TEPCo obtient un prolongement de prêt bancaire

Trois banques japonaises ont accepté de prolongé leur prêt de 280 milliards de yens (2 milliards d’euros) à TEPCo pour l’année à venir. Elles estiment que la compagnie a coupé dans les coûts de fonctionnement et apprécient la démarche de TEPCo de séparer la production et la transmission d’électricité avant ses concurrents. Mais, dans les deux ans à venir, TEPCo va avoir besoin de 1 300 milliards de yens (9,4 milliards d’euros) pour financer ces projets. Elle devrait émettre une débenture l’an prochain.

Lors de ses derniers plans financiers, TEPCo comptait sur le redémarrage de sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa pour se renflouer. Ce n’est plus un argument valable.

Les gouverneurs des trois provinces les plus touchées acceptent de prendre en charge une partie des coûts de reconstruction

Le ministre de la reconstruction a rencontré les gouverneurs des trois provinces les plus touchées par la triple catastrophe de mars 2011 pour leur présenter le nouveau plan de financement de 6 500 milliards de yens (47 milliards d’euros). Il espéraient que les provinces d’Iwaté, Miyagi et Fukushima prennent en charge une partie des coûts, à hauteur de 30 milliards de yens (217 millions d’euros) chacune.

Les trois gouverneurs ont donné leur accord pour 22 milliards de yens (160 millions d’euros).

Financement de la reconstruction du Tôhoku

Le ministre de la reconstruction a présenté son plan de financement pour les années à venir, qui doit encore être adopté par le gouvernement. Il est prévu de dépenser 6 500 milliards de yens (46 milliards d’euros) pour les années 2016 à 2020. A titre de comparaison, le gouvernement a engagé 26 300 milliards de yens (presque 190 milliards d’euros) entre 2011 et 2015, même si tout n’a pas été dépensé.

Le gouvernement va aussi demander aux pouvoirs locaux de prendre en charge une partie des coûts de la reconstruction : ils devront prendre en charge jusqu’à 3,3% des coûts de certains projets. Cette participation avait été annoncée au début du mois : les trois régions les plus touchées, à savoir Iwaté, Miyagi et Fukushima devront débourser chacune 30 milliards de yens (214 millions d’euros) si l’on compte la contribution des communes.

Pour les routes nationales et les ports, la contribution devrait être de 1,7% alors qu’elle est de 26,7% dans les zones non touchées par la catastrophe. Pour le développement des infrastructures, ce sera 2,3% alors que c’est 36% ailleurs. La plus forte contribution est de 3,3% pour les installations de traitement des déchets, contre 66% dans les zones non affectées.

Le gouvernement devrait continuer à prendre en charge à 100% certains projets clé comme la reconstruction sur les hauteurs des villes côtières englouties ou les autoroutes. La reconstruction dans les zones évacuées va aussi être entièrement prise en charge par le gouvernement.

La somme totale prévue par le gouvernement inclut 3 400 milliards de yens pour la reconstruction des habitations détruites, 1 700 milliards de yens en soutien à des projets locaux et 500 milliards de yens à des mesures relatives à la catastrophe nucléaire.

Le ministre a annoncé aux médias que la reconstruction des zones touchées par le tsunami à Miyagi et Iwaté devrait être terminée dans les dix ans qui suivent la catastrophe naturelle.

Séparation de la production et du transport de l’électricité en 2020

Le parlement japonais vient d’adopter la loi séparant la production du transport de l’électricité. C’est la dernière étape de la libéralisation du marché de l’électricité.

Rappelons qu’actuellement dix compagnies d’électricité bénéficient de monopoles régionaux qui leur permettent de pratiquer des prix très élevés. Elles produisent, transportent et vendent le courant électrique. D’autres compagnies, souvent des filiales, produisent uniquement du courant qui est racheté par ces dix majors pour être revendu aux consommateurs.

Après la catastrophe nucléaire, le gouvernement de l’époque a décidé de revoir complètement l’organisation du secteur en introduisant une libre concurrence à l’image de la situation en Europe. La première étape du processus a vu la création, en avril dernier, d’un organisme indépendant chargé de coordonner la production d’électricité à l’échelle du pays. La deuxième étape aura lieu l’an prochain avec l’ouverture du marché à la concurrence pour les particuliers. Les gros consommateurs peuvent déjà choisir leur fournisseur. A cela, s’ajoute, une politique de rachat avantageuse de l’électricité d’origine renouvelable.

Les compagnies qui dépendent le plus du nucléaire sont les plus vulnérables car tout le parc est arrêté. Or, même à l’arrêt, les centrales nucléaires coûtent cher, alors qu’elles ne rapportent rien. Les compagnies font donc un lobbying intense pour maintenir leur position privilégiée. Elles soutiennent que le processus de libéralisation pourrait menacer la stabilité de l’offre. Le processus de libéralisation a commencé dans les années 1990 pour les gros consommateurs, mais il a fallu la catastrophe nucléaire pour qu’il soit accéléré. La nouvelle loi, cependant, contient une clause permettant au gouvernement de prendre les mesures nécessaires au regard de l’offre et de la demande au moment de la séparation de la production et de la distribution. Cela suggère que la réforme pourrait être reportée si les réacteurs nucléaires sont encore largement à l’arrêt en 2020, ce qui est fort probable.

Le marché du gaz de ville va aussi être libéralisé à partir de 2017.

15% des écoles de Fukushima ne sont pas aux normes anti-sismiques

Selon les données publiées par le ministère de l’éducation et rapportées par le Fukushima Minpo, 15,1% des écoles et des collèges Fukushima ne seraient pas assez résistants en cas de fort séisme. C’est 10,7 points de plus que la moyenne nationale. Sur 2 053 bâtiments, 310 doivent être rénovés et 47 pourraient s’effondrer si la secousse dépasse une magnitude de 6 sur l’échelle japonaise.

Il en est de même pour les écoles pour enfants handicapés.

Les communes concernées n’ont pas les fonds nécessaires car leur priorité est la décontamination et la reconstruction. Le coût des matériaux de construction a aussi fortement augmenté suite aux catastrophes naturelles. Même si les fonds étaient disponibles, il y a une telle demande dans le bâtiment, qu’il n’est pas sûr qu’il aurait été possible de trouver la main d’œuvre nécessaire.

Confirmation de la cessation de l’aide aux déplacés « volontaires »

Les autorités régionales de Fukushima avaient annoncé qu’elles souhaitaient cesser la mise à disposition de logements gratuits pour les déplacés « volontaires » à la fin de l’année fiscale 2016, qui se termine le 31 mars 2017. Elles viennent de confirmer leur décision et disent réfléchir à une aide au retour, ainsi qu’à une aide au logement pour les revenus les plus faibles.

Officiellement, il y aurait environ 25 000 déplacés « volontaires », dont 20 000 partis vivre en dehors de Fukushima.

Rappelons qu’une pétition de soutien est en cours.

Plus de 7 000 habitants de Tochigi demandent une indemnisation à TEPCo

7 128 habitants de Tochigi ont déposé une demande d’arbitrage à la commission ad-hoc afin d’obtenir une indemnisation de TEPCo. 2 266 familles de Nasushiobara, Otawara et Nasu, communes du Nord de la province situées à une centaine de kilomètres de la centrale nucléaire accidentée, veulent voir les troubles provoqués par les retombées radioactives dédommagés. Ces trois communes regroupent 218 000 habitants.

Les plaignants demandent une indemnisation pour le stress et l’augmentation du coût de la vie allant de 120 000 pour un adulte à 720 000 yens pour un enfant ou une femme enceinte (860 à 5 140 euros), similaire à ce qu’on reçu les évacués « volontaires » de Fukushima (un autre journal annonce 520 000 yens pour la deuxième catégorie). Le total des indemnisations demandées atteint 1,85 milliard de yens (13 millions d’euros). Ils veulent aussi des excuses de TEPCo, ainsi qu’un suivi sanitaire pris en charge par les autorités, comme pour les habitants de Fukushima. La différence de traitement n’est pas justifiée selon eux.

C’est la deuxième plus grande action de groupe après celle de Namié, qui regroupe 15 000 personnes. C’est la première qu’une telle demande est faite en dehors de Fukushima.

Le gouvernement et TEPCo sifflent la fin des indemnisations

Après avoir décidé de la fin de la mise à disposition de logements pour les évacués « volontaires » en mars 2017, la fin de l’indemnisation des évacués forcés en mars 2018, le gouvernement et TEPCo veulent cesser l’indemnisation des activités commerciales en mars 2017, ce qui correspond à la fin de l’année fiscale de 2016.

8 000 compagnies ont été forcées à évacuer les territoires contaminés. La précédente politique limitait à quatre ans leur indemnisation. Mais comme il n’y a pas de reprise possible de l’activité dans ces territoires, de nombreuses compagnies ont demandé un maintien du soutien. Avec la nouvelle politique, elles devraient bénéficier d’aides pendant deux années supplémentaires.

Les entreprises situées en dehors des territoires évacués ont aussi reçu un soutien si elles sont souffert de ce qui est qualifiés par les autorités de « rumeurs néfastes ». Il s’agit surtout de l’industrie du tourisme et de l’agroalimentaire. Elles vont aussi bénéficier de deux années supplémentaires d’aide calculée sur la différence entre leurs profits de l’année fiscale 2014 et ceux d’avant la catastrophe.

Les autorités veulent mettre en place un système d’aide à la reprise de l’activité économique à la place. Des négociations vont débuter pour définir la structure à mettre en place.

Enfin, les agriculteurs et les pêcheurs devraient continuer à bénéficier d’indemnisations au-delà de mars 2017.

TEPCo a déjà dépensé un total de l’ordre de 5 000 milliards de yens en indemnisation (36 milliards d’euros). Avec la nouvelle politique, cette somme devrait rester inférieure à 6 000 milliards de yens (43 milliards d’euros). Les autorités et TEPCo vont donc faire pour que la catastrophe soit « finie » à temps pour limiter l’indemnisation. C’est TEPCo qui payes, mais le gouvernement qui lui avance l’argent. Les intérêts restent à la charge des contribuables.

Pour rappel, les personnes originaires des zones classées en « retour difficile » ont reçu un total de 14,5 millions de yens (104 000 euros). Celles originaires de deux autres zones évacuées reçoivent 100 000 yens par mois (720 euros par mois), ce qui fera un total de 8,4 millions de yens (60 000 euros).

Part du nucléaire à court et moyen terme

Sans surprise, le groupe de 14 experts mis en place par le gouvernement a endossé la proposition du ministère de l’industrie concernant le mix électrique à l’horizon 2030. Rappelons qu’il est question que la part du nucléaire soit comprise entre 20 et 22% à cette date, ce qui est complètement irréaliste, car cela nécessiterait de construire de nouveaux réacteurs. Le gouvernement cherche à faire bonne figure avant la conférence sur le climat de Paris.

Il y a bien eu des débats : certains soulignant que la part du nucléaire était trop élevée et ne correspondait pas à l’engager de réduire cette dépendance. Qu’une part à 20 à 22% impliquait d’utiliser les réacteurs au-delà de 40 ans. D’autres demandaient la construction de nouveaux réacteurs.

Une consultation du public va être organisée pendant un mois et la décision finale sera prise en août prochain.

Sans surprise non plus, Kyûshû Electric a reporté la date de démarrage prévue du réacteur n°1 de sa centrale de Sendaï à Kagoshima : ce sera la mi-août, au plus tôt. Le Japon va donc passer son deuxième été de suite sans énergie nucléaire.

Les températures étaient déjà anormalement élevées en mai de cette année. Qu’en sera-t-il cet été ? La campagne « super cool-biz » qui consiste à aller en travailler sans cravate et chemisette pour économiser sur la climatisation vient de débuter.

Du côté de Kansaï Electric, comme il n’y a pas de perspective de redémarrage de réacteur à court terme, les tarifs de l’électricité ont augmenté le 1er juin, comme prévu. L’augmentation est de 4,62% en moyenne durant l’été, puis sera de 8,36% à partir du 1er octobre.

Les victimes de la catastrophe de Fukushima créent un collectif

23 000 victimes de la catastrophe de Fukushima se sont constituées en collectif national intitulé Hidanren. Des photos sont ici. 300 d’entre elles étaient à l’assemblée générale constituante ce week-end à Nihonmatsu dans la province de Fukushima. Ce collectif fédère les 13 groupes qui ont porté plainte contre TEPCo ou ont entamé une action auprès de la structure de conciliation concernant l’indemnisation.

Ces personnes veulent unir leurs forces alors que les autorités poussent au retour des populations et veulent arrêter les indemnisations. Ils sont aussi très inquiets à propos de l’état des réacteurs accidentés.

L’association a adopté une déclaration demandant une reconnaissance par TEPCo de ses responsabilités, une indemnisation complète et un rétablissement des conditions de vie. Elle demande aussi une meilleure couverture médicale et des mesures de réduction de l’exposition. Les participants veulent aussi poursuivre les responsables de la catastrophe.