Copeaux de bois radioactifs stockés illégalement dans 6 provinces

Quelques 5 300 tonnes de copeaux de bois radioactif auraient été stockés illégalement dans 6 provinces japonaises : Shiga, Tochigi, Ibaraki, Chiba, Yamanashi et Kagoshima.

L’affaire a débuté avec la découverte que 310 m3 environ de copeaux de bois radioactifs ont été rejetés dans une rivière de Takashima dans la province de Shiga, dans l’Ouest du Japon. La justice a été saisie. Selon l’avocat d’une association qui a eu accès au dossier, deux compagnies de Tôkyô et de Gunma auraient transporté les déchets radioactifs entre décembre 2012 et septembre 2013 vers 6 provinces. 3 437 tonnes auraient emportées dans la province de Tochigi, 1 214 tonnes dans celle de Yamanashi, 344 tonnes dans celle de Kagoshima, 280 tonnes dans celle de Chiba Prefecture et 10 tonnes dans celle d’Ibaraki, selon le Maïnichi.

Dialogue de sourds entre “auto-évacués” et les autorités

Les autorités ont organisé une réunion avec les “auto-évacués” de Fukushima qui vivent à Tôkyô. Il s’agit des personnes qui ont quitté les territoires contaminés sans être forcées à évacuer. Une partie d’entre elles bénéficient d’un logement gratuit, dont environ 5 700 à Tôkyô.

Rappelons que les autorités veulent cesser cette aide à partir de mars 2017, ce qui inquiète beaucoup les personnes concernées. Des mesures d’accompagnement financier sont prévues à la place.

Lors de la réunion qui a eu lieu le 7 février à Tôkyô, une trentaine de personnes étaient présentes, selon l’Asahi, pour critiquer la décision de la province de Fukushima. Le représentant de la région a confirmé le calendrier, une aide pouvant aller jusqu’à 100 000 yens (770 euros) pour le déménagement et un accès privilégié au parc locatif géré par la province. Pour les foyers les plus modestes, la province va payer la moitié du loyer, à hauteur de 30 000 yens (230 euros) par mois la première année et le tiers, à hauteur de 20 000 yens (154 euros) la deuxième année. Il n’est pas nécessaire de rentrer à Fukushima pour bénéficier de cette aide.

Les personnes présentes ont fortement critiqué ces décisions alors que l’accident nucléaire est loin d’être terminé. L’aide de 30 000, puis 20 000 yens ne permet pas de se loger à Tôkyô.

Diminution des espèces vivant dans l’estran à proximité de la centrale nucléaire accidentée

Une étude scientifique (article en libre accès) effectuée par le National Institute for Environmental Studies du Japon met en évidence une diminution du nombre d’espèces marines généralement trouvées dans l’estran à proximité de la centrale nucléaire de Fukushima daï-ichi. Voir le communiqué en anglais ou en japonais. Le nombre d’espèces et la densité de populations diminuent d’autant plus que l’on s’approche de la centrale accidentée.

Les chercheurs précisent que la contamination de l’eau de mer en surface a atteint quelques 100 000 Bq/L en avril 2011, au moment des débordements d’eau très contaminée vers l’océan. Par conséquent, les espèces marines ont pu recevoir des doses supérieures à celles vivant dans les forêts.

Une première étude sur le terrain a été effectuée en décembre 2011 : les gastéropodes et les crustacés étaient pratiquement absents de tous les sites, à l’exception de quelques bernacles, moules et les patelles.

En avril, juillet et août 2012, ces mêmes chercheurs ont effectué la même étude sur 43 sites, pas seulement à Fukushima, mais aussi à Chiba, Ibaraki, Miyagi et Iwaté, provinces aussi impactées par le tsunami. Le nombre d’espèces vivant dans la zone de marnage variait de 3 (à Ôkuma, Fukushima) à 21 (Kamogawa, Chiba). A Ôkuma, il s’agissait de bernacles et de deux espèces de gastéropodes brouteurs qui étaient de petites tailles et en faibles quantités.

Les chercheurs notent aussi l’absence d’une espèce de mollusques (Thais clavigera) sur 8 des 10 sites situés à moins de 20 km de la centrale. Cela couvre une distance de 30 km entre Hirono et la plage de Futaba. Un tel phénomène n’ayant pas été observé dans d’autres zones touchées par le tsunami, les chercheurs suggèrent un lien avec l’accident nucléaire.

La concentration en césium radioactif dans les patelles a atteint 160 Bq/kg frais à Fukushima. Pour l’argent-110m, 700 Bq/kg frais. Ces concentrations diminuent rapidement quand on s’éloigne de la zone où il y a la centrale.

En 2013, ces chercheurs ont étudié les organismes sessiles qui sont définitivement fixés sur un substrat. Ils notent que le nombre minimum d’espèces a été observé à Ôkuma, encore une fois. Il n’y en avait que 8, contre 25 à la plage de Hasaki dans la province d’Ibaraki. Les densités de populations des arthropodes étaient aussi plus faibles à proximité de la centrale accidentée.

Les chercheurs concluent que le tsunami ne peut pas expliquer ces résultats et qu’il faut aller regarder du côté des rejets en mer de la centrale nucléaire qui étaient très radioactifs en avril 2011 et contenaient des substances chimiques toxiques comme de l’acide borique et de l’hydrazine. Des études supplémentaires devraient être menées pour comprendre ce phénomène.

 

La pêche devrait reprendre à titre expérimental entre 10 et 20 km de la centrale accidentée

La pêche en mer est interdite à moins de 20 km de la centrale de Fukushima daï-ichi, mais la fédération des coopératives de pêche veut aller y reprendre ses activités, à titre expérimental, en se limitant à au-delà de 10 km pour le moment. Cela va être discuté avec les coopératives et les pêcheurs.

Parmi les arguments avancés, il y a la baisse de la contamination des poissons et la barrière mise en place par TEPCo le long du littoral qui aurait limité les fuites en mer.

Vers la nationalisation du retraitement au Japon

La compagnie japonaise Japan Nuclear Fuel Limited est une compagnie privée financée par les producteurs d’électricité. C’est elle qui a en charge le “retraitement” des combustibles usés, sachant que l’usine construite à Rokkashô dans la province d’Aomori est un échec vu qu’elle n’a jamais démarré. Le gouvernement japonais, vient d’annoncer qu’il avait validé un projet de loi sur l’augmentation de sa participation dans la compagnie. L’Etat va en prendre le contrôle.

Il s’agit, de facto, d’une nationalisation par un gouvernement libéral. Cela prouve qu’il n’y a aucun avenir économique à la filière, mais que le gouvernement s’y accroche pour maintenir le mythe du recyclage. Ce n’est pas ainsi qu’il pourra résoudre les contradictions auxquelles il fait face.

Veolia rachète Kurion

La compagnie française Veolia vient d’acheter Kurion, société américaine spécialisée dans les technologies d’assainissement nucléaire, qui serait “le seul opérateur international à intervenir aujourd’hui à Fukushima pour le compte de l’opérateur nippon TEPCo”. Kurion y intervient dans le traitement de l’eau contaminée. Elle dispose aussi de technologies de séparation et vitrification des déchets radioactifs et d’accès robotisé aux sites.

L’avenir du nucléaire est dans le démantèlement.

Voir le communiqué de Veolia et de Kurion.

Témoignage de Haruki Madaramé en charge de la sûreté nucléaire en mars 2011

Haruki Madaramé était le président de la “Nuclear Safety Commission” qui devait conseiller le premier ministre en cas d’accident nucléaire. Il était donc présent dans la cellule de crise mise en place par le premier ministre. Dans un entretien avec le Yomiuri, il revient sur le manque d’information et ses erreurs de jugement. Il avait, notamment, expliqué au premier ministre, dans l’hélicoptère qui les menaient sur le site de la centrale de Fukushima daï-ichi le 12 mars 2011 matin, qu’une explosion hydrogène était peu probable. Il y en aura plusieurs !

Il explique qu’il pensait qu’une explosion hydrogène serait évitée par l’azote présente dans l’enceinte de confinement. Mais, cette dernière n’était pas étanche et l’hydrogène a fui avant de provoquer des explosions dans les bâtiments réacteurs. Il ajoute : “Pourquoi n’ai-je pas pu prédire [cette explosion] ? Je continue à me blâmer d’avoir sous-estimé le danger. L’explosion a également ruiné ma réputation en tant que scientifique.”

Il explique aussi qu’en tant que seul spécialiste présent dans la cellule de crise auprès du premier ministre, il était harcelé de questions pour expliquer la situation. Au tout début de la crise, très peu d’informations leur parvenaient. Ils n’avaient même pas les plans des réacteurs. La NISA, la défunte autorité de sûreté aurait dû leur en fournir à partir de celles obtenus de TEPCo et des inspecteurs sur place.

Goshi Hosono, conseiller spécial du premier ministre, était en liaison téléphonique directe avec le directeur de la centrale en crise, Masao Yoshida, et Haruki Madaramé ne le savait même pas. La hiérarchie l’aurait aussi empêché d’imposer ses vues ou de poser toutes les questions qu’il souhaitait lors de la visite à la centrale.

Haruki Madaramé explique que la première notification de TEPCo annonçant le déclenchement de l’état d’urgence à la centrale à cause de l’absence de refroidissement était lénifiant. TEPCo aurait ajouté informer au cas où. Cela aurait trop rassuré la cellule de crise.

Enfin, il reconnait que la possibilité d’un accident grave était sous-estimée. Difficile de dire l’inverse. La NISA était opposée à l’idée de se préparer à faire face à un accident car cela aurait été remettre en cause la certitude que les centrales nucléaires sont sûres.

Finalement, il avoue : Je me sens une responsabilité pour avoir permis l’accident, qui a eu tant de victimes.

Banalisation d’une partie des déchets radioactifs dus à la catastrophe

La gestion des énormes volumes de déchets radioactifs dus à la catastrophe nucléaire tourne au cauchemar pour les autorités car personne ne veut de site de stockage. Alors, une des solutions envisagées actuellement est la dispersion d’une partie de ces déchets.

Comme cela avait été envisagé en décembre dernier, une partie des déchets va être déclassée suite à la baisse naturelle de leur contamination. Rappelons que la règle fixée en août 2011 stipulait qu’en dessous d’une contamination de 8 000 Bq/kg, ils pouvaient être gérés comme des déchets ordinaires. Les autres auront besoin d’une filière spéciale avec des sites dédiés. Les nouvelles règles introduisaient un autre seuil à 100 000 Bq/kg. Il est important de noter que ce seuil de libération de 8 000 Bq/kg est beaucoup plus élevé que ce qu’il y a dans la réglementation européenne où c’est 100 Bq/kg pour chacun des césiums, soit un total de 200 Bq/kg pour les deux.

Mais la réglementation de 2011 ne prévoyait pas de déclassement de ces déchets liés à la décroissance radioactive. Le ministre de l’environnement est venu expliquer aux élus d’Ibaraki son projet de déclasser les déchets dont la contamination est passée sous le seuil de 8 000 Bq/kg afin qu’ils soient traités comme des déchets ordinaires. La province a actuellement 3 653 tonnes de déchets radioactifs répartis sur 14 communes. Selon le ministre, 70% seraient passés sous le seuil. Dans 10 ans, il ne restera que 0,6 tonnes au dessus de la limite de 8 000 Bq/kg. En attendant, ces déchets vont rester dans les 14 communes, comme envisagé récemment.

Notons qu’en décembre dernier, selon les documents officiels en japonais, le ministère hésitait entre 3 000 et 8 000 Bq/kg. Il a donc choisi la valeur la plus haute… Il envisage aussi un soutien financier pour les communes qui acceptent ces déchets déclassés. Il va aussi les aider à lutter contre les “rumeurs néfastes”. Encore elles !

Le Japon a accumulé quelques 170 000 tonnes de déchets radioactifs dus à l’accident nucléaire avec une concentration en césium radioactif supérieur à 8 000 Bq/kg. Ces déchets sont répartis dans 12 provinces :

  • Fukushima : 142 139 tonnes
  • Tochigi : 13 533 tonnes
  • Chiba : 3 690 tonnes
  • Ibaraki : 3 533 tonnes
  • Miyagi : 3 406 tonnes
  • Gunma : 1 187 tonnes
  • Niigata : 1 018 tonnes
  • Tôkyô : 982 tonnes
  • Shizuoka : 8,6 tonnes
  • Kanagawa : 2,9 tonnes
  • Yamagata : 2,7 tonnes

Environ 15% de ces déchets seraient passés sous la limite de 8 000 Bq/kg.

Microparticules vitreuses riches en césium

Des microparticules vitreuses radioactives, provenant de la centrale de Fukushima daï-ichi et trouvées sur le sol, ont été analysées par une équipe du National Institute for Agro-Environmental Sciences à Tsukuba. L’étude, publiée dans scientific reports est en libre accès. Un communiqué de presse en japonais peut être trouvé sur le site de l’institut.

Ces microparticules avaient déjà été découvertes dans des filtres à aérosols de Tsukuba et les résultats publiés en 2013 (étude en libre accès). Cette fois-ci, ces particules ont été déposées sur un tissu non tissé et sur des aiguilles de cèdre japonais. Leur analyse conduit les chercheurs à suggérer que ces particules proviennent de l’interaction du corium, ou combustible fondu, avec le béton, même si l’absence de calcium pourrait contredire cette conclusion.

La densité de ces particules n’est pas bien connue, ni leur cartographie. Les auteurs expliquent que le césium gazeux, qui s’est ensuite déposé sur les sols et fixé aux argiles, domine largement le débit de dose ambiant. La contribution de ces microparticules est insignifiante. En revanche, ils soulignent que la concentration en césium y est très élevée et qu’elles pourraient être particulièrement problématiques en cas d’inhalation ou d’ingestion. Le taux de transfert vers les plantes n’est pas bien connu.

Kawauchi : l’ordre d’évacuation va être entièrement levé

L’ordre d’évacuation avait été partiellement levé en 2014 à Kawauchi. Restaient deux districts, Ogi et Kaïnosaka. Fin janvier, il y avait, pour ces deux districts, 52 habitants enregistrés dans 19 foyers. Ces personnes sont autorisées à rester dans leur maison pour se préparer au retour. Cette période d’essai, qui se terminait le 31 janvier, va être prolongée jusqu’à la levée de l’ordre d’évacuation.

Le 23 janvier, lors d’une réunion avec les habitants, seulement 8 d’entre eux ont répondu présent. Selon de Fukushima Minpo, ils ont fait part aux autorités de leur craintes relatives à la radioactivité ou que leur habitation devait être restaurée.

Aucune date n’a été fixée pour le moment.