TEPCo doit être plus transparente, selon un audit

On s’en souvient, en février dernier, TEPCo avait été prise sur le fait d’avoir caché pendant 10 mois que de l’eau de pluie contaminée avait coulé directement dans l’océan. Cela avait fait scandale. L’eau provenait d’un toit du réacteur n°2.

Le groupe d’experts extérieurs mis en place par TEPCo pour améliorer sa culture de sûreté a jugé, dans son dernier rapport, que la compagnie avait violé son engagement de 2013 de publier rapidement ses données et de ne rien cacher. Le rapport souligne aussi des lacunes dans la distribution des responsabilités.

Dans son communiqué, TEPCo note que le groupe d’experts a noté des progrès dans sa gestion de l’eau contaminée, la publication des résultats et les conditions de travail. Bref, tout va bien. Mais, la compagnie a aussi publié un document expliquant comment elle allait améliorer sa politique de communication des résultats.

TEPCo change… de logo et de slogan

La branche production et distribution d’électricité de TEPCo va se séparer en trois compagnies regroupées dans une holding. La compagnie communique sur les nouveaux noms, les nouveaux logos et son nouveau slogan : “L’énergie de tous les défis”. Elle en aura bien besoin…

Il n’est pas fait mention de sa branche démantèlement et décontamination. Il aurait pourtant été intéressant de connaître son slogan.

Problèmes avec les détecteurs de muons

Les muons sont des particules cosmiques qui peuvent traverser de fortes épaisseurs. Ils ont été utilisés radiographier les cœurs des réacteurs 1 et 2. En effet, le corium, c’est à dire le combustible fondu, est plus dense, et absorbe plus de muons.

Des essais effectués sur le réacteur n°1 ont permis de confirmer la fusion du cœur et le percement de la cuve. Après ce premier essai, de nouveaux détecteurs ont été développés, pour un coût de 4 millions de dollars, mais, selon la NHK, la télévision publique, ils sont trop grands pour être installés dans le réacteur n°2. Il faudrait en démonter une partie, décontaminer les lieux, ce qui conduirait à un triplement du coût. TEPCo et les autorités vont donc utiliser les détecteurs qui ont servi pour le réacteur n°1.

Ce qui a de surprenant dans cette histoire, outre le fait que les détecteurs aient été construits sans se préoccuper de savoir s’ils avaient la bonne taille, c’est que le réacteur n°2 a déjà été radiographié par l’université de Nagoya sans que TEPCo n’ait mentionné ces résultats.

La compagnie a aussi reporté l’envoi d’un robot dans la cuve du réacteur n°2.

Selon un document interne, TEPCo connaissait le risque tsunami

Suite au tsunami de 2004 qui avait fait de nombreuses victimes en Asie du Sud-Est, les autorités avaient réévalué le risque au Japon et demandé aux exploitants du nucléaire de faire de même. TEPCo savait, en 2008, que le risque était sous-évalué à Fukushima. C’est déjà connu. La compagnie vient de rendre public le document, à la demande d’actionnaires qui ont porté plainte contre elle. On peut y lire qu’il est « indispensable de prendre des mesures pour faire face à un tsunami plus que ce qui est estimé actuellement ». La compagnie avait alors estimé à 15,7 m la hauteur de la vague qui pourrait frapper la centrale, en fonction de la révision du risque sismique par les autorités. Mais, cette estimation ne doit pas nécessairement impliquer « des mesures concrètes car il y a des différences d’opinion parmi les experts, sur comment estimer le risque sismique, » peut-on encore lire. Il ajoute ensuite qu’il n’est pas possible de nier les résultats des autorités et que la compagnie n’a pas d’autre choix que d’augmenter la hauteur maximale prise en compte dans l’établissement de mesures de protection.

Ce document a été distribué lors d’une réunion interne, le 10 septembre 2008 mais n’a jamais entraîné la moindre action de protection.

Report des travaux de sécurisation et retour des habitants validés

TEPCo avait annoncé vouloir retarder de plusieurs années le retrait des combustibles usés et le gouvernement vient d’approuver cette nouvelle feuille de route lors d’une réunion commune. Le communiqué de presse de TEPCo n’est qu’une suite de propos lénifiants sans beaucoup d’intérêt. Officiellement, il est question de privilégier la sécurité des travailleurs par rapport à la rapidité des opérations.

TEPCo n’en est pas encore au stade du démantèlement des réacteurs, mais à leur sécurisation car ils sont encore très menaçants. Sauf le réacteur n°4, où le retrait des combustibles de la piscine est terminé. Son démantèlement n’est pas pour tout de suite.

Pour les réacteurs 1, 2 et 3, il faut d’abord retirer les combustibles des piscines, puis les combustibles fondus avant de pouvoir commencer à démanteler. TEPCo vient d’obtenir l’aval du gouvernement pour retarder ces travaux de 2 à 3 ans pour les piscines. Ainsi, les travaux ne devraient pas commencer avant 2017 pour la piscine du réacteur n°3 et en 2020 pour celles des n°1 et 2. Le débit de dose y est trop élevé et des être humains ne peuvent pas y travailler.

Le retrait des combustibles des piscines nécessite le déblaiement de tous les débris puis de la construction d’une structure par dessus les bâtiments détruits, pour les réacteurs 1 et 3. Ce sont les travaux de construction qui sont difficiles sans êtres humains à proximité. La structure à construire n’est pas la même pour chaque réacteur. Pour le réacteur n°2, comme l’enceinte de confinement est fissurée, la contamination y est plus forte.

Pour le retrait du corium, à savoir le combustible fondu, il n’y a pas de changement de date : cela devrait commencer dans 6 ans, ce qui semble peu réaliste au vu de la complexité du chantier. Avec ce calendrier, il se sera passé 10 ans depuis la fusion de ces cœurs. TEPCo ne sait toujours pas par quel réacteur elle va commencer car elle ne sait pas où sont les coriums.

La compagnie envisageait de noyer l’enceinte de confinement pour atténuer les radiations, mais cela ne sera pas possible car elle est percée. Il lui faut donc trouver des méthodes alternatives. De nouvelles solutions devraient être proposées d’ici deux ans.

L’autre problème menaçant est l’eau accumulée dans les cuves. Même si elle a été partiellement décontaminée, une forte secousse pourrait provoquer une fuite et entraver les travaux sur place. TEPCo et les autorités espèrent toujours la rejeter dans l’océan. Une consultation des parties-prenantes en vue de les convaincre devrait commencer l’an prochain.

TEPCo veut réduire les infiltrations d’eau souterraine dans les sous-sols des réacteurs à moins de 100 m3 par jour d’ici mars 2017. C’est actuellement de l’ordre de 300 m3 par jour.

Puis, une fois les travaux de sécurisation et de démantèlement terminés, ni TEPCo, ni les autorités n’ont de solution pour les déchets radioactifs générés.

La feuille de route avait été initialement définie en décembre 2011. La dernière révision date de juin 2013.

D’un autre côté, le gouvernement a validé son plan de voir 54 800 habitants rentrés chez eux d’ici deux ans, afin de cesser les indemnisations un an plus tard. Evidemment, les habitants originaires des zones les plus contaminées, classées en zones de « retour difficile », ne sont pas concernés. Pour le moment, le taux de retour dans les zones où l’ordre d’évacuer a été levé est faible. Les réacteurs n’étant pas sécurisés, on comprend les réticences.

TEPCo reporte le retrait des combustibles usés des réacteurs 1 à 3

Si TEPCo a réussi à retirer tous les combustibles de la piscine du réacteur n°4, c’est parce que la cuve du réacteur était vide en 2011 et des êtres humains ont pu intervenir sur place. Ce n’est pas le cas pour les réacteurs 1, 2 et 3 où il y a eu fusion du cœur. Le risque d’irradiation y est trop élevé pour permettre à des humains d’y travailler. La compagnie espérait pouvoir commencer les travaux cette année pour le réacteur n°3 où la plupart des débris ont été retirés. Elle vient de reporter à 2017 le début des travaux. Pour les réacteurs 1 et 2, c’est passé de 2017 à 2020. Pour le reste des travaux de sécurisation puis de démantèlement des réacteurs, il n’y a pas eu de modification de calendrier.

Rappelons que ces piscines sont une menace. Si une forte secousse sismique les fissure et qu’il n’est plus possible de refroidir les combustibles, les rejets radioactifs ne seraient pas retenus par une enceinte de confinement. Ils seraient alors plus conséquents que ceux de 2011.

Cela n’empêche pas les autorités de vouloir voir que populations rentrent dans les territoires évacués situés à moins de 20 km de la centrale afin de cesser l’indemnisation…

Rapport de l’AIEA

Selon les média japonais, l’AIEA a préparé un rapport sur la catastrophe nucléaire à Fukushima qui devrait être adopté à l’automne prochain. Ce rapport expliquerait que TEPCo et les autorités de contrôle ont sous-estimé le risque tsunami. Quelle perspicacité !

Il aurait été préférable que l’AIEA souligne ces lacunes avant la catastrophe. Qu’en est-il actuellement au Japon et ailleurs ? Y-a-t-il des lacunes graves ?

Greenpeace Belgique a mis en ligne ce rapport avec des commentaires. Pas encore lu.

Réacteur n°2 : TEPCo présente de nouveaux faits sur le déroulement de l’accident

Lors de la perte du refroidissement dans un réacteur nucléaire, l’évaporation conduit à une augmentation de la pression à l’intérieur de l’enceinte de confinement qui pourrait l’endommager. Il faut donc éventer le réacteur pour faire baisser la pression, ce qui conduit à un relargage de gaz radioactifs.

Durant les premiers jours de la catastrophe, l’éventage du réacteur n°2 aurait été un échec. C’est ce que vient de découvrir TEPCo. En effet, le niveau de contamination dans la tuyauterie qui aurait dû transporter les gaz vers l’extérieur n’est pas très élevé.

Le 14 mars 2011, la compagnie a tenté d’éventer le réacteur n°2, mais la pression n’a pas baissé.

Cela a conduit à un endommagement de l’enceinte de confinement du réacteur n°2 le même jour vers 21h qui a entraîné un rejet massif et une forte augmentation de la radioactivité dans les environs de la centrale. La plupart des personnes présentes ont dû quitter temporairement le site. C’est la piscine de suppression ( ?), qui doit contenir l’eau de refroidissement d’urgence et réduire la pression, qui aurait cédé. C’est aussi le réacteur n°2 qui serait responsable des plus forts rejets de cette catastrophe.

L’enceinte de confinement du réacteur n°2 est donc encore moins étanche que celle des réacteurs 1 et 3 et que les rejets radioactifs doivent continuer, à bien moindre échelle. Qu’en sera-t-il sur les autres réacteurs en cas d’accident ?

Pourquoi l’éventage n’a pas fonctionné ? Selon les explications de TEPCo, le tuyau qui relie l’enceinte de confinement à la cheminée de rejet est équipé d’un disque d’obstruction qui doit retenir les gaz radioactifs et éviter les fuites. En cas de forte pression, il doit céder et libérer les gaz. Cela ne semble pas avoir été le cas car des mesures faites par un robot montrent qu’il n’est pas très radioactif : le débit de dose serait compris entre 0,08 et 0,30 millisievert par heure. Le débit de dose près d’une valve située à proximité de l’enceinte de confinement serait aussi du même ordre de grandeur. A titre de comparaison, près de la cheminée de rejet où les gaz radioactifs du réacteur n°1 sont passés, il y a plus de 10 sieverts par heure.

La compagnie va continuer ses investigations. Elle suggère que l’explosion hydrogène sur le réacteur n°3 aurait pu fermer des valves du réacteur n°2.

Par ailleurs, des gaz radioactifs rejetés par le réacteur n°1 seraient remontés dans le n°2 car ils partagent la même cheminée de rejet. Cette hypothèse est suggérée par des débits de dose plus élevés sur la tuyauterie à certains endroits.

Voir le communiqué de presse en anglais de TEPCo et le document associé.

Par ailleurs, il y a eu, le 20 mars 2011, une augmentation de la contamination des masses d’air sur le site et à Tôkyô. Un rejet élevé était soupçonné. Mais TEPCo explique qu’il n’y a pas eu d’augmentation des rejets ce jour et que ce serait dû à un changement de direction du vent.

Scénario catastrophe gardé secret

Le Tôkyô Shimbun en japonais, mentionné par le Japan Times en anglais, a révélé qu’en 1984, le Japon a étudié les conséquences d’une attaque sur une centrale nucléaire. Cela faisait suite au bombardement en 1981 par Israël du réacteur d’Osirak construit par la France en Irak. Ce réacteur était ironiquement surnommé Ô Chirac. Dans un des scénarios, la perte de refroidissement aurait entraîné une fusion du cœur et une explosion hydrogène. C’est ce qui s’est passé à Fukushima, avec une agression naturelle. Ce rapport était secret et les plans d’urgence n’ont pas été adaptés. Tchernobyl, 2 ans plus tard, ne changera rien.

Dans le scénario le plus grave qui impliquait un endommagement de l’enceinte de confinement et l’absence d’évacuation immédiate, jusqu’à 18 000 personnes auraient pu mourir de l’exposition à la radioactivité jusqu’à 25 km de la centrale.

L’étude a pris le cas d’un réacteur de 1 000 MWe sans préciser sa localisation, mais a aussi pris en compte la piscine de combustible. L’impact significatif sur les territoires, l’agriculture etc aurait pu avoir une portée de 86 km.