TEPCo doit indemniser des évacués “volontaires” selon la justice

Une famille de cinq “auto-évacués” de Kôriyama dans la province de Fukushima, ou “évacués volontaires”, a saisi la justice pour obtenir une meilleure indemnisation de TEPCo. La Cour du district de Kyôto vient de leur donner raison. TEPCo va devoir verser 30,46 millions de yens (240 000 euros) à un couple en dédommagement de la détérioration de situation économique de la famille et de la santé.

La famille a fini par s’installer à Kyôto en mai 2015. Le mari a perdu son emploi et a développé une pleurésie. Il souffre aussi d’insomnie et de dépression. Les enfants ont souffert de discrimination à l’école. La Cour a reconnu que l’accident nucléaire était à l’origine de ces maux et que la décision de partir était légitime étant donné que les risques liés à l’accident demeurent et que les informations étaient contradictoires.

TEPCo avait dû verser 2,92 millions de yens à la famille, selon les critères d’indemnisation. La structure de conciliation chargée des indemnisations avait proposé 11 millions de yens. Le couple avait demandé 180 millions de yens.

La famille est partie dans les premiers jours de l’accident. La Cour a ordonné à TEPCo de l’indemniser jusqu’en août 2012, date à partir de laquelle l’exposition aux radiations est passée sous un certain niveau et l’information est devenue plus “stable” et précise. La somme comprend les 21 millions de yens en compensation des salaires du couple durant cette période. En ce qui concerne les enfants, la Cour a estimé qu’ils avaient déjà été indemnisés par TEPCo.

C’est la première fois que TEPCo est obligée par la justice d’indemniser mieux des “auto-évacués”, à savoir des personnes qui sont parties à cause de la radioactivité sans en avoir reçu l’ordre. Environ 10 000 “auto-évacués” ont déposé une plainte. Ils sont encore 180 000 à bénéficier d’un logement gratuit, selon les autorités régionales de Fukushima. Les autres, qui se sont relogés par eux-mêmes, ne sont pas comptés.

Les personnes déplacées par la catastrophe nucléaire qui ont entamé des actions en justice se sont fédérées en coordination nationale.

Dernières données sur les cancers de la thyroïde

L’Université médicale de Fukushima a mis en ligne les dernières données sur les cancers de la thyroïde. C’est ici en japonais. Ce sera officiellement traduit ici en anglais. Comme d’habitude, Fukushima Voices en propose immédiatement une traduction partielle en anglais.

Au 31 décembre 2015, le nombre total de cas de cancers de la thyroïde confirmés par une intervention chirurgicale était désormais de 116. C’est un de plus que la dernière fois, en septembre 2015. En ce qui concerne le nombre de cancers potentiels, non encore confirmés, il y en a 14 de plus. Le total est donc de 166 cas de cancer potentiel ou confirmé, plus un 167ième cas qui s’est révélé bénin après l’intervention chirurgicale.

C’est beaucoup plus que ce qui est observé ailleurs au Japon, mais l’université médicale continue à affirmer qu’il est difficile d’imaginer que c’est dû aux radiations. Cette conclusion est contestée par des épidémiologistes, comme nous l’avons déjà signalé.

Rappelons que le Japon en est à sa deuxième campagne de dépistage par échographie. Lors de la première campagne, qui concerne environ 368 000 personnes qui avaient moins de 18 ans au moment des rejets massifs, 300 476 ont été examinées et il y a 116 cas de cancer de la thyroïde suspectés. Sur ces 116 personnes, 101 ont subi une intervention chirurgicale. Pour 100 personnes, le diagnostique a été confirmé : il y 97 cancers papillaires et 3 faiblement différentiés.

La deuxième campagne de dépistage a débuté en avril 2014 et concerne 385 000 individus. Au 31 décembre 2015, 236 595 ont été examinés, 220 088 ont reçu le résultat de l’examen et 1 819 ont dû ou doivent subir des examens complémentaires. Il y a déjà eu 157 ponctions à l’aiguille fine qui ont conduit à diagnostiquer 51 cancers potentiels. Sur ces 51 cas, il y a eu 16 interventions chirurgicales qui ont toutes confirmé un cancer papillaire.

Sur ces 51 cas suspectés ou confirmés, 25 avaient été classés A1 lors du premier dépistage (pas de kyste ou nodule détecté), 22 A2 (7 avec nodules et 15 avec kystes) et 4 B. Sur ces 4 B, 2 avaient subi une ponction à l’aiguille fine. Le résultat n’est pas donné.

Surgénérateur Monju : les coûts explosent

Les ministère de l’éducation, des sciences et technologies a estimé à 300 milliards de yens (2,4 milliards d’euros) le coût du démantèlement du surgénérateur Monju (Fukui) qui n’a presque jamais marché depuis 1994, date de sa mise en service. Les travaux pourraient prendre 30 ans. Cette estimation a été faite en 2012, mais n’avait jamais été rendue publique.

C’est beaucoup plus que pour un réacteur classique. Mais Monju est refroidit au sodium qui est particulièrement dangereux. C’est ce même sodium qui avait entraîné l’arrêt du réacteur en 1995, moins d’un an après son démarrage.

Son maintien coûte environ 20 milliards de yens par an (157 millions d’euros). Ce prototype, qui est un échec complet, a coûté plus de 1 000 milliards de yens (8 milliards d’euros) d’argent public.

Mur gelé : TEPCo va commencer par l’aval

TEPCo a fini d’installer toute la tuyauterie pour geler le sol sur 1,5 km tout autour des quatre réacteurs nucléaires accidentés pour endiguer l’eau contaminée. Il s’agit là de sa dernière carte pour faire face au problème de l’eau contaminée qui s’écoule vers la mer.

Mais, le 9 février dernier, jour de l’annonce triomphale de TEPCo, l’Autorité de Régulation Nucléaire, la NRA, a gelé le projet car elle n’est pas convaincue par les arguments de TEPCo. Elle craint, en particulier, que l’eau fortement contaminée des sous-sols des réacteurs aille contaminer tous les sols autour.

Depuis, les négociations vont bon train entre les deux entités. Elles se sont mises d’accord pour procéder par étape, mais par où commencer ? TEPCo voulait commencer en amont et la NRA préférait l’aval, du côté de l’océan. TEPCo va donc commencer par l’aval.

La compagnie a aussi proposé des solutions pour maintenir la pression externe afin d’éviter de contaminer plus les sols autour des réacteurs, mais la NRA a demandé des clarifications supplémentaires. Les discussions vont donc continuer. Le gel devrait prendre 8 mois.

Que faire des débris du tsunami pêchés à moins de 20 km de la centrale ?

Comme nous l’avons déjà mentionné, les coopératives de pêche veulent reprendre la pêche, à titre expérimental, entre 10 et 20 km de la centrale nucléaire de Fukushima daï-ichi. Mais il reste de nombreux débris du tsunami dont personne ne veut.

Les autorités régionales ont chargé les coopératives de pêche de récupérer les plus gros débris au fond de la mer à partir de 2011.  33 430 tonnes de déchets ont été repêchées en 2011, 2 241 tonnes en 2012, 664 tonnes en 2013 et 213 tonnes en 2014. L’année fiscale 2015 n’est pas encore terminée (31 mars 2016). Cela a coûté 4,8 milliards de yens (37,5 millions d’euros) jusqu’en 2014. Mais, à moins de 20 km de la centrale, aucun débris n’a été repris.

Selon le Fukushima Minpo, repris par le Japan Times, les coopératives de pêche veulent aller retirer les gros débris, mais les autorités régionales ne savent où les mettre, ni même dans quel port les débarquer. Ceux près de la centrale, comme à Tomioka ou Ukédo à Namié, ne sont pas réparés. Il y a le port de Manogawa au Nord ou de Hisanohama au Sud, mais les résidents ne veulent pas des déchets. La province de Fukushima demande donc à l’Etat de s’en charger. Les négociations vont prendre du temps. Et sans retrait des gros débris, pas de reprise de la pêche possible.

 

Des propos de la ministre de l’environnement font scandale

Selon un journal local de Nagano, Tamayo Marukawa, la ministre de l’environnement, aurait déclaré, le 8 février dernier : “Il y a toujours ceux que l’on pourrait appeler les “anti-radiations”, qui s’inquiètent de la radioactivité, même pour les niveaux faibles”.

Elle aurait aussi critiqué le but à long terme de revenir à un niveau inférieur à 1 mSv par an, qui n’aurait aucun fondement scientifique et qui aurait été fixé par le parti au pouvoir en 2011, maintenant dans l’opposition.

Ces propos ont provoqué un tollé. La ministre n’aurait aucun souvenir de les avoir tenus et il n’y a pas d’enregistrement. Elle s’est cependant excusée de ne pas avoir été assez claire. Puis, le 12 février, elle a reconnu avoir tenu ces propos, s’est rétractée et a réaffirmé la volonté du gouvernement actuel de revenir à un niveau de 1 mSv/an, comme but à long terme. Difficile de faire autrement, car c’est le niveau recommandé au niveau international. “A long terme”, ne veut malheureusement rien dire. Il devient à très long terme…

Ce même jour, lors d’une conférence de presse, la ministre finalement déclaré “retirer la remarque afin de maintenir une relation de confiance avec les résidents de Fukushima.” Elle a une relation de confiance avec les résidents de Fukushima ? Elle a téléphoné au gouverneur pour présenter ses excuses. Ce doit être le gouverneur et son entourage, les “résidents de Fukushima”.

Transition énergétique au Japon : plus de charbon !

Le gouvernement va autoriser la construction de nouvelles centrales à charbon : les engagements peu ambitieux du Japon lors de la COP21 sont déjà bien loin !

Avec l’arrêt quasi-complet du parc nucléaire, qui assurait 30% de la production d’électricité, les faibles perspectives de redémarrage et l’ouverture prochaine du marché de l’électricité, les compagnies veulent investir dans le charbon qui est bon marché. Le ministère de l’environnement était réticent à cause de la COP21. Maintenant qu’elle est derrière nous, il a fait marche arrière et va accepter la construction de nouvelles centrales à charbon qui peuvent être exploitées durant des décennies. Le ministère de l’économie, de l’industrie et de commerce (METI) a gagné, une fois de plus.

Mais attention, les compagnies devront publier la quantité de carbone émise à partir d’avril prochain !

Les projets existants totalisent une capacité de production de 20 GWe, l’équivalent d’une vingtaine de réacteurs nucléaires. La capacité installée actuellement des centrales à charbon est de 41 GWe. Il s’agit donc d’une augmentation significative alors que la part de cette énergie devrait diminuer. Le charbon produisait environ 30% de l’électricité au Japon en 2013. C’était 25% avant l’accident nucléaire.

Le gouvernement n’a toujours pas proposé de plan de réduction de la consommation d’énergie.

La NRA gèle le projet de mur gelé

Depuis les premiers mois de la catastrophe nucléaire, un des principaux problèmes auxquels fait face TEPCo est de colmater les fuites d’eau contaminée vers l’océan. Plusieurs mesures ont été prises depuis, avec comme double ambition, de réduire les fuites en mer via les nappes phréatiques et de limiter l’accumulation d’eau contaminée dans les cuves. Il y en a déjà près de 800 000 m3.

La dernière mesure mise en place, à savoir le mur le long du littoral, a bien réduit les écoulements vers la mer, mais a augmenté les volumes stockés quotidiennement, comme l’a reconnu TEPCo.

La dernière mesure prévue par TEPCo, et soutenue par le gouvernement, est de geler le sol tout autour des quatre réacteurs accidentés. Cela devrait réduire les infiltrations d’eau souterraine dans les sous-sols des réacteurs où elle se mélange à l’eau de refroidissement très contaminée après son contact avec les combustibles fondus. Elle espère ainsi réduire l’accumulation du stock de 450 m3 par jour à 150 m3 par jour. Attention, il y a une erreur dans le communiqué de TEPCo : il y est question de 450 L/j qui pénètrent, mais ce sont 450 m3, c’est à dire 450 000 L !

Le 9 février, TEPCo annonce que l’installation pour geler le sol est terminée. La décision de construction avait été prise en durant l’été 2013, suite aux scandales concernant les fuites en mer (voir notre synthèse de l’époque), et les travaux ont débuté en juin 2014. Voir le communiqué de la compagnie, la page spéciale et la vidéo de présentation. 1 568 trous ont été faits tout autour des réacteurs pour faire circuler un liquide réfrigérant à -30°C. Le coût de construction et d’exploitation de cette barrière gelée de 1,5 km est très élevé. La contribution du gouvernement s’élève à 34,5 milliards de yens (265 millions d’euros).

Mais ce même jour, l’Autorité de Régulation Nucléaire, la NRA, a gelé le projet, en interdisant à TEPCo de commencer à geler le sol sans garanties supplémentaires ! Voir l’article de l’Asahi à ce propos.

Cela fait longtemps que la NRA demande à TEPCo de démontrer l’efficacité de ce système car elle craint que l’eau contaminée accumulée dans les sous-sols des réacteurs contamine tout le sol autour s’il y a moins d’eau à l’extérieur. Le président de la NRA expliquait en 2015 que TEPCo répand l’illusion étrange que le problème de l’eau contaminée sera résolu si le mur gelé sous-terrain est construit. Et comme il faudrait deux mois pour dégeler le sol, il vaut mieux être prudent.

Lors d’un essai effectué l’an dernier, la réduction de l’écoulement a été plus élevée que prévu par endroit et le sens des écoulements ne pouvait pas être déterminé par d’autres.

TEPCo doit donc faire d’autres études avant d’être autorisée à commencer le gel du sol. Le cauchemar de l’eau contaminée se poursuit.

Essai d’un incinérateur de déchets à la centrale de Fukushima daï-ichi

TEPCo aurait accumulé, à la fin 2015, quelques 66 000 m3 de déchets radioactifs sur le site de sa centrale accidentée. La compagnie veut en incinérer une partie afin de réduire les volumes de 90% environ. Il est prévu que l’incinérateur fonctionne 24 h/24 et brûle 14 tonnes de déchets par jour. Les fumées seront filtrées pour réduire les rejets radioactifs et les cendres, plus radioactives, seront entreposées dans des fûts en attendant de trouver une solution définitive.

Les premiers essais auront lieu à partir du 18 février. La contamination des fumées va être contrôlée. Si tout va bien, l’incinérateur sera mis en opération à partir de la fin mars 2016.