Levée de l’ordre d’évacuer à Katsurao

Comme annoncé en avril dernier, le gouvernement a levé l’ordre d’évacuer de Katsurao, sauf pour la partie de la commune classée en zone de “retour difficile”. Plus de 90% des foyers de la commune peuvent désormais rentrer chez eux, alors que tout le village avait été évacué en 2011 (1 347 personnes réparties dans 418 foyers sur 1 466 personnes dans 451 foyers). 119 personnes dans 33 foyers de la zone de “retour difficile” ne peuvent pas rentrer chez elles.

Cette levée concerne la zone dite de “préparation au retour” où l’exposition externe était inférieure à 20 mSv par an et la zone dite de “restriction de résidence” où elle était comprise entre 20 et 50 mSv par an. C’est la première fois que l’ordre d’évacuer est levé pour cette dernière.

Mais à peine 10% des personnes autorisées à rentrer (126 personnes dans 53 foyers) ont demandé de pouvoir passer la nuit dans leur maison afin de préparer le retour. Il n’y a pas encore de magasin ou de médecin, même si un service de livraison à domicile a été mis en place, et environ la moitié de la surface des rizières sert d’entreposage de sacs de déchets radioactifs issus des chantiers de décontamination (voir la photo du Japan Times). Personne ne sait quand ces déchets seront enlevés. Le service de bus n’a pas repris non plus. Si l’on ajoute à cela les inquiétudes relatives à la contamination radioactive rémanente, qui constitue le problème principal pour de nombreuses familles, le taux de retour devrait être très faible, comme ailleurs.

Pour 400 foyers, l’alimentation en eau a changé : ce n’est plus un torrent de montagne potentiellement contaminé, mais une nappe phréatique moins exposée.

Par ailleurs, seulement 14% des 347 maisons à détruire de Katsurao ont été rasées. C’était 6% en mars dernier. Évidemment, la reconstruction d’une nouvelle habitation est encore plus en retard. C’est environ 40% pour les 11 communes concernées de Fukushima. Le gouvernement annonce un taux de 90% en mars 2017 quand tous les ordres d’évacuer seront levés, à l’exception des zones de “retour difficile”. Il se refuser aussi à reporter cette levée sous le prétexte de ne pas faire attendre inutilement ceux qui peuvent déjà rentrer. Il a donc essayé de donner la priorité aux maison dont les habitants veulent revenir.

Après le district de Miyakoji à Tamura et la partie Est de Kawauchi en 2014, puis la commune de Naraha en 2015, c’est la quatrième fois qu’une telle décision est prise depuis le début de la catastrophe nucléaire. Un ordre d’évacuation demeure dans 9 communes de Fukushima, interdisant le retour de 90 000 personnes environ.

Nouvelle plainte contre la centrale de Sendaï

33 personnes des provinces de Kagoshima, Kumamoto et Fukuoka sur l’île de Kyûshû ont saisi la justice pour demander la révocation de l’autorisation d’exploiter la centrale nucléaire de Sendaï située à Kagoshima, où il y a les deux seuls réacteurs en opération du Japon. Elles estiment que l’Autorité de Régulation Nucléaire a sous-estimé le risque volcanique et ignoré les derniers résultats de la recherche.

En 2014, un autre groupe avait déjà saisi la justice pour suspendre, en vain, les autorisations de redémarrage de cette centrale. Il avait été débouté.

Localement, dans la commune de Satsumasendaï qui abrite la centrale, nombreux sont ceux qui commencent à tourner la page du nucléaire. Le projet de troisième réacteur a été abandonné suite à la catastrophe de Fukushima, la commune ayant retiré son accord, et les deux réacteurs seront arrêtés un jour. En 2014, 50,3% des 358 entreprises de la communes avaient déclaré que l’arrêt des réacteurs n’avait aucune influence sur leur activité et 48,9% avaient déclaré l’inverse. La commune se tourne vers les énergies renouvelables : il n’y avait qu’une éolienne avant mars 2011, d’une puissance de 250 kW, et maintenant, il y a 134 000 kW d’électricité renouvelable, de quoi alimenter les 46 000 foyers de la commune.

Le problème insoluble des déchets radioactifs issus de la décontamination

Le vaste chantier de décontamination à Fukushima, que ce soit dans les zones évacuées ou non, devrait générer plus de 22 millions de mètres cubes de déchets radioactifs. A la fin de l’an dernier, il y avait déjà plus de 10 millions de mètres cubes de sacs avec du sol contaminé répartis sur plus 130 000 sites.

Le gouvernement veut tout entreposer sur un site de 16 km2 (1 600 hectares) qui entoure la centrale de Fukushima daï-ichi, dans les communes de Futaba et Ôkuma, mais, pour le moment, il n’a réussi à acquérir que 2% de cette surface. Cela n’empêche pas les autorités d’afficher que 60% de ces déchets y seront transférés d’ici les JO de 2020 et que la réhabilitation de Fukushima est sa priorité n°1. Selon le Fukushima Minpo, le 31 mai dernier, la commune d’Ôkuma a accepté que des terrains municipaux soient utilisés pour y mettre des déchets radioactifs. Cela représente environ 95 hectares, dont 15 hectares du parc Fureaï qui servait pour les loisirs et le sport.

Officiellement, ces déchets ne devraient pas rester plus de 30 ans sur le site de 16 km2, avant d’être stockés définitivement “ailleurs”. C’est dans la loi. Mais où ? La seule idée proposée actuellement est le “recyclage“,  à savoir l’utilisation de ces déchets pour construire des routes, digues, voies de chemin de fer… une fois sa contamination en césium passée sous le seuil de 8 000 Bq/kg. c’est beaucoup plus que le seuil de libération pour les déchets issus de l’industrie nucléaire, qui est de 100 Bq/kg pour chacun des césiums.

Le gouvernement a progressé dans cette voie et propose des règles pour encadrer ce “recyclage” : les déchets devront être recouverts d’au moins 10 cm de matériaux propres. des essais devraient débuter cet été à Minami-Sôma, dans la province de Fukushima. Comme tout l’environnement y est contaminé, il n’est pas sûr que l’ajout des déchets recyclés y soit détectable…

Il est évident que les riverains vont s’y opposer, s’ils sont informés (voir notre rapport pour les 5 ans de la catastrophe nucléaire). Pour “gagner la compréhension du public”, le gouvernement explique que ce n’est pas du stockage définitif, mais du “recyclage” qui sera strictement encadré alors que le BTP accumule les scandales au Japon.

Par ailleurs, le gouvernement a annoncé qu’il avait terminé de rassembler les débris dus au tsunami dans les zones évacuées de Fukushima. Il s’agit de carcasses de voiture, matériaux de construction… qui devraient être incinérés ou recyclés. Reste la démolition de quelques 8 400 habitations, qui n’avance pas vite. Seulement 3 000 l’ont été pour le moment.

Dans les 11 communes les plus touchées par la catastrophe nucléaire, les débris devraient atteindre un total de 1,16 million de tonnes. Pour toute la province de Fukushima, c’est 4 millions de tonnes.

Acharnement des compagnies d’électricité

Rappelons que sur 54 réacteurs nucléaires avant la catastrophe, il n’en reste que 42, dont 2 en fonctionnement, à la centrale de Sendaï dans la province de Kagoshima. Trois autres réacteurs ont vu leur dossier de sûreté validé. Et c’est tout sur 26 demandes déposées.

La justice a suspendu le redémarrage de deux réacteurs de Takahama, dans la province de Fukui. Cela n’empêche pas l’exploitant, Kansaï Electric, de commander du combustible MOx en France, chez Areva qui pavoise. La fabrication devrait commencer à l’automne 2016 à l’usine Melox dans le Gard, avec seulement 8 tonnes sur les 140 prévus en tout pour l’année. Kansaï Electric semble optimiste sur l’issue du procès en appel.

Chûbu Electric est aussi optimiste : le réacteur n°5 de sa centrale de Hamaoka, le plus récent, avait été inondé par de l’eau de mer en mai 2011. Environ 400 m3 d’eau salée avaient pénétré dans le réacteur, jusque dans la cuve, entraînant de la corrosion et l’endommagement de 700 pièces sur 8 700 contrôlées. Un incident assez exceptionnel. Mais l’exploitant pense que c’est réparable et espère déposer une demande d’autorisation de redémarrage en 2017, au plus tôt.

La compagnie a arrêté définitivement les réacteurs n°1 et 2 et a déposé un dossier de redémarrage pour les 3 et 4. Rappelons que la centrale sur situe près une faille sismique majeure.

Les consommateurs, quant à eux ont commencé à quitté les fournisseurs historiques d’électricité suite à l’ouverture complète du marché, le 1er avril dernier. Plus d’un million de clients ont déjà changé, ce qui représente environ 1,7% des usagers. TEPCo, par exemple, a perdu 650 000 clients, soit 2%. C’est Tôkyô Gas qui est le plus grand gagnant pour le moment, avec 300 000 nouveaux clients.

Minami-Sôma : levée de l’ordre d’évacuer le 12 juillet 2016

Nous avions mentionné que le gouvernement voulait lever l’ordre d’évacuer dans les parties Sud et Ouest de la commune de Minami-Sôma début juillet 2016. 10 967 habitants répartis dans 3 516 foyers sont concernés.

Ce sera finalement le 12 juillet. Le festival du feu, qui consiste en un festival de feux d’artifice, devrait reprendre pour la première fois depuis 2011 dans cette zone. Il devrait avoir lieu le 24 juillet à partier de 19h30 le long de la rivière Maé. Ce festival célèbre une bataille qui a eu lieu il y a plus de 1 000 ans. En revanche, le festival “Kaeri-uma” qui célèbre le retour des chevaux ne reprendra pas cette année.

A Iitaté, le gouvernement a annoncé que la levée de l’ordre d’évacuer n’aura pas lieu avant le 31 mars 2017, qui a la date fixée pour tous, sauf dans les zones dites de retour difficile où l’exposition externe peut dépasser 50 mSv/an. Ainsi, à Iitaté l’ordre d’évacuer du district de Nagadoro ne sera pas levé l’an prochain.

Cancers de la thyroïde à Fukushima : 172 cas suspectés dont 131 confirmés

Les dernières données sur les cancers de la thyroïde chez les jeunes à Fukushima viennent d’être rendues publiques. Elles sont ici en japonais et seront bientôt disponibles ici en anglais. Comme d’habitude, Fukushima Voices en propose immédiatement une traduction non officielle en anglais.

Ces publications se suivent et se ressemblent, malheureusement, avec une nouvelle hausse significative du nombre de cas de cancer de la thyroïde chez les jeunes et les commentaires officiels ne varient pas : on ne peut pas faire de lien avec la catastrophe nucléaire.

Au 31 mars 2016, il y a un total de 172 cas de cancers de la thyroïde suspectés plus toujours un cas qui s’est révélé être bénin après chirurgie. C’était 166 au 31 décembre 2016, lors de la dernière publication. Sur ces 172 cas, 131 ont été confirmés suite à une intervention chirurgicale. Les autres sont en attente de traitement. 101 cas confirmés ont été détecté lors de la première échographie et 30 lors de la deuxième.

Plus précisément, le premier dépistage par échographie a concerné 300 476 enfants âgés de moins de 18 ans en mars 2011 sur un total de 368 000. Parmi eux, il y a 115 cas de cancer suspectés, dont 101 confirmés par chirurgie et un cas bénin. Il y a 100 cancers papillaires et 1 faiblement différentié. A noter que deux cas de cancer faiblement différentiés mentionnés la dernière fois ont été reclassés en cancers papillaires. Il semblerait que ce soit dû à une modification des critères de classement.

Une deuxième campagne de dépistage par échographie sur ces mêmes jeunes a débuté en avril 2014. Elle inclut les enfants né en 2011 et concerne donc 381 000 jeunes. A noter qu’une échographie est prévue tous les 2 ans jusqu’à 20 ans, puis tous les 5 ans après. Au 31 mars 2016, 267 769 jeunes ont subi ce deuxième examen et 256 670 ont reçu les résultats. Parmi eux, 169 ont subi une ponction dans la glande et dans 57 cas, un cancer est suspecté. C’est 6 de plus que la dernière fois. Parmi ces 57 cas, 30 jeunes ont subi une intervention chirurgicale qui a confirmé le cancer. Ce sont tous des cancers papillaires.

Pour la première fois, un enfant qui avait 5 ans en mars 2011 est concerné. Jusqu’à présent, les autorités avaient avancé l’absence de cas chez les moins de 5 ans au moment de l’accident pour exclure tout lien avec les retombées radioactives alors que c’est dans cette tranche d’âge qu’il y a eu une forte augmentation après Tchernobyl. Cet argument n’est pas recevable, bien-entendu, car le mode de contamination n’est probablement pas le même dans les deux cas. Après Tchernobyl, une part significative de la contamination à l’iode-131 est liée à l’alimentation et au lait en particulier. Ce n’est pas le cas au Japon.

A noter, que pour la première fois, une jeune femme, âgée actuellement de 21 ans, parle devant les caméras de son cancer le de thyroïde. C’est en japonais, avec des sous-titres en anglais. Rappelons que les familles concernées se sentent abandonnées et perdues. Certaines se sont regroupées en association pour savoir.

Japon : rapport caché sur l’impact sanitaire de Tchernobyl

C’est une histoire surprenante que révèle le Maïnichi. A la demande de la précédente majorité au pouvoir, une étude critique sur l’impact sanitaire de la catastrophe de Tchernobyl a débuté en novembre 2012. Le rapport est rendu en mars 2013, alors que le Japon a changé de gouvernement et n’a jamais été publié.

C’est le département des sciences du ministère qui avait la charge du suivi de l’étude. Après le changement de majorité, c’est l’Autorité de Régulation Nucléaire qui a récupéré la mission et le rapport. Elle ne l’a pas rendu public, mais l’a transmis à la bibliothèque du parlement via le ministère de l’environnement, bien que ce rapport ait plutôt tendance à minimiser l’impact de la catastrophe de Tchernobyl.

Il y a encore plus choquant : l’étude financée par le ministère de l’éducation, de la culture, des sports, des sciences et des technologies a été confiée à une compagnie de conseil créée par les compagnies d’électricité. Avec un tel choix, le résultat était connu d’avance ! Alors que l’impact sanitaire de la catastrophe de Tchernobyl décrit dans des rapports locaux est beaucoup plus grave que ce qui est décrit par les agences internationales, le gouvernement voulait en avoir le cœur net. Sans surprise, la firme qui a fait l’étude donne raison aux instances internationales.

Quant aux explications pour garder un tel rapport sous le boisseau, une source proche du gouvernement avance le changement de majorité. Une autre ajoute la volonté d’éviter toute polémique et de prévenir la propagation de “rumeurs néfastes”… Ne pas chercher à savoir et cacher tout ce que l’on sait semble être la stratégie gouvernementale de lutte contre les rumeurs.

Les victimes de la catastrophe nucléaire n’ont pas fini de souffrir avec une telle politique…