Nouvelle transparence

TEPCo n’en finit pas d’améliorer sa transparence. Il faut dire qu’elle part de loin. Le dernier scandale sur la fuite cachée pendant plusieurs mois fait de nouveau réagir la compagnie qui s’est engagée à publier toutes ses données de mesure de la radioactivité. John Crofts, un ancien cadre de l’Atomic Energy Authority du Royaume-Uni, va être embauché pour prendre en charge cette communication (voir le communiqué de TEPCo).

La quantité de données publiées devrait doubler.

Cette annonce a été faite à l’occasion de la 8ième réunion plénière du comité de réforme de la compagnie. Voir la présentation en anglais. La compagnie veut aussi améliorer ses interactions avec les parties-prenantes en augmentant le nombre de réunions.

Il y a aussi le rapport de ce comité à propos de la non divulgation de la fuite qui est partie d’un toit du réacteur n°2.

Problèmes avec la piscine de combustibles usés du réacteur n°3

TEPCo vient d’annoncer que les deux portes de la piscine du réacteur n°3 ont été légèrement déplacées en mars 2011, mais qu’il n’y aurait pas de fuite. Chaque porte fait de 8 m de haut et 1,6 de large et permettent le chargement ou déchargement du cœur.

Rappelons que les piscines de combustible ne sont pas dans l’enceinte de confinement. En cas de grosse fuite d’eau et qu’il n’est plus possible de refroidir le combustible, il fondra, entraînant des rejets bien plus élevés qu’avec les cœurs qui restent confinés. Si ces portes avaient été un peu plus déplacées, une partie de l’eau aurait pu s’échapper sans pour autant vider complètement la piscine. L’évaporation aurait été plus rapide et l’on peut imaginer que les conséquences auraient pu être beaucoup plus graves. Ont-elles bougé à cause du séisme ? De l’explosion hydrogène ?

Par ailleurs, une pièce de 35 tonnes, tombée dans la piscine en mars 2011, est appuyée sur une de ces portes. TEPCo ne sait pas comment l’enlever sans risquer de provoquer une fuite. TEPCo espérait avoir fini de retirer les débris de la piscine en juin 2015. Ce ne sera probablement pas possible.

Il y a 566 assemblages de combustible usé dans cette piscine.

Le corium du réacteur n°1 a entièrement percé la cuve

Une équipe de chercheurs a fait une radiographie de la cuve du réacteur n°1 à l’aide de muons, des particules cosmiques. Ils confirment ce qui était pressenti à l’aide de simulations numériques, à savoir que le corium, à savoir le combustible fondu, a percé la cuve et qu’il ne reste rien, ou presque rien dans cette dernière.
Les images ne sont pas de bonne qualité, comme prévu. La résolution est de l’ordre du mètre et ne permet donc pas de voir de petits débris. Les chercheurs auraient pu repérer le combustible dans la piscine, mais n’ont rien vu dans la cuve.
En revanche, aucune indication n’est donnée sur la localisation du corium.

Révisionnisme

Kelvin Kemm, PDG de Nuclear Africa, a encore frappé : pour lui, « le nombre de personnes tuées par les radiations, zéro. Nombre de blessés, zéro. Nombre de propriétés privées endommagées par les radiations, zéro. Effets à long terme attendus, zéro. » Et en déduire que la principale leçon de Fukushima est que le nucléaire est sûr, titre de son article. Ce n’est malheureusement pas la première fois. En 2013, il avait déjà publié un point de vue expliquant qu’il n’y avait pas eu de catastrophe nucléaire de Fukushima. Voir notre article avec les chiffres clés pour connaître le nombre de décès liés à la catastrophe nucléaire.
De telles publications décrédibilisent leur auteur tellement elles sont grotesques.
Bien sûr, on trouve des textes aussi grotesques à l’autre extrême, exagérant les conséquences de la catastrophe.
Mais, le texte minimisant les conséquences est le seul article retenu le 11 mars 2015 par la Commission Canadienne de Sûreté Nucléaire pour célébrer les 4 ans de, comment dire, l’incident, la broutille de Fukushima. Elle le présente ainsi : « Kelvin Kemm, Ph. D., récipiendaire du Lifetime Achievers Award du National Science and Technology Forum de l’Afrique du Sud, […] examine de plus près les répercussions du désastre à Fukushima, et souligne l’importance de sensibiliser le public et les autorités à la véritable nature de l’énergie nucléaire. »
Au Japon, la défunte NISA en charge de la sûreté nucléaire était plus préoccupée par la promotion du nucléaire que par la sûreté, avec le succès que l’on connaît.

Rapports à l’occasion du quatrième anniversaire

Greenpeace International a publié deux rapports :

La Citizens’ Commission on Nuclear Energy (CCNE) du Japon a publié :

L’IRSN a mis en ligne une série de notes accessibles ici :

Rapport de Green Cross International :

Rapport d’un consortium d’associations réunies dans “Fukushima lessons” :

Le blog SimplyInfo a traduit en anglais le témoignage de l’ancien premier ministre :

Chiffres clé après quatre ans

Avec l’approche du passage à la cinquième année de la catastrophe, les premiers bilans apparaissent dans la presse. Voici quelques chiffres clé qui viennent compléter le bilan que nous avons fait à l’occasion du quatrième anniversaire.

Population

Le nombre total de décès liés à la catastrophe naturelle est officiellement de 15 891 dans 12 provinces. Le nombre de disparus est de 2 584. La police n’arrive toujours pas à identifier 83 corps retrouvés après la triple catastrophe. Les corps ont été incinérés et il ne reste que des photos et des effets personnels pour espérer y arriver. Sur les 15 807 corps identifiés, 15 737 étaient dans les trois provinces les plus touchées, Iwaté, Miyagi et Fukushima. 56% des victimes avaient plus de 65 ans et 90% des décès sont attribués à la noyade.

Au moins 3 226 survivants de la triple catastrophe sont décédés par la suite à cause de l’évacuation d’urgence, des conditions de vie difficile, du manque de soins… Ce chiffre inclut aussi les suicides. Le décès est reconnu comme lié à la catastrophe par une commission composée de médecins, juristes et d’autres experts. Les familles reçoivent alors 5 millions de yens si la personne décédée était la principale source de revenu et la moitié autrement.

Parmi ces décès supplémentaires, 1 867 concernent la province de Fukushima. C’est plus que le nombre direct de décès dus aux séisme et tsunami qui est de 1 603. C’est à Minami-Sôma qu’il y en a eu le plus, avec 469 décès supplémentaires, puis Namié, avec 342, Tomioka, 291, Iwaki, 130… A titre de comparaison, le nombre de décès post-catastrophe est de 450 dans la province d’Iwaté et de 909 dans celle de Miyagi.

Certaines familles se sont vues refuser ce statut de décès post-catastrophe et ont fait appel. Le Fukushima Minpo a recensé 46 demandes de réévaluation du dossier. Il n’y a pas de règles claires pour trancher.

Le nombre de personnes déplacées dans ces trois provinces est officiellement de 229 000. C’est 38 000 de moins que l’année précédente. 82 000 vivent encore dans des logements préfabriqués, peu confortables et 56 000 en dehors de ces provinces, réparties dans tout le pays.

Il y a officiellement 120 000 personnes évacuées à Fukushima suite à la catastrophe nucléaire. Parmi elles, 79 000 ont été forcées à partir et les autres sont des déplacés « volontaires ». 46 000 déplacés vivent en dehors de Fukushima, dans toutes les provinces du Japon. De plus en plus de personnes déplacées refont leur vie là où elles sont maintenant.

La population de la province de Fukushima a décru de 90 000 personnes depuis 2010 pour passer sous la barre des 2 millions au total. Les autorités locales ont investi dans la construction d’habitations pour favoriser le retour des habitants dans la province, mais avec l’afflux de travailleurs, le marché du logement reste tendu.

D’après un sondage effectué par le Asahi, 61% des personnes déplacées par la triple catastrophe vivent dans des logements temporaires (préfabriqués, logements mis à disposition par les communes, dans de la famille ou chez des amis…). C’est 59% à Iwaté, 58% à Miyagi et 66% à Fukushima. C’était 87% en 2013 et 76% en 2014.

Seulement 467 habitations préfabriquées sur environ 53 000 ont été enlevées dans les trois provinces les plus touchées par la triple catastrophe, Iwaté (120), Miyagi (154) et Fukushima (193). Mais 26% seraient inoccupées. Les personnes vulnérables qui restent se font du souci en cas de problème. Qui appeler ? Après le séisme de Kôbé en 1995, 32% des habitations préfabriquées avaient été enlevées dans les 4 ans qui ont suivi. Elles avaient toutes été enlevées au bout de 5 ans et 2 mois. Dans le Tôhoku, 46% des habitations préfabriquées sont sur des terrains privés et, parfois, le bail arrive à échéance à la fin du mois.

L’ordre d’évacuer le district de Miyakoji à Tamura a été levé en avril 2014. Fin novembre 2014, seulement 39% de la population concernée était rentrée (133 personnes sur 340 encore enregistrées ; il y avait 380 personnes enregistrées avant le 11 mars 2011, ce qui fait un taux de retour de 35%). L’ordre d’évacuer la partie Est du village de Kawauchi a été levé en octobre dernier et, au 1er janvier, seulement 10,5% de la population concernée était rentrée (29 sur 275 personnes enregistrées). Dans la toute la commune de Kawauchi, il y a 2 739 enregistrées et 1 581 qui y vivent, soit 57,7%.

50 familles sont rentrées dans la partie Est de Miyakoji située à moins de 20 km de la centrale, selon le Yomiuri, mais des membres de 20 de ces familles ne sont pas rentrés.

Impact économique

Le nombre de faillites après la triple catastrophe de mars 2011 s’élève à 1 726 selon Teikoku Databank Ltd. Le passif laissé s’élève à 1 560 milliards de yens (11,6 milliards d’euros). Parmi ces faillites, 180 seraient dues à la catastrophe nucléaire.

Les entreprises des zones évacuées à cause de la catastrophe nucléaire ont déjà reçu 458,1 milliards de yens (3,44 milliards d’euros) d’indemnisations entre mars 2011 et janvier 2015. Pour les compagnies qui ne sont pas dans les zones évacuées, mais qui ont été touchées par les « rumeurs néfastes », cela s’élève à 1 300 milliards de yens (10 milliards d’euros) pendant la même période. Il s’agit surtout d’entreprises liées au tourisme, ainsi que l’agriculture, la pêche et l’industrie forestière. Enfin, l’indemnisation des particuliers a déjà coûté 4 710 milliards de yens (35,4 milliards d’euros) à TEPCo. Tout cet argent est avancé par l’Etat sans intérêt.

La décontamination devrait coûter 2 500 milliards de yens (20 milliards d’euros) au gouvernement qui compte se rembourser en vendant ses actions TEPCo. Une action vaut 471 yens. Il faudrait qu’elle monte à 1 000 yens pour pouvoir couvrir le coût de la décontamination. Le gouvernement a donc intérêt à ce que TEPCo redémarre au plus vite sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa. C’est loin d’être acquis.

Plus de 60% de l’argent dédié à la reconstruction du Tôhoku n’ont pas été utilisés.

A la centrale de Fukushima daï-ichi

Fukuleaks a mis un plan mis à jour du site de la centrale de Fukushima daï-ichi.

A la date du 5 mars 2015, TEPCo a 185 000 m3 d’eau contaminée dans des cuves. Par ailleurs, elle a aussi 334 000 m3 d’eau traitée dans laquelle il reste essentiellement du tritium. A cela s’ajoutent 64 000 m3 d’eau partiellement traitée où le strontium a été retiré en plus du césium. Elle a enfin 9 000 m3 de déchets radioactifs liquides dans des cuves. Le volume total d’eau contaminée dans les réacteurs est estimée à 65 000 m3.

Les capacités de stockage de l’eau devraient atteindre 800 000 m3 à la fin du mois.

Fin janvier 2015, TEPCo a accumulé 258 300 m3 de déchets radioactifs sur le site de la centrale de Fukushima daï-ichi. Cela se décompose en 178 600 m3 de débris liés au tsunami, déchets de bois dus aux travaux de construction, habits de protection… et 79 700 m3 de bois des forêts rasées pour mettre les cuves. La compagnie et le gouvernement devraient proposer un plan de gestion en 2017. Evidemment, ce n’est qu’une partie de l’inventaire déchets puisque la décontamination de l’eau en produit aussi chaque jour et que les 6 réacteurs doivent finir en déchets.

Photos et vidéo

Et pour vous changer des chiffres, des photos impressionnantes de la zone évacuée. Vous pouvez aussi consulter les photos Reuters pour le 4ième anniversaire.

Il y a aussi une vidéo en japonais de la centrale de Fukushima daï-ichi prise le 26 février 2015 par jiji press.

Fukushima : des défis insurmontables

ACRO.eu.org

Cela fait quatre ans que la catastrophe nucléaire japonaise a commencé. Après l’urgence et les mesures d’ajustement et de restructuration, aussi bien la compagnie TEPCo, qui exploitait la centrale, que les autorités se sont installées dans un chantier à long terme. Les défis sont immenses, tant au niveau de la centrale qui reste menaçante que dans les territoires contaminés où la population s’interroge sur son avenir, mais le pays y fait face avec les anciens réflexes de dissimulation et d’autoritarisme qui ne font qu’aggraver la situation.

L’été 2013 avait été marqué par une suite de scandales sur les fuites d’eau contaminée qui ont secoué le Japon, avec un fort retentissement médiatique international. Le Premier ministre japonais, Shinzô Abé, a pris le dossier en main et a déclaré devant le Comité olympique, où il défendait la candidature de Tôkyô, que la situation était « sous contrôle » et que la pollution radioactive était bloquée dans le port devant la centrale. Plus tard, devant le parlement, il précisera que « les effets de la radioactivité » sont bloqués dans le port, sans préciser ce qu’il entendait par « effets ». Plus de 18 mois plus tard, force est de constater que la situation n’est pas sous contrôle et l’eau contaminée reste le principal cauchemar de TEPCo.

La bataille de l’eau contaminée

Avant la catastrophe nucléaire, TEPCo pompait, chaque jour, environ 1 000 m3 d’eau souterraine pour rabattre la nappe phréatique et éviter les infiltrations dans les sous-sols des réacteurs nucléaires. Ce pompage s’est arrêté avec la catastrophe et environ 400 m3 d’eau souterraine y pénètrent chaque jour et se mélangent à l’eau de refroidissement fortement contaminée. Cette eau est stockée et TEPCo doit ajouter une cuve tous les deux jours. Il y a plus d’un millier de cuves sur le site de la centrale.

Inversement, de l’eau contaminée passe des sous-sols vers la nappe phréatique avant de rejoindre l’océan. Les fuites en mer, estimées à la louche à 300 m3 par jour, continuent. TEPCo s’est engagée dans une bataille pour « contrôler » la situation où elle enregistre peu de victoires.

Première idée, reprendre les pompages, mais l’eau près des réacteurs est fortement contaminée. Alors la compagnie a décidé de pomper plus en amont où la contamination est moindre. Mais, il lui a fallu un an pour convaincre les pêcheurs qui ont fini par accepter, en mars 2014, que cette eau soit rejetée dans l’océan. Il aura fallu du temps à la compagnie pour accepter un contrôle de l’eau par un laboratoire tiers.

En régime de croisière, ce sont entre 300 et 350 m3 qui sont ainsi rejetés quotidiennement en mer. La contamination en tritium (hydrogène radioactif) ne doit pas dépasser 1 500 Bq/L et celle en bêta total (hors tritium) 5 Bq/L. TEPCo avait annoncé une diminution attendue des infiltrations de 100 m3 par jour mais les effets ont mis du temps à se manifester. Ce n’est qu’à l’automne 2014 que la compagnie a pu observer une baisse de 50 à 80 m3 par jour en données corrigées des variations saisonnières. L’eau contaminée continue donc à s’accumuler jour après jour.

En parallèle, sur injonction des autorités, la compagnie a commencé à installer un système destiné à geler le sol tout autour des réacteurs accidentés pour limiter les échanges. C’est le gouvernement qui paye. En amont, les travaux progressent vite, mais, en aval, il y a de nombreuses galeries souterraines qui vont vers la mer. TEPCo a essayé, pendant des mois, d’en geler une à titre expérimental, mais cela n’a pas pris. Elle a eu beau rajouter de la glace, puis de la glace carbonique, rien n’y a fait, l’eau circulait toujours. Elle a ensuite tenté de cimenter la partie qui ne gelait pas, sans plus de succès. Elle a enfin décidé de remplir les galeries de ciment, mais il y a de nombreux câbles et tuyaux et il est peu probable que ce soit complètement étanche.

Le stockage de l’eau contaminée n’est pas durable. Une première station de traitement, Sarry, retire le césium, mais cela ne suffit pas. Une nouvelle station, ALPS, doit retirer 62 radioéléments, mais elle cumule les déboires. Les performances n’étaient pas toujours au niveau attendu et elle génère d’énormes quantités de déchets. TEPCo s’était engagée, en septembre 2013, après les scandales de l’été et les déclarations du premier ministre, à traiter tout son stock avant mars 2015. Il est rapidement apparu que ce ne serait pas possible. Elle a donc ajouté de nouvelles unités qui ne retirent que le strontium, très radiotoxique, en plus du césium. Mais, finalement, même en prenant en compte cette décontamination partielle, elle ne pourra pas tenir ses engagements. TEPCo affirme maintenant pouvoir y arriver en mai de cette année pour le strontium et en mai 2016 pour les autres radioéléments.

Même partiellement décontaminée, cette eau s’accumule dans des cuves. En cas de fuite importante, l’impact serait moindre, mais cela ne résout pas le problème du stockage à long terme. En effet, le stock total de tritium contenu dans les cuves, les combustibles, les sous-sols, et qui n’est pas retiré par les différentes stations de traitement, correspond à environ 150 ans de rejets en mer à la limite maximale autorisée. Pour déverser cette eau dans l’océan – le rêve de TEPCo et des autorités – il faudrait changer les autorisations de rejet, ce qui semble politiquement impossible.

La dernière carte de TEPCo consiste finalement à pomper l’eau souterraine au pied des réacteurs. Mais elle est très contaminée. La compagnie veut donc la traiter et la rejeter directement en mer. Elle tente d’obtenir l’accord des pêcheurs, en vain pour le moment.

A l’automne dernier, une majorité des 6 000 personnes qui travaillaient chaque jour sur le site de la centrale accidentée était engagée dans la bataille de l’eau contaminée. Ce chiffre est passé à 7 000 par jour et cela ne suffit toujours pas car la culture de la compagnie n’a guère changé. La pénurie de main d’œuvre qualifiée et la sous-traitance en cascade aggravent la situation. Depuis le début de la catastrophe, 40 000 personnes ont travaillé sur le site de la centrale accidentée.

TEPCo avait découvert, en janvier 2014, que la contamination de l’eau de pluie évacuée vers la mer était particulièrement élevée dans un drain. Elle a prévenu l’autorité de régulation nucléaire, la NRA, qui lui a demandé de trouver la cause. La compagnie a d’abord suspecté la contamination des sols : elle les a donc couverts, a nettoyé les drains, et multiplié les contrôles, mais la contamination de l’eau n’a pas baissé. TEPCo n’a rien dit à personne. Elle n’a pas signalé non plus que la contamination augmentait avec la pluie. Ce n’est qu’en février 2015, suite une autre fuite qui a déclenché une alarme, qu’elle a averti la NRA.

Suite aux fuites qui ont fait scandale par le passé, TEPCo contrôle l’eau de pluie récoltée autour des cuves et a mis des alarmes sur les drains qui s’écoulent vers le port, mais n’a pris aucune mesure particulière pour le drain où l’eau était particulièrement contaminée, qui lui, se jette directement dans l’océan, sans passer par le port où la compagnie a installé des barrières pour limiter les transferts.

Comment TEPCo peut prétendre être très précautionneuse en surveillant l’eau pompée avant rejet dans l’océan et d’un autre côté être si négligente pour cette eau de pluie ? La compagnie a encore des progrès à faire en terme de culture de sûreté. Les pêcheurs sont furieux et se sentent trahis. Comme d’habitude, la compagnie s’est excusée pour l’inquiétude créée, alors que ce n’est pas le seul scandale dû à la négligence.

La menace des piscines de combustible

Les piscines de combustible usé ont inquiété au début de la catastrophe nucléaire car elles ne sont pas protégées par l’enceinte de confinement. Si une secousse sismique ou une explosion provoquait une fissure et qu’il n’était plus possible de refroidir le combustible, il aurait fondu et dégagé une énorme quantité de radioéléments. La première semaine, le premier ministre avait sur son bureau le scénario du pire qui consistait en la fusion des combustibles de la piscine n°4, la plus chargée. Une estimation rapide avait montré qu’il aurait alors fallu évacuer jusqu’à environ 250 km de la centrale et donc probablement une partie de l’agglomération de Tôkyô. Le renforcement de la structure de soutènement de la piscine n°4 avait été une priorité dans les premiers mois.

TEPCo a fini de vider cette piscine le 20 décembre dernier. C’est une belle prouesse. Les combustibles usés sont dans la piscine commune de la centrale de Fukushima daï-ichi, qui est au niveau du sol. Les combustibles neufs sont dans la piscine du réacteur n°6.

Pour cela, la compagnie a dû démanteler toute la partie haute du bâtiment réacteur et reconstruire une structure neuve par dessus le tout. Le réacteur n°4, dont le cœur était entièrement déchargé en mars 2011, ne constitue donc plus une menace et son démantèlement se fera plus tard. Réduire la menace des autres réacteurs est la priorité.

La compagnie va s’attaquer aux trois autres réacteurs accidentés, en commençant pas le réacteur n°3 qui est très endommagé et dont la piscine contient du combustible MOx, très chargé en plutonium. Contrairement au réacteur n°4, il y a eu fusion des cœurs dans les réacteurs 1 à 3 et le débit de dose ne permet pas aux êtres humains d’y travailler.

TEPCo a commencé à démanteler le réacteur n°3 à l’aide de grues télécommandées. Cela n’a pas été sans incidents, mais elle a fini pour la partie haute. Le débit de dose y est si élevé qu’il faut trouver un moyen de l’atténuer suffisamment avant de construire une nouvelle structure tout autour. Ce n’est pas gagné pour le moment.

Contrairement au réacteur n°4, le démantèlement du n°3 a conduit à des rejets conséquents de poussières radioactives qui ont été détectées à grande distance. En août 2013, ces dégagements ont même conduit au déclenchement d’alarmes de surveillance et à la contamination de travailleurs qui attendaient le bus. Il faudra à TEPCo du temps pour soupçonner les poussières comme étant la cause des problèmes. L’incident semblait clos. Mais, en juillet 2014, le ministère de l’agriculture révèle que du riz récolté à Minami-Sôma à l’automne 2013 était contaminé au-delà de la limite de mise sur le marché, alors que ce n’était pas le cas l’année précédente. Le ministère soupçonne les retombées de poussières émises lors du démantèlement du réacteur n°3 durant l’été 2013. Les rizières affectées sont au-delà de la zone d’évacuation de 20 km.

Des rejets dissimulés

Le maire et les habitants de Minami-Sôma sont furieux, car ni TEPCo, ni le gouvernement, ne leur ont signalé les retombées radioactives sur la commune. On apprendra plus tard que ce sont des chercheurs de l’université de Kyôto qui ont alerté les autorités : ils contrôlaient la contamination des aérosols à Fukushima et ont détecté plusieurs pics de pollution radioactive. Le ministère a fait le lien avec le riz contaminé et a abordé ce problème avec TEPCo en mars 2014 sans prévenir la commune.

TEPCo a fini par reconnaître que le 19 août 2013, les travaux de démantèlement sur le réacteur n°3 ont entraîné un rejet aérien de 4 térabecquerels (4 000 milliards de becquerels), ce qui est 10 000 fois plus que les rejets habituels. Rien sur les autres pics. Ce chiffre sera revu à la baisse des mois plus tard. Et il faudra attendre le 31 décembre 2014 pour découvrir le pot aux roses : contrairement au réacteur n°4, TEPCo a négligé d’asperger une résine pour fixer les poussières avant de démanteler. Et quand cette résine, généralement utilisée pour fixer les poussières d’amiante, était aspergée, la dilution du produit était trop forte. Pour le fabricant, c’est comme avoir aspergé de l’eau. Suite aux problèmes, TEPCo a repris les procédures normales à partir d’octobre 2013, sans rien dire à personne. Pas vu pas pris. Les mauvaises pratiques auront duré presque un an ! La compagnie n’a pas été punie, mais s’est excusée pour l’inquiétude provoquée.

Cette affaire a entraîné un « glissement du calendrier » des travaux sur le réacteur n°1. Il est donc difficile de savoir quand les autres piscines seront vidées. Au-delà des piscines, il y a le combustible fondu qui a percé la cuve des réacteurs et qu’il faut continuellement refroidir en l’arrosant. TEPCo ne sait pas où il est exactement. La réduction de la menace que représentent les réacteurs accidentés va prendre des décennies. Après, la compagnie pourra envisager le démantèlement. Se pose aussi le problème des déchets radioactifs pour lesquels le Japon n’a aucune solution à proposer.

En attendant, l’environnement plus ou moins proche de la centrale nucléaire peut à nouveau être fortement contaminé suite à un accident. Que se passera-t-il en cas de forte secousse ou de nouveau tsunami ? Même sans accident, il est fort probable qu’il y ait encore des rejets intempestifs qui viennent s’ajouter aux rejets de routine. Chikurin, le laboratoire citoyen monté à Tôkyô avec le soutien de l’ACRO, a mis au point une méthode de prélèvement des poussières facile à mettre en œuvre à l’aide d’un simple linge suspendu. Elle a été comparée à des méthodes plus lourdes, avec préleveur automatique et filtre, et donne des résultats comparables.

Ces rejets inquiètent les habitants qui ne sont pas prêts à rentrer, même si, officiellement, ce ne sont plus ces retombées radioactives qui auraient contaminé le riz de Minami-Sôma. Mais les autorités n’ont aucune autre explication.

Le retour des populations

Il y a encore officiellement presque 120 000 personnes évacuées à cause de la pollution radioactive. L’indemnisation coûte cher aux autorités qui avancent l’argent à TEPCo. Elles rêvent donc d’une catastrophe réversible avec un retour des populations. L’ordre d’évacuer a été levé dans deux districts et l’indemnisation se tarira un an plus tard.

Le gouvernement a divisé la zone évacuée en trois sous-zones en fonction du débit de dose. Il prévoit un retour rapide dans celle où l’exposition est inférieure à 20 millisieverts par an. Cela correspond à la limite fixée pour l’évacuation en 2011. A l’époque, le Japon s’était vanté d’avoir choisi la valeur la plus basse des recommandations internationales. Mais la phase d’urgence est terminée depuis longtemps. Il est alors recommandé de fixer des niveaux de référence dans la partie basse de l’intervalle de 1 à 20 mSv/an.

Le Japon est en train de comprendre que la transition entre la situation d’urgence et la gestion à long terme des territoires contaminés est complexe. Comment passer d’un intervalle d’exposition maximale autorisée situé entre 20 et 100 mSv à la partie basse de l’intervalle de 1 à 20 mSv ? Les radioéléments comme le césium décroissent lentement. Le débit de dose moyen n’a diminué que de 40% en moyenne la première année au Japon et les travaux de décontamination se sont révélés très décevants.

Le Japon a bien adopté un retour à une limite de 1 mSv/an, mais sans donner de calendrier. La politique actuelle de retour des populations dans les zones évacuées est toujours basée sur une limite annuelle de 20 mSv/an choisie au moment de l’évacuation. Cette limite n’avait pas été acceptée par beaucoup au moment de l’urgence et elle n’est toujours pas acceptée pour le retour. Ainsi, de nombreuses personnes ne souhaitent pas rentrer, surtout quand il y a de petits enfants. Mais si le Japon adoptait une limite de retour plus basse, les populations non évacuées ne comprendraient pas et se sentiraient abandonnées.

Ces doses annuelles sont estimées en supposant que les personnes passent en moyenne 8 heures par jour dehors et 16 heures par jour à l’intérieur où l’exposition serait réduite de 60%. Ainsi, 1 mSv par an correspond à 0,23 microsievert par heure quand on ajoute le bruit de fond naturel de 0,04 microsievert par heure. Cela peut être mesuré directement avec un radiamètre. 20 mSv se traduisent par une limite de 3,8 microsieverts par heure par la même méthode. C’est cette valeur qui a été utilisée pour l’évacuation. Et c’est encore elle qui est retenue pour le retour.

Face à cette situation complexe, les autorités pensent avoir trouvé la parade : distribuer à chacun des « glass-badges », c’est à dire des dosimètres individuels, pour apprendre à vivre en territoire contaminé et limiter l’exposition en faisant attention. Il est alors possible d’avoir une dose reçue moins élevée que celle estimée précédemment. La ville de Daté s’est fixé une limite à 5 mSv mesurés par ces « glass-badges » et le maire met en avant le succès de l’opération.

Tous les élus ne sont pas convaincus et le conseil municipal a organisé, en janvier 2015, un séminaire avec un représentant de l’association Fukurô-no-kaï et le fabriquant du dosimètre, Chiyoda Technology. Lors de la réunion, le représentant associatif a souligné les limites de la méthode : il importe de protéger chacun. On ne peut pas se contenter de moyenne, comme le font les autorités. Par ailleurs, ces dosimètres sous-estiment la dose quand on vit dans un environnement entièrement contaminé. Lors de la réunion, le directeur de Chiyoda Technology a reconnu les faits et s’est excusé de ne pas l’avoir signalé. Suite à la parution d’un compte-rendu dans la presse, le site Internet de la compagnie reconnaît que les dosimètres sous-estiment la dose reçue de 30 à 40%. L’IRSN, qui a sélectionné ces dosimètres en France et accompagne le maire de Daté dans le cadre d’Ethos in Fukushima, n’aurait pas jugé utile d’apporter cette information ? (Suite à la parution de cet article, l’IRSN nous a demandé d’apporter une précision rectificative).

Pas étonnant que les habitants hésitent à rentrer. Est-ce cela l’avenir que l’on veut proposer à ces enfants ? Tout contrôler, ne pas s’aventurer au-delà des zones non décontaminées… Selon l’Agence de la reconstruction, qui a sondé les habitants des territoires évacués de la province de Fukushima entre août et octobre 2014, seulement 19,4% des habitants de Namié originaires d’une zone où l’ordre d’évacuer va être levé, car l’exposition externe y est inférieure à 20 mSv par an, veulent rentrer. C’est 14,7% dans la même zone à Tomioka. Il s’agit souvent des personnes les plus âgées.

Pour les zones de « non-résidence », où l’exposition externe avant les travaux de décontamination est comprise entre 20 et 50 mSv par an, ces pourcentages descendent à 16,6% pour Namié et 11,1% pour Tomioka. Enfin, pour les zones classées en « retour difficile » car l’exposition externe avant décontamination y est supérieure à 50 mSv par an, 17,5% des personnes concernées à Namié espèrent pouvoir rentrer un jour. C’est 11,8% pour Tomioka.

Il faut donc s’adapter. Avant la catastrophe, il y avait 5 lycées dans les 8 communes évacuées du district de Futaba avec 1 500 élèves. Les cours continuent dans les villes refuge, mais il n’y avait plus que 337 élèves inscrits en mai 2014, juste après la rentrée scolaire. Un nouveau lycée va ouvrir à Hirono à la rentrée prochaine, en avril 2015, à la place des 5 lycées abandonnés qui fermeront officiellement en avril 2017. Il y aura un pensionnat car les enfants vivent loin du futur lycée.

Deux cliniques qui étaient en zone évacuée, dans le district d’Odaka à Minami-Sôma et à Namié, vont licencier le personnel car les indemnisations de TEPCo s’arrêtent. Seuls les directeurs restent en poste pour trouver une façon de rouvrir. 45 personnes dans chaque clinique vont perdre leur emploi. Deux autres cliniques ont déjà fermé définitivement après la catastrophe nucléaire. Minami-Sôma espère lever l’ordre d’évacuer en avril 2016 et Namié en 2017. S’il n’y a plus de services de soins, le retour sera plus difficile.

Les autorités se doivent de laisser le choix aux populations quant à leur retour, sans discrimination, et les aider à refaire leur vie, quel que soit le lieu de résidence choisi. Au-delà du rétablissement de conditions de vie digne, se pose, à plus long terme, le problème du devenir des territoires et des immenses volumes de déchets radioactifs.

Les déchets radioactifs

Que ce soit en territoires évacués ou en zone contaminée, les déchets radioactifs issus des travaux de décontamination s’accumulent. A Fukushima, il devrait y en avoir 30 millions de mètres cube. Les autorités veulent les entreposer sur un site de 16 km2 qui entoure la centrale de Fukushima daï-ichi dans les communes d’Ôkuma et Futaba. Pour vaincre la réticence des habitants, les autorités se sont engagées, par la loi, à reprendre ces déchets au bout de 30 ans pour les stocker définitivement en dehors de la province de Fukushima. Qui peut croire qu’il sera possible de trouver un site et de transporter à nouveau 30 millions de mètres cube ? Le nombre de voyages en camion pour apporter ces déchets se compte aussi en millions. Si les autorités locales ont donné leur accord, les propriétaires des terrains refusent de vendre ou même de louer. Le processus est bloqué. Un sondage effectué en avril 2014 a montré que 82,7% des habitants de Fukushima ne croient pas à cette fable des 30 ans. Le gouvernement n’a donné aucune piste sur la façon dont il compte s’y prendre.

Dans les autres provinces aussi la situation est bloquée. Le gouvernement a trouvé des sites de stockage définitif cette fois-ci mais les riverains et les maires des communes proches s’y opposent. Ils ont barré l’accès aux ingénieurs venus étudier les terrains.

Même en temps normal, il est difficile de trouver un site d’accueil pour les déchets radioactifs. Après un accident de grande ampleur, c’est encore plus difficile car les populations ont moins confiance dans les autorités et le volume de déchets est beaucoup plus grand. Le gouvernement maintient sa politique traditionnelle qui consiste à « décider, annoncer et défendre ». Le précédent ministre de l’environnement avait expliqué que l’argent viendrait à bout des réticences. Les faits lui donnent tord. L’accord des élus locaux ne suffit pas.

En attendant, les déchets s’accumulent partout. Il y a plus de 54 000 sites d’entreposage temporaire. A Iitaté, par exemple, ils couvrent un tiers des 800 hectares de surfaces agricoles. Souvent, le bail pour l’utilisation du terrain arrive à échéance sans qu’il y ait de solution en vue. Dans les zones non évacuées, les maires et les populations ne veulent pas garder les déchets et souhaitent leur départ au plus vite. Des enfants ont été vus jouer sur ces montagnes de sacs radioactifs. Parfois, l’emballage ne tient pas.

La catastrophe au quotidien

Au-delà de ces défis insurmontables, tout le parc nucléaire japonais est à l’arrêt complet depuis septembre 2013. Seuls quatre réacteurs ont vu leur dossier de sûreté validé et il n’y aura probablement pas de redémarrage avant l’été. D’un autre côté, 5 réacteurs anciens devraient être officiellement arrêtés définitivement. Ce n’est qu’un début. Dans ce contexte, le gouvernement peine à définir sa politique énergétique, même s’il s’est engagé à rendre sa copie avant la conférence sur le climat de Paris.

Mais ce sont surtout les populations qui souffrent. Il y a encore 120 000 évacués de la catastrophe nucléaire qui ne savent de quoi leur avenir sera fait. Beaucoup vivent encore dans des préfabriqués peu confortables. Les familles sont parfois éclatées. Que faire quand les indemnisations s’arrêteront ? Dans les territoires contaminés, les enfants ne jouent plus dehors.

Et il y a les cancers de la thyroïde qui sont source d’inquiétude. L’université médicale de Fukushima, mandatée par les autorités, a ausculté une première fois la thyroïde de 368 000 enfants. Parmi eux, 86 enfants avaient un cancer confirmé et 23 autres suspecté. Des examens complémentaires sont en cours. Il y a un cas qui s’est révélé être bénin après l’intervention chirurgicale. Le taux d’occurrence observé est beaucoup plus élevé à Fukushima qu’ailleurs au Japon ou dans d’autres pays. En effet, cela fait environ 30 cas sur 100 000 enfants, contre 1,7 cas sur 100 000 enfants à Miyagi.

Les autorités médicales affirment cependant que ce n’est pas lié à la catastrophe nucléaire, mais au dépistage systématique. Si c’est le cas et que les cancers ne se seraient pas déclarés avant des années, fallait-il effectuer les interventions chirurgicales ? Les cancers papillaires de la thyroïde ne se développent pas toujours et les enfants auraient peut-être pu vivre longtemps en bonne santé avec leur glande. Une fois opérés, ils ont une cicatrice au cou et certains doivent prendre des médicaments toute leur vie. Des experts critiques réclament donc que les autorités régionales, qui mènent ce programme, rendent publiques les informations relatives à la glande après chirurgie et au niveau de progression du cancer. L’université de Fukushima refuse pour préserver la confidentialité des données patients et les autorités régionales n’ont pas le pouvoir d’accéder au dossier médical.

Les autorités régionales de Fukushima ont entamé la deuxième vague de dépistage du cancer de la thyroïde chez les 385 000 enfants de la province. 8 enfants sur 75 000 chez qui l’on n’avait pas détecté de cancer lors de la première échographie sont suspectés d’avoir un cancer après un deuxième examen. Parmi eux, il y a un cas confirmé. Les 7 autres vont subir d’autres examens médicaux. Ils avaient entre 6 et 17 ans au moment des rejets radioactifs massifs. Les tumeurs font entre 6 et 17,3 mm. Ces enfants étaient classés dans les catégories A lors du premier dépistage, signifiant « pas de problème ».

Par ailleurs, sur les 75 000 enfants ayant subi une deuxième échographie de la thyroïde, 611 sont classés B et vont subir des examens complémentaires. Parmi eux, 441, ou 72,2%, avaient été classés A lors de la première campagne. Le nombre de cas de cancer pourrait malheureusement augmenter encore… L’inquiétude des populations est donc sans fin.

La catastrophe ne fait que commencer

Force est de constater que la catastrophe ne fait que commencer. Les défis auxquels fait face le pays sont immenses. Même en temps normal, il n’est pas simple de démanteler une installation nucléaire ni de trouver une solution pour les déchets. Les fuites d’eau contaminée sont difficiles à colmater dans un environnement si hostile. Les problèmes sont exacerbés après une catastrophe et des populations souffrent. Mais ni TEPCo ni le gouvernement n’ont changé. Les excuses répétées n’y changent rien. Selon un sondage récent, 71% des habitants de Fukushima ne sont pas satisfaits par la gestion de la crise par le gouvernement et TEPCo.

La compagnie fait preuve de négligences si elle n’est pas contrôlée strictement. Les quelques exemples présentés ici affectaient l’extérieur du site et sont donc connus. Il y a beaucoup d’autres problèmes qui restent internes. Des ouvriers ont, par exemple, actionné le mauvais interrupteur et mis en marche une pompe de secours qui a déversé de l’eau contaminée dans un sous-sol. Il leur a fallu plus d’un mois pour se rendre compte de la bourde. Deux ouvriers sont décédés en janvier et la compagnie a dû revoir toute la sécurité des travailleurs. Dans de telles conditions, comment peut-elle prétendre pouvoir exploiter du nucléaire à sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa ?

Quant au gouvernement, il est toujours dans sa stratégie « décider, annoncer, défendre » qui laisse peu de place à la concertation alors qu’il lui faudrait être plus à l’écoute des populations et inventer de nouvelles formes de démocratie plus participatives. Car les initiatives citoyennes sont nombreuses et ne demandent qu’à être reconnues et encouragées. Dans les années à venir, de nouvelles difficultés vont surgir avec la fin de l’indemnisation des victimes sans que les problèmes ne soient réglés.

Toutes ces informations sont détaillées sur le site Fukushima.eu.org

Hiroaki Koïdé

Hiroaki Koïdé est maître de conférence à l’université de Kyôto et travaille auprès du réacteur nucléaire de recherche de Kumatori. Bien que physicien nucléaire, il est devenu militant anti-nucléaire, ce qui l’a bloqué dans sa carrière. Il a fait de nombreuses mesures de la radioactivité gratuitement pour les associations.
Il part à la retraite à la fin du mois et le Maïnichi lui rend hommage. Après la catastrophe de Fukushima, il est devenu un héro pour beaucoup, très écouté. Mais il se décrit lui-même comme un loser, n’ayant pas réussi à éviter l’expansion de l’énergie nucléaire.
Tous ces week-ends sont pris jusqu’au mois d’août pour des conférences publiques, mais il espère pouvoir lever le pied. Quand on lui demande ce qu’il veut faire de sa retraite, il répond, devenir ermite.
Il a même un fan-club, non-officiel bien-sûr, sur Facebook…

Vidéo sur la radiographie muons

On l’a déjà signalé, un groupe de recherche tente de radiographier l’intérieur de la cuve et de l’enceinte de confinement des réacteurs accidentés où aucun humain ne peut pénétrer. Pour cela, il utilise les muons, qui sont des particules d’origine cosmique qui sont très pénétrantes. Cette technique a déjà été utilisée pour “regarder” à l’intérieur des volcans.
TEPCo a mis en ligne une vidéo de présentation.

Fin de la visite de l’AIEA

Un groupe d’experts de l’AIEA vient de terminer sa troisième visite de neuf jours au Japon avec un passage à la centrale de Fukushima daï-ichi. Lors de la conférence de presse, le chef de la délégation a demandé au gouvernement japonais de trouver une solution pour la gestion à long terme de l’eau contaminée et les déchets engendrés par le démantèlement. Pour l’eau contaminée partiellement décontaminée qui contient beaucoup de tritium, il a suggéré le rejet dans l’océan.

Un rapport préliminaire est en ligne, ainsi qu’un communiqué de presse, des photos et une vidéo qui permettent de voir la centrale. Le rapport final est pour mars prochain.