L’industrie nucléaire a tenu son forum pour l’emploi. Le nombre d’étudiants est encore 5 fois plus faible qu’avant la catastrophe. Les quelques étudiants interrogés par la NHK veulent travailler dans la décontamination ou le démantèlement pour aider leur pays.
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TEPCo ne prend pas en compte le rayonnement X émis par les cuves
TEPCo n’aurait pas mesuré les rayons X émis par ces cuves de stockage d’eau contaminée et le débit de dose à la limite de la centrale dépasse les limites imposées par la NRA. La compagnie s’est engagé à ce que la dose en bordure soit inférieure à 1 mSv/an alors que, dans les faits, elle peut dépasser les 8 mSv/an en prenant en compte les X (ces chiffres ne prennent pas en compte la contamination des sols qui entraînent une irradiation plus forte). Il n’y a personne qui habite près de la centrale. Le problème concerne donc surtout les travailleurs présents sur le site. TEPCo et la NRA devraient en parler vendredi prochain, pour tenter de trouver une solution.
La majorité du rayonnement émis par l’eau contaminée est de type bêta qui ne traverse pas le métal de la cuve, mais qui interagit avec le fer qui, lui, émet ensuite un rayonnement X qui traverse la cuve.
TEPCo a ignoré ce problème, mais durant l’été 2012, l’autorité de sûreté lui a demandé de le prendre en compte. Elle revu ses calculs en mars 2013 et doit maintenant trouver une solution car, le nombre de cuves augmentant, le problème s’aggrave.
Le débit de dose total ne dépassait pas 1 mSv en mars 2013 et est passé à 7,8 mSv/an en mai à cause des cuves mises près de la bordure.
Des employés de TEPCo évacués privés d’indemnisation, suite
Le Maïnichi revient sur les indemnités qui doivent être remboursées par les employés de TEPCo qui ont été évacués (cf 4 janvier dernier). Les 100 000 yens par mois (710 euros) sont reçus par chaque personne évacuée et TEPCo demande le remboursement pour tous les membres de la famille de ses employés !
Ainsi, TEPCo réclame plus de 30 millions de yens (214 000 euros) à une famille. Les membres de la famille des travailleurs ne sont pas responsables de la catastrophe et souffrent autant que les autres. Ils ont des frais similaires pour racheter ce qui a été abandonné lors de l’évacuation : meubles, vêtements…
La famille en question, deux adultes et deux enfants, vivaient dans une zone maintenant classée en “retour difficile” car l’exposition externe peut y dépasser 50 mSv/an. Elle avait droit, comme les autres habitants de ces régions, à demander une somme forfaitaire correspondant à 5 années d’indemnisation à partir de juin 2002, ce qu’elle a fait. Elle a donc reçu 24 millions de yens. Puis TEPCO a envoyé une demande de remboursement de plus de 30 millions de yens sous le prétexte que la famille avait trouvé à se reloger à partir de l’été 2011. Elle n’est donc plus considérée comme “évacuée”.
Rappelons que les autres habitants dans une situation similaire, mais qui ne sont pas employés par TEPCo, n’ont pas reçu de demande remboursement. Selon le quotidien, quatre familles avec un membre employé par TEPCo, ont aussi reçu des demandes de remboursement, qui, dans deux cas, dépassent les 10 millions de yens (71 000 euros).
Prime de risque et sous-traitance
TEPCo donne une prime de risque à tous les intervenants sur le site de la centrale de Fukushima daï-ichi. Mais elle ne parvient pas toujours aux employés des sous-traitants à cause des ponctions lors des étapes intermédiaires. Et comme le montant de cette prime, variable en fonction du travail, de l’exposition etc, n’est pas connu, les travailleurs ne peuvent pas faire valoir leurs droits.
Selon le Maïnichi, le 8 novembre dernier, TEPCo a révélé que la prime était de 10 000 yens par jour (un peu plus de 70 euros au cours actuel) et qu’elle allait la doubler à partir de décembre. Lors de la conférence de presse, le PDG de TEPCo a clairement annoncé que cette nouvelle prime, dont le montant est connu, devrait être intégralement reversée aux travailleurs. Mais, le 29 novembre, TEPCo a envoyé une note explicative à ses sous-traitants, où elle expliquait que l’augmentation de la prime de 10 000 yens par jour ne signifiait pas que les salaires devaient être augmentés d’autant.
Dans les faits, certains sous-traitants ont augmenté les salaires de 10 000 yens par jour, d’autres non. Sur place, c’est mal ressenti.
Des employés de TEPCo évacués privés d’indemnisation
TEPCO doit payer 100 000 yens par mois (714 euros par mois) à chaque personne forcée à évacuer pour compenser le stress et les frais engendrés par la nouvelle vie (voyage vers l’ancienne habitation, achat de meubles, habits, électroménager…). Mais, selon le Maïnichi, ce soutien financier a été arrêté pour une centaine d’employés de TEPCo qui ont dû évacuer. Pire, la compagnie réclame à au moins une quinzaine d’entre eux de rembourser une partie de ce qu’ils ont déjà reçu !
Un des employés concernés a déménagé dans un nouvel appartement qu’il loue. Comme il habitait avant dans un appartement en location, TEPCo juge qu’il s’agit d’un simple déménagement et qu’il n’est plus évacué. Elle a donc supprimé l’aide financière et lui réclame le trop versé. Les autres personnes évacuées, qui ne sont pas employées par TEPCo, continuent à toucher cette aide, même si elles ont emménagé dans le parc locatif.
L’employé en question a donc porté l’affaire devant la structure de conciliation qui a été mise en place pour gérer les conflits en matière d’indemnisation qui lui a donné raison. Il n’a pas à rembourser et doit même continuer à toucher les indemnisations. Mais TEPCo ne veut rien entendre et refuse cette décision qui n’est pas contraignante.
Dans un autre article, le quotidien présente plus précisément un de ces cas : la personne en question était à la centrale durant les premières heures de la catastrophe, a risqué sa vie pour rétablir la situation et a été exposée à de fortes doses. Cette attitude de TEPCo est donc extrêmement choquante et a cassé le moral des personnes qui se sont beaucoup données. Les salaires ont déjà été amputés de 20%. Cette mesquinerie est la goutte qui fait déborder le vase. De nombreux jeunes quittent donc la compagnie.
TEPCo veut rendre J-Village au foot pour les JO de 2020
TEPCo veut accélérer la réhabilitation de J-Village. Ce complexe sportif, situé à une vingtaine de kilomètres de la centrale accidentée, propriété de TEPCo, de la Fédération japonaise de Football et des autorités locales, a été transformé en base pour la gestion de l’accident. TEPCo veut le rendre en 2018, juste deux ans avant les JO. Elle va le décontaminer pour qu’il puisse accueillir à nouveau des camps d’entraînement de foot.
Enquête Reuters sur des sans-abris embauchés pour la décontamination
L’agence de presse Reuters continue à enquêter sur les conditions de travail après la catastrophe nucléaire. Elle propose un article, des photos et une vidéo sur des sans-abris embauchés dans des travaux de décontamination. A lire !
La pénurie de main d’oeuvre incite donc les compagnies à user de tous les moyens pour trouver des travailleurs qui acceptent de faire le sale boulot pour un salaire ridicule, souvent inférieur au salaire minimum après les ponctions de chaque couche de sous-traitance. Les sans-abris recrutés à Sendaï (Miyagi) interrogés par Reuters travaillaient sur un chantier de la deuxième compagnie de construction du Japon, Obayashi, une des majors du bâtiment qui ont remporté les marchés de décontamination sans aucune expérience.
Le recrutement des personnes les plus vulnérables pour servir de main d’oeuvre sur les chantiers est souvent contrôlé par la pègre.
Les nombreuses couches de sous-traitance permettent tous les abus et rendent les contrôles difficiles. Reuters a dénombré 733 compagnies impliquées dans les chantiers de décontamination des zones les plus contaminées prises en charge par le gouvernement et l’autoroute. Parmi elles, 56 ne sont pas habilitées par le ministère de l’environnement. Les contrats associés représentent 2,5 milliards de dollars.
L’agence a aussi découvert 5 compagnies fantômes, sans adresse, téléphone, site Internet, ni enregistrement.
Le ministère de l’environnement, qui gère là son plus gros budget depuis qu’il existe, se défausse entièrement sur les quelques majors qui ont remporté les contrats. Elles mêmes sous-traitent tout et ne contrôle pas la situation. Un patron d’une compagnie sous-traitante avoue que s’il commençait à contrôler tous les contrats, cela n’avancerait pas et il n’aurait pas le dixième de la main d’oeuvre nécessaire. Alors tout le monde ferme les yeux.
Ces problèmes de sous-traitance existaient déjà avant la catastrophe dans le bâtiment et la décontamination nucléaire. Ils ont été exacerbés par l’ampleur de la tâche suite à la catastrophe, la pénurie de main d’oeuvre et l’attrait de la prime de risque de 100 000 yens par jour qui n’est pas toujours versée aux travailleurs. Selon la police qui a enquêté sur les sans-abris de Sendaï, seulement un tiers de ce qui est versé par Obayashi arrive dans la poche des travailleurs journaliers. Après leur avoir pris les frais de logement et nourriture, il ne leur reste plus que 6 dollars de l’heure, ce qui est moins que le salaire minimum qui est 6,5 dollars de l’heure. Certains sans-abris auraient même des dettes quand tous les frais ont été déduits !
Le recruteur des sans-abris à Sendaï a été arrêté en novembre et relâché sans charge car la police voulait remonter la chaîne de d’embauche et coincer la pègre locale qui logeait les sans-abris dans des dortoirs insalubres et se faisait 10 000 dollars par mois sur leur dos. Le membre de la pègre qui a été arrêté, a dû payer une amende de 2 500 dollars. La compagnie qui a embauché les sans abris envoyés par la pègre a eu une amende de 5 000 dollars, son manager aussi. Elle les a ensuite envoyés à une autre compagnie, à peine plus grosse, qui prétend n’avoir prélevé que 10 dollars par personne avant de les envoyer au véritable sous-traitant. Cette deuxième compagnie et son manager ont aussi eu une amende de 5 000 dollars chacun. Elle prétend que si l’on ne traite pas avec la pègre, il n’est pas possible d’avoir de la main d’oeuvre : ce serait toujours ainsi dans le bâtiment. Quant sous-traitant sur les chantiers, il prétend ne pas être au courant du recrutement. Cette compagnie et la major du bâtiment, n’ont pas été punies.
Des pratiques similaires existent sur les chantiers de traitement des débris du tsunami.
Par ailleurs, le gouvernement japonais va autoriser les ouvriers engagés dans la décontamination et la réhabilitation des zones évacuées à dormir sur place si l’exposition externe est inférieure à une dose équivalente à 20 mSv/an. Il s’agit de satisfaire à une demande des compagnies et des autorités locales afin de gagner sur le temps de transport pour accélérer la décontamination. La dose en dehors des heures de travail va-t-elle être prise en compte ?
Les habitants originaires de ces zones peuvent rentrer dans la journée mais ne sont pas autorisés à dormir sur place. Les municipalités devront en faire la demande auprès du gouvernement. Iitaté l’a déjà fait.
Organisation de soutien aux travailleurs
Un ancien employé de TEPCo a mis en place une organisation pour venir en aide aux travailleurs de la centrale de Fukushima daï-ichi. Il donne aussi des conférences pour expliquer les conditions de travail déplorables à la centrale. Selon l’Asahi, il collecte de l’argent pour acheter des sous-vêtements chauds et des chaufferettes pour les ouvriers qui doivent faire face aux frimas de l’hiver. Pourquoi ce n’est pas TEPCo qui fournit ces équipements ?
Le site internet de cette initiative, entièrement en japonais, contient quelques photos.
Toshiba et ses sous-traitants rappelés à l’ordre
Toshiba et ses 17 sous-traitants se sont fait rappeler à l’ordre par l’inspection du travail car les ouvriers ont travaillé trop longtemps à proximité de l’eau radioactive. La loi japonaise limite à 10 heures par jour la durée du travail quand il y a des risques, 8 heures plus deux heures supplémentaires. Toshiba et ses sous-traitants ont reconnu que certains de leurs employés ont dépassé cette durée. Et comme les alarmes des dosimètres sonnaient au bout de 9 heures et trente minutes de travail, ils étaient changés avant de retourner sur le chantier.
Ils ont donné comme excuse qu’ils ne savaient pas que le temps de préparation et d’attente est compris dans le temps de travail. Un représentant de la compagne a même dit que le dépassement n’était, au plus, que de quelques heures… Après dix heures de travail, on l’espère ! Si une multinationale comme Toshiba n’est pas capable de comprendre correctement le droit du travail, c’est inquiétant.
Meilleur suivi des doses sur les chantiers de décontamination
Le ministère du travail va mieux contrôler les doses prises par les personnes engagées dans les travaux de décontamination et introduire un carnet de doses, comme pour les travailleurs du nucléaire. Voir le communiqué de presse et son annexe avec plus de détails. Il était temps. Espérons que le système sera appliqué et effectif.