Qui va payer le démantèlement des réacteurs nucléaires japonais ?

Le gouvernement veut faire porter les coûts du démantèlement des réacteurs nucléaires par tous les usagers en taxant la distribution d’électricité. Les nouveaux entrants sur le marché libéralisé devront alors payer aussi et ils reporteront la taxe sur les consommateurs.

Le dossier avance et les conclusions semblent dépendre des journaux. Le Yomiuri, journal conservateur qui s’est fait le porte-parole du village nucléaire japonais, titre que les exploitants du nucléaire devront payer pour le démantèlement de leurs installations et que les nouveaux entrants sont exemptés. Le Maïnichi, qui prend régulièrement position contre le nucléaire, titre, quant à lui, que les nouveaux entrants devront probablement mettre la main à la poche. Qui croire ?

Actuellement, les exploitants du nucléaire doivent provisionner le coût du démantèlement et de la gestion des déchets radioactifs. Ils ont cinquante ans pour cela : 40 années d’exploitation du réacteur plus 10 années après la mise à l’arrêt définitif. Le coût total du démantèlement, si l’on exclut les 4 réacteurs accidentés de Fukushima daï-ichi, s’élèverait à 2 900 milliards de yens (25,4 milliards d’euros). Les provisions n’atteignent pas cette somme : il manque quelques 1 200 milliards de yens (10,5 milliards d’euros) selon le Yomiuri.

L’article du Yomiuri explique que le gouvernement a réaffirmé la responsabilité des exploitants dans le démantèlement et son financement, avec un “mais” pour les réacteurs qui ont été arrêtés suite à l’introduction de mesures de sûreté plus strictes après la catastrophe à la centrale nucléaire de Fukushima. Pour ces cas là, comme l’explique le Maïnichi, les nouveaux entrants sur le marché de l’électricité devront aussi contribuer à la facture. Cela concerne 6 réacteurs pour le moment (les n°1 et 2 de Mihama, les n°1 de Tsuruga, de Genkaï, de Shimané et de Ikata). Ce sera plus dans l’avenir puisque une grande partie du parc pourrait ne pas être autorisée à redémarrer. Le système actuel est maintenu pour les réacteurs qui ont redémarré ou qui devraient y être autorisés. Initialement, les nouveaux entrants auraient dû aussi contribuer à la provision pour le démantèlement futur. Le gouvernement a reculé sur ce dernier point.

Enfin, pour les réacteurs accidenté de Fukushima, ce sera un autre mécanisme de financement.

Le nombre de violations du droit du travail reste élevé sur les chantiers avec exposition aux rayonnements

Zerutech Tôhoku, une compagnie de Nihonmatsu, vient d’être épinglée par l’inspection du travail de Fukushima pour avoir émis de faux certificats de formation avant envoi de travailleurs sur des chantiers de décontamination. Elle a reconnu les faits.

Les travailleurs employés sur ces chantiers doivent recevoir une formation de 5h30 sur les risques liés aux rayonnements et les mesures de protection à prendre. Il n’y a pas d’évaluation après, ni de certificat à montrer aux commanditaires.

Le PDG de la compagnie, qui a été fondée en mars 2015 et qui intervient au quatrième niveau de sous-traitance à proximité de la ville de Fukushima, explique à l’Asahi qu’il a dû embaucher beaucoup de monde en peu de temps après avoir obtenu la décontamination d’un grand territoire. Entre 100 et 150 faux certificats ont été découverts. La compagnie a aussi émis 7 autres types de certificats nécessaires à l’utilisation d’une tronçonneuse ou d’autres appareils présentant des risques.

Le ministère du travail a publié un bilan des violations du droit du travail sur le chantier de la centrale de Fukushima daï-ichi et sur les chantiers de décontamination, entre janvier et juin 2016. Le document en anglais, repéré par Enerwebwatch, montre que le nombre de violations baisse très lentement.

Ainsi, 118 compagnies intervenant à la centrale de Fukushima daï-ichi ont été contrôlées et 53 (ou 44,9%) avaient violé le droit du travail. Ce taux était de 54% en 2015. Le nombre total de violations est de 94 : 16 concernent la sécurité et la santé au travail et 78, les conditions de travail (salaire, primes de risque, temps de travail…).

506 compagnies intervenant sur des chantiers de décontamination ont aussi été contrôlées et 271 d’entre elles, ou 53,6%, ont violé le droit du travail. Ce taux était de 64,6% en 2015. Le nombre total de violations est de 416 : 252 concernent la sécurité et la santé au travail et 164, les conditions de travail (salaire, primes de risque, temps de travail…).

Le rapport donne des détails sur le type de violations relevées.

Problème de la tenue des cuves de réacteurs : Greenpeace Japon publie un rapport

L’Autorité de Sûreté Nucléaire française a demandé à EDF d’arrêter cinq réacteurs à cause de la qualité de l’acier de générateurs de vapeur, qui a une teneur trop élevée en carbone. Ces pièces ont été forgées au Japon par la Japan Casting & Forging Corp. (JCFC), qui a aussi forgé des pièces pour les réacteurs japonais. On peut donc suspecter des problèmes similaires au Japon, où 13 réacteurs sont a priori concernés. Les exploitants doivent rendre une rapport avant le 31 octobre à ce propos.

Cette affaire montre une défaillance du contrôle au Japon, comme le souligne Greenpeace Japon, qui rend public un rapport technique en anglais sur le sujet.

Environ 880 tonnes de corium très radioactifs dans les réacteurs 1 à 3

L’International Research Institute for Nuclear Decommissioning a fait une estimation de la quantité de corium dans les réacteurs 1 à 3 de la centrale de Fukushima daï-ichi, où il y a eu fusion des cœurs. Le corium est ce mélange très fortement radioactif de combustible fondu et de débris. Le document présenté au public est ici en japonais. Le Fukushima Minpo y consacre un article en anglais.

L’estimation est basée sur des simulations de l’accident et des observations avec les muons, notamment. Il ressort de ces calculs, que la masse totale de corium est comprise

  • entre 232 et 357 tonnes, avec une valeur nominale à 279 tonnes pour le réacteur n°1 ;
  • entre 189 et 390 tonnes, avec une valeur nominale à 237 tonnes pour le réacteur n°2 ;
  • et entre 188 et 394 tonnes, avec une valeur nominale à 364 tonnes pour le réacteur n°3. Ce dernier contient du combustible MOx, à base de plutonium.

La quantité de combustible était de 69 tonnes dans le réacteur n°1 et de 94 tonnes dans chacun des réacteurs 2 et 3. Selon les réacteurs, les coriums sont donc de 2,5 à 4 fois plus massiques que le combustible, en retenant les valeurs nominales.

La somme des quantités nominales de corium fait 880 tonnes. C’est 3,4 fois plus que le combustible qu’il y avait dans ces réacteurs.

Pour les réacteurs 1 et 3, le combustible et l’acier représenteraient environ 30% de la masse chacun et le béton, 40%. Pour le réacteur n°2, le combustible et l’acier feraient un total de 70% de la masse totale, le reste étant du béton.

Contrôle de la cheminée de rejet

Les cheminées de rejet sont assez instables en cas de séisme et leur contamination très élevée. Il n’est donc pas facile de les démanteler, même avec des robots.

TEPCo a utilisé des drones pour faire des mesures de radioactivité au niveau de la cheminée commune aux réacteurs n°1 et 2. Quand elle a envoyé un drone dans la cheminée, elle s’est rendue compte qu’une barre empêchait l’engin de descendre plus bas qu’à 10-20 m sous l’embouchure. C’est assez incroyable que la compagnie ne savait pas que cette barre existait et qu’elle ne peut pas donner sa position plus précisément.

TEPCo n’a mis que deux images en ligne avec un commentaire laconique. Et aucun résultat de mesure de débit de dose n’est donné. La transparence progresse…

Des images des drones avaient été publiées en septembre dernier.

57ième versement financier pour TEPCo

TEPCo annonce avoir reçu le 57ième versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations : 44,4 milliards de yens (400 millions d’euros). Cet argent est prêté sans intérêt.

TEPCo a déjà reçu un total de 6 523 milliards de yens (57,7 milliards d’euros) et cela ne suffira pas.

L’industrie nucléaire japonaise veut repartir comme si de rien n’était

Kyûshû Electric qui a deux réacteurs qui ont été autorisés à redémarrer à sa centrale de Sendaï, mais plus qu’un en service jusqu’en décembre, vient de lancer une nouvelle campagne pour relancer la consommation d’électricité ! Des spots publicitaires vont vanter les maisons toutes électriques l’an prochain. Selon l’agence Bloomberg, cela a déjà commencé sur Internet, en proposant des promotions sur les radiateurs ou climatiseurs électriques. Quand la situation était tendue, juste après la catastrophe à la centrale de Fukushima daï-ichi, le gouvernement et les exploitants avaient appelé à des économies pour protéger le climat… C’est fini, il faut vendre maintenant, comme avant la catastrophe, alors que la demande a fortement baissé.

A partir de décembre 2016, Kyûshû n’aura plus de réacteur nucléaire en fonctionnement et le gouverneur va être vigilant quant à leur nouveau redémarrage. Par ailleurs, leur cuve a été forgée par Japan Casting & Forging Corp. (JCFC), la compagnie qui a aussi forgé les cinq générateurs de vapeur à cause desquels EdF doit arrêter cinq réacteurs sur ordre de l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) afin de procéder à des contrôles.

La Japan Atomic Energy Agency envisage toujours de demander l’autorisation de redémarrer le petit surgénérateur expérimental Joyo suite à l’arrêt prochain de Monju. Il a été mis en service en 1977 dans la province d’Ibaraki. La France essaye de convaincre le Japon de participer au financement d’Astrid, le projet de surgénérateur qui doit faire ce que ni Superphénix, ni Monju n’ont réussi à faire, à savoir consommer tout ce qui a été classé comme recyclable, mais qui n’est pas recyclé.

A la centrale de Shika, exploitée par Hokuriku Electric, a été inondée par la pluie : le 28 septembre dernier, 6,6 m3 d’eau de pluie ont pénétré au rez-de-chaussée et dans les sous-sols du réacteur n°2. Un tableau électrique pour la lumière a disjoncté. Or, il y a des équipements important pour la sûreté dans les pièces inondées, dont des batteries de secours et un tableau électrique qui commande un système de refroidissement de secours. Il a plu jusqu’à 26 millimètres par heure ce jour là. Les plus “hauts standards de sûreté au monde” ne sont pas encore atteints !

Pendant ce temps là, Taiwan, qui n’a pas plus de ressources énergétiques que le Japon, vient de décider d’arrêter le nucléaire d’ici 2025, quand la centrale la plus récente aura atteint 40 ans et d’investir dans les énergies renouvelables.

Nouveaux problèmes pour les entreposages de déchets radioactifs

La décontamination devrait engendrer plus de 20 millions de mètres cubes de déchets radioactifs après incinération de la matière organique pour réduire les volumes. La seule solution proposée est un centre d’entreposage de 16 km2 tout autour de la centrale de Fukushima pour une durée de 30 ans. Après, qui vivra verra, car les problèmes sont sans fin.

Les propriétaires terriens rechignent toujours à vendre leurs terrains pour y mettre les déchets. Fin septembre 2016, selon les données officielles du ministère de l’environnement, seulement 379 propriétaires sur 2 360 avaient signé un contrat. Cela représente une surface de 144 ha, soit environ 9% du projet total.

La commune d’Ôkuma, presque entièrement classée en zone de “retour difficile”, envisage donc d’offrir tous les terrains municipaux pour y mettre les déchets. Cela représente 95 hectares, ou environ 10% des terrains envisagés dans la commune. Cela comprend les écoles, le parc Fureai avec des terrains de sport… La commune n’a pas encore décidé si elle vendrait ou louerait ses terrains.

En attendant, c’est un village à l’abandon :

OkumaLa ligne de chemin de fer Jôban a été partiellement détruite par le tsunami, comme ici à Tomioka :

gare_TomiokaCertaines portions ont rouvert, mais pas dans les territoires les plus contaminés, entre Tatsuta et Namié. Japan Railway veut rouvrir entièrement la ligne avant 2020 en évitant le littoral. La décontamination devrait engendrer 300 000 m3 de déchets radioactifs. Les sacs sont le long de la ligne, mais il faudra les éloigner. Le ministère de l’environnement négocie avec des propriétaires de terrains proches de la voie, mais cela ne suffira pas car peu ont répondu favorablement. Alors, c’est un jeu de chaises musicales qui est envisagé : utiliser les terrains où il y a déchets actuellement après qu’ils aient été libérés par le transfert vers le centre d’entreposage situé autour de la centrale de Fukushima daï-ichi…

En attendant, les déchets s’amoncellent un peu partout :

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Cet entreposage n’était pas prévu durer aussi longtemps, ce qui n’est pas sans poser de problème car les sacs ne tiennent pas. Ici, à Tomioka, les herbes repoussent :

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L’équivalent de la Cour des comptes du Japon est allée inspecter certains de ces sites et a découvert d’autres problèmes, selon l’Asahi. Ceux qui accueillent de la terre contaminée, sont surélevés au centre pour que l’eau s’écoule sur les bords où elle peut être récoltée et contrôlée car les sacs ne sont pas étanches. Il y en a jusqu’à 5 niveaux. Avec le temps et le poids des déchets, c’est un creux qui peut apparaître au centre, et l’eau contaminée s’y accumuler. La surveillance est alors difficile, voire impossible. Voir le schéma du Asahi :

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Le problème pourrait affecter 31 sites sur les 34 inspectés. Il y en a 106 dans la province de Fukushima. Il y en a 15 à Kawamata, 5 à Namié, 4 à Tamura, 4 à Iitaté et 3 à Naraha.

Il n’est pas normal que l’Autorité de Régulation Nucléaire, la NRA, ne contrôle pas ces entreposages de déchets radioactifs.

En ce qui concerne les déchets issus du démantèlement des centrales nucléaires, la NRA veut enfouir les plus contaminés à moins 70 mètres pour 100 000 ans. Il s’agit essentiellement des barres de contrôle des réacteurs. Les compagnies d’électricité en aurait la responsabilité pendant 300 à 400 ans. Elles n’ont pas encore trouvé les sites… Lire l’Asahi pour en savoir plus.

Le gouvernement compte sur la décroissance radioactive pour que ces déchets passent sous la barre des 8 000 Bq/kg pour être déclassés et réutilisés… Cette limite était de 100 Bq/kg pour le césium 137 avant la catastrophe.

Niigata : un opposant au nucléaire devient gouverneur

C’est Ryûichi Yoneyama, soutenu par les partis situés à la gauche de la majorité gouvernementale, très critique envers l’industrie nucléaire, qui a remporté l’élection au poste de gouverneur de Niigata où TEPCo espère redémarrer sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa. Il y avait 4 candidats en lice et c’était sa cinquième tentative.

Comme son prédécesseur, qui avait renoncé à se présenter, il n’autorisera le redémarrage des réacteurs que quand toute la lumière aura été faite sur l’accident à la centrale de Fukushima daï-ichi. Il demande aussi une révision des plans d’urgence afin de protéger la population en cas d’accident grave. Il est en poste pour 4 ans.

De toutes façons, TEPCo n’est pas prête car elle a sous-estimé le risque de liquéfaction des sols en cas de séisme. Mais, ce résultat est un coup dur pour le gouvernement, qui s’était investi dans cette campagne, et TEPCo, car cela montre que les électeurs ne sont pas en phase avec leur politique énergétique. Le taux de participation est passé de 43,95% lors de la précédente élection à 53,05% cette fois-ci, à cause de l’enjeu du nucléaire. A Kagoshima aussi, un nouveau gouverneur avait été élu grâce à son positionnement très critique face au nucléaire.

Selon un sondage effectué à la sortie des urnes par la NHK, 73% des électeurs de Niigata s’opposent au redémarrage de la centrale.

Le nouveau gouverneur n’a pas la majorité de l’assemblée régionale, puisque seulement 3 élus sur 53 appartiennent à des partis qui l’ont officiellement soutenu. Il va donc devoir négocier pour gérer la province. Le ministre de l’industrie, qui n’a pas l’intention de changer de politique, a aussitôt expliqué qu’il espérait obtenir la compréhension du gouverneur à propos du redémarrage de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa. Les pressions vont donc être fortes.

Statistiques sur les doses prises par les travailleurs à la centrale de Fukushima daï-ichi

TEPCo a mis en ligne ses dernières données concernant les doses prises par les travailleurs à la centrale de Fukushima daï-ichi. Rappelons que la compagnie a remis à zéro tous ses compteurs en avril dernier et que cela ne semble pas troubler les autorités japonaises.

9 323 personnes ont travaillé à la centrale accidentée en août 2016, dont 8 317 sous-traitants. Elles sont 12 787 depuis le 1er avril 2016, dont 11 315 sous-traitants. On ne sait pas combien d’entre elles ont déjà été exposées avant.

Les doses moyennes et maximales prises en août 2016 sont inférieures à celles prises les mois précédents, mais ce sont toujours les sous-traitants qui prennent les doses les plus fortes. La dose moyenne prise sur 5 mois, entre le 1er avril 2016 et le 31 août, dépasse le millisievert, dose maximale admissible sur un an pour la population. La dose maximale sur cette même période est de 35,71 mSv. C’est plus que la dose moyenne tolérée sur un an, qui est de 20 mSv (100 mSv sur 5 ans).

Le documents de TEPCo donne aussi les doses à la peau et à l’œil.