Début du chargement du réacteur n°3 d’Ikata

Shikoku Electric a commencé à charger le combustible nucléaire dans son réacteur n°3 de la centrale d’Ikata, situé dans la province d’Ehimé. Il y a 16 assemblages de MOx sur 157 assemblages en tout. Les équipes se relaient sans arrêt sur place pour terminer le chargement le 27 juin prochain.

La compagnie espère démarrer le réacteur le 26 juillet si tout va bien. Il devrait alors produire de l’électricité trois jours plus tard. Ce sera alors le troisième réacteur mis en service au Japon. Il est à l’arrêt depuis avril 2011.

Des citoyens ont saisi la justice en mai dernier pour suspendre ce redémarrage.

Extension de la durée d’exploitation de deux réacteurs de Takahama

En avril dernier, l’Autorité de régulation nucléaire (NRA) avait jugé que la sûreté des réacteurs n°1 et 2 de Takahama, dans la province de Fukui, était conforme aux nouvelles règles et que leur durée d’exploitation au-delà de la limite de 40 ans était a priori possible. Restait à évaluer le vieillissement. La NRA vient de confirmer cet avis et autorise l’exploitation jusqu’à 60 ans à titre exceptionnel.

Cet avis prend en compte les études sur le vieillissement des installations mais est conditionné à des travaux de renforcement de la résistance aux séismes. La NRA a accepté que les tests de résistance aux secousses soient reportés.

Il y a aussi le problème des 1 300 km de câbles électriques inflammables déjà mentionné et l’enceinte de confinement à renforcer. Les travaux devraient prendre trois ans, selon l’exploitant et coûter plus de 200 milliards de yens (1,7 milliards d’euros). Le redémarrage ne devrait pas avoir lieu avant l’automne 2019.

Ces deux réacteurs avaient été mis en service en novembre 1974 et novembre 1975 et sont arrêtés depuis 2011. C’est la première fois que des réacteurs sont autorisés à être exploités au-delà de 40 ans, au Japon.

Rappelons que le redémarrage des réacteurs n°3 et 4 de cette même centrale est suspendu par décision de justice. Une plainte a aussi été déposée contre le redémarrage des réacteurs 1 et 2.

Cette décision de la NRA a été contestée par les personnes critiques envers le nucléaire, qui rappellent que l’extension “exceptionnelle” au-delà de 40 ans de l’exploitation des réacteurs nucléaires devait être motivée par un risque de pénurie d’électricité, ce qui n’est absolument pas le cas au Japon. Seuls deux réacteurs fonctionnent actuellement. Le président de la NRA, Shunichi Tanaka, avait déclaré, en 2012, au moment de sa prise de fonction, que la prolongation de l’exploitation des vieux réacteurs était extrêmement difficile.

Mais la politique énergétique de l’actuel gouvernement, en fixant à 20-22% la part du nucléaire dans le mix électrique à l’horizon 2030, implique la prolongation de l’exploitation d’une dizaine de vieux réacteurs. De nombreux Japonais craignent donc que l’exception devienne la règle. Quant au village nucléaire, il applaudit !

Rappelons aussi que la loi fixait au 7 juillet 2016 la date limite pour obtenir l’autorisation de prolonger l’exploitation de ces deux réacteurs et que l’exploitant, Kansaï Electric, a bénéficié d’un traitement de faveur pour tenir les délais. La demande a été déposée en avril 2015, bien après celles déposées pour d’autres réacteurs qui ont donc été repoussées.

Suspension du redémarrage des réacteurs de Takahama confirmée par la justice

En mars dernier, un tribunal d’Ôtsu avait suspendu les opérations de redémarrage des réacteurs n°3 et 4 de la centrale de Takahama dans la province de Fukui. Kansaï Electric (KEPCo), l’exploitant, avait fait immédiatement appel.

La cour d’Ôtsu vient de confirmer son jugement en estimant qu’il ne peut pas être déclaré que les réacteurs sont sûrs parce qu’ils satisfont aux nouveaux critères de sûreté. Et de lister toute une série de problèmes allant des plans d’urgence au risque tsunami. C’est le même juge qu’en mars dernier qui a débouté la compagnie. Il a expliqué que KEPCo n’a pas donné d’explications suffisantes.

KEPCo est furieuse et explique que cette suspension lui coûte 300 millions de yens par jour. La bataille judiciaire continue, mais pourrait prendre des mois.

Nouvelle plainte contre la centrale de Sendaï

33 personnes des provinces de Kagoshima, Kumamoto et Fukuoka sur l’île de Kyûshû ont saisi la justice pour demander la révocation de l’autorisation d’exploiter la centrale nucléaire de Sendaï située à Kagoshima, où il y a les deux seuls réacteurs en opération du Japon. Elles estiment que l’Autorité de Régulation Nucléaire a sous-estimé le risque volcanique et ignoré les derniers résultats de la recherche.

En 2014, un autre groupe avait déjà saisi la justice pour suspendre, en vain, les autorisations de redémarrage de cette centrale. Il avait été débouté.

Localement, dans la commune de Satsumasendaï qui abrite la centrale, nombreux sont ceux qui commencent à tourner la page du nucléaire. Le projet de troisième réacteur a été abandonné suite à la catastrophe de Fukushima, la commune ayant retiré son accord, et les deux réacteurs seront arrêtés un jour. En 2014, 50,3% des 358 entreprises de la communes avaient déclaré que l’arrêt des réacteurs n’avait aucune influence sur leur activité et 48,9% avaient déclaré l’inverse. La commune se tourne vers les énergies renouvelables : il n’y avait qu’une éolienne avant mars 2011, d’une puissance de 250 kW, et maintenant, il y a 134 000 kW d’électricité renouvelable, de quoi alimenter les 46 000 foyers de la commune.

TEPCo condamnée à indemniser deux nouvelles familles de victimes de l’évacuation

Une cour de Tôkyô a jugé que TEPCo devait indemniser les familles de deux personnes décédées lors de l’évacuation dramatique de l’hôpital de Futaba et de la maison de retraite adjacente. C’est le deuxième jugement en ce sens. En avril dernier, deux autres familles avaient obtenu une indemnisation sur décision de justice.

Cette fois-ci, il s’agit d’un patient de l’hôpital âgé de 97 ans et d’une pensionnaire de la maison de retraite, âgée de 86 ans, qui étaient décédés lors de leur transfert en bus à Iwaki qui avait duré une dizaine d’heures. Les patients qui ne pouvaient pas se lever ont attendu les secours plusieurs jours. Il y a eu une cinquantaine de décès en tout dans cet hôpital.

Les familles des deux victimes vont recevoir un total d’environ 30 millions de yens alors qu’elles en avaient demandé 66 millions. La cour a estimé que pour chacun de ces deux cas la compensation doit être de 20 millions de yens, mais qu’elle doit être réduite de 20 à 30% à cause de l’état de santé des patients qui était dégradé avant la catastrophe.

TEPCo condamnée à indemniser deux victimes de l’évacuation

Les familles de deux patients décédés lors de l’évacuation de l’hôpital de Futaba ont porté plainte contre TEPCo pour obtenir une meilleure indemnisation et la cour vient de décider que la compagnie devra leur verser 31 millions de yens en tout. Les familles demandaient le double environ et le juge a accepté l’argument de TEPCo que d’autres causes que la catastrophe nucléaire sont responsables de ces décès.

TEPCo avait accepté d’indemniser les familles, mais le conflit portait sur sa part de responsabilité dans les décès.

La première victime est un homme de 98 ans, évacué le 14 mars par l’armée et décédé deux jours plus tard dans l’abri. La deuxième est un homme de 73 ans évacué le 16 mars vers un autre hôpital où il est décédé le jour même. Ils avaient besoin de soins constants car ils ne pouvaient plus se nourrir par eux-même. La cour a estimé que l’hypothermie liée à l’absence de chauffage suite aux séismes et tsunami avait dégradé leur santé.

Une cinquantaine de patients de l’hôpital et de la maison de retraite attenante étaient décédés lors de l’évacuation en mars 2011. Sept familles, dont les deux en question ici, ont porté plainte contre TEPCo. Ce sont les deux décisions de justice.

Rappelons qu’il y avait 338 patients à l’hôpital de Futaba et que 209, qui pouvaient marcher, avaient été évacués par bus le 12 mars 2011. Les autres ont attendu plusieurs jours sans ressource que l’armée vienne les chercher.

Nouvelles du parc nucléaire japonais

• A Hamaoka, le mur anti-tsunami est terminé. Il culmine à 22 m au dessus du niveau de la mer et fait 1,6 km de long. Les travaux ont commencé en novembre 2011. La centrale est à proximité de failles sous-marines connues pour être actives.

Rappelons qu’en mai 2011, le premier ministre avait ordonné l’arrêt de cette centrale. L’exploitant, Chûbu Electric, espère pouvoir relancer les réacteurs n°3 et 4 et a déjà dépensé près de 400 milliards de yens (3,2 milliards d’euros) pour améliorer la sûreté.

• Les exploitants du nucléaire de l’Ouest du Japon veulent coopérer pour faire face à la dérégulation du marché de l’électricité. Les investissements pour renforcer la sûreté rend leur électricité peu compétitive. Les investissements nécessaires sont de l’ordre de 100 milliards de yens (un milliard d’euros) par réacteur. Kansaï, Kyûshû, Chûgoku et Shikoku Electric espèrent signer un accord de coopération avant la fin du mois. Certains équipements de secours en cas d’accident, comme des générateurs mobiles, seraient mutualisées. Les compagnies veulent aussi coopérer sur le démantèlement alors qu’elles ont déjà décidé la mise à l’arrêt définitif de 5 réacteurs (les n°1 et 2 de Mihama, le n°1 d’Ikata, le n°1 de Shimané et le n°1 de Genkaï).

• Les dernières inspections viennent de démarrer à la centrale d’Ikata dans la province d’Ehimé où Shikoku veut redémarrer le réacteur n°3 dont le dossier de sûreté avait été jugé recevable en juillet 2015. Elles devraient durer 4 mois et demi si tout va bien. L’exploitant espère redémarrer le réacteur en juillet 2016 en utilisant du combustible MOx. Ce sera alors le troisième réacteur à redémarrer, après l’arrêt de la centrale de Takahama par la justice.

• La cour d’appel de Fukuoka confirme le rejet de la demande de citoyens d’arrêter les réacteurs en activité à la centrale de Sendaï (Kagoshima). Elle a estimé que l’avis de l’Autorité de Régulation Nucléaire, la NRA, concernant la tenue sismique était rationnel. Un premier tribunal, à Kagoshima, avait déjà débouté ces plaignants en avril 2015 et ils avaient fait appel. Ils pourraient, cette fois-ci, saisir la cour suprême.

L’enjeu concerne la présence de volcans actifs à quelques dizaines de kilomètres, dont le Sakurajima, à 50 km. La cour a jugé “irrationnelle” l’évaluation du risque volcanique faite par la NRA, car les volcans imprévisibles. Mais, il n’y a pas de raison de penser qu’une éruption qui met en danger la centrale ait lieu quand elle est en activité. Et de conclure que c’est aux politiques de définir le risque acceptable.

Les plaignants ont aussi mis en avant la mauvaise préparation à l’accident, mais la cour a jugé que les plans d’urgence avaient été validés par la commission ad-hoc.

Cette centrale est la seule à produire de l’électricité au Japon. Il y a un mois, un autre tribunal avait ordonné l’arrêt de la centrale de Takahama.

Fuite d’une cuve radioactive en 2013 : les plaignants déboutés

Durant l’été 2013, une cuve avait fui pendant un mois avant que TEPCo ne s’en rende compte. La compagnie avait ensuite estimé que 300 m3 d’eau fortement contaminée s’étaient écoulés dans la nature.

Des Japonais avaient porté plainte contre TEPCo et 34 de ses dirigeants anciens ou actuels pour pollution de la mer. En ce qui concerne TEPCo, son PDG actuel d’autres dirigeants, les plaignants viennent d’être déboutés faute de preuve que l’eau contaminée ait atteint la mer. Pour les autres personnes, elles n’avaient pas de pouvoir pour prévenir la fuite.

Les plaignants devraient faire appel.

Nouvelles du parc nucléaire japonais

Le bras de fer continue entre Kyûshû Electric et l’Autorité de Régulation Nucléaire

La centrale nucléaire de Sendaï à Kagoshima est la seule à produire de l’électricité au Japon, avec deux réacteurs en service. Comme nous l’avons déjà expliqué, la compagnie est revenue sur ses engagements concernant la protection sismique du centre de crise arguant qu’il a l’autorisation de fonctionner sans faire les travaux promis. L’Autorité de Régulation Nucléaire, la NRA, n’est pas d’accord et a appelé l’exploitant à effectuer les travaux promis.

La compagnie continue à résister et elle va soumettre des données à la NRA pour démontrer que sa solution, moins onéreuse car elle ne consiste qu’à renforcer l’existant, pas à construire un nouveau bâtiment, est tout aussi sûre en terme de résistance aux séismes.

Avoir un bâtiment anti-sismique, avec une structure en caoutchouc pour absorber les vibrations telluriques n’est pas obligatoire dans le nouveau référentiel de sûreté, mais la présence d’un centre de crise ayant cette protection s’est révélée très utile à Fukushima daï-ichi. Kyûshû Electric s’était donc engagée à construire un tel bâtiment pour accueillir le centre de crise de 6 600 m2. Le nouveau plan consiste en l’utilisation du centre actuel et à son extension pour avoir une surface totale de 3 200 m2.

L’instruction du dossier de demande de redémarrage de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa suspendu

Il y a deux ans et demi, TEPCo avait déposé une demande d’autorisation de redémarrage pour ses réacteurs 6 et 7 de sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa à Niigata. Mais la NRA a annoncé que l’exploitant n’est pas encore prêt pour l’inspection de sa nouvelle méthode d’évaluation du risque sismique.

Les autorités régionales de Niigata ont mis en place leur propre commission d’enquête relative à l’accident de Fukushima pour pouvoir décider, en connaissance de cause, du redémarrage de Kashiwazaki-Kariwa. C’est devant ce comité que TEPCo avait reconnu avoir trop tardé pour admettre la fusion de trois cœurs nucléaire à Fukushima daï-ichi. Et il a fallu 5 ans à TEPCo pour découvrir que les critères de définition de la “fusion du cœur” étaient dans son manuel d’urgence ! Cet épisode a rendu furieuse la commission d’enquête qui a précisé que la compagnie n’obtiendrait jamais son feu vert dans de telles conditions.

L’Asahi rapporte que le gouverneur avait appelé TEPCo lors de la crise en affirmant qu’il y avait eu fusion des cœurs, mais la compagnie avait démenti à l’aide de diagrammes.

Le redémarrage n’est pas pour bientôt.

Takahama arrêté par la justice

Comme cela a été dit, la justice a arrêté la procédure de redémarrage des réacteurs 3 et 4 de la centrale de Takahama dans la province de Fukui. Le réacteur n°3, déjà en service, avait dû être arrêté le 10 mars dernier. Kansaï Electric, l’exploitant, a fait appel. Selon l’Asahi, le 18 mars, le patron de la compagnie, qui préside aussi l’association des exploitants du nucléaire, a menacé de porter plainte contre les plaignants s’il gagnait en appel. Cette menace a provoqué un tollé.

Arrêt définitif d’un sixième réacteur et redémarrage potentiel d’un troisième en juillet

Shikoku Electric a décidé d’arrêter définitivement le réacteur n°1 de sa centrale d’Ikata dans la province d’Ehimé car la remise aux nouvelles normes de sûreté coûterait trop cher. Les travaux sont estimés à plus de 170 milliards de yens (plus de 1,3 milliards d’euros) et pourraient prendre jusqu’à 4 à 5 ans. En imaginant que l’exploitant obtienne l’autorisation “exceptionnelle” d’aller jusqu’à 60 ans, les 14 ou 15 années d’exploitation supplémentaires ne justifient pas l’investissement.

Le réacteur a été mis en service en septembre 1977 et est arrêté depuis septembre 2011. Il a une capacité de 566 MWe. Shikoku Electric a déposé une demande d’autorisation de redémarrage du réacteur n°3 de cette centrale. La NRA avait jugé son dossier de sûreté recevable et la compagnie a terminé les travaux. Elle vient de demander que la NRA mène actuellement les dernières inspections sur site. La compagnie espère un redémarrage en juillet 2016. Une plainte a été déposée contre ce redémarrage.

C’est le sixième réacteur à être arrêté définitivement. Les cinq autres avaient été mis à l’arrêt définitif il y a un an. Il y a, en plus, les 6 à la centrale de Fukushima daï-ichi qui sont hors service.

Bilan

Le Japon avait 54 réacteurs nucléaires de production d’électricité en 2010. L’accident a détruit 4 réacteurs à Fukushima daï-ichi et les réacteurs 5 et 6, noyés par le tsunami, ont été arrêtés définitivement en 2014. Par ailleurs, 6 autres réacteurs ont été arrêtés définitivement à cause de leur vétusté : il s’agit des réacteurs n°1 et 2 de Mihama (Fukui) et les n°1 de Shimané, de Genkaï (Kyûshû), de Tsuruga (Fukui) et, tout récemment, du réacteur n°1 d’Ikata (Ehimé).

Le parc nucléaire japonais est donc réduit à 42 unités. Une demande d’autorisation de redémarrage n’a été déposée que pour 26 réacteurs. Pour le moment, seulement 5 réacteurs ont vu leur dossier de sûreté jugé conforme par la NRA. Deux sont en service, à Sendaï (Kagoshima). Deux autres, à Takahama (Fukui) sont à l’arrêt suite à une décision de justice. Enfin, Shikoku Electric espère le redémarrage d’un troisième réacteur en juillet 2016.

Les dossiers de sûreté des réacteurs 1 et 2 de la centrale de Takahama ont aussi été jugés conformes, mais pour obtenir une autorisation “exceptionnelle” d’exploitation jusqu’à 60 ans, il faut des contrôles supplémentaires qui ne sont pas terminés. Verdict en juillet 2016.