Exercices de crise nucléaire de grande ampleur dans la province de Fukui

Deux exercices de crise nucléaire ont eu lieu le week-end dernier dans la province de Fukui, autour des centrales de Takahama et d’Ôï.

Celui de Takahama, qui a eu lieu le 27 août, est le plus grand exercice jamais réalisé au Japon, avec plus de 7 000 personnes impliquées. Il y a 180 000 habitants dans un rayon de 30 km. Le scénario supposait qu’un séisme de magnitude 6 sur l’échelle japonaise a entraîné un accident nucléaire dû à une perte de l’alimentation électrique. Cet accident était supposé s’accompagner de rejets radioactifs. Les résidents à moins de 5 km de la centrale ont dû évacuer avant les rejets. Les autres, situés entre 5 et 30 km, ont d’abord été confinés, avant d’être évacués, une fois les rejets terminés. Ces derniers ont reçu des comprimés d’iode et leur contamination a été contrôlée.

240 personnes vivant à moins de 5 km ont été évacuées en bus durant cet exercice et sont allées jusqu’à Takarazuka, dans la banlieue d’Ôsaka et d’autres communes de la province de Hyôgo. D’autres résidents, qui ont d’abord été confinés, ont aussi été évacués en divers lieux pouvant être éloignés de 130 km, comme la ville de Sanda.

L’exercice s’est plutôt bien passé, mais, le scénario n’est pas réaliste car, en cas de forts séismes, de nombreux bâtiments sont endommagés et il n’est pas possible de s’y abriter. 160 000 constructions ont été endommagées lors des séismes de Kumamoto. Il est aussi peu probable que les habitants attendent leur tour pour partir. Ils prendront immédiatement la route, créant des embouteillages, comme ce fût le cas à Fukushima. Plusieurs voies d’évacuation pourraient aussi être coupées. Distribuer les comprimés d’iode après les rejets n’est pas optimal car ils doivent être avalés dans les 6 heures qui précèdent l’exposition au panache radioactif. Enfin, à Fukushima, les rejets ont duré une dizaine de jours.

L’exercice qui a eu lieu le 28 août autour de la centrale dÔï était limité à la province de Fukui. Environ 2 000 personnes y ont participé. Les résidents du rayon de 5 km sont allés à Tsuruga. Le scénario n’était pas plus réaliste.

Reconquête progressive des zones de “retour difficile”

Les deux partis de la coalition au pouvoir au gouvernement ont décidé de l’avenir des zones dites de retour difficile qui couvrent 337 km2, là où l’exposition externe pouvait dépasser 50 mSv/an et ont présenté leur point de vue aux représentants des 7 communes concernées, qui sont Minami-Sôma, Tomioka, Namié, Katsurao et Iitaté, ainsi que Ôkuma et Futaba qui accueillent Fukushima daï-ichi. Voir les dernières cartes officielles des zones d’évacuation en japonais et en anglais. Celle en anglais date un peu.

Le parti libéral démocrate et son partenaire le Kômeitô prévoient de demander au gouvernement de ne pas toucher à aux zones les plus contaminées pour le moment, mais plutôt de définir des bases de reconstruction qui serviront de tête de pont à une reconquête progressive. Une concertation devrait avoir lieu avec les pouvoir locaux pour définir ces zones prioritaires.

La décontamination de ces zones prioritaires, la reconstruction des infrastructures et la décontamination des axes d’accès devront être effectuées avant de lever les ordres d’évacuer. Ce ne sera pas avant 2021. Pour le reste, c’est plus flou, mais il est toujours question de reconquête, sans calendrier.

Environ 24 000 personnes réparties dans 9 000 foyers sont originaires de ces zones dites de retour difficile. Peu envisagent de rentrer. Il aurait sûrement mieux valu commencer par la concertation avec les personnes concernées avant de décider. C’est toujours la politique du “Décider – Annoncer – Défendre” (DAD) qui est appliquée, de façon idéologique : le Japon doit reconquérir tous les territoires et surmonter la catastrophe.

Pour arriver à ses fins, le gouvernement envisage de financer la décontamination de ces zones dites de retour difficile. Jusqu’à maintenant, le gouvernement avançait l’argent et TEPCo devait rembourser un jour. Comme le coût de la décontamination supporté par la compagnie dépasse les 2 500 milliards de yens (22 milliards d’euros), elle a récemment appelé à l’aide. Le nouveau plan prévoit de raser les bâtiments trop endommagés, de refaire les routes et de couvrir les sols. TEPCo n’aura à sa charge que la décontamination des bâtiments et infrastructures qui seront maintenus.

Une fois de plus, ce seront les contribuables qui payeront pour des dégâts causés par les compagnies privées.

En ce qui concerne la voie de chemin de fer qui traverse ces zones les plus contaminées, Japan Rail espère une réouverture d’ici mars 2020, mais les travaux n’ont pas commencé. Le reste sera reconstruit d’ici 2017. Voir la carte du Fukushima Minpo.

Voir Fukushima : visite à Minami-Sôma

Minami-Sôma est située le long du littoral, au Nord de la centrale de Fukushima daï-ichi.

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Une partie de la commune, située à moins de 20 km a été évacuée en urgence en mars 2011. Dans l’autre partie, située entre 20 et 30 km, la population a été mise à l’abri pendant une dizaine de jours. Les personnes qui pouvaient partir sont parties et celles qui n’avaient pas le choix ont été abandonnées. Le maire avait lancé un appel à l’aide émouvant le 24 mars 2011.

S’en était suivie une “recommandation” à évacuer la zone comprise entre 20 et 30 km, puis une levée de cette recommandation en 2011.

Pour la partie située à moins de 20 km, l’ordre d’évacuer a été levé presque partout en juillet 2016. Mais, au 1er août, à peine 400 personnes de ces zones sur plus de 10 000 seraient rentrées définitivement. Il reste encore des zones dites de “retour difficile” pour lesquelles il n’y a pas de retour prévu pour le moment.

Premières impressions

Dans la partie de la commune située au delà de 20 km, qui n’a pas été évacuée durablement, la situation est loin d’être “normale”. Le premier choc quand on arrive dans la commune est de voir toutes les rizières et les champs en jachère.

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Il y a bien quelques rizières en culture, mais c’est très rare.

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Puis, il n’y a presque personne dans les rues. On voit très peu d’enfants. En début et fin de journée, dans les “conbini”, ces superettes ouvertes 24h/24, il y a essentiellement des décontamineurs. Les bus de travailleurs s’y arrêtent les uns après les autres.

bus

C’est pareil dans les restaurants, hôtels… il n’y a quasiment que des hommes qui sont là pour travailler à la centrale ou à la décontamination. Il existe aussi un “Mobile-Inn” pour l’hébergement, fait de préfabriqués qui est visible sur Google-maps :

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Comme partout, dans les territoires contaminés, on voit des déchets en attente de traitement

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et des bornes de mesure de la radioactivité, supposées rassurer.

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Voici l’intérieur :

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Témoignages

L’ACRO était à Minami-Sôma avec Chikurin, notre laboratoire partenaire de Tôkyô, pour tester une caméra gamma utilisée pour repérer les points chauds résiduels après la décontamination. A voir ici en japonais, sur le site de Chikurin.

Chez A, un couple âgé dont la maison est située en lisière de la forêt, la décontamination s’arrête à quelques mètres :

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La caméra gamma a surtout repéré la contamination de la forêt environnante.

Devant la maison, habitée, un panneau, alerte les éventuels badauds :

panneau

Les habitants de la maison contrôlée sont partis deux ans. Cela fait quarante ans que le mari élève et observe, pour son plaisir, les têtards d’une espèce de grenouilles qui pondent leurs œufs dans les arbres (Rhacophorus arboreus).

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A leur retour, après deux années d’évacuation, il a observer une baisse significative du nombre d’œufs et de têtards, ainsi que des malformations.

Chez B., un couple âgé, la caméra gamma a repéré une table de jardin en bois. Dans le beau potager, les légumes se sont faits rares car les enfants ne veulent plus en manger. La rizière n’est plus cultivée. Dans le bosquet qui entoure le jardin pour le protéger du vent, les sapins ont des malformations similaires à celles étudiées dans cette publication scientifique.

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Ce sont généralement les branches les plus proches du sols qui ne sont pas ramifiées.

La contamination des poussières est aussi un sujet de préoccupation. Un linge a été étendu afin de pouvoir faire des contrôles. La méthode, à la portée de tous, a été mise au point par Chikurin.

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Pas étonnant que le taux de retour soit faible. Comme l’ACRO le signalait dans son rapport rédigé à l’occasion du cinquième anniversaire de la catastrophe nucléaire, la population de Minami-Sôma a diminué de 66% par rapport à avant l’accident et l’âge moyen des habitants a augmenté de 14 années, un niveau attendu en 2025. Le nombre de personnes âgées qui ont besoin de soins spécialisés a augmenté d’approximativement 29% entre février 2011 et mai 2013 alors que la moitié des hôpitaux et des cliniques ont dû fermer et que le nombre de médecins et d’infirmières a baissé de 15% et 19% respectivement. Plus généralement, la population en âge de travailler a baissé de 33% à Minami-Sôma alors que la reconstruction demande beaucoup de main d’œuvre.

Accident nucléaire grave en Europe : rendre le risque acceptable

Un accident nucléaire grave, de la même ampleur qu’à Fukushima, serait tout aussi ingérable en Europe, avec des conséquences désastreuses. Nos études sur les plans d’urgence en Belgique et en France le montrent. A long terme aussi.

Le sujet inquiète en plus haut lieu. Le European Nuclear Energy Forum, qui doit se réunir à Bratislava en octobre prochain, va consacrer une session à ce sujet. Un document préparatoire préliminaire explique que les plans d’urgence ont été revus en 2014 à la lumière de l’accident de Fukushima et qu’ils sont conformes aux recommandations internationales. C’est que ces recommandations ne sont pas très exigeantes… En revanche, le document reconnaît qu’il est nécessaire de démontrer que les mesures de protection seront effectives en pratique.

La note précise que des modifications ont été apportées aux plans d’urgence, mais qu’il reste une perception que ce n’est pas suffisant et que de meilleures garanties doivent être apportées au public. Dans un tel contexte, le European Nuclear Energy Forum va se poser toute une série de questions, parmi lesquelles :

Pourquoi le public en Europe continue d’avoir le sentiment que les dispositions prises pour sa protection en cas d’accident radiologique ou nucléaire sont insuffisantes et quelles mesures devraient être prises par les diverses parties prenantes pour améliorer la confiance du public ?

N’est-ce qu’un problème de perception du public ? Les études ACRO montrent que la Belgique et la France ne sont pas prêtes à faire face à un accident nucléaire grave. La dernière question du European Nuclear Energy Forum est un aveu :

Avons-nous les moyens, les capacités et les ressources nécessaires pour protéger convenablement tous les membres du public en cas d’accident comme à Fukushima en Europe, et ne serait-il pas préférable de concentrer les efforts sur l’éducation du public à propos des risques et des effets des rayonnements en comparaison aux autres risques industriels ?

La réponse à la première question étant négative, l’ancien directeur de l’IRSN a déjà commencé à appliquer la deuxième partie de la question en expliquant dans une vidéo, à l’occasion du cinquième anniversaire de la catastrophe de Fukushima, qu’en cas d’accident nucléaire grave en France, nous appliquerions les mêmes principes qu’au Japon, basés sur le principe de précaution, et que cela conduirait aux mêmes conséquences néfastes pour les personnes déplacées. Il propose un autre paradigme qui pourrait être « restaurer la liberté individuelle, collective partout où c’est possible. Et ça veut dire […] qu’au lieu de chercher à administrer pendant des années des populations, il vaut mieux les accompagner dans leur choix personnels. […] Il faut aider ensuite ces populations, celles qui veulent rester, parce qu’il y en a, il faut effectivement mettre en place des mécanismes qui les aident à mesurer la radioactivité. » Car comprenez-vous, ces doses sont « faibles, mais ont un impact psychologique qu’il ne faut pas sous-estimer » (sic). Et les personnes qui veulent partir et se réinstaller, elles n’ont pas besoin d’aide et de soutien ?

Au niveau européen, un programme de recherche intitulé “CONFIDENCE” est en cours de préparation, en réponse à l’appel d’offre “CONCERT“. Dans un document de travail préliminaire, il pause d’emblée, comme principe de départ, dès la deuxième phrase du projet :

Pour protéger les populations, des hypothèses conservatives sont souvent prises qui peuvent résulter en plus de mal que de bien à cause des effets collatéraux comme cela a été observé après les accidents de Tchernobyl et Fukushima.

Bien sûr, on ne sait pas quelles sont ces “observations”, ni qui les a faites. Pas un mot sur les mesures de protections insuffisantes, pourtant bien réelles, comme les évacuations tardives, le manque de prise en charge des personnes vulnérables ou les limites trop élevées. La priorité affichée est la minimisation des bouleversements des conditions de vie (et donc des coûts associés), pas la protection des populations. Ce texte a été remanié depuis, suite aux protestations de l’ACRO, mais le but du projet reste le même.

Tel est le monde post-accidentel que les autorités nous préparent en Europe.

Abris d’urgence vulnérables autour d’Ikata

Alors que Shikoku Electric s’apprête à redémarrer le réacteur n°3 de sa centrale d’Ikata dans la province d’Ehimé, il apparaît, selon le Maïnichi, que 4 des 7 abris d’urgence situés dans un rayon de 30 km sont vulnérables aux glissements de terrain. En cas de catastrophe complexe incluant des éboulements ou glissements de terrain, ces abris pourraient ne pas être utilisables.

Ces abris sont des structures médicales destinées aux personnes qui ne peuvent pas évacuer rapidement, comme les personnes malades ou les personnes âgées. Ils ont une structure renforcée pour résister aux séismes et sont équipés de filtres pour limiter la pénétration d’éléments radioactifs. Autour de la centrale d’Ikata, la rénovation et construction de ces centres, financée par le gouvernement, a coûté 738 millions de yens (6,4 millions d’euros).

Les cliniques de Kucho, Seto et Kushi, ainsi que l’établissement pour personnes âgées Seto Aiju sont situés dans des zones à risque. Pour Kushi, le risque est plus élevé. De plus, la clinique est sur une pente et pourrait s’effondrer. A Kucho et Seto Aiju il y a des risques d’écoulement de boue. A la clinique Seto, il y a les deux risques.

Le risque d’écoulement de boue était parfois connu au moment de la sélection des sites, mais il n’y avait pas d’autre choix possible. Le gouvernement, ne l’a pas retenu comme critère de sélection pour ne pas limiter les choix.

Le gouverneur de Kagoshima va bientôt demander l’arrêt de la centrale de Sendaï

Satoshi Mitazono, le gouverneur nouvellement élu à Kagoshima s’était engagé, lors de la campagne électorale, à demander l’arrêt temporaire des réacteurs de la centrale de Sendaï, les deux seuls en exploitation, le temps de faire les contrôles nécessaires suite aux séismes qui ont eu lieu dans la province voisine de Kumamoto. Il était donc attendu sur ce sujet.

Une telle demande est sans précédent. L’exploitant, Kyûshû Electric et le gouvernement sont très inquiets. Légalement, le gouverneur n’a pas le pouvoir de demander cet arrêt. Mais l’exploitant et le gouvernement se sont engagés à tenir compte de l’avis des gouverneurs… Un accord signé avec l’exploitant lui donne la possibilité de mener une inspection et d’exiger des garanties supplémentaires suite à ses constatations. Dans une interview au Asahi, il a expliqué vouloir demander également une revue des failles sismiques actives dans les environs de la centrale. Cela pourrait prendre beaucoup de temps.

Suite aux séismes de Kumamoto, l’Autorité de Régulation Nucléaire avait dit qu’elle pensait qu’il n’était pas nécessaire d’arrêter cette centrale.

Conformément à ses promesses, le gouverneur va aussi mettre en place un groupe de travail pour évaluer les plans d’évacuation autour de cette centrale. De nombreux ponts situés sur les routes d’évacuation ne seraient pas assez solides en cas de tremblement de terre. Les hôpitaux et les cliniques situés à moins de 10 km doivent préparer un plan d’évacuation, suite à la décision du précédent gouverneur. Cela devrait être étendu à 30 km.

Ces demandes devraient être faites fin août, alors qu’un arrêt programmé de ces réacteurs est prévu les 6 octobre et 16 décembre prochains, après 13 mois d’exploitation. Il est peu probable que leur arrêt soit avancé. En revanche, leur redémarrage ne devrait pas être rapide, si les exigences du nouveau gouverneur sont prises en compte.

“Zones de retour difficile” : pas de retour avant 2021

Les zones où l’exposition externe pouvait dépasser 50 mSv/an ont été classées en zone de “retour difficile” par les autorités japonaises. Elles couvrent une surface de 337 km2 et environ 24 000 personnes réparties dans 9 000 foyers y habitaient. L’accès y est interdit, sauf autorisation spéciale. Mais avec la décroissance naturelle et le lessivage des sols, les autorités espèrent pouvoir reconquérir ces zones à partir de 2021. Y aura-t-il encore des habitants pour rentrer ? Un sondage effectué par l’agence de reconstruction a montré que seulement 10% des habitants des quatre communes qui entourent la centrale de Fukushima daï-ichi souhaitent rentrer.

Au bout de 10 ans, par la seule décroissance radioactive, le césium-134, qui a une demi-vie de 2 ans, aura presque disparu. Il n’en restera que 3%. En revanche, il restera 80% du césium-137, qui lui a une demi-vie de 30 ans. Il représentait environ la moitié du césium rejeté. Le gouvernement prévoit d’entamer les travaux de décontamination à ce moment là. Aura-t-il trouvé une solution pour les déchets d’ici là ?

Si l’exposition externe passe en dessous de la limite de 20 mSv/an, il sera à nouveau permis d’y vivre. Cela concernera surtout les travailleurs de la centrale et les personnes qui leur fourniront des services. Cela signifie que le retour à la limite de 1 mSv/an, objectif à long terme des autorités japonaises, est encore à plus long terme…

Sept communes sont concernées. Le gouvernement va entamer des discussions avec les élus avant de prendre une décision au mois d’août prochain.

Levée de l’ordre d’évacuer à Minami-Sôma

Le gouvernement a levé l’ordre d’évacuer dans les districts d’Odaka et de Haramachi de la ville de Minami-Sôma, situés à moins de 20 km de la centrale de Fukushima daï-ichi. On peut désormais habiter dans toute la commune, à l’exception d’une petite zone dite de retour difficile avec une seule habitation où deux personnes vivaient.

Au 1er juillet 2016, 10 807 personnes, réparties dans 3 487 foyers étaient enregistrées dans ces districts. Voir la dernière carte officielle des zones évacuées, en japonais. La dernière carte en anglais date de septembre 2015.

Le taux de retour devrait être faible, comme partout ailleurs. Les habitants pouvaient déjà passer la nuit chez eux, mais seulement 2 006 dans 691 foyers en ont fait la demande. Ainsi, moins de 20% de la population est prête à rentrer. Il s’agit surtout de personnes âgées. Le gouvernement voulait déjà lever l’ordre d’évacuer en avril dernier, mais, face à la réticence des habitants, cela a été reporté de quelques mois. Certaines familles ont refait leur vie ailleurs. Pour beaucoup, la pollution radioactive restante est la principale source de préoccupation. Voir aussi cet article sur le dilemme des populations.

Les travaux de décontamination sont officiellement terminés pour les zones résidentielles, mais se poursuivent le long des routes et dans les zones agricoles. Cela devrait durer jusqu’en mars prochain.

Pour la première fois, que cet ordre est levé dans une zone dite de « restriction de résidence » où l’exposition externe était comprise entre 20 et 50 mSv/an. Mais elle est maintenant passée sous la limite de 20 mSv/an grâce à la décroissance naturelle et aux travaux de décontamination. Rappelons que cette limite correspond à la valeur la plus élevée des recommandations internationales et qu’elle n’est pas acceptée par beaucoup (lire Fukushima cinq ans après, retour à l’anormale à ce propos).

Pour faciliter le retour, l’hôpital et des zones commerciales ont rouvert. La ligne de train Jôban a repris dans la commune sur 9,4 km seulement, entre les stations Haranomachi et Odaka. D’autres portions devraient rouvrir cette année et en 2020.

C’est la sixième fois que l’ordre d’évacuer est levé depuis le début de la catastrophe nucléaire.

La catastrophe de Fukushima n’est qu’un problème d’image

Quand l’agence de reconstruction, mise en place après mars 2011, communique sur son action à Fukushima, le titre de la présentation est : Eliminer l’impact d’une mauvaise réputation. La catastrophe nucléaire ne serait donc qu’un problème d’image !

En effet, tout va bien : la zone évacuée ne fait que 7% de la surface de la province de Fukushima et ailleurs, la vie y est “normale”. Les habitants inquiets apprécieront. Le débit de dose ambiant est inférieur à ce que l’on peut mesurer à Paris ou Shanghai.

Dans une vidéo du même acabit, mise en ligne en mars 2016, à l’occasion du cinquième anniversaire de la catastrophe, le ministère de l’industrie explique que le retour des habitants dans les zones où l’ordre d’évacuer a été levé “progresse en douceur”. La décontamination est montrée, mais l’on ne voit pas un seul déchet.

En ce qui concerne l’impact sanitaire, seules les prédictions du rapport de l’UNSCEAR sont mentionnées. Pas de crainte à avoir, donc. Pas un mot sur le nombre réel de cancers de la thyroïde qui est observé. A la fin de la vidéo, on a l’impression que la vie à Fukushima y est meilleure qu’avant la catastrophe…

C’est à ce demander pourquoi la population, qui souffre de son statut de personnes déplacées, préfère ne pas rentrer.

Ce genre de propos lénifiants sont repris en France par l’IRSN et le CEPN dans leur webdocumentaire “Kotoba” (qui signifie “mot” et pas “dialogue”) : pas de déchets radioactifs, pas de malade, pas de résidents qui ne veulent pas rentrer… Juste quelques petits soucis, mais en douze dialogues, tout est réglé !

Bref, les rapports de l’ACRO :

ne contiennent que des “rumeurs néfastes”…