TEPCo annonce enfin l’arrêt définitif de Fukushima daï-ni

La centrale nucléaire de Fukushima daï-ni, avec ses 4 tranches, est à une douzaine de kilomètres au Sud de la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi. Elle aussi été fortement secouée par le séisme et noyée par le tsunami, mais il n’y a pas eu d’accident grave car il y avait de l’électricité disponible à moins de 10 km.

TEPCo n’avait, jusqu’à présent, rien décidé quant à son sort, même si elle avait envisagé, en mars 2017, d’arrêter définitivement le réacteur n°1. L’assemblée régionale a adopté une motion demandant son arrêt définitif. Tomioka et Naraha, où la centrale est située, ont fait de même, tout comme les 57 autres communes de la province. Même le gouvernement est pour son arrêt !

Le 14 juin, le président de la compagnie, Tomoaki Kobayakawa, a informé le gouverneur de Fukushima, Masao Uchibori, de son intention d’arrêter définitivement la centrale nucléaire de Fukushima daï-ni. Enfin ! Le président de TEPCo et le gouverneur se sont accordés pour dire que cela permettra de lutter contre les rumeurs néfastes. Toujours aussi ridicule comme déclaration. En revanche, le président de TEPCo n’a pas expliqué pourquoi il a fallu 7 ans pour prendre cette décision.

Le réacteur n°1 a été mis en service en 1982 et le n°4 en 1987. Ils ont donc plus de 30 ans alors que la durée d’exploitation est limitée à 40 ans. Chaque tranche a une puissance de 1 100 MWe.

TEPCo avait 17 réacteurs avant la catastrophe nucléaire : 10 à Fukushima (6 à daï-ichi et 4 à daï-ni) et 7 à Niigata (Kashiwazaki-Kariwa). Elle a donc déjà perdu plus de la moitié de son parc et il n’est pas sûr qu’elle puisse redémarrer ses 7 réacteurs restants.

Quand cet arrêt définitif sera officiel, le nombre de réacteurs nucléaires au Japon ne sera plus que de 35, contre 54 avant la catastrophe. Cela fait donc un total de 19 tranches arrêtés définitivement. D’autres pourraient suivre. Il n’y a que 7 réacteurs en activité.

Gouverneur pro-gouvernemental élu à Niigata

Le gouverneur de Niigata, fermement opposé au redémarrage de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa, avait démissionné suite à une affaire de mœurs. Des élections viennent d’avoir lieu et c’est Hideyo Hanazumi, le candidat soutenu par le gouvernement, qui a gagné.

Lors de la compagne, il a maintenu une position ambigüe sur le redémarrage de la plus grande centrale du Japon, avec 7 tranches, exploitée par TEPCo. Une fois élu, il a exprimé son soutien à l’enquête menée par sa province sur les causes de l’accident nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi, mais a aussi expliqué vouloir prendre la décision seul. Un sondage récent a montré que 65% des habitants de Niigata étaient opposés au redémarrage.

Comme d’habitude, seulement 58,25% des électeurs se sont déplacés aux urnes, mais c’est mieux que la fois précédente. La victoire est très courte : 546 670 voix contre 509 568 pour la principale opposante, soutenue par 5 partis d’opposition.

Evolution de la contamination de la Baie de Tôkyô

L’Océan pacifique a été directement exposés aux rejets radioactifs liquides et aériens de la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi. Grâce au fort brassage lié aux courants marins et l’immense masse d’eau, cette pollution s’est dispersée. Des traces ont même pu être détectées au large de l’Amérique du Nord.

La situation est complètement différente pour la Baie de Tôkyô qui est presque fermée. Elle mesure environ 70 km sur 20 km. Bien qu’elle n’aie pas été directement exposée, elle est contaminée vie le lessivage des sols et les fleuves qui s’y jettent, comme nous l’avons déjà mentionné à plusieurs reprises.

Une publication récente en libre accès fait le point sur l’évolution de cette contamination. La pollution est plus prononcée à l’embouchure des fleuves, comme on peut le voir ci-dessous sur la figure extraite de l’article. Cela signifie que la pollution en césium, liée au sédiments, est essentiellement piégée dans les estuaires et diffuse très peu vers le centre de la Baie. Elle proviendrait surtout de la zone Nord-Est de la capitale japonaise et c’est bien expliqué par la répartition des retombées radioactives. Les valeurs indiquées concernent les sédiments et ont été corrigées de la décroissance radioactive pour être rapportées à la date du 16 mars 2011.

 

Les chercheurs ont aussi analysé des carottes de sédiments et tenté de comprendre la dynamique de la pollution. Le carottage a permis de montrer que les apports en césium radioactif ont augmenté avec le temps, dans les années qui ont suivi la catastrophe, pour finalement rebaisser.

Dans le fleuve Sakagawa, un pic de pollution est attribué aux travaux de décontamination de la commune de Kashiwa (Chiba) entre octobre 2011 et décembre 2012. Cette ville de la banlieue de Tôkyô a particulièrement été affectée par les retombées radioactives. La décontamination n’est bien qu’un déplacement de la radioactivité…

La pollution la plus élevée a été mesurée dans l’estuaire de l’ancienne Edogawa, avec une contamination de 100 000 Bq/m2 en juillet 2016. Au centre de la Baie, elle est de l’ordre de 500 Bq/m2.

Comment retirer le corium ?

Comment retirer le corium, ce mélange hautement radioactif de combustible et débris fondus, tout en limitant les rejets radioactifs ? C’est la difficulté à laquelle est confrontée TEPCo. Selon le Fukushima Minpo, la compagnie envisage d’utiliser un bras articulé qui irait rechercher, petit bout par petit bout, le corium et autres débris radioactifs qui jonchent l’enceinte de confinement. Elle devrait commencer par les débris les plus petits. Les débris les plus gros devront d’abord être coupés ou cassés avant d’être extraits afin de maintenir une ouverture la plus petite possible. La technologie doit encore être développée.

TEPCo a déjà inséré des robots pour filmer l’intérieur de l’enceinte de confinement des réacteurs 1 à 3, où il y a eu fusion du cœur. Au début, TEPCo envisage de prendre le même chemin pour accéder aux débris, via une ouverture sur le côté, afin de maintenir au mieux le confinement.

Le niveau de l’eau dans le réacteur n°3 est très élevé. Il faudra peut-être le drainer avant. Quant au réacteur n°1, le débit de dose à proximité de l’ouverture atteint les 630 mSv/h. La compagnie pourrait s’installer ailleurs.

Bien entendu, personne ne sait ce qu’il sera fait de ces déchets très radioactifs par la suite.

Origine de l’augmentation des rejets radioactifs à partir du 18 mars 2011

La télévision publique japonaise, la NHK, vient de diffuser un documentaire repéré par Fukuleaks, qui explique l’origine de l’augmentation des rejets radioactifs à partir du 18 mars 2011 :

Selon le documentaire, 40% des rejets ont été émis durant cette période, et les vents ont parfois soufflé vers les terres de l’archipel. Or, TEPCo avait réduit l’injection d’eau de refroidissement dans les réacteurs pendant deux jours, et ce pourrait être à l’origine de cette hausse des émissions radioactives. A l’époque, le refroidissement était assuré par des camions pompe des pompiers.

L’amplitude des pics de contamination relevés sur des filtres situés à Futaba est aussi élevée qu’après ceux qui caractérisent les explosions hydrogène. Cela mérite donc des explications.

La NHK a essayé de comprendre pourquoi. Outre l’improvisation complète face à des évènements inattendus et le chaos qui régnait dans toute la chaîne de commande en situation de crise, une augmentation soudaine de la pression dans la chambre de suppression du réacteur n°3, qui est passée de 20 à 420 kPa, faisait craindre une rupture de l’enceinte de confinement. La réponse a été la réduction de l’injection d’eau de 600 à 160 L/min. L’injection a aussi été réduite dans les réacteurs 1 et 2.

Une analyse a posteriori a montré que le refroidissement était alors insuffisant et que la température du réacteur n°3 a commencé à augmenter pour passer de 200 à environ 400°C en deux jours. Cela a pu conduire a un détachement et une remise en suspension des produits de fission radioactifs. Les images du réacteur n°3 prises le 18 mars 2018 montrent un panache de vapeur provenant de l’enceinte de confinement, qui devait donc être très radioactif. De même, un panache est apparu au dessus du réacteur n°2 à cette époque. TEPCo, de son côté, affirme qu’il est difficile d’établir un lien de cause à effet entre la réduction de l’injection d’eau et la hausse des rejets. A l’époque, la compagnie avait mis deux jours pour comprendre ce qui se passait dans les réacteurs.

La NHK a aussi analysé les enregistrements des vidéoconférences entre le siège de TEPCo à Tôkyô, la cellule de crise à la centrale de Fukushima daï-ichi et les autres centrales du groupe. Il apparaît que la décision de réduire l’injection d’eau ne faisait pas l’unanimité. Le directeur de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa, par exemple, y était opposé. A la centrale de Fukushima daï-ichi, le directeur et son équipe devaient face à une multitude de problèmes et ne pouvaient pas analyser les conséquences de la décision de réduire l’injection d’eau de refroidissement. Ils ne s’y sont pas opposés.

Selon les experts consultés par la NHK, c’est le directeur de Fukushima daï-ichi qui avait la meilleure expertise de la situation et qui a pris les meilleures décisions. Mais, le 17 mars 2011, quand la décision de réduire l’injection d’eau a été prise, il était plus préoccupé par le refroidissement des piscines de combustibles usés, qui ne sont pas protégées par une enceinte de confinement. Le “coût de la coordination” des nombreuses tâches qui retombaient sur les épaules du directeur de la centrale et son équipe ont entraîné la sous-estimation du risque et la non-détection des problèmes qui s’en sont suivis.

Rappelons aussi qu’il n’y avait pas d’électricité dans les réacteurs et les capteurs ne fonctionnaient pas tous. Par conséquent, peu d’information était disponible. Le rétablissement de l’électricité n’était pas prioritaire sur le refroidissement des piscines. Quand l’électivité a pu finalement être rétablie dans la salle de contrôle principale, le 19 mars, il est apparu que la température du réacteur n°3 était beaucoup trop élevée et dépassait les 300°C. L’erreur est devenue évidente et il a été ordonné d’augmenter l’injection d’eau de refroidissement.

Voir l’excellent documentaire en anglais sur Youtube :

L’article scientifique sur les rejets analysés à partir des aérosols collectés sur des filtres à Futaba et ailleurs est ici, en accès payant.

Election d’un gouverneur à Niigata : le nucléaire au centre de la campagne

Le gouverneur de Niigata, fermement opposé au redémarrage de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa, propriété de TEPCo, a démissionné suite à une affaire de mœurs. La campagne électorale pour le remplacer a officiellement commencé le 24 mai dernier et l’élection aura lieu le 10 juin prochain. Le nucléaire est au centre des débats.

Les favoris sont Hideyo Hanazumi, 60 ans, ancien garde côtes soutenu par la majorité gouvernementale favorable au nucléaire, et Chikako Ikeda, 57 ans, soutenue par l’opposition gouvernementale opposée au nucléaire. Le troisième candidat est Satoshi Annaka, 40 ans. Les deux principaux candidats ont affirmé vouloir mener à bien les travaux de la commission d’enquête régionale sur l’accident à la centrale de Fukushima daï-ichi avant de prendre leur décision. Mme Ikeda espère aussi avoir une province de Niigata sans nucléaire.

M. Hanazumi fait surtout campagne sur le développement des infrastructures de transport dans la région et met en avant une nouvelle ligne de Shinkansen le long de la mer du Japon. Mme Ikeda fait aussi campagne sur le droit des femmes et le soutien aux enfants.

Des sondages, mentionnés par le Japan Times, montrent qu’au moins 70% de la population était réticents au redémarrage des réacteurs, mais, comme souvent au Japon, ce sont les abstentionnistes qui risquent d’être les plus nombreux.

Les microparticules vitreuses, riches en césium, sont plus abondantes que prévu

Les rejets radioactifs lors de l’accident grave à la centrale de Fukushima daï-ichi n’ont pas été seulement sous forme gazeuse. Une partie de la contamination de l’environnement est due à des microparticules vitreuses (autres articles à ce sujet), particulièrement riches en césium et autres éléments radioactifs. Sous cette forme, l’impact sanitaire et sur la contamination à long terme pourrait être beaucoup plus grave. Mais, comme on ne sait pas grand chose à leur propos, les recherches sur le sujet se poursuivent.

Ces microparticules ont été découvertes dans les filtres à air, dans les sols et sur des plantes. Deux articles scientifiques viennent de paraître à ce sujet et apportent de nouvelles informations.

La première étude n’est pas en accès libre, mais l’article est à l’ACRO et un communiqué de presse donne les principaux résultats. Elle confirme la présence d’uranium et d’autres radioéléments toxiques dans les microparticules vitreuses, d’une taille inférieure à 5 µm, découvertes dans les retombées de la catastrophe de Fukushima. Ces microparticules, contenant du combustible nucléaire, ont été trouvées dans le premier centimètre de sol de rizières de la zone évacuée, situées à Ôkuma, à environ 4 km de la centrale accidentée, et d’une ferme aquicole abandonnée à 2 km.

L’étude montre que les particules contenant du combustible sont encapsulées ou attachées aux particules vitreuses riches en césium. Leur composition donne des indications sur le scénario de fusion du cœur. Et, comme nous l’avons déjà signalé, avec une telle taille, ces microparticules peuvent facilement être remises en suspension et inhalées. Elle restent alors plus longtemps dans les poumons et peuvent avoir un impact sanitaire plus pénalisant.

La deuxième étude n’est pas en accès libre, non plus, mais est aussi à l’ACRO. Un communiqué de presse en anglais est disponible. Les auteurs ont utilisé une technique largement répandue dans les laboratoires, l’autoradiographie, pour quantifier simplement l’activité de ces microparticules riches en césium dans des échantillons de sols. Elle a été testée sur quatre échantillons provenant de rizières situées de 4 à 40 km de la centrale accidentée. Il apparaît que ces microparticules sont présentes dans tous les échantillons et que la quantité de césium qui y est piégée est plus grande qu’attendu, de 8,53 à 31,8%. Cette étude confirme qu’une fraction significative du césium rejeté l’a été sous forme de microparticules vitreuses (voir d’autres articles à ce sujet). Les auteurs appellent à des études plus étendues sur la présence de cette forme de pollution dans l’environnement.

Rappelons que la télévision publique japonaise avait consacré un documentaire à ces microparticules.

Enfin, une troisième étude publiée récemment traite de la pollution en plutonium. Elle est aussi en accès payant, et disponible à l’ACRO. Un communiqué de presse en français rapporte les principaux résultats. L’étude montre que la distribution spatiale des dépôts de plutonium dans les sols de la région de Fukushima suit globalement celle du césium. Par contre, lorsque les sols de la région sont érodés par les puissants typhons auxquels le Japon est fréquemment exposé, le plutonium issu de la centrale accidentée de Fukushima est exporté préférentiellement par les rivières jusqu’à l’Océan Pacifique, car il est concentré à la surface des sols. De plus, l’analyse des sédiments de rivière au fil des années a mis en évidence une diminution de moitié de la concentration en plutonium entre 2011 et 2014. Une baisse similaire est observée pour la contamination en césium qui peut s’expliquer par l’érosion importante et l’export sédimentaire générés par les typhons, les glissements de terrain et les travaux de décontamination menés dans la région.

La seule exception à cette baisse générale est observée à l’aval de la première zone de la région à avoir été décontaminée, pour laquelle on observe bien une très forte baisse des teneurs en césium (jusqu’à 90 %) mais aussi une augmentation de la part du plutonium émis en 2011 passant de 12 à 39 %, le reste étant dû aux essais nucléaires atmosphériques des années 1960. Là encore, les auteurs évoquent les microparticules vitreuses comme explication possible.

76ième versement financier pour TEPCo

TEPCo annonce avoir reçu le 76ème versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations : 9,8 milliards de yens (77 millions d’euros au cours actuel). Cet argent est prêté sans intérêt.

TEPCo a déjà reçu un total de 8 255,5 milliards de yens (presque 65 milliards d’euros au cours actuel) si l’on prend en compte le présent versement et cela ne suffira pas.

Conduites d’air rouillées ou percées dans 13 réacteurs nucléaires japonais

Treize réacteurs japonais ont des conduites d’air rouillées ou percées. Ce sont tous des réacteurs à eau bouillante (REB ou BWR), comme à Fukushima. Le premier cas avait été découvert à la centrale de Shimané, en décembre 2016, comme nous l’avions rapporté. L’autorité de régulation nucléaire a ensuite ordonné des contrôles systématiques et douze autres tranches sont affectées par la corrosion des conduites d’air. Il n’y a pas de danger en temps normal mais, en cas d’accident, les opérateurs pourraient être exposés à la radioactivité.

Quatre des sept réacteurs de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa, exploitée par TEPCo dans la province de Niigata, sont particulièrement affectés. Dans la tranche n°3, ce sont les conduites qui desservent la salle de contrôle qui sont corrodées et percées, avec une fente de 13 cm de long et 5 de large. Quatre trous de 2 mm de diamètre ont aussi été repérés dans l’unité 7 qui a pourtant été récemment autorisée à être remise en service. Les deux tranches les moins affectées, les 5 et 6, ont aussi fait l’objet de ce contrôle de corrosion, la deuxième présentant des points de rouille.

Les autres réacteurs touchés sont ceux d’Onagawa, exploitée par Tôhoku Electric à Miyagi, Tôkaï 2, exploité par la Japan Atomic Power Co. à Ibaraki, à Hamaoka, exploités par Chûbu Electric à Shizuoka et à Shiga, exploitée par Hokuriku Electric.

Demande d’achèvement et de mise en route de Shimané-3, encore en construction

Chûgoku Electric, basée à Hiroshima, a entamé aux autorités de la province de Shimané et de la commune de Matsué, l’autorisation de terminer la construction du réacteur Shimané-3 et de soumettre la demande de mise en service à l’autorité de régulation nucléaire. Le réacteur à eau bouillante, d’une puissance de 1 373 MWe, est presque terminé. Les travaux de construction, débutés en 2006, auraient dû être terminés en mars 2012, mais ont été suspendus après la catastrophe de Fukushima.