Levée de l’ordre d’évacuer à Minami-Sôma

Le gouvernement a levé l’ordre d’évacuer dans les districts d’Odaka et de Haramachi de la ville de Minami-Sôma, situés à moins de 20 km de la centrale de Fukushima daï-ichi. On peut désormais habiter dans toute la commune, à l’exception d’une petite zone dite de retour difficile avec une seule habitation où deux personnes vivaient.

Au 1er juillet 2016, 10 807 personnes, réparties dans 3 487 foyers étaient enregistrées dans ces districts. Voir la dernière carte officielle des zones évacuées, en japonais. La dernière carte en anglais date de septembre 2015.

Le taux de retour devrait être faible, comme partout ailleurs. Les habitants pouvaient déjà passer la nuit chez eux, mais seulement 2 006 dans 691 foyers en ont fait la demande. Ainsi, moins de 20% de la population est prête à rentrer. Il s’agit surtout de personnes âgées. Le gouvernement voulait déjà lever l’ordre d’évacuer en avril dernier, mais, face à la réticence des habitants, cela a été reporté de quelques mois. Certaines familles ont refait leur vie ailleurs. Pour beaucoup, la pollution radioactive restante est la principale source de préoccupation. Voir aussi cet article sur le dilemme des populations.

Les travaux de décontamination sont officiellement terminés pour les zones résidentielles, mais se poursuivent le long des routes et dans les zones agricoles. Cela devrait durer jusqu’en mars prochain.

Pour la première fois, que cet ordre est levé dans une zone dite de « restriction de résidence » où l’exposition externe était comprise entre 20 et 50 mSv/an. Mais elle est maintenant passée sous la limite de 20 mSv/an grâce à la décroissance naturelle et aux travaux de décontamination. Rappelons que cette limite correspond à la valeur la plus élevée des recommandations internationales et qu’elle n’est pas acceptée par beaucoup (lire Fukushima cinq ans après, retour à l’anormale à ce propos).

Pour faciliter le retour, l’hôpital et des zones commerciales ont rouvert. La ligne de train Jôban a repris dans la commune sur 9,4 km seulement, entre les stations Haranomachi et Odaka. D’autres portions devraient rouvrir cette année et en 2020.

C’est la sixième fois que l’ordre d’évacuer est levé depuis le début de la catastrophe nucléaire.

Trois ans après la mise en place des nouvelles règles de sûreté nucléaire…

Le 8 juillet a marqué le troisième anniversaire de l’entrée en vigueur des nouvelles règles de sûreté, présentée comme les plus exigeantes au monde. Une demande de redémarrage a été déposée pour 26 réacteurs nucléaires répartis dans 16 centrales. C’est moins de la moitié du parc de 54 réacteurs d’avant la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi en mars 2011. Et tous n’obtiendront pas une autorisation de remise en service. 12 réacteurs ont déjà été arrêtés définitivement, dont les 6 de Fukushima daï-ichi. Les exploitants n’ont pas encore officiellement renoncé aux 16 réacteurs restant.

Pour le moment, le dossier de sûreté de seulement sept réacteurs a été jugé conforme aux nouvelles règles de sûreté, ce qui est une bien piètre performance et seulement deux réacteurs fonctionnent à la centrale de Sendaï (Kagoshima) depuis l’automne dernier. Un troisième pourrait redémarrer cet été à la centrale d’Ikata (Ehimé). Pour deux réacteurs de Takahama (Fukui), une décision de justice a suspendu les opérations de redémarrage.

Les exploitants clament haut et fort que leurs réacteurs sont sûrs, que la sûreté est leur priorité n°1, etc… mais se plaignent par derrière de l’Autorité de régulation nucléaire qui serait trop lente. Mais, comme le rappelle le Maïnichi, de nombreuses voix estiment que la sûreté devrait être encore plus renforcée.

Le tribunal d’Ôtsu, par exemple, qui a suspendu le redémarrage de deux réacteurs de Takahama, a estimé que les défenses n’étaient pas suffisantes en cas d’attaque terroriste. Kunihiko Shimazaki, sismologue et commissaire de l’Autorité de Régulation Nucléaire (NRA) jusqu’en septembre 2014, pense qu’il faut revoir les règles de sûreté en ce qui concerne la résistance aux séismes. Il a fait part de son avis en juin dernier, suite aux séismes à Kumamoto. Localement, de nombreux riverains et élus pensent, quant à eux, que les plans d’urgence, qui sont la cinquième barrière de sûreté dans le cadre de la défense en profondeur, ne sont pas à la hauteur. L’Autorité de régulation nucléaire n’a pas à les évaluer. Enfin, une mission récente de l’AIEA avait estimé que cette dernière avait encore de nombreux progrès à faire pour atteindre les standards internationaux.

Par ailleurs, les sondages, comme celui du Maïnichi, montrent qu’une majorité de Japonais sont toujours opposés à l’énergie nucléaire. Seuls 16% estiment cette source d’énergie nécessaire. 50% estiment qu’elle est nécessaire à court terme, mais qu’elle doit être abolie dans l’avenir. Enfin, 31% jugent qu’elle n’est pas nécessaire.

Dans un tel contexte, l’industrie nucléaire japonaise essaye de se développer à l’étranger. Il y a des projets en Turquie et en Grande-Bretagne.

Doses prises par les travailleurs à la centrale de Fukushima daï-ichi

TEPCo a mis en ligne ses dernières statistiques sur les doses prises par les travailleurs à la centrale de Fukushima. Les données précédentes, allant jusqu’à avril 2016, sont en ligne sur le site du ministère du travail.

Il y a entre 9 000 et 10 000 personnes par mois qui travaillent sur le site de la centrale accidentée. Ce sont toujours les sous-traitants qui sont le plus nombreux et qui prennent les plus fortes doses. La dose moyenne mensuelle varie de 0,28 à 0,55 mSv (en mars 2016). La dose maximale sur un mois est de 13,82 mSv en mars 2016, alors que la limite de dose est de 20 mSv en moyenne sur 5 ans.

Le nombre cumulé de travailleurs depuis le 11 mars 2011 n’est plus donné. On ne sait donc pas combien sont proches de la limite de dose. TEPCo a remis les compteurs à zéro au 1er avril 2016 après 5 années passées.

Les données de TEPCo présentent aussi les doses à la peau avec un maximum à 80 mSv en mars 2016, ainsi que les doses à la cornée.

Par ailleurs, TEPCo a mis en ligne de nombreuses statistiques sur la compagnie, dont les doses prises avant la catastrophe. Il y a eu un maximum en 2003, année où la compagnie à dû arrêter de nombreux réacteurs suite à des falsifications de rapports de sûreté. Quand TEPCo triche ou sous-estime la sûreté, ce sont les travailleurs qui trinquent !

Faute de place, TEPCo va réutiliser les vieilles cuves contaminées

L’eau contaminée qui s’accumule reste un des principaux problèmes de TEPCo. La compagnie la met dans des cuves après décontamination partielle, le temps de trouver une solution. Pour le moment le gel des sous-sols ne ralentit pas le flux qui est toujours de l’ordre de 400 m3 par jour et l’eau polluée s’accumule.

Il y a déjà un millier de cuves sur le site de la centrale. Et comme il y a un manque de place et de cuves, TEPCo veut réutiliser les plus anciennes, contaminées, qu’elle s’était engagée à éliminer car certaines avaient fui… Et l’Autorité de régulation nucléaire a donné son accord, selon le Maïnichi.

L’utilisation des vieilles cuves boulonnées pourrait commencer dès ce mois-ci. Les plus récentes sont soudées.

Le maire d’Imari opposé au redémarrage de la centrale de Genkaï

La commune d’Imari, avec ses 57 000 habitants, est à moins de 30 km de la centrale nucléaire de Genkaï dans la province de Saga, que l’exploitant, Kyûshû Electric espère redémarrer cette année. Elle est donc concerné par les plans d’urgence nucléaire et doit se préparer à évacuer toute la population en cas d’accident grave.

Le maire d’Imari a tenu une conférence de presse pour exprimer son opposition au redémarrage de la centrale voisine. Il a expliqué qu’au moment de son arrêt, il était inquiet pour l’économie locale, mais, cinq années plus tard, il constate qu’il n’y a pas eu de problème majeur. Et donc, le sentiment qui domine dans la commune est qu’il n’y a pas besoin de cette centrale.

C’est la première fois qu’un maire d’une des 8 communes de la zone de préparation à l’urgence exprime son opposition. Mais il n’aura pas voix au chapitre, seule la commune qui héberge la centrale, et qui touche les subsides, est consultée. Kyûshû Electric continue à se préparer au redémarrage dès qu’elle obtiendra l’accord de l’Autorité de régulation nucléaire et les autorités régionales de Saga considère l’avis du maire d’Imari comme un avis parmi d’autres.

Doutes sur le sous-sol gelé, ultime rempart de TEPCo contre les fuites d’eau radioactive

TEPCo a tout tenté pour réduire les infiltrations d’eau souterraines dans les sous-sols de ses réacteurs accidentés à Fukushima daï-ichi. En effet, cette eau se mélange à l’eau utilisée pour refroidir les combustibles qui est très contaminée. Elle doit donc être pompée en permanence pour éviter les débordements, partiellement décontaminée pour finir dans des cuves qui s’accumulent à perte de vue (une fuite a encore été découverte sur une cuve en juin 2016, d’après TEPCo).

Elle a commencé par des pompages en amont, dans la nappe phréatique, avec un impact très faible. Puis elle a construit une barrière souterraine le long du littoral afin de réduire les fuites radioactives en mer, tout en pompant la nappe phréatique au pied des réacteurs. Cette eau est partiellement décontaminée avant d’être rejetée en mer. Mais, rapidement, cette solution a posé des problèmes : le mur penche et l’eau est devenue trop contaminée et trop salée pour être traitée. TEPCo reste discrète à ce propos.

La dernière solution est le gel du sous-sol tout autour des réacteurs accidentés (voir la page dédiée sur le site de TEPCo, avec une vidéo). La encore, cela n’a pas évolué comme prévu : les nombreuses galeries souterraines entre les réacteurs et le littoral ne gelaient pas et il a fallu les bétonner. Des premier tests du gel du sous-sol ont eu lieu en avril 2015, puis les opérations ont commencé par l’aval le 31 mars dernier. Depuis le 6 juin, TEPCo a commencé à geler la partie amont (voir les photos).

Dans sa communication en anglais, la compagnie semble satisfaite des progrès effectués. Voir, par exemple, un bilan publié en avril dernier pour la partie aval. Le rapport transmis à l’AIEA en mai dernier par le gouvernement est tout aussi insipide.

Mais la solution n’est pas aussi prometteuse qu’attendu. En mai dernier, les médias japonais (Fukushima Minpo ou Asahi) ont rapporté que, selon TEPCo, 10% environ du sol ne gelait pas. En un point, la température n’est pas descendue en dessous de 10°C. Cela concerne les parties où il y a beaucoup de graviers et des écoulements rapides. La compagnie, qui avait annoncé que 88% du sol avait gelé, a dû trouver des idées alternatives. Depuis juin, elle injecte aussi du ciment et d’autres agents chimiques dans les zones où le gel ne prend pas. Voir les données publiées en juin.

Selon le Maïnichi, l’Autorité de régulation nucléaire, la NRA, commence à avoir de sérieux doute sur l’impact du projet. TEPCo annonce que le chantier avance comme prévu, mais les volumes d’eau contaminée pompés de faiblissent pas. Un des commissaires a même estimé, durant une réunion, qu’il ne s’agissait pas d’un mur, mais plutôt d’un écran de bambous.

Rappelons que le gel des sous-sols doit se faire sur 1,5 km tout autour des réacteurs, une ampleur sans précédent, et doit tenir pendant des années. Il devrait entraîner le gel de 70 000 m3 de sol. Pour cela, les sous-traitants de TEPCo ont foré 1 568 trous dans lesquels des tuyaux ont été installés jusqu’à 30 m de profondeur pour y faire circuler un liquide réfrigérant à -30°C. Le projet a déjà coûté 34,5 milliards de yens (310 millions d’euros) d’argent public.

 

Feu vert du ministère de l’environnement au recyclage du sol radioactif

Alors que les experts consultés avaient émis des réserves sur le recyclage des sols radioactifs comme fondation pour les routes, digues… le ministère de l’environnement vient de décider d’aller de l’avant et d’autoriser la pratique si le niveau de césium est inférieur à 8 000 Bq/kg. En effet, ces structures ont une durée de vie de 70 ans environ, alors qu’il faudra 190 ans au césium-137 pour passer de 8 000 à 100 Bq/kg.

Et si les riverains des sites refusent, ce sera à cause des “rumeurs néfastes”, comme d’habitude…

Il y a 22 millions de mètres cubes de sols radioactifs attendus après réduction des volumes par incinération qui doivent être entreposés sur un site de 16 km2 pendant 30 ans. Pour le moment, le site n’est toujours pas disponible et aucune autre solution n’a été trouvée pour après.

Microparticules vitreuses riches en césium autour de Fukushima

En février dernier, un article scientifique mentionnait la présence de microparticules vitreuses riches en césium autour de la centrale de Fukushima daï-ichi. Une communication à un congrès scientifique qui vient d’avoir lieu au Japon, permet d’en savoir plus (voir le résumé scientifique sur le site de la conférence et le communiqué repris par des sites scientifiques) sur ces particules qui peuvent atteindre la taille nanométrique.

Selon ces travaux, les retombées radioactives sur Tôkyô auraient été dominées par cette “suie vitreuse” formée lors de la fusion des cœurs des réacteurs. Ainsi, le césium radioactif retombé sur la capitale n’aurait donc pas été dissout dans l’eau l’eau de pluie. L’analyse de plusieurs filtres à air collectés à Tôkyô le 15 mars 2011 montre que 89% de la radioactivité était contenue dans cette “suie vitreuse”.

Une des conséquences est que la pollution n’aurait pas été emportée directement par les eaux de ruissellement et qu’il a fallu une action de nettoyage pour s’en débarrasser. Pour le principal auteur, cela justifie a posteriori l’intérêt des travaux de décontamination effectués à Tôkyô.

Les analyses ont montré que cette suie est surtout composée de nanoparticules qui auraient été formées lors de l’interaction du corium (cœur fondu) avec le béton des réacteurs accidentés. La concentration en césium peut atteindre 4,4×1014 Bq/kg.

Selon les auteurs de cette étude, ces découvertes imposent de revoir certaines hypothèses concernant les rejets en situation accidentelle ainsi que l’impact sanitaire de ces retombées sous forme de nano- et microparticules qui pourraient rester plus longtemps dans les poumons que du césium soluble.

Problèmes de câbles plus graves que prévu sur plusieurs installations

Suite à la découverte par TEPCo d’une violation des règles de sûreté relatives aux câbles électriques, l’Autorité de régulation nucléaire, la NRA, avait ordonné le contrôle de toutes les installations nucléaires. Fin mars 2016, 19 réacteurs répartis dans 6 centrales nucléaires et l’usine de retraitement étaient concernés par ce problème. En effet, les câbles reliés aux équipements importants pour la sûreté doivent être séparés des autres câbles électriques pour les protéger en cas d’incendie.

Selon le Maïnichi, de nouvelles inspections effectuées par les exploitants et la NRA ont permis de découvrir qu’il y avait un total de 5 344 violations relatives aux câbles dans ces installations. Pour quatre centrales, cette violation était particulièrement grave car les exploitants n’avaient pas les contrôles et correctifs nécessaires après que les nouvelles règles aient été introduites en octobre 2003. Et donc, la NRA a classé cette violation au niveau 2 sur une échelle de 4. Sont concernées, la centrale de Kashiwazaki-Kariwa à Niigata, appartenant à TEPCo, Fukushima daï-ni, appartenant aussi à TEPCo, Onagawa à Miyagi, appartenant à Tôhoku Electric et Hamaoka à Shizuoka, appartenant à Chûbu Electric.