Le manga Oïshimbo fait scandale

Un des derniers épisodes d’un série de Manga qui existe depuis 1983 (Oïshimbo, 美味しんぼ), qui représente des saignements de nez après un séjour à la centrale de Fukushima, fait polémique au Japon. Des élus locaux, indignés, déclarent : « A cause de la publication de cet épisode, ce ne sont pas seulement les ex-habitants de Futaba mais aussi toutes les personnes de la région de Fukushima qui risquent d’être victimes de discrimination ». L’auteur se défend : « Tout le monde aurait sans doute été content de lire que Fukushima était sûr, sans problème et que la reconstruction avançait », mais « je ne peux raconter que la vérité ».
Le ministre de l’environnement y est aussi allé de son couplet : « Je ne peux pas comprendre l’intention de l’auteur ou ce qu’il veut dire ».
Katsutaka Idogawa, l’ancien maire de Futaba, qui est dessiné dans le manga, maintient les propos qui lui sont attribués : son nez a souvent saigné au début de la catastrophe, presque tous les jours. Il explique qu’il en est de même pour de nombreuses autres personnes à Fukushima. Il est donc hors de question, pour lui, de démentir ces faits. Sa santé ne regarde pas le ministre de l’environnement.

Familles séparées

Selon une étude commandée par les autorités régionales et reprise par les médias japonais, 50% des familles évacuées sont encore séparées et 67,5% ont un membre qui souffre de stress physique et mental.
En janvier et février dernier, la région a envoyé à un questionnaire à 62 812 familles vivant à Fukushima ou ailleurs. Elle a reçu 20 680 réponses, dont 16 965 (82%) vivaient dans les zones évacuées. Les 18% restants (3 683 familles) sont parties de leur propre décision. Il y a un doute pour 32 familles.
48,9% des familles qui ont répondu disent vivre séparées depuis la catastrophe. Pour 15,6% des familles, l’éclatement familial est sur plus de 3 lieux.
Les raisons de la séparations sont multiples : logements provisoires trop petits pour accueillir tout le monde, volonté de protéger les plus jeunes, volonté de se rapprocher d’une école ou du travail pour certains membres de la famille…
Certaines personnes se retrouvent seules, inquiètes pour leur avenir. 50% des familles disent que certains de leurs membres ont des troubles du sommeil ou perdu leur joie de vivre. Le sentiment de frustration et de dépression touche 40% d’entre elles. Enfin, 34,8% des réponses signalent une aggravation des maladies chroniques qui les affectent.
L’enquête montre aussi que 50,6% des familles qui sont parties de leur propre chef ont changé de résidence administrative alors que 86% des familles qui ont été forcées à partir ne l’ont pas fait. Cela est probablement lié aux aides financières.
Enfin, parmi les familles qui sont parties d’elles-mêmes, seulement 17,1% veulent rentrer. 27% veulent s’installer où elles ont trouvé refuge et 36,3% sont indécises.
Voir l’Asahi et le Maïnichi.

Evaluation du temps d’évacuation

Les autorités régionales de Shizuoka ont estimé qu’il fallait au moins 28 heures pour évacuer les 860 000 habitants dans un rayon de 30 km autour de la centrale. Pour obtenir ce résultat très optimiste, elles ont supposé que les habitants partiraient en bon ordre et suivaient les instructions pour éviter les embouteillages. Il y aurait aussi 3 personnes par véhicule ! Dans un cas moins optimiste, l’évacuation pourrait prendre deux jours selon la préfecture. Ce serait le cas suite à un fort séisme. Et donc, des habitants seraient fort probablement exposés.
Les 50 000 habitants à moins de 5 km mettraient environ 24 heures pour aller au-delà des 30 km.
Le temps passé dans la voiture, où l’on est moins bien protégé que dans un bâtiment en dur, va de 8 heures environ à une trentaine d’heures en fonction des hypothèses.
Ces chiffres ne prennent pas en compte l’endommagement du réseau routier ni l’évacuation des personnes dépendantes dans les hôpitaux et les maisons de retraite.
Nous en avions déjà parlé le 14 janvier dernier, un cabinet privé avait estimé que cette même évacuation pouvait prendre jusqu’à 6 jours si l’autoroute était coupée suite à un séisme par exemple et que tous les bus n’étaient pas disponibles.
La différence entre les deux estimations est énorme ! Demander l’estimation du temps d’évacuation, à l’instar de ce qui se fait aux Etats-Unis, est un progrès. La France devrait en prendre de la graine. Mais si cela conduit à des estimations basées sur des hypothèses irréalistes, cela ne sert à rien. Une contre expertise de ces travaux est donc indispensable.
A Hyôgo, les autorités régionales ont rendu publiques leur estimation de la dose à la thyroïde que les enfants pourraient recevoir en cas d’accident nucléaire dans la province voisine de Fukui. Dans 31 communes sur 41, cela pourrait dépasser la limite de 50 mSv à la glande pendant la première semaine. C’est à partir de cette limite qu’il faut prendre des pastilles d’iode. Pour cela, elle a, à chaque fois, supposé des conditions météo défavorables.
De son côté, le gouverneur de Niigata, où il y a la centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa avec ses 7 réacteurs, pense que, même si la sûreté des réacteurs est garantie par la NRA, les autorités locales ne sont pas prêtes à faire face en cas d’accident. Il sait de quoi il parle car il a dû faire face au séisme de 2007 qui avait entraîné l’arrêt prolongé de la centrale. Sa province a aussi accueilli de nombreux réfugiés de Fukushima.
Les chauffeurs de bus accepteront-ils d’aller chercher les gens dans des zones contaminées ? De quelle protection bénéficieront-ils ? Ne faut-il pas changer leur statut ?

Mise en ligne des données secrètes

Le gouvernement a mis en ligne toutes les données sur les doses potentiellement reçues par les habitants qui retourneraient vivre dans les zones évacuées d’Iitaté, Tamura et Kawauchi. Données qui étaient cachées depuis octobre 2013.
Au lieu d’une estimation grossière de la dose potentiellement reçue, basée sur le niveau de dose ambiant et l’hypothèse que chaque habitant passe 8 heures par jour à l’extérieur, le gouvernement avait commandé une étude plus fine à l’aide de dosimètres placés en 43 zones, avec plusieurs appareils par zone, et une reconstitution de la dose en fonction de mode de vie. Il espérait ainsi montrer que la dose réelle est bien inférieure à celle estimé grossièrement. Ce n’est pas le cas.
Partout où les mesures ont été faites, les doses annuelles sont bien inférieures à 20 mSv/an, limite fixée par le gouvernement pour le retour. Mais cette limite correspond à la phase d’urgence et la CIPR préconise de choisir une limite dans la partie basse de la fourchette 1-20 mSv/an pour les situations à long terme.
A Kawauchi, où le gouvernement veut lever l’ordre d’évacuer à partir de juillet prochain, la dose estimée est de 3 mSv/an. A Miyakoji, où l’ordre à déjà été levé, les travailleurs forestiers pourraient prendre 2,3 mSv/an. Les agriculteurs, entre 0,9 et 1,2 mSv/an, un enseignant, environ 0,7 mSv/an.
Un premier document de 8 pages est ici en japonais. Un autre, plus complet, est ici en japonais.
Les habitants originaires du district de Miyakoji, où l’ordre d’évacuer a été levé le 1er avril dernier, se sentent trahis par le gouvernement qui leur a caché les données sur la mesure des doses potentielles obtenues par les nouvelles méthodes d’évaluation.

Données cachées, suite

Le Maïnichi en avait déjà parlé le 25 mars 2014. Le gouvernement a retenu des données de mesure de dose dans des villages où il s’apprête à lever l’ordre d’évacuer. Les données viennent d’être mises en ligne et la presse revient sur cette affaire.
En juillet 2013, le gouvernement avait mandaté le National Institute of Radiological Sciences (NIRS) et la Japan Atomic Energy Agency (JAEA) pour faire des mesures de dose dans 43 sites variés, incluant des écoles, habitations, terrains agricoles… à Tamura, Kawauchi et Iitaté. Le but du gouvernement était de montrer que l’on peut vivre dans une zone où les calculs, basés sur l’hypothèse que l’on reste 8 heures par jour à l’extérieur, surestiment les doses et qu’en faisant attention, on peut avoir une dose proche de 1 mSv/an, même si la limite pour le retour est toujours de 20 mSv/an.
Les deux organismes ont mesuré des doses à l’aide de dosimètres en plusieurs points de chacun des 43 sites et on reconstitué une dose reçue en fonction du mode de vie. Ils ont estimé que la dose effective reçue était 30% plus faible que l’estimation simpliste basée sur le débit horaire. Mais la dose ainsi estimée dépassait le millisievert par an en 24 sites sur 43.
Les résultats ont été remis au gouvernement en octobre 2013 et il s’est bien gardé de les publier. Il a attendu que l’ordre d’évacuer à Miyakoji soit levé, alors que des mesures concernaient cette zone et qu’il a eu plusieurs réunions avec les habitants.
Des habitants de Miyakoji déplorent ce comportement et se demandent s’ils ont bien fait de rentrer.
Le document est ici en japonais.

Simulations d’accident dans le Kansaï

La province de Hyôgo a fait faire des simulations d’accident nucléaire dans l’une des nombreuses centrales de la province voisine de Fukui, en supposant un rejet similaire à celui qui a eu lieu à Fukushima. Elle a publié les résultats pour son propre territoire, mais pas pour les provinces voisines, comme Kyôto, Shiga ou Ôsaka. Des citoyens les réclament en vain. Ils ont fait appel à la commission d’accès aux documents administratifs, ont eu gain de cause, mais les autorités rechignent toujours.
L’article du Japan Times qui relate l’affaire donne des doses issues de la simulation, mais il n’est pas précisé si c’est au corps entier ou la thyroïde. Au vu des chiffres et des conclusions quant à la distribution d’iode, ce doit être à la thyroïde. Cela pourrait monter jusqu’à 62 mSv en une semaine à Kôbé, dans le cas le plus pessimiste et entre 50 et 100 mSv dans d’autres communes de la province. La limite à partir de laquelle il est recommandé de prendre de l’iode pour se protéger est de 50 mSv.

Le gouvernement demande la transmission de données à l’AIEA

Selon le Maïnichi, le 17 mars 2014, le ministère des affaires étrangères a envoyé un email à 18 communes de Fukushima équipées d’un appareil d’anthropogammamétrie (WBC) pour leur demander de transmettre à l’AIEA leurs données sur la contamination interne des habitants. Le message a aussi été envoyé aux autorités provinciales et à la mairie de Namié. Il était demandé de transmettre toutes les données à l’AIEA : contamination interne, relevés des dosimètres individuels, etc… avant le 24 mars.
Le mail suggérait que l’AIEA voulait montrer que cette contamination était inférieure à celle évaluée par d’autres organismes internationaux.
La moitié des communes a refusé sous le prétexte qu’il n’est pas raisonnable de demander des données personnelles par email et qu’elles ne souhaitent pas que l’exposition des résidents soit minimisée.
8 communes ont répondu en enlevant les noms ou en se limitant aux informations déjà rendues publiques. Le gouvernement n’a pas encore transmis les données à l’AIEA qui prétend vouloir faire un rapport objectif. La mission première de l’AIEA est de promouvoir le nucléaire. Si elle était objective, cela se saurait !

Des Marines portent plainte contre TEPCo

79 Marines américains ont porté plainte contre TEPCo et réclament 1 milliard de dollars d’indemnisation. Ils prétendent que TEPCo a menti sur le niveau de contamination de la zone où ils effectuaient des opérations humanitaires.
C’est la deuxième fois qu’une plainte est déposée aux Etats-Unis à ce propos. La précédente n’avait pas abouti car elle avait été déposée contre le gouvernement japonais et le tribunal s’était déclaré incompétent.
TEPCo prétend qu’il n’est pas plausible que le commandement du navire dépende des informations de TEPCo pour garantir la sécurité de son équipage.

Chikurin : base de données

Chikurin-sha, le laboratoire japonais de mesure de la radioactivité, soutenu et équipé par l’ACRO, a mis en ligne une base de données avec tous ses résultats de mesure. C’est ici en japonais.
Il travaille actuellement dans les zones où les autorités ont levé l’ordre d’évacuer ou s’apprête à lever cet ordre.