l’ordre de 50%.

Le gouvernement fait tout ce qu’il peut pour encourager le retour, mais sa politique ne semble pas convaincre les intéressés.