Vidéo sur les conditions à la centrale de Fukushima daï-ichi

TEPCo a mis en ligne une nouvelle vidéo pour vanter les progrès à la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi (voir son communiqué de presse).

Sur une musique apaisante, la compagnie explique qu’elle se prépare à retirer les combustibles des réacteurs 1 et 2, en “oubliant” de préciser qu’elle est en retard sur son programme. Un nouveau report des opérations a pourtant eu lieu il n’y a même pas un mois. Pour le réacteur n°2, le retrait des combustibles usés sera effectué rassurer les habitants de la région. Quel dévouement !

Pas grand chose de neuf le long du littoral, si ce n’est la construction en cours d’un mur pour faire face à un nouveau tsunami. Après 9 années ! Rien de neuf, non plus, concernant les travailleurs ou l’eau contaminée pour laquelle la compagnie explique que le traitement réduit la contamination, ce qui est bien la moindre des choses, mais “oublie” de rappeler que ce n’est pas suffisant pour 80% du stock !

Bref, la vidéo n’a pas grand intérêt. Elle est aussi disponible sur Youtube :

Fuite de liquide de refroidissement qui gèle le sous-sol autour des réacteurs accidentés

TEPCo a gelé tout le sous-sol, sur 1,4 km, tout autour des quatre réacteurs accidentés de la centrale de Fukushima daï-ichi, afin de réduire les infiltrations d’eau souterraine dans les bâtiments réacteur et turbine où elle se mélange à l’eau de refroidissement, fortement contaminée.

Il y a eu trois fuites du liquide de refoidissement qui circule pour maintenir le sol gelé. Environ 20 m3 auraient fui, sans conséquence pour l’environnement, selon TEPCo. La compagnie cherche la cause du problème.

Eau contaminée : rien de neuf malgré les annonces

Le ministère de l’économie, du commerce et de l’industrie (METI) a proposé ses solutions pour l’eau contaminée accumulée sur le site de la centrale de Fukushima daï-ichi, qui dépasse le million de mètres cube. Il propose de la disperser dans l’océan ou dans l’atmosphère… Rien de neuf. Cela fait plusieurs années qu’il tourne autour du problème sans progresser. Petit rappel de quelques scènes de ce théâtre de kabuki !

En septembre 2013 (lire notre synthèse rédigée à l’époque), le premier ministre japonais, Shinzô Abe, avait alors assuré au Comité International Olympique que la situation était “sous contrôle”… C’est loin d’être le cas !

En 2014, plusieurs pistes sont explorées : enfouir cette eau, la vaporiser et rejeter dans l’atmosphère le dihydrogène seul, ou simplement rejeter l’eau dans l’océan après dilution. En 2016, les autorités ont tranché : sans surprise, c’est le rejet en mer qui l’option la moins chère et la plus rapide. Elle a donc les faveurs du gouvernement. En juillet 2017, le PDG de TEPCo déclare, dans une interview donnée à la presse étrangère que “la décision a déjà été prise prise”, l’eau sera rejetée en mer. En janvier 2018, l’Autorité de Régulation Nucléaire avait demandé une décision dans l’année…

Mais, patatra : lors des réunions publiques organisées en septembre 2018 pour faire accepter le rejet en mer, il est apparu que 80% du stock d’eau avait été mal traités et dépassaient les autorisations de rejet. Ce que TEPCo avait omis de préciser… La compagnie a donc proposé de traiter une deuxième fois cette eau avant rejet, mais c’était trop tard, le mal était fait. Dans ce document, TEPCo indique les niveaux de dépassement. Selon les derniers chiffres, 75% du stock dépasse toujours les niveaux autorisés pour le rejet. Pour plus de détails sur les radioéléments qui posent problème, il faut aller voir ici.

L’annonce récente du METI est sans intérêt. Elle ne fait qu’écarter la pseudo-option de l’enfouissement, même s’il continue à expliquer que le rejet en mer a ses faveurs. L’information reprise dans les médias n’évoque jamais le problème de la contamination résiduelle de cette eau accumulée. Combien de temps faudra-t-il pour la traiter à nouveau ? Combien cela va coûter ? Que restera-t-il après ces nouveaux traitements ? Le Japon va-t-il finir par accepter des contrôles indépendants qu’il refuse pour le moment ?

En effet, comme le souligne le journal britannique The Telegraph, le gouvernement japonais refuse toute mesure indépendante de l’eau qu’il souhaite rejeter dans l’océan. TEPCo se justifie en disant que cette eau est très contaminée et qu’il n’est pas possible de la transporter en dehors du site sans des procédures de protection strictes. Même l’autorité de sûreté et sécurité nucléaire coréenne n’a pas pu obtenir des informations détaillées, selon Reuters. Qu’y a t’il à cacher ? Il est plus facile de se plaindre des rumeurs néfastes que d’accepter la transparence !

S’il ne reste vraiment que du tritium dans l’eau, le stock était estimé à 3 400 TBq (3,4 milliards de millions de becquerels), ce qui représente 150 années de rejet à la limite autorisée pour la centrale nucléaire de Fukushima daï-ichi (22 TBq/an). Mais cela ne représente qu’environ 3 mois de rejet de l’usine Orano de La Hague en France, comme nous l’avons déjà souligné plusieurs fois.

TEPCo a récemment revu cette estimation, selon l’Asahi. Le stock actuel, contenu dans les cuves, serait actuellement de 856 TBq. C’est près de 4 fois moins que la quantité initiale. 40% du stock initial a simplement décru par décroissance radioactive. Il y a aussi du tritium dans les sous-sols et la nappe phréatique. Le reste, a fui en mer ? La quantité à rejeter, quant à elle, sera de 27 à 106 TBq, selon la date de début et de fin du rejet. En effet, le tritium ayant une demi-vie de 12 ans, le stock diminue avec le temps. Les dates envisagées pour le début du rejet sont 2020, 2025, 2030 et 2035. Et pour la fin du rejet, 2041 ou 2051, soit 30 et 40 ans après le déclenchement de la catastrophe nucléaire. Atoms in Japan, qui fait du lobbying pour le nucléaire, précise que les quantités rejetées seraient de 32 à 51 TBq par an, ce qui est plus que l’autorisation de rejet en mer pour les 6 réacteurs, fixée à 22 TBq. Sans surprise, Atoms in Japan n’évoque pas ce problème ! (A noter que cette organisation n’est même pas capable d’écrire une dose correctement, ce qui montre son peu de sérieux !)

En novembre dernier, le ministre de l’industrie avait affirmé que l’impact d’un rejet en mer serait négligeable : entre 0,052 et 0,62 microsievert par an, sans donner la moindre information sur les hypothèses du calcul. Ce serait 1,3 microsievert par an en cas de rejet atmosphérique (voir le Mainichi, par exemple). Là encore, on ne sait pas comment ce chiffre a été obtenu, alors qu’un calcul de dose dépend de nombreux paramètres. Et de comparer ces niveaux à la radioactivité naturelle qui induit une dose moyenne de 2 100 µSv/an. L’exposition naturelle n’est pas une référence en radioprotection !

Rappelons que TEPCo a annoncé qu’elle n’aurait plus de place pour entreposer l’eau contaminée dans des cuves à l’été 2022. Le stock sera alors de 1,37 million de mètres cube. Il pourrait dépasser les 2 millions de mètres cube en 2035 en l’absence de rejet.

Selon ce document récent, TEPCo injecte toujours environ 70 m3/j dans chacun des réacteurs accidentés pour refroidir le corium et en pompe plus dans les sous-sols à cause des infiltrations. Le stock d’eau traitée partiellement ou complètement s’élève officiellement à 1,17 million de mètres cube. Il y a aussi environ 30 000 m3 dans les sous-sols.

Selon cet autre document, le stock augmente peu en ce moment, en l’absence de pluie : 25 m3 par jour. En moyenne sur l’année, cela dépasse les 100 m3/j.

Reconduction de l’Agence de reconstruction pour 10 ans

Le gouvernement japonais devrait reconduire l’agence de reconstruction pour dix ans. Etablie en février 2012, elle devait financer la reconstruction du Tôhoku pendant une dizaine d’années. Les cinq premières années (2011-2015) correspondaient à une “reconstruction intensive”, avec un budget de 25 000 milliards de yens (208 milliards d’euros) et les cinq suivantes (2016-2020) à une période de “revitalisation”, avec un budget de 6 500 milliards de yens (54 milliards d’euros).

La décision gouvernementale de prolonger cette agence doit encore être approuvée par le parlement. L’aide pour les zones affectées par les séisme et tsunami devrait s’arrêter dans 5 ans, ce qui inquiète déjà les élus locaux. Dans ses attributions, elle aura notamment le soutien au démantèlement de la centrale de Fukushima daï-ichi, à la gestion de l’eau contaminée et l’aide au retour des habitants. Et là, 10 ans ne suffiront pas !

33 ans après la catastrophe de Tchernobyl, l’Ukraine a toujours une agence en charge de la zone d’exclusion.

Nouveau bilan : 91 sacs de déchets radioactifs emportés par le typhon Hagibis – 40 n’ont pas été retrouvés

Le ministère de l’environnement a publié un nouveau décompte du nombre de sacs de déchets radioactifs issus de la décontamination qui ont été emportés par les flots lors du passage du typhon Hagibis (document repéré par Enerwebwatch). Le précédent décompte est ici. Rappelons que ce typhon a fait d’énormes dégâts et de nombreuses victimes.

L’énorme chantier de décontamination lancé par les autorités japonaises pour reconquérir les territoires contaminés par la catastrophe de Fukushima a engendré d’énormes volumes de déchets mis dans des sacs d’un mètre cube environ. Les déchets organiques doivent être incinérés et les sols entreposés sur un site de 16 km2 qui entoure la centrale de Fukushima daï-ichi. En attendant, ils sont éparpillés partout sur des sites temporaires à proximité des chantiers. Dans les zones évacuées les chantiers de décontamination et les déchets engendrés sont sous la responsabilité du gouvernement et dans les zones non évacuées, sous la responsabilité des communes.

Selon le dernier décompte, il y a encore 5,02 millions de m3 de sols contaminés dans des sacs sous la responsabilité du gouvernement auxquels il faut ajouter 5,35 millions de m3 sous la responsabilité des communes. Il y aussi les déchets qui ont déjà été transportés sur le site centralisé où ils sont plus en sécurité.

Le ministère de l’environnement a fini de contrôler les 236 sites sous sa responsabilité. De plus les 716 sites sous la responsabilité des communes à Fukushima et les 44 autres en dehors de cette province ont aussi été contrôlés. Selon le Japan Times, cela s’est fait en envoyant des équipes longer les rivières ou à l’aide de drones pour les zones inaccessibles. Un hélicoptère aussi effectué des recherches le 23 octobre dernier.

Il ressort qu’environ 90 sacs ont été emportés dans la province de Fukushima, dans les communes d’Iitaté (1), Nihonmatsu (15), Tamura (30) et Kawauchi (44), et 40 sont toujours manquants. De plus, un sac a été emporté à Nasu, dans la province de Tochigi. 24 sacs récupérés étaient vides et 25 autres étaient “intacts”.

Le ministère de l’environnement a fait effectuer des mesures de débit de dose ambiant et des analyses de l’eau. Il n’a pas détecté d’augmentation significative des débits de dose ambiants, sachant que les sites sont déjà contaminés. Quant à l’eau des rivières où les sacs ont été retrouvés, les contaminations en césium sont toutes sous les limites de détection qui sont assez élevées (de l’ordre de de 4 à 7 Bq/L). Des tableaux et des cartes avec les résultats sont disponibles.

La NHK a diffusé des images d’un site et les sacs qui sont restés ne sont pas en bon état.

Sur le site de la centrale accidentée, TEPCo a dû faire face à une forte augmentation des infiltrations des eaux souterraines et des eaux de pluie dans les bâtiments réacteur et turbine, comme on peut le voir sur ce document. Le volume d’eau à stocker a dépassé les 600 m3 en une journée, contre une centaine de mètres cube par jour avant l’arrivée du typhon.

Pas d’avancée concernant l’eau contaminée contenue dans les cuves

La Corée du Sud, en conflit avec le Japon sur de nombreux dossiers, ne veut pas que l’eau contenue dans les cuves à Fukushima soit déversée dans la mer. Le 5 septembre dernier, elle a porté le dossier devant l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), basée à Vienne en Autriche. Les deux pays s’opposent aussi sur les restrictions à l’importation en Corée de produits agroalimentaires japonais.

Pour la Corée, en cas de rejet dans l’océan, ce ne sera plus un problème domestique, mais un problème global. Elle a exhorté le Japon à trouver d’autres solutions. Le Japon a répondu que la décision de rejeter l’eau contaminée dans l’océan n’a pas été prise (ce qui est hypocrite, car c’est la solution qui a les faveurs des autorités et de TEPCo) et qu’il était transparent.

Selon le Japan Times, Ichirô Matsui, le maire d’Ôsaka, dans l’Ouest du Japon, a proposé, quant à lui, de rejeter l’eau contaminée dans la baie de sa ville… s’il était prouvé que c’est sans danger. Il n’a pas dit comment il envisage de transporter l’eau jusqu’à Ôsaka, ni si la dilution aurait avant l’envoi ou à l’arrivée. Il y a plus d’un millions de mètres cube d’eau accumulée actuellement.

Rappelons que TEPCo a annoncé qu’elle n’aurait plus de place pour entreposer l’eau contaminée dans des cuves à l’été 2022.

Lors d’une réunion avec le groupe d’experts appointés par le gouvernement pour trouver une solution à l’eau contaminée, TEPCo a rejeté la proposition d’étendre l’entreposage de cuves, même au delà du périmètre de la centrale car elle doit construire une dizaine d’installations pour y mettre les déchets radioactifs, les combustibles usés, le corium… Elle pourrait avoir du retard si la priorité est donnée à l’eau contaminée.

La réunion s’est aussi intéressée aux méthodes pour lutter contre les “rumeurs néfastes” en cas de rejet en mer.

Changement remarqué de ministre de l’environnement

Le premier ministre japonais a procédé à un remaniement ministériel le 11 septembre 2019. La veille, celui qui allait devenir l’ancien ministre de l’environnement, Yoshiaki Harada, a déclaré à la presse que “le rejet en mer était le seul moyen” de se débarrasser de l’eau contaminée stockée à Fukushima, tout en ajoutant qu’il s’agissait “d’un simple avis” et que “le gouvernement dans son ensemble allait en discuter prudemment”. Cette petite phrase lui a valu une gloire médiatique éphémère sur toute la planète. Le porte-parole du gouvernement a rapidement réagi en qualifiant de “personnels” ces propos.

Que le gouvernement veuille rejeter cette eau en mer n’est pas une surprise. Mais on attend plus qu’un avis, qui plus est “personnel”, du ministre de l’environnement. Le stock dépasse le million de mètres cube et l’on sait qu’il n’y aura plus de place pour ajouter des cuves à l’horizon 2022. Et personne ne sait si ces cuves résisteront à un fort séisme. Il faut donc trouver une autre solution.

Officiellement il resterait plus que du tritium (hydrogène radioactif) dans cette eau traitée, qu’il est difficile de séparer et stocker. Mais TEPCo a fini par admettre que 80% du stock d’eau traitée avait une contamination résiduelle qui dépasse, en concentration, les autorisations de rejet en mer. Elle s’est engagée à traiter une deuxième fois cette eau. Combien de temps cela va prendre ? Le ministre aurait pu demander des études sur le sujet et présenter les résultats. Imaginons qu’une partie de l’eau soit traitée une deuxième fois et diluée pour réduire la concentration en tritium, combien de temps faudrait-il pour la rejeter en mer ? Un chercheur est arrivé à 17 ans. Le ministre aurait pu commander une expertise sur ce problème et présenter les résultats. Malheureusement, on n’a eu que son avis personnel qui n’apporte rien.

Les pêcheurs de Fukushima ont rappelé leur opposition au rejet en mer de l’eau contaminée contenue dans les cuves.

Le nouveau ministre de l’environnement est Shinjirô Koïzumi, fils de l’ancien premier ministre Jun’ichirô Koïzumi. Très médiatique, il a récemment mis en scène son mariage avec une présentatrice franco-japonaise (l’ACROnique de Fukushima devient people…). Lors de sa première conférence de presse, il a déclaré qu’il s’efforcerait d’éliminer l’énergie nucléaire. Cela ne va pas être facile, car le gouvernement auquel il appartient espère toujours porter la part du nucléaire de 20% à 22% d’ici 2030, même si c’est irréaliste.

Le nouveau ministre s’est aussi engagé à respecter la loi concernant les déchets radioactifs issus de la décontamination. Il va s’efforcer de trouver un site en dehors de la province de Fukushima. Sa première visite a été à Fukushima où il a rencontré des pêcheurs et le gouverneur. Il s’y est excusé pour les propos de son prédécesseur… Mais il n’a fait aucune annonce concernant l’eau contaminée.

Eau contaminée : les cuves pleines à l’été 2022

Selon TEPCo, les cuves avec l’eau partiellement contaminée seront pleines à l’été 2022 au rythme actuel. Cela permettra au Japon de laisser passer les JO de 2020, car la situation serait “sous contrôle”, comme l’avait asséné le Premier ministre Japonais en septembre 2013, devant le comité Olympique. Ce n’est pas vraiment le cas, comme nous l’avons expliqué il y a quelques jours.

Une fois les JO passés, le Japon ne pourra plus procrastiner et devra trouver une solution. C’est le rejet dans l’océan qui a sa faveur, mais l’opposition est forte.

TEPCo va continuer à augmenter le nombre de cuves d’ici la fin de l’année 2020, afin de pouvoir y mettre 220 000 m3 supplémentaires, mais après, il n’y aura plus de place, car il n’est pas facile d’étendre l’emprise de la centrale. En 2018, l’accumulation d’eau a augmenté de 170 m3 par jour en moyenne. TEPCo espère descendre à 150 m3/jour. A l’été 2022, le stock total devrait être de 1,37 million de mètres cubes.

L’annonce de TEPCo a pour but de pousser les autorités à trancher, juste avant une réunion sur le sujet. Le groupe de travail tritium, mis en place par le gouvernement, réfléchirait à un site de stockage pour cette eau, mais personne ne l’acceptera. Il y a aussi le problème du transport, avec plus d’un million de mètres cubes déjà accumulés.

A un an des JO de Tôkyô, l’eau contaminée est-elle “sous contrôle” ?

L’été 2013 avait été marqué par des scandales à répétition concernant l’eau contaminée (lire notre synthèse rédigée à l’époque). En septembre 2013, le premier ministre japonais, Shinzô Abe, avait alors assuré au Comité International Olympique que la situation était “sous contrôle”. Cela avait suffit et les Jeux avaient été attribués au Japon. Six ans plus tard, à un an des J.O., qu’en est-il ?

TEPCo a créé un portail dédié à l’eau contaminée qui donne une information limitée aux stocks et pas aux flux. Il faut connaître la situation pour comprendre et fouiller le site pour trouver des données, qui ne sont parfois disponibles qu’en japonais.

Dans son dernier bilan sur les flux, TEPCo indique injecter 71 à 72 m3 par jour et par réacteur d’eau pour refroidir les coriums, ce mélange de combustible fondu et débris. Cette eau se contamine fortement et fuit vers les sous-sols des bâtiments réacteurs où elle se mélange à l’eau déjà présente et celle qui s’infiltre depuis les nappes phréatiques.

Pour un bilan de l’eau pompée dans les sous-sols, il faut aller consulter la dernière version d’un autre document. Les infiltrations d’eau souterraine et d’eau de pluie sont actuellement de 150 m3 par jour, qui viennent s’ajouter à l’eau de refroidissement. C’est monté à 250 m3 jour à la fin de la saison des pluies (mi-juillet).

Toute cette eau contaminée est pompée des sous-sols et décontaminée. Une partie est réinjectée pour le refroidissement et l’autre est stockée dans des cuves. Le document précédent indique que le stock d’eau traitée est de 1 048 270 m3 (retrait de 62 radioéléments par la station ALPS) auxquels il faut ajouter 90 948 m3 partiellement traités (seuls le strontium et césium ont été retirés). Il y a aussi 17 280 m3 d’eau dans les sous-sols des 4 réacteurs accidentés et 15 040 m3 dans deux autres bâtiments.

Le portail, quant à lui, indique qu’au 18 juillet dernier, le stock d’eau traitée stockée s’élevait à 1 145 809 m3. Sur le site, il y aurait 970 cuves : 129 avec de l’eau partiellement traitée et 827 avec de l’eau ayant subi un traitement complet.

Comme l’explique l’Asahi, TEPCo s’était engagée à réduire le volume d’eau des sous-sols, peu étanches, car elle est très contaminée. Elle présente aussi un risque en cas de nouveau tsunami. Mais les volumes ne diminuent pas et la compagnie n’a pas de solution à proposer. Elle se serait fait tancer lors de la réunion de juin dernier avec l’Autorité de régulation nucléaire.

Pour réduire les infiltrations, TEPCo a mis en œuvre plusieurs actions. Tout d’abord, elle pompe la nappe phréatique en amont des réacteurs. Elle pompe aussi à proximité, mais la contamination peut atteindre 13 000 Bq/L en bêta total selon les derniers résultats publiés par TEPCo. Une partie est partiellement décontaminée et rejetée en mer et l’autre est injectée dans les sous-sols pour être traitée avec l’eau la plus contaminée. TEPCo a aussi gelé le sol tout autour des quatre réacteurs accidentés, sur 1,4 km, afin de limiter les transferts. Mais le stock dans les cuves continue à s’accroître, sans solution pour le moment.

Officiellement il resterait plus que du tritium (hydrogène radioactif) dans cette eau traitée, qu’il est difficile de séparer et stocker. Mais TEPCo a fini par admettre que 80% du stock d’eau traitée avait une contamination résiduelle qui dépasse, en concentration, les autorisations de rejet en mer. La concentration en strontium, particulièrement radio-toxique, peut atteindre 600 000 Bq/L, ce qui est environ 20 000 fois plus que la limite autorisée. La compagnie parle maintenant d’effectuer un second traitement avant rejet en mer… En mai dernier, le gouvernement a proposé que l’eau reste dans les cuves plus longtemps que prévu, pour laisser passer les JO. Il n’y a pas eu de progrès depuis.

Il y a quelques données sur la contamination de l’eau dans les cuves. Il s’agit de moyennes par zone. On observe des dépassements de la concentration maximale autorisée pour le rejet pour le tritium, l’iode 129, le strontium-90 et le ruthénium-106.

Imaginons qu’une partie de l’eau soit traitée une deuxième fois et diluée pour réduire la concentration en tritium, combien de temps faudrait-il pour la rejeter en mer ? Si l’on se base sur les autorisations annuelles de rejet et l’inventaire de tritium, cela prendrait entre 40 et 150 ans, comme nous le disions en 2014. Un chercheur est arrivé à 17 ans, avec d’autres hypothèses. Selon le Maïnichi, Hiroshi Miyano a d’abord calculé que le stock d’eau contaminée au tritium, qui s’élève à plus d’un million de mètres cubes, passerait à 700 millions de mètres cubes après dilution pour obtenir une concentration inférieure à 1 500 Bq/L (limite utilisée actuellement pour les rejets en mer). Il ne s’est pas préoccupé, semble-t-il de la limite annuelle. Puis, il a pris en compte le débit des pompes des circuits de refroidissement des réacteurs 5 et 6, qui fonctionnent encore, pour arriver à 17 ans, en supposant qu’elles fonctionnent sans s’arrêter. Le ministère de l’économie, plus optimiste, avait estimé, en 2016, qu’il suffirait d’un peu plus de 7 années.

Comme les nappes phréatiques sont contaminées, il y a toujours un transfert de la pollution radioactive vers l’océan, qui est beaucoup plus faible qu’au début de la catastrophe. Au pied de la centrale, les dernières données de TEPCo mettent en évidence une contamination en césium de l’eau de mer qui peut atteindre 100 Bq/L pour le césium. Cela prouve qu’il y a encore des fuites vers l’océan. Mais cela se dilue rapidement. Un peu plus loin, des données trouvées sur le site de l’autorité de régulation nucléaire, montrent que l’on trouve du césium-137 et du tritium par endroits, mais à des concentrations très faibles. Encore plus au large, les dernières données sont ici. Les niveaux sont tout aussi faibles, voire plus faibles. Les sédiments marins, qui stockent le césium, sont, quant à eux, plus contaminés. Les dernières données publiées donnent des niveaux jusqu’à 210 Bq/kg de sédiments secs pour le césium-137.

Pour ce qui est de la contamination des poissons, cela dépend de l’espèce et de la zone de pêche. Dans le port devant la centrale accidentée, les derniers résultats publiés par TEPCo font état de plusieurs prises qui dépassent la limite de mise sur la marché fixée à 100 Bq/kg. Ces poissons ne sont pas destinés à la consommation humaine. Plus au large, toutes les prises contrôlées par TEPCo sont bien dans la limite. Les données du ministère de l’agriculture, de la pêche et de la foresterie sont ici. En 2019, aucun des animaux marins contrôlés n’a dépassé la limite de mise sur la marché.

Pour conclure, les transferts de contaminants vers l’océan ont été bien réduits depuis 2013 et l’annonce tonitruante du premier ministre. En revanche, la gestion de l’eau contaminée constitue toujours un énorme fardeau pour TEPCo, qui n’a pas de solution à proposer pour de nombreux problèmes. Il est donc difficile d’affirmer qu’elle est “sous contrôle”. En revanche, la communication est, elle, “sous contrôle”.

Vidéo de rattrapage de TEPCo

TEPCo ne communique plus beaucoup. Fini les relevés mensuels avec les doses prises par les travailleurs, fini les communiqués annonçant les données sur l’eau contaminée, fini les photos régulières…

Alors, pour se faire pardonner, la compagnie vient de mettre en ligne une vidéo en anglais qui montre les progrès accomplis. Rien de bien neuf : toutes les avancées présentées sont connues et certaines datent de plusieurs années. Mais bon, si vous découvrez Fukushima et les travaux en cours, cela fera une vidéo de rattrapage…