Vidéo sur les conditions à la centrale de Fukushima daï-ichi

TEPCo a mis en ligne une nouvelle vidéo pour vanter les progrès à la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi (voir son communiqué de presse).

Sur une musique apaisante, la compagnie explique qu’elle se prépare à retirer les combustibles des réacteurs 1 et 2, en “oubliant” de préciser qu’elle est en retard sur son programme. Un nouveau report des opérations a pourtant eu lieu il n’y a même pas un mois. Pour le réacteur n°2, le retrait des combustibles usés sera effectué rassurer les habitants de la région. Quel dévouement !

Pas grand chose de neuf le long du littoral, si ce n’est la construction en cours d’un mur pour faire face à un nouveau tsunami. Après 9 années ! Rien de neuf, non plus, concernant les travailleurs ou l’eau contaminée pour laquelle la compagnie explique que le traitement réduit la contamination, ce qui est bien la moindre des choses, mais “oublie” de rappeler que ce n’est pas suffisant pour 80% du stock !

Bref, la vidéo n’a pas grand intérêt. Elle est aussi disponible sur Youtube :

TEPCo estime qu’il lui faudra 44 ans pour démanteler Fukushima daï-ni

Fukushima daï-ni (numéro 2), située à une douzaine de kilomètres au sud de la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi (numéro 1), a officiellement été mise à l’arrêt définitif en juillet 2019. Noyée par le tsunami, elle avait échappé de peu à un accident similaire à celui qui a eu lieu chez sa voisine.

TEPCo vient de présenter son plan de démantèlement au conseil municipal de Tomioka. La première étape va essentiellement consister à caractériser la contamination radioactive. Elle devrait durer 10 ans. Dans un deuxième temps, la compagnie va démanteler les équipements non nucléaires. Cette phase devrait durer 12 ans. La troisième étape va consister à retirer le cœur des réacteurs, puis, dans une dernière phase, à démolir les bâtiments réacteur. Ces deux dernières étapes dureront 11 années chacune.

Il y a 9 532 assemblages de combustible usé à la centrale et 544 neufs. Ils devraient être envoyés à l’usine de retraitement (celle qui n’a pas encore été mise en service, après 24 années de retard…) avant la fin du démantèlement. TEPCo ne dit rien sur le devenir des déchets radioactifs car il n’y a pas de filière au Japon.

Ce plan va être présenté au conseil municipal de Naraha, l’autre commune où est implantée la centrale et aux autorités provinciales. Il sera ensuite soumis à l’Autorité de régulation nucléaire.

Le scandale de corruption s’étend à Kyûshû

Le scandale de corruption qui a frappé la compagnie Kansaï Electric (KEPCo) et ses centrales nucléaires s’étend désormais à Kyûshû. Le maire de Genkaï a reconnu avoir reçu 1 million de yens en liquide (8 500 euros) de Shiohama Industry Corp., une compagnie de construction au cœur du scandale de corruption impliquant Kansaï Electric.

Basée dans la province de Fukui, Shiohama Industry Corp. avait recruté Eiji Moriyama, ancien maire adjoint de Takahama, maintenant décédé, qui a distribué de nombreux “cadeaux” aux cadres de Kansaï Electric pour favoriser certains sous-traitants.

Shintarô Wakiyama, le maire de Genkaï dans la province de Saga, où Kyûshû Electric exploite une centrale nucléaire, a reçu l’argent à son domicile le 31 juillet 2018, alors qu’il venait tout juste d’être élu. Il aurait rendu l’argent récemment, quand le nom de la compagnie est apparu dans les médias pour ses malversations.

La compagnie l’aurait déjà approché durant sa campagne électorale et lui aurait fait part de son souhait de remporter des marchés à la centrale nucléaire. Elle aurait soutenu son élection.

Fondée en 1955, Shiohama Industry a participé à un certain nombre de projets de construction de centrales nucléaires dans tout le pays. On ne sait pas encore si elle travaillé pour la centrale de Genkaï.

Le maire n’a pas encore décidé s’il allait démissionner ou pas.

96ième versement financier pour TEPCo

TEPCo annonce avoir reçu le 96ème versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations : 14 milliards de yens (117 millions d’euros au cours actuel). Rappelons que cet argent est prêté sans intérêt.

En prenant en compte ce versement et les 188,9 milliards de yens venant de l’Act on Contract for Indemnification of Nuclear Damage Compensation, TEPCo a déjà reçu un total de 9 340,1 milliards de yens (78 milliards d’euros au cours actuel), en incluant le présent versement et cela ne suffira pas.

Le communiqué de TEPCo est accompagné d’un tableau avec les sommes versées au titre des indemnisations, mais sans explications.

L’AIEA inspecte l’autorité de régulation nucléaire

L’Autorité de régulation nucléaire japonaise a demandé un nouvel audit à l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA). Lors de sa précédente inspection, qui a eu lieu en 2016, l’AIEA avait salué la création d’une nouvelle autorité indépendante mais avait aussi pointé de nombreux progrès à faire pour atteindre les standards internationaux. L’Autorité de régulation nucléaire, par exemple, ne menait pas d’inspections inopinées.

Dans le communiqué publié à l’issue de cette nouvelle inspection qui a duré 8 jours, l’AIEA souligne que l’Autorité japonaise a renforcé ses inspections, mais que des progrès sont encore nécessaires, notamment pour la radioprotection des travailleurs. L’Agence internationale a aussi noté des lacunes dans le contrôle du transport des matières radioactives.

Un rapport sera publié d’ici trois mois et devrait être rendu public.

TEPCo va augmenter le nombre de ses employés à la centrale de Fukushima daï-ichi

Suite à une série de problèmes et d’erreurs à la centrale de Fukushima daï-ichi, TEPCo, qui s’est fait sermonner par l’Autorité de régulation nucléaire, s’est engagée à augmenter son personnel sur place, afin de mieux superviser ses sous-traitants. Il devrait y avoir entre 70 et 90 personnes supplémentaires. En octobre dernier, il y avait 1 070 employés de TEPCo à la centrale accidentée.

Pour l’Autorité, c’est d’abord la réduction de coûts qui est responsable des problèmes.

La justice japonaise suspend à nouveau l’exploitation du réacteur Ikata 3

La Haute cour de Hiroshima a suspendu l’exploitation de réacteur n°3 de la centrale d’Ikata, située dans la province d’Ehimé, sur l’île de Shikoku. Elle a donné raison à trois plaignants d’une île de la mer intérieure de Séto, dans la province de Yamaguchi, qui avaient été déboutés en première instance en mars 2019 par le tribunal d’Iwakuni.

La Haute cour a pris en compte les risques liés à une faille active dans la zone de la centrale et à un volcan situé à environ 130 km, le mont Aso. Pour les plaignants, les secousses liées à cette failles pourraient être plus fortes que ce qui a été considéré par l’exploitant et les autorités. La justice a estimé que la faille, située à moins de 2 km, n’a pas été suffisamment étudiée par l’exploitant, Shikoku Electric. Elle critique aussi la décision de l’Autorité de régulation nucléaire qui a donné une autorisation d’exploitation.

Les plaignants craignent aussi une éruption du Mont Aso, situé sur l’île de Kyûshû, qui pourrait entraîner des écoulements pyroclastiques accompagnés de nuées ardantes.

De par sa location, cette centrale pourrait barrer l’accès à la péninsule Sadamisaki et ses 5 000 habitants en cas d’accident nucléaire grave. D’une quarantaine de kilomètres de long, elle n’a que 800 m de large par endroits. Leur évacuation est prévue par la mer.

Shikoku Electric devrait faire appel et l’Autorité de régulation nucléaire, mise en cause, s’est défendue.

Ce n’est pas la première fois que cette centrale est supendue par la Haute cour de Hiroshima. Ce fût déjà le cas en décembre 2017, à cause des risques liés au mont Aso. Un autre juge de cette même cour avait ensuite révoqué cette injonction et le réacteur n°3 avait été remis en service en octobre 2018. Mais rien n’a changé depuis, dans la prise en compte des risques volcaniques.

Le réacteur n°3, mis en service pour la première fois en 1994, était à l’arrêt depuis décembre dernier pour maintenance. Il aurait dû être remis en service le 27 avril 2020. Le réacteur n°2 de cette centrale a été, quant à lui, mis à l’arrêt définitif en mars 2018. Le n°1 est en cours de démantèlement.

Si seulement 9 réacteurs nucléaires ont été remis en service depuis le nouveau référentiel de sûreté post-Fukushima, 6 fonctionnent actuellement. Et seuls 4 réacteurs utilisaient du combustible MOx, dont Ikata-3, qui vient d’être suspendu. Le recyclage du plutonium reste quasiment nul au Japon.

Lancé en 1997, le projet “pluthermal”, qui consiste à utiliser du combustible MOx à base de plutonium dans des réacteurs classiques, n’est pas un franc succès. Ikata-3 a, pour la première fois dans l’histoire du Japon, déchargé du MOx usé d’un cœur de réacteur le 14 janvier dernier (la totalité des 16 assemblages). La présente décision de justice a aussi un impact sur ce programme. Comme en France, il n’y a pas de filière pour ce combustible MOx usé

Le Japon a décidément du mal à justifier son usine de retraitement de Rokkashô, qui accuse déjà 24 années de retard dans sa mise en service.

Dates des prochaines levées d’ordres d’évacuer fixées

Comme nous l’avions rapporté, le gouvernement veut lever l’ordre d’évacuer dans des petites portions de la zone dite de retour difficile, le long de la ligne de chemin de fer Jôban. Les dates ont été fixées lors d’une réunion en présence du Premier ministre :

  • 4 mars 2020 pour Futaba
  • 5 mars 2020 pour Ôkuma
  • 10 mars pour Tomioka

Le train devrait reprendre du service à partir du 14 mars 2020. Et la flamme olympique quittera Fukushima le 26 mars.

Fuite de liquide de refroidissement qui gèle le sous-sol autour des réacteurs accidentés

TEPCo a gelé tout le sous-sol, sur 1,4 km, tout autour des quatre réacteurs accidentés de la centrale de Fukushima daï-ichi, afin de réduire les infiltrations d’eau souterraine dans les bâtiments réacteur et turbine où elle se mélange à l’eau de refroidissement, fortement contaminée.

Il y a eu trois fuites du liquide de refoidissement qui circule pour maintenir le sol gelé. Environ 20 m3 auraient fui, sans conséquence pour l’environnement, selon TEPCo. La compagnie cherche la cause du problème.

Consultation publique sur le “recyclage” des terres contaminées

Les travaux de décontamination ont entraîné l’accumulation de 17 millions de mètres cube de terres contaminées pour lesquelles le Japon est en panne de solution (voir notre dernier bilan). Il est prévu de les transporter sur un site d’entreposage de 16 km2 autour de la centrale de Fukushima daï-ichi, où ils devront être repris après 30 années.

Le gouvernement veut pouvoir réutiliser ces terres contaminées dans des travaux de construction (routes, digues…). C’est une drôle de logique qui guide les autorités : d’énormes efforts sont déployés pour, dans un premier temps, rassembler la pollution radioactive. Puis, après 30 années, alors que les terres seront toujours radioactives, il est prévu de les disperser un peu partout dans le pays…

Mais le gouvernement persiste dans cette voie, malgré les nombreuses critiques. Il vient de lancer une consultation publique sur Internet pour modifier la réglementation. Il est possible de soumettre son avis jusqu’au 7 février 2020.

Ce qui est proposé est inacceptable : le texte soumis à consultion n’introduit pas de restriction à la réutilisation des terres contaminées. Il n’impose pas d’informer les populations riveraines des sites de “recyclage” et ne désigne pas qui sera responsable en cas de dispersion de la pollution. Rappelons que le Japon doit souvent faire face à des inondations et glissements de terrain. Bien évidemment, il n’est pas question de contrôles indépendants.

Voir le rapport du ministère de l’environnement (en japonais).