Engagement de TEPCo pour diminuer le rayonnement X

On s’en souvient, TEPCo avait oublié de mesurer le rayonnement X pour évaluer le débit de dose en bordure de sa centrale. Il pouvait atteindre 8 mSv/an par endroit alors qu’il est limité à 1 mSv/an. Ces chiffres ne prennent en compte que le rayonnement dû à la centrale, pas la radioactivité naturelle, ni les dépôts de césium sur le sol. Le problème concerne surtout pour les travailleurs.

Ce rayonnement vient des cuves pleines d’eau contaminée : le rayonnement bêta provoque une émission de rayons X sur l’acier des cuves. Lors d’une audition, TEPCo avait expliquer vouloir traiter l’eau, sans plus de précision. La compagnie s’est engagée à repasser sous la limite de 2 mSv/ avant mars 2015 et sous 1 mSv/an avant la fin mars 2016.

Travail acharné pour satisfaire aux nouveaux critères de sûreté

Lire l’excellente dépêche Reuters sur la course contre la montre engagée par les exploitants du nucléaire pour satisfaire aux nouveaux critères de sûreté. Des milliers d’employés ont été envoyés à Tôkyô, à proximité des locaux de l’autorité de sûreté, pour répondre à ses questions. Les conditions de vie depuis des mois dans des hôtels bon marchés, loin de la famille, sont difficiles, les exploitants rognant sur tous les frais. Les journées de travail sont aussi très longues. Mais il n’y a pas que le papier. Les investissements pour remettre les réacteurs aux normes sont aussi massifs. C’est pourquoi le nombre de demande de redémarrage reste très limité.

Mitsubishi Heavy Industry, qui a mis 2 800 personnes sur ce dossier, est le principal sous-traitant, dont dépendent tous les exploitants. C’est un autre frein.

Bref, personne ne peut dire quand ce travail sera fini et quand des réacteurs pourront redémarrer.

Risques liés au cobalt-60 sur le réacteur n°4

L’Autorité de Régulation Nucléaire, la NRA, a demandé à TEPCo de réduire l’exposition des travailleurs qui participent au retrait des combustibles usés de la piscine du réacteur n°4. La NRA aurait mesuré un fort niveau de radiation dû au Cobalt 60 dans les poussières issues du découpage de métaux lors de travaux de démantèlement. Ces poussières sont tombées dans la piscine. La NRA a trouvé qu’en mettant des plaques de plomb, l’irradiation pourrait être réduite à un tiers du niveau initial.

Voir ce document en japonais à partir de la page 5. Il y a des photos du réacteur dans les pages précédentes.

Doses prises par les travailleurs

TEPCo a mis en ligne les dernières statistiques concernant les doses prises par les travailleurs sur le site de la centrale de Fukushima daï-ichi. Elle fait des efforts en publiant 6 documents ! Au 31 décembre 2013, on arrive à un total de 31 383 intervenants enregistrés : 4 086 employés de TEPCo et 27 297 sous-traitants.

Ce document en japonais, donne la répartition des doses enregistrées par classe d’âge pour les employés de TEPCo (première colonne) et les sous-traitants (deuxième colonne), le total étant la dernière colonne. Les âges sont indiqués en haut de chaque tableau, à gauche.

Ce document en japonais donne la répartition des doses prises chaque mois (la colonne de gauche est à lire année mois avec des chiffres collés). Ce document en japonais donne la contribution de la dose externe et celui-là de la dose interne.

Rappelons que la plupart des intervenants résident en zone contaminée durant leur séjour à Fukushima et que la dose en dehors de la centrale n’est pas prise en compte. Et, en mars 2011, il n’y avait pas un dosimètre par personne et que les chiffres annoncés sont à prendre avec recul. Il y a aussi eu de la triche.

Mesures pour diminuer le rayonnement X émis par les cuves pleines d’eau contaminée

Lors de la réunion de la veille à propos de l’eau contaminée, la NRA a auditionné TEPCo à propos du débit de dose trop élevé à la bordure du site, depuis la prise en compte du rayonnement X, comme nous l’avions expliqué. Il monte jusqu’à 8 mSv/an alors que la limite est de 1 mSv/an. C’est un problème pour les travailleurs.

Pour le résoudre, TEPCo a dit qu’elle voulait filtrer l’eau, mais la station ALPS n’est toujours pas au point et elle n’a pas pu donner de calendrier. Bref, la compagnie n’a pas de plan B alors que la station ALPS, initialement prévue pour septembre 2012, cumule les déboires sans remplir les performances attendues.

Indemnisations : TEPCo discrimine ses employés

On se souvient de l’histoire de ses employés de TEPCo qui ont dû évacuer leur logement suite à la catastrophe nucléaire et à qui la compagnie a demandé de rembourser les indemnités reçues. Le Maïnichi, qui continue à enquêter sur le sujet, a découvert que, dès octobre 2011, TEPCo a demandé à ses employés de ne pas demander de compensations. Officiellement, il s’agissait, à l’époque, de laisser la priorité aux autres victimes alors que les demandes affluaient. Mais cela durer pendant plusieurs mois, TEPCo décourageant ses employés ou refusant leur demande.

Le document déniché par le quotidien, daté du 27 octobre 2011, explique que la section en charge des indemnisations est débordée, mais qu’elle va bien indemniser ses employés qui ont souffert comme les autres. Elle leur demande juste d’attendre avant d’envoyer leur dossier. Et d’ajouter que la situation devrait s’améliorer à la fin novembre ou au début décembre 2011. Mais entre 10 et 20 employés de la centrale, qui ont déposé leur demande au début 2012, conformément à la requête de leur employeur, se sont vus refuser toute indemnisation alors qu’ils y ont droit, comme toute personne qui habitait un territoire évacué. Tous les employés qui ont quitté la province de Fukushima ou qui ont été mutés ailleurs ont essuyé un refus.

Chaque personne évacuée à droit à 100 000 yens par mois (714 euros) à cause du stress engendré, en plus de la compensation de la perte éventuelle de l’emploi, du loyer etc. Les employés de TEPCo et leur famille souffrent autant que les autres. Le quotidien cite le cas d’une famille avec deux enfants qui étaient locataires pendant une dizaine d’année à proximité de Fukushima daï-ichi. La femme et les enfants ont  quitté Fukushima de peur d’être stigmatisés comme famille d’employés de TEPCo. Ils ont perdu toute vie sociale sur le nouveau lieu de vie. La femme ne va pas aux réunions de réfugiés de sa nouvelle commune pour les mêmes raisons. Quand le mari, qui ne voit sa famille qu’une fois par semaine, a, début 2012, demandé des indemnisations, elles lui été refusées, sous prétexte qu’il n’a plus le statut de réfugié. Mais pour lui, c’est un devoir de rester à la centrale de Fukushima daï-ichi, malgré la vexation.

Après, le PDG de TEPCo déclare dans la presse qu’il veut retenir ses employés qui quittent la compagnie… Et c’est sans vergogne que la compagnie, annonce sur son site qu’elle va indemniser toutes les personnes éligibles, “jusqu’à la dernière personne”. Il y a des personnes moins éligibles que d’autres…

Traitement de l’eau : changement de stratégie demandé

La station ALPS de décontamination de l’eau n’est toujours pas au point : elle n’arrive pas à remplir les objectifs assignés pour certains éléments comme l’iode. En attendant, l’eau s’accumule dans les cuves et le débit de dose augmente sur place. Et avec la prise en compte récente des rayons X, ce n’est pas anodin pour les travailleurs. TEPCo devrait revoir entièrement sa stratégie. La NRA suggère de se limiter d’abord au retrait du césium (déjà effectué par SARRY) et du strontium afin de baisser significativement la contamination bêta totale de l’eau et le rayonnement X induit.