Réouverture de J-Village

J-Village, le complexe sportif dédié au foot; situé sur les communes de Hirono et Naraha, avait servi de base pour les intervenants à la centrale de Fukushima daï-ichi après la catastrophe nucléaire. Les autorités veulent rendre ce complexe au sport avant les JO de 2020 à Tôkyô et un appel aux dons avait été lancé.

Un match de foot inaugural a eu lieu le 28 juillet dernier avec des équipes locales, conformément à la date d’ouverture annoncée. Un millier de spectateurs étaient présents.

Les débits de dose en deux points sont indiqués tout en bas du site Internet de J-Village :

  • 0,085 µSv/h sur le terrain n°2 ;
  • 0,126 µSv/h devant l’hôtel.

A titre de comparaison, le bruit de fond, à savoir la radioactivité naturelle avant l’accident induit un débit de dose de l’ordre de 0,04 µSv/h. 0,23 µSv/h induit une dose supplémentaire de 1 mSv/an, si l’on reste 8 h par jour dehors. Voir notre article dédié au sujet des doses et des normes.

Inauguration d’un centre commercial à Naraha

L’ordre d’évacuer a été levé en septembre 2015 à Naraha et l’école a rouvert en avril de cette année. 47% des habitants seraient rentrés à la fin mai 2018. Un nouveau centre commercial vient d’être inauguré, en remplacement du centre provisoire en préfabriqués. Il rassemble une dizaine de commerces, dont un super-marché et est située à proximité d’un nouveau lotissement, avec de nombreuses maisons toutes neuves.

 

Les balises radiamètres vont être retirées car elles sont souvent en panne

Comme nous l’avons déjà mentionné, l’Autorité de régulation nucléaire (NRA) s’apprête à retirer les balises avec radiamètre car il y a eu environ 3 955 pannes et les réparations lui ont coûté environ 500 millions de yens (3,8 millions d’euro) par an.

3 000 balises avaient été installées en 2013, pour rassurer les populations. Elles affichent le débit de dose comme sur la photo ci-dessous.

Voici l’intérieur :

La NRA veut en retirer environ 2 400, ou 80%, d’ici 2020 en dehors des territoires qui ont été évacués, pour en remettre quelques unes dans les communes où l’ordre d’évacuer a été levé. Elle estime aussi que les débits de dose ont suffisamment baissé et se sont stabilisés. Des riverains protestent car ils estiment que ces balises sont utiles, surtout à proximité des écoles, parcs et crèches. Ils veulent donc leur maintien, tant que la centrale de Fukushima daï-ichi est menaçante. Il y en a pour des décennies.

Au moment de leur installation, ces balises avaient été critiquées, car installées dans des zones décontaminées, par forcément représentatives de la contamination ambiante. Mais, elles servent de référence maintenant.

Le canton de Futaba va garder le même nombre d’élus régionaux malgré sa dépopulation

Le canton de Futaba, qui regroupe 8 communes, dont celles de Futaba et Namié, a vu sa population s’effondrer entre les deux derniers recensements, suite à la catastrophe nucléaire : elle était de 72 882 en 2010 et 7 333 en 2015. Comme le nombre de sièges à l’assemblée régionale dépend de la population du canton à la date du dernier recensement, le nombre d’élus devait passer de 2 à 0 sur 58.

Pour faire face à cette situation, l’assemblée nationale a voté, à l’unanimité, la proposition d’établir le nombre de représentants sur le recensement de 2010 pour la prochaine élection qui aura lieu en novembre 2019.

Fin des indemnisations pour les personnes déplacées de la catastrophe nucléaire

A la fin mars 2018, TEPCo a dépensé plus de 8 000 milliards de yens (60 milliards d’euros) en indemnisations. Une moitié environ est allée aux personnes déplacées et l’autre aux entreprises et commerces affectées. Cet argent est avancé par l’Etat et selon une estimation récente de la cour des comptes japonaise, le coût des intérêts, à la charge des contribuables japonais pourrait atteindre 218,2 milliards de yens (1,7 milliards d’euros).

Les indemnisations sont officiellement terminées depuis le 31 mars 2018, mais ce n’est pas encore la fin pour TEPCo. Il y a une trentaine de plaintes collectives, regroupant plus de 12 000 personnes, pour réclamer de meilleures indemnisations.

Chaque personne qui a dû évacuer a reçu 100 000 yen par mois (760 €) en compensation du stress engendré auxquels pouvaient s’ajouter des indemnisations liées à la perte des ressources financières, au logement, aux transports… La seule partie liée au stress peut s’élever à 8,4 millions de yens (63 000 €) par personne sur 7 ans. Les 25 000 personnes originaires de la zone dite de retour difficile ont reçu une somme supplémentaire de 7 millions de yens (53 000 €) en une seule fois.

Ce soutien financier s’est terminé une année après la levée de l’ordre d’évacuer pour les personnes originaires des zones concernées et cette année pour toutes les autres. Cependant, le gouvernement a demandé à TEPCo de maintenir l’aide au logement une année de plus.

Ces indemnisations ont provoqué beaucoup de jalousies et des discriminations envers les personnes déplacées qui apparaissaient comme privilégiées. A titre de comparaison, les personnes auto-évacuées, qui sont parties d’elles-mêmes, sans y être obligées, ont reçu, en plus d’une aide au logement, 120 000 yens (900 €) en une seule fois. C’était 720 000 yens (5 400 €) pour les mineurs et les femmes enceintes. La différence de niveau de contamination de leur lieu de vie pouvait être très faible avec les personnes évacuées de force.

La fin des indemnisations ne signe pas la fin de la catastrophe, loin de là. Les populations affectées ne retrouveront jamais leur vie d’antan. Elles font toujours face à de nombreux problèmes. Il en est de même pour les communes affectées par les évacuations. Comme le taux de retour dans les zones où il est permis de rentrer est faible, de l’ordre de 15% en moyenne, certaines communes veulent attirer de nouveaux habitants. Tomioka, par exemple, offre à chaque famille 300 000 yens ( 2 300 €) par an pendant 3 ans, plus 180 000 yens (1 400 €) par an par enfant.

Réouverture des écoles et des collèges dans 5 communes de Fukushima, avec très peu d’enfants

135 enfants ont fait leur rentrée pour la première fois en 7 ans dans 14 écoles et collèges de 5 communes de Fukushima. Il s’agit de Namié, Tomioka, Iitaté et le district Yamakiya de Kawamata, où l’ordre d’évacuer a été levé au printemps et 2017, sauf dans les zones dites de retour difficile, et de Katsurao, où l’ordre d’évacuer a été levé en juin 2016. C’est à peine 3% des 4 000 d’enfants scolarisés avant la catastrophe. Les écoles et collèges ont donc été regroupés, faute d’enfants, comme rapporté dans notre bilan annuel publié à l’occasion du septième anniversaire de cette catastrophe sans fin.

A Iitaté, une école toute neuve a été reconstruite et 75 élèves et collégiens sont inscrits. Il y a 5 mois, 90 étaient attendus. Ils étaient 742 avant la catastrophe. Les enfants vivent toujours en dehors de la commune, pour la plupart d’entre eux, et ont jusqu’à une heure de bus chaque jour pour venir à l’école ou au collège.

A Tomioka, seuls 17 enfants sont inscrits à l’école et au collège. Avant la catastrophe nucléaire, la commune avait deux écoles élémentaires et deux collèges, avec 1 487 enfants scolarisés. Le taux de retour dépasse à peine 1%. Le CP compte trois élèves.

A Katsurao, il y a 22 enfants en tout dans l’établissement qui regroupe la maternelle, l’école élémentaire et le collège.

Inauguration d’une usine à Namié

La ville de Namié est quasiment entièrement évacuée. En février, 516 habitants seulement y résidaient, alors qu’ils étaient 21 000 avant la catastrophe. 80 % du territoire est classé en zone de retour difficile. Les groupes japonais Nissan et Sumitomo ont décidé d’y implanter un site de recyclage des batteries des voitures électriques. Ils ont bénéficié d’aides financières pour cela et espèrent fournir des batteries recyclées à moitié prix par rapport aux neuves.

Le bâtiment reste sommaire et il n’y a que 10 employés pour le moment, mais l’usine ne devrait être mise en service qu’en mai prochain. 50 employés sont attendus en 2020.

Pourquoi les habitants ne rentrent pas là où les ordres d’évacuer ont été levés

Il y a bientôt un an, le gouvernement levait l’ordre d’évacuer dans les dernières zones encore évacuées, à l’exception des zones dites de “retour difficile”. Le gouvernement, obstiné par la reconquête des territoires perdus, ne prend pas en compte l’avis des habitants concernés et le taux de retour attendu était faible. Six mois plus tard, il était effectivement faible. Un an plus tard, il est toujours faible. Les écoles de Tomioka et Iitaté sont presque vides.

Le quotidien Asahi a interrogé les habitants de quatre communes où l’ordre d’évacué à été levé au printemps 2017 pour savoir pourquoi : Namié, Tomioka, Iitaté et Kawamata. Un questionnaire a été envoyé à 329 personnes et 161 réponses ont été obtenues. 114 concernent des personnes toujours déplacées. Pour 70% des réponses, les mesures gouvernementales sont insuffisantes. Les principales raisons qui freinent le retour sont ci-dessous :

Si l’on enlève la première cause qui est un obstacle au retour, à savoir que la maison n’est pas habitable, les principales raisons évoquées sont le manque de service et les risques liés à la radioactivité.

Et comme il n’y a pas d’habitants, l’activité commerciale ne reprend pas. Selon le Maïnichi, à Namié, par exemple, parmi les 597 membres de la CCI, seulement 262, ou 44%, ont repris une activité, mais à peine 6% à Namié même (34). A Tomioka, c’est un peu mieux : 277 activités sur les 478 membres de la CCI ont repris, soit 58%, dont 60 à Tomioka, soit 12,6%. A Iitaté, c’est 130 sur 167, soit 78% de reprise, dont 51 à Iitaté, soit 30,5%.

Droits humains au Japon : fin de la revue périodique par le Haut commissariat de l’ONU et engagements du Japon

L’examen périodique universel du Japon par le Haut Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU est terminé. Après les contributions des ONG dont nous avons déjà parlé, ce fut le tour des pays membres. Le rapport des discussions est disponible en ligne sur le site de l’ONU dans plusieurs langues dont le français. Le gouvernement japonais, quant à lui, a mis en ligne ses réponses en anglais.

En ce qui concerne les seuls problèmes liés à la catastrophe nucléaire :

  • L’Autriche a demandé de “continuer d’apporter un appui aux évacués volontaires des zones fortement irradiées de Fukushima, en les aidant sur les plans financier, du logement et des autres composantes de la vie quotidienne, et en mettant en place une surveillance médicale régulière des personnes touchées, en particulier de celles qui étaient enfants au moment de l’accident” (161.214). Le Japon a répondu qu’il acceptait cette recommandation en précisant qu’il y satisfait déjà. Pourtant, les “évacués volontaires” ne bénéficient plus de soutien de l’Etat.
  • Le Portugal a demandé d’“appliquer les Principes directeurs relatifs au déplacement de personnes à l’intérieur de leur propre pays à tous ceux qui ont été touchés par la catastrophe nucléaire de Fukushima Daiichi, afin de garantir la pleine participation, dans des conditions d’égalité, des femmes et des hommes à la prise de décisions concernant leur réinstallation” (161.215). Là encore, le Japon a répondu qu’il acceptait cette recommandation en précisant qu’il continuerait à faire des efforts pour garantir les intentions des principes directeurs. C’est loin d’être la cas, comme nous l’avons expliqué dans notre rapport pour les 5 ans de la catastrophe.
  • L’Allemagne a demandé de “respecter le droit des personnes vivant dans la région de Fukushima, en particulier des femmes enceintes et des enfants, au plus haut niveau de santé physique et mentale, notamment en ramenant la dose maximale de radiation admissible à 1 millisievert (mSv) par an, et en continuant d’apporter un appui aux évacués et aux résidents” (161.216). Rappelons que la limite utilisée pour les évacuations et le retour est de 20 mSv/an, à savoir la valeur la plus haute des recommandations internationales. Le Japon a accepté cette recommandation sans commentaire. Il a bien annoncé vouloir respecter la limite de 1 mSv/an, mais à long terme, sans fixer de calendrier. Comme nous l’avons déjà rapporté, il cherche à changer la méthode de calcul pour arriver à 1 mSv/an…
  • Le Mexique a demandé de “garantir l’accès aux services de santé à ceux qui ont été touchés par l’accident nucléaire de Fukushima, ainsi qu’aux générations de rescapés de l’utilisation d’armes nucléaires” (161.217). Le Japon a accepté en précisant que tout le monde avait accès aux soins au Japon grâce à l’assurance santé et que les victimes des bombes nucléaires bénéficient d’un soutien supplémentaire.

Il est peu probable que le Japon change sa politique vis à vis des victimes de la catastrophe nucléaire. En effet, dans ses réponses écrites auxquelles l’ACRO a eu accès, le Japon défendait sa politique actuelle, quitte à avoir une interprétation bien à lui des règles internationales de radioprotection.

Par exemple, le Japon, continue d’affirmer que la limite d’évacuation de 20 mSv/an correspond à la limite basse des recommandations internationales de la CIPR. Mais la recommandation en question ne concerne que la phase d’urgence. Or, l’ordre d’évacuer basé sur cette limite a été issu en avril 2011, plus d’un mois après le début de la catastrophe et les populations avaient encore un mois pour partir. Ce n’est plus de l’urgence ! Dans ce cas, il faut appliquer les recommandations pour ce que la CIPR qualifie de “situation existante”. Et 20 mSv/an est alors la valeur haute ! Il est ironique de voir le gouvernement japonais critiquer continuellement les “rumeurs infondées” alors que ses règles ne sont pas fondées sur les recommandations internationales en matière de radioprotection…