TEPCo examine la cheminée de rejet des réacteurs 1 et 2

La cheminée de rejet des réacteurs 1 et 2 de la centrale de Fukushima daï-ichi, qui fait 120 m de hauteur, commence à se détériorer. Les jambes de soutien montrent des fissures et des déformations. La compagnie doit contrôler leur évolution afin de déterminer si la cheminée doit être renforcée ou démantelée. Elle estime cependant qu’il n’y a pas de risque d’effondrement, même en cas de fort séisme.

Le problème est que cette cheminée, qui a servi aux rejets de gaz radioactifs lors de l’accident, est elle-même très radioactive. En 2011, un débit de dose de l’ordre de 10 sieverts par heure a été relevé. C’est une dose létale en moins d’une heure. En 2013, un robot a relevé jusqu’à 25 sieverts par heure. Des mesures vont à nouveau être effectuées.

Nouveaux jalons dans la sécurisation des réacteurs

TEPCo annonce avoir réussi à retirer des derniers blocs de béton qui obstruaient l’accès des robots à l’enceinte de confinement du réacteur n°2. Comme ils étaient fixés dans le sol, il n’a pas été possible de le retirer avec des engins télécommandés. Ce sont donc des travailleurs qui ont conduit les engins sur place, après avoir installé des panneaux pour atténuer le rayonnement. (Voir le schéma et les photos mis en ligne par TEPCo). Le débit de dose ambiant était tout de même de l’ordre de 4 à 6 mSv/h. C’est beaucoup quand on sait que la limite moyenne à ne pas dépasser est de 20 mSv par an pour les travailleurs. La plus forte dose prise lors de ces opérations serait de 2,5 mSv.

La compagnie doit encore décontaminer les lieux et trouver un moyen de faire baisser le débit de dose. Il y en a pour plusieurs mois.

Du côté du réacteur n°1, TEPCo annonce avoir terminé de retirer le toit. Elle a mis des photos en ligne. Elle avait commencé en juillet dernier à retirer les 6 panneaux qui formaient la canopée. Il lui a fallu tant de temps à cause du scandale des poussières radioactives lors du déblaiement du haut du réacteur n°3. (Voir notre synthèse de mars 2015 à ce propos). La compagnie va retirer quelques débris qui gène les opérations d’aspersion d’agent fixant les poussières, puis les panneaux latéraux. Le retrait des débris en vue d’accéder aux combustibles de la piscine ne devrait pas commencer avant la mi-2016.

70 à 100% du cœur du réacteur n°2 aurait fondu

Les muons, ces particules cosmiques, ont été utilisés pour radiographier deux des réacteurs de Fukushima daï-ichi, confirmant ainsi la fusion des cœurs. Pour le réacteur n°2, c’est l’université de Nagoya qui a effectué le travail. Cette même équipe affirme qu’il est fort probable que 70 à 100% du cœur de ce réacteur a fondu. Où est passé le corium, c’est la dire le cœur fondu ? Il n’est pas encore possible de répondre à cette question. TEPCo estime qu’une partie est restée dans la cuve du réacteur.

Les chercheurs de l’université de Nagoya doivent présenter leurs résultats lors d’un congrès de la société japonaise de physique à Ôsaka. Pour arriver à ces conclusions, ils ont comparé le réacteur n°2 au réacteur n°5. Voir une ancienne présentation de cette équipe, qui montre la technologie utilisée.

TEPCo, qui a déjà montré que tout le cœur du réacteur n°1 a percé la cuve, veut à son tour radiographier le réacteur n°2 avec des muons, mais le détecteur qu’elle a fait développer est trop grand et peut pas être utilisé

TEPCo a retiré la moitié du toit du réacteur n°1

TEPCo avait recouvert le réacteur n°1 d’une structure temporaire pour limiter les infiltrations d’eau de pluie et les rejets radioactifs gazeux. En juillet dernier, elle a commencé à démanteler cette structure. Un deuxième panneau a été retiré en août dernier et TEPCo vient de retirer le troisième. Il n’y aurait pas eu d’augmentation de rejets de poussières radioactives. La compagnie est moins négligente que pour le réacteur n°3.

L’AIEA publie son rapport sur la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi

L’AIEA a publié son rapport sur la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi. Il y a 1 200 pages en tout réparties en

avec des annexes.

En feuilletant rapidement certaines parties, il apparaît que ce rapport a beaucoup puisé dans les rapports des commissions d’enquête gouvernementale et parlementaire et n’apporte pas beaucoup d’information nouvelle.

Dans sa communication, l’AIEA a mis en avant deux points repris par les médias :

  • une trop grande confiance dans la sûreté des installations nucléaires et un manque de préparation pour faire face à l’accident (il aurait été difficile de dire l’inverse…)
  • qu’il est peu probable qu’il y ait une augmentation du nombre de cancers de la thyroïde chez les enfants de Fukushima.

Problèmes avec les détecteurs de muons

Les muons sont des particules cosmiques qui peuvent traverser de fortes épaisseurs. Ils ont été utilisés radiographier les cœurs des réacteurs 1 et 2. En effet, le corium, c’est à dire le combustible fondu, est plus dense, et absorbe plus de muons.

Des essais effectués sur le réacteur n°1 ont permis de confirmer la fusion du cœur et le percement de la cuve. Après ce premier essai, de nouveaux détecteurs ont été développés, pour un coût de 4 millions de dollars, mais, selon la NHK, la télévision publique, ils sont trop grands pour être installés dans le réacteur n°2. Il faudrait en démonter une partie, décontaminer les lieux, ce qui conduirait à un triplement du coût. TEPCo et les autorités vont donc utiliser les détecteurs qui ont servi pour le réacteur n°1.

Ce qui a de surprenant dans cette histoire, outre le fait que les détecteurs aient été construits sans se préoccuper de savoir s’ils avaient la bonne taille, c’est que le réacteur n°2 a déjà été radiographié par l’université de Nagoya sans que TEPCo n’ait mentionné ces résultats.

La compagnie a aussi reporté l’envoi d’un robot dans la cuve du réacteur n°2.

Début du retrait de la couverture du réacteur n°1

TEPCo a commencé à retirer la couverture installée au-dessus du réacteur n°1. Il s’agit d’un premier pas vers le retrait des débris situés au-dessus de la piscine de combustibles usés. La compagnie a un an de retard sur son planning initial, à cause du rejet potentiel de poussières radioactives lors des travaux de démantèlement. Pour le réacteur n°3, les négligences de la compagnie avaient conduit à des rejets significatifs. Voir aussi, à ce propos, notre bilan pour les quatre ans de la catastrophe.

TEPCo devait débuter les opérations en mai dernier, comme nous l’avions annoncé, mais il y a eu un problème sur une installation de contrôle du débit d’air. Cette fois-ci, promis, la compagnie a bien aspergé des résines pour fixer les poussières. Chikurin, le laboratoire monté à Tôkyô avec le soutien de l’ACRO, continue sa surveillance de la contamination des poussières. Les données sont en ligne.

Le retrait des débris devrait durer jusqu’à la fin 2016, voire début 2017.

La compagnie a mis quelques images en ligne.

Report des travaux de sécurisation et retour des habitants validés

TEPCo avait annoncé vouloir retarder de plusieurs années le retrait des combustibles usés et le gouvernement vient d’approuver cette nouvelle feuille de route lors d’une réunion commune. Le communiqué de presse de TEPCo n’est qu’une suite de propos lénifiants sans beaucoup d’intérêt. Officiellement, il est question de privilégier la sécurité des travailleurs par rapport à la rapidité des opérations.

TEPCo n’en est pas encore au stade du démantèlement des réacteurs, mais à leur sécurisation car ils sont encore très menaçants. Sauf le réacteur n°4, où le retrait des combustibles de la piscine est terminé. Son démantèlement n’est pas pour tout de suite.

Pour les réacteurs 1, 2 et 3, il faut d’abord retirer les combustibles des piscines, puis les combustibles fondus avant de pouvoir commencer à démanteler. TEPCo vient d’obtenir l’aval du gouvernement pour retarder ces travaux de 2 à 3 ans pour les piscines. Ainsi, les travaux ne devraient pas commencer avant 2017 pour la piscine du réacteur n°3 et en 2020 pour celles des n°1 et 2. Le débit de dose y est trop élevé et des être humains ne peuvent pas y travailler.

Le retrait des combustibles des piscines nécessite le déblaiement de tous les débris puis de la construction d’une structure par dessus les bâtiments détruits, pour les réacteurs 1 et 3. Ce sont les travaux de construction qui sont difficiles sans êtres humains à proximité. La structure à construire n’est pas la même pour chaque réacteur. Pour le réacteur n°2, comme l’enceinte de confinement est fissurée, la contamination y est plus forte.

Pour le retrait du corium, à savoir le combustible fondu, il n’y a pas de changement de date : cela devrait commencer dans 6 ans, ce qui semble peu réaliste au vu de la complexité du chantier. Avec ce calendrier, il se sera passé 10 ans depuis la fusion de ces cœurs. TEPCo ne sait toujours pas par quel réacteur elle va commencer car elle ne sait pas où sont les coriums.

La compagnie envisageait de noyer l’enceinte de confinement pour atténuer les radiations, mais cela ne sera pas possible car elle est percée. Il lui faut donc trouver des méthodes alternatives. De nouvelles solutions devraient être proposées d’ici deux ans.

L’autre problème menaçant est l’eau accumulée dans les cuves. Même si elle a été partiellement décontaminée, une forte secousse pourrait provoquer une fuite et entraver les travaux sur place. TEPCo et les autorités espèrent toujours la rejeter dans l’océan. Une consultation des parties-prenantes en vue de les convaincre devrait commencer l’an prochain.

TEPCo veut réduire les infiltrations d’eau souterraine dans les sous-sols des réacteurs à moins de 100 m3 par jour d’ici mars 2017. C’est actuellement de l’ordre de 300 m3 par jour.

Puis, une fois les travaux de sécurisation et de démantèlement terminés, ni TEPCo, ni les autorités n’ont de solution pour les déchets radioactifs générés.

La feuille de route avait été initialement définie en décembre 2011. La dernière révision date de juin 2013.

D’un autre côté, le gouvernement a validé son plan de voir 54 800 habitants rentrés chez eux d’ici deux ans, afin de cesser les indemnisations un an plus tard. Evidemment, les habitants originaires des zones les plus contaminées, classées en zones de « retour difficile », ne sont pas concernés. Pour le moment, le taux de retour dans les zones où l’ordre d’évacuer a été levé est faible. Les réacteurs n’étant pas sécurisés, on comprend les réticences.

TEPCo reporte le retrait des combustibles usés des réacteurs 1 à 3

Si TEPCo a réussi à retirer tous les combustibles de la piscine du réacteur n°4, c’est parce que la cuve du réacteur était vide en 2011 et des êtres humains ont pu intervenir sur place. Ce n’est pas le cas pour les réacteurs 1, 2 et 3 où il y a eu fusion du cœur. Le risque d’irradiation y est trop élevé pour permettre à des humains d’y travailler. La compagnie espérait pouvoir commencer les travaux cette année pour le réacteur n°3 où la plupart des débris ont été retirés. Elle vient de reporter à 2017 le début des travaux. Pour les réacteurs 1 et 2, c’est passé de 2017 à 2020. Pour le reste des travaux de sécurisation puis de démantèlement des réacteurs, il n’y a pas eu de modification de calendrier.

Rappelons que ces piscines sont une menace. Si une forte secousse sismique les fissure et qu’il n’est plus possible de refroidir les combustibles, les rejets radioactifs ne seraient pas retenus par une enceinte de confinement. Ils seraient alors plus conséquents que ceux de 2011.

Cela n’empêche pas les autorités de vouloir voir que populations rentrent dans les territoires évacués situés à moins de 20 km de la centrale afin de cesser l’indemnisation…

Promotion des robots

TEPCo a mis en ligne une vidéo promotionnelle pour vanter le succès des deux robots envoyés dans l’enceinte de confinement du réacteur n°1. Elle explique que cela lui a permis d’obtenir de nombreuses données intéressantes, mais l’on en sait pas plus sur ces données, si ce n’est qu’il n’y a pas d’obstacle à une investigation plus poussée.
La compagnie explique aussi que le niveau de débit de dose mesuré est moins important que ce qu’elle avait imaginé, sans dire qu’il serait létale en quelques minutes pour un être humain. Les robots ont tenu plus longtemps et TEPCo s’en félicite.

La télévision publique NHK mentionne que TEPCo a rendu publiques des heures d’enregistrement de vidéos faites par ces deux robots, mais je ne les ai pas trouvées en ligne. Si un lecteur les trouve, nous sommes preneurs.

Le Japan Atomic Industrial Forum, qui signe « atoms in Japan », avait aussi récemment proposé une vidéo promotionnelle des robots japonais. La gestion de l’accident apparaît comme un défi excitant.

Outre un appel aux étudiants à s’engager dans cette voie, l’industrie japonaise veut se placer sur le gigantesque marché international du démantèlement des installations nucléaires.