Témoignage de l’ancien directeur de Fukushima daï-ichi : nouvel opus en français

Masao Yoshida, le directeur de la centrale de Fukushima daï-ichi en mars 2011, maintenant décédé, est forcément un témoin clé de l’accident. Son témoignage recueilli par la commission d’enquête gouvernementale est donc précieux. Il a fallu de nombreuses polémiques pour que les autorités acceptent de le publier.

L’Ecole des Mines a entrepris la traduction en français. Le volume 2 va paraître en mai 2016.

Trois anciens dirigeants de TEPCo devraient être mis en examen

Trois anciens dirigeants de la compagnie TEPCo pourraient être inculpés le 29 février prochain pour négligence professionnelle ayant provoqué des morts et des blessures en mars 2011. Il s’agit de Tsunéhisa Katsumata, 75 ans, ancien président de la compagnie, et deux anciens vice-présidents, Sakaé Mutô, 65 ans, et Ichirô Takékuro, 69 ans. Ces dirigeants étaient informés qu’un puissant tsunami était susceptible de frapper la centrale de Fukushima Daichi, mais ils n’auraient pas pris les mesures protection nécessaires.

En 2012, un groupe de citoyens de Fukushima a porté plainte contre de nombreux dirigeants de TEPCo et du gouvernement. Puis, il avaient focalisé leur action contre ces trois dirigeants. En septembre 2013, ils avaient été déboutés, mais un jury de citoyens leur avaient ensuite donné raison par deux fois. Ces trois dirigeants doivent donc être inculpés, mais le procès n’est pas pour tout de suite.Le jury a estimé qu’ils étaient responsables des blessures de 13 personnes suite aux explosions hydrogène et du décès de 44 patients d’hôpitaux. Les trois dirigeants devraient plaider non coupable. Ce sont les premières inculpations suite à la catastrophe nucléaire.

TEPCo admet avoir trop tardé pour reconnaître la fusion de 3 cœurs nucléaires

TEPCo et les autorités japonaises ont mis deux mois pour admettre qu’il y avait eu fusion du cœur des réacteurs 1, 2 et 3 de la centrale de Fukushima daï-ichi. Au début, il n’était question que d’endommagement des combustibles. La compagnie a même fourni des pourcentage de combustibles endommagés. Maintenant, il est reconnu par tous qu’il y a eu fusion du cœur et que ce magma radioactif a percé la cuve des réacteurs.

Selon la télévision publique, la NHK, TEPCo vient de découvrir que son propre manuel d’urgence dit qu’une fusion a eu lieu si au moins 5% du combustible a fondu. C’est en répondant à des questions de la commission d’enquête sur l’accident mise en place par la province de Niigata que la compagnie aurait trouvé cette définition… TEPCo aurait donc dû utiliser le mot fusion dès le troisième jour de l’accident, quand les capteurs ont pu être rétablis. Il était alors question d’un endommagement de 55% du combustible du réacteur n°1 et de 30% du réacteur n°3.

Dans son rapport d’enquête interne, publié en 2012, TEPCo ne mentionne jamais ce fait, comme si elle n’était toujours pas allée relire le manuel d’urgence pour voir ce qui n’allait pas.

Que TEPCo ait été complètement dépassée par les évènements n’est pas un scoop. Qu’elle ait toujours cherché à minimiser la catastrophe non plus. C’est encore le cas maintenant. En revanche, qu’aucun organisme d’expertise international n’ait contredit TEPCo pendant 2 mois est assez inquiétant.

Le 12 mars 2011, au lendemain du tsunami, Koichiro Nakamura, de la défunte autorité, la NISA, avait déclaré qu’une fusion du cœur avait peut-être lieu étant donné le niveau de radiation détecté. Il avait immédiatement été écarté des relations publiques de l’agence…

Le porte-parole du gouvernement a demandé à TEPCo de prendre des mesures pour qu’une telle erreur ne se répète pas. Il prévoit d’autres fusions de cœur ? Rassurant ! En revanche, pas un mot sur l’échec de ses services à avoir une expertise indépendante de la situation…

Témoignage de Haruki Madaramé en charge de la sûreté nucléaire en mars 2011

Haruki Madaramé était le président de la “Nuclear Safety Commission” qui devait conseiller le premier ministre en cas d’accident nucléaire. Il était donc présent dans la cellule de crise mise en place par le premier ministre. Dans un entretien avec le Yomiuri, il revient sur le manque d’information et ses erreurs de jugement. Il avait, notamment, expliqué au premier ministre, dans l’hélicoptère qui les menaient sur le site de la centrale de Fukushima daï-ichi le 12 mars 2011 matin, qu’une explosion hydrogène était peu probable. Il y en aura plusieurs !

Il explique qu’il pensait qu’une explosion hydrogène serait évitée par l’azote présente dans l’enceinte de confinement. Mais, cette dernière n’était pas étanche et l’hydrogène a fui avant de provoquer des explosions dans les bâtiments réacteurs. Il ajoute : “Pourquoi n’ai-je pas pu prédire [cette explosion] ? Je continue à me blâmer d’avoir sous-estimé le danger. L’explosion a également ruiné ma réputation en tant que scientifique.”

Il explique aussi qu’en tant que seul spécialiste présent dans la cellule de crise auprès du premier ministre, il était harcelé de questions pour expliquer la situation. Au tout début de la crise, très peu d’informations leur parvenaient. Ils n’avaient même pas les plans des réacteurs. La NISA, la défunte autorité de sûreté aurait dû leur en fournir à partir de celles obtenus de TEPCo et des inspecteurs sur place.

Goshi Hosono, conseiller spécial du premier ministre, était en liaison téléphonique directe avec le directeur de la centrale en crise, Masao Yoshida, et Haruki Madaramé ne le savait même pas. La hiérarchie l’aurait aussi empêché d’imposer ses vues ou de poser toutes les questions qu’il souhaitait lors de la visite à la centrale.

Haruki Madaramé explique que la première notification de TEPCo annonçant le déclenchement de l’état d’urgence à la centrale à cause de l’absence de refroidissement était lénifiant. TEPCo aurait ajouté informer au cas où. Cela aurait trop rassuré la cellule de crise.

Enfin, il reconnait que la possibilité d’un accident grave était sous-estimée. Difficile de dire l’inverse. La NISA était opposée à l’idée de se préparer à faire face à un accident car cela aurait été remettre en cause la certitude que les centrales nucléaires sont sûres.

Finalement, il avoue : Je me sens une responsabilité pour avoir permis l’accident, qui a eu tant de victimes.

La centrale de Fukushima daï-ichi est devenue une destination touristique

A l’instar de la centrale accidentée de Tchernobyl, celle de Fukushima est devenue une destination touristique. Selon l’Asahi, environ 16 000 personnes l’avaient déjà visitée à la fin septembre 2015. Au début, il s’agissait surtout de journalistes ou de politiciens. Maintenant, il y a aussi de simples touristes.

Selon TEPCo, il y a eu 900 visiteurs la première année. Depuis, le nombre de visiteurs ne cesse d’augmenter. Sur les 3 700 personnes qui ont visité la centrale lors du premier semestre 2015, 250 étaient originaires de Fukushima.

Une organisation intitulée “Appreciate Fukushima Workers” organise aussi de telles visites afin de montrer les efforts effectués par les travailleurs sur place. Elle aurait déjà emmené 140 personnes lors de 7 visites.

La visite se fait essentiellement en bus et la dose prise est de l’ordre de 10 microsieverts.

TEPCo a aussi ouvert un centre d’accueil pour les visiteurs en avril 2014 où elle accepte deux à trois groupes par jour. Tous ne peuvent pas aller visiter la centrale ensuite.

Nouvelles informations sur la fusion des réacteurs 2 et 3

TEPCo a mis en ligne de nouvelles informations sur les accidents survenus dans les réacteurs n°2 et 3 de la centrale de Fukushima daï-ichi. Lire son communiqué en anglais et le document associé. Le document en japonais est beaucoup plus détaillé.

• La fusion du cœur du réacteur n°2 aurait eu lieu au bout de quatre jours. Voici l’explication avancée par TEPCo. Le système de refroidissement de secours se serait arrêté au bout de quatre jours, le 14 mars au soir et la température est montée. Pour maintenir le refroidissement, les personnes sur place ont tenté d’injecter de l’eau à partir d’un camion pompier. Cela n’a pas fonctionné car la pression à l’intérieur de la cuve était trop élevée. Pour faire diminuer la pression, il fallait éventer le réacteur en ouvrant huit vannes de secours. Cela a été tenté aux premières heures du 15 mars, mais cela n’a pas marché. Ces vannes auraient dû être ouvertes à l’aide d’azote maintenu sous pression, mais, les joints en caoutchouc de la vanne d’injection auraient fondu à cause de la chaleur, entraînant une fuite. La température aurait atteint 200°C, ce qui est plus que ce qui était prévu…

La pression a finalement baissé après qu’une des vannes se soit finalement ouverte vers 1h du matin.

Ces joints peuvent tenir jusqu’à 170°C pendant quelques heures seulement. Ces pièces particulièrement fragiles sont présentes sur les autres réacteurs du même type. TEPCo va les changer sur ses autres réacteurs de Kashiwazaki-Kariwa.

• En ce qui concerne le réacteur n°3, les plus forts rejets radioactifs dans l’atmosphère ne seraient pas dus aux évents destinés à faire baisser la pression, mais à une perte d’étanchéité du confinement. Le réacteur n°3 a été éventé à trois reprises durant les premiers jours. Le troisième évent a eu lieu à 21h le 13 mars, mais la pression n’aurait pas baissé comme attendu. Ainsi, les rejets qui ont suivi, entre la nuit du 14 et le 16 mars seraient dus à une perte de l’étanchéité. TEPCo était déjà arrivé à une conclusion similaire pour le réacteur n°2.

Une ONG a mis en ligne 60 000 pages de documents sur l’accident nucléaire

Selon le Maïnichi, une ONG japonaise collecte des documents officiels sur la catastrophe nucléaire via les procédures d’accès aux documents publics et les met en ligne sur un site dédié : http://www.archives311.org. Il contient déjà près de 60 000 pages et 60 000 autres sont encore à convertir en fichier pdf.

L’ONG fait appel aux journalistes et chercheurs qui enquêtent sur l’accident pour qu’ils transmettent les documents qu’ils pourraient obtenir dans leur travail. Elle va aussi les classer par rubrique et essayer de mettre l’accent sur ce qui manque.

Une représentante de l’association, qui a lancé l’initiative, pense que c’est à l’administration de faire ce travail. Mais cette dernière est trop frileuse et plus préoccupée à imposer ses vues qu’à partager l’information qu’elle possède.

Tout est en japonais.

70 à 100% du cœur du réacteur n°2 aurait fondu

Les muons, ces particules cosmiques, ont été utilisés pour radiographier deux des réacteurs de Fukushima daï-ichi, confirmant ainsi la fusion des cœurs. Pour le réacteur n°2, c’est l’université de Nagoya qui a effectué le travail. Cette même équipe affirme qu’il est fort probable que 70 à 100% du cœur de ce réacteur a fondu. Où est passé le corium, c’est la dire le cœur fondu ? Il n’est pas encore possible de répondre à cette question. TEPCo estime qu’une partie est restée dans la cuve du réacteur.

Les chercheurs de l’université de Nagoya doivent présenter leurs résultats lors d’un congrès de la société japonaise de physique à Ôsaka. Pour arriver à ces conclusions, ils ont comparé le réacteur n°2 au réacteur n°5. Voir une ancienne présentation de cette équipe, qui montre la technologie utilisée.

TEPCo, qui a déjà montré que tout le cœur du réacteur n°1 a percé la cuve, veut à son tour radiographier le réacteur n°2 avec des muons, mais le détecteur qu’elle a fait développer est trop grand et peut pas être utilisé

Quand TEPCo procrastinait à propos des mesures anti-tsunami

Le gouvernement japonais continue de rendre publics les verbatims d’auditions effectuées par la commission d’enquête gouvernementale. Parmi les cinq derniers documents mis en ligne, il y a le témoignage de Shigéki Nagura, un inspecteur en charge de la centrale de Fukushima daï-ichi à la défunte NISA, la précédente autorité de sûreté nucléaire.

Selon M. Nagura, il a eu plusieurs réunions avec TEPCo en août et septembre 2009 à propos du risque tsunami le long de la côte pacifique. Il était alors évident qu’un tsunami avait frappé les côtes de Fukushima et Miyagi en 869. TEPCo a déclaré alors qu’il a été estimé que la plus haute vague faisait 8 m de haut et n’aurait pas affecté sa centrale de Fukushima daï-ichi située à 10 m d’altitude. Mais M. Nagura dit avoir signalé que les pompes de refroidissement, importantes pour la sûreté, n’étaient qu’à 4 m au dessus du niveau de la mer et que TEPCo devrait prendre des mesures concrètes. Il aurait aussi suggéré de mettre les pompes à l’intérieur du bâtiment afin de les protéger du risque d’inondation, comme c’est le cas à Fukushima daï-ni.

La compagnie a expliqué attendre une évaluation de la Société des Ingénieurs Civils du Japon avant d’agir. Le rapport était attendu pour mars 2012. De tels travaux entraînant un arrêt des réacteurs, un représentant de TEPCo aurait déclaré, lors d’une des réunions, “vous pensez pouvoir arrêter les réacteurs ?”.

M. Nagura a aussi reconnu avoir seulement encouragé TEPCo à considérer des mesures pour mieux protéger sa centrale contre le risque tsunami, et n’avoir rien proposé.

Ce témoignage en dit long sur l’irresponsabilité des exploitants du nucléaire japonais et des autorités de l’époque.

L’AIEA publie son rapport sur la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi

L’AIEA a publié son rapport sur la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi. Il y a 1 200 pages en tout réparties en

avec des annexes.

En feuilletant rapidement certaines parties, il apparaît que ce rapport a beaucoup puisé dans les rapports des commissions d’enquête gouvernementale et parlementaire et n’apporte pas beaucoup d’information nouvelle.

Dans sa communication, l’AIEA a mis en avant deux points repris par les médias :

  • une trop grande confiance dans la sûreté des installations nucléaires et un manque de préparation pour faire face à l’accident (il aurait été difficile de dire l’inverse…)
  • qu’il est peu probable qu’il y ait une augmentation du nombre de cancers de la thyroïde chez les enfants de Fukushima.