Demande d’indemnisation

88 personnes viennent de porter plainte contre le gouvernement et les autorités régionales pour avoir failli dans leur devoir de protéger les enfants de la radioactivité en mars 2011. Elles demandent 100 000 yens (730 euros) de dommages et intérêts.
Elles reprochent aux autorités de ne pas avoir diffusé rapidement les données en leur possession. Il y a aussi 24 enfants qui réclament le droit à une éducation dans un environnement sain.

Suicides liés à la catastrophe nucléaire

La justice a jugé recevable la plainte de la famille de Hamako Watanabé qui s’était suicidée en juillet 2011, lors d’une visite ponctuelle dans sa maison de Kawamata, commune évacuée. La famille réclamait 91,16 millions de yens (665 000 euros) et a obtenu 49 millions de yens (358 000 euros). Le tribunal a estimé qu’il y avait un lien direct avec l’accident, ce que contestait TEPCo qui mettait en avant d’autres facteurs qui auraient contribué au suicide, comme des troubles du sommeil et des soins antérieurs à la catastrophe.
TEPCo n’a pas décidé si elle allait faire appel ou non. C’est la première fois que TEPCo est condamnée à indemniser la famille d’une personne qui s’est suicidée. Il y a eu un précédent, résolu par une négociation à l’amiable, via la commission de conciliation. Il y a d’autres plaintes en cours d’instruction.
56 suicides sont considérés comme liés à la triple catastrophe à Fukushima. C’est plus que dans les provinces voisines de Miyagi et d’Iwaté où c’est respectivement 37 et 30. A Fukushima, le taux de suicide parmi les réfugiés est à la hausse : 10 en 2011, 13 en 2012, 23 en 2013 et déjà 10 jusqu’en juillet cette année. Les lettres d’adieu ou le témoignage des proches sont utilisés pour faire le lien avec les catastrophes.

Cancers de la thyroïde : derniers chiffres

Les autorités régionales de Fukushima ont mis en ligne leurs derniers résultats concernant les cancers de la thyroïdes chez 300 000 jeunes de moins de 18 ans au moment du déclenchement de la catastrophe. Tous ces enfants ont subi au moins un examen par échographie. Une deuxième série a débuté. Il y a environ 370 000 enfants éligibles à ces tests, ce qui signifie que 70 000 y échappent.
En cas de découverte d’un kyste ou nodule suspect, d’autres examens médicaux sont pratiqués : tests sanguins et urinaires, ainsi qu’une biopsie.
Il y a maintenant 104 cas de cancers suspectés, dont 57 confirmés après une intervention chirurgicale. Il y a 55 cancers papillaires et 2 cancers embryonnaires. Une 58ième personne a subi une intervention chirurgicale, mais le nodule était bénin.
C’est beaucoup plus que dans d’autres régions du Japon, mais les autorités se refusent à faire le lien avec la catastrophe nucléaire, sans pour autant préciser qu’elles ne peuvent, en aucun cas, affirmer que ce n’est pas dû à la catastrophe. En effet, cela fait environ 30 cas sur 100 000 enfants, contre 1,7 cas sur 100 000 enfants à Miyagi. Mais dans un cas, il y a un dépistage systématique et dans l’autre, seuls les cas avec symptômes sont comptés. S’il s’agit que d’un effet du dépistage systématique, comme suggéré, pourquoi opérer, les symptômes n’apparaissant souvent jamais. Mais le vice-président de l’université médicale de Fukushima se défend en affirmant qu’ils n’ont opéré que des cas où il y avait un risque élevé.
Sur ce total de 104 personnes, il y a 68 filles. La taille des tumeurs varie entre 5 et 41 mm, avec une moyenne de 14 mm.
Il s’agit des statistiques à la fin juin 2014. Quand la deuxième série d’échographies sera terminée, on y verra plus clair. Si le nombre de cas détectés est beaucoup plus faible, on pourra réellement mettre en avant l’effet du dépistage.

Les dernières statistiques sont ici en japonais. La page correspondante est ici.
Une traduction non officielle en anglais est disponible ici.
A propos de la nécessité de pratiquer une ablation partielle ou totale de la thyroïde, voir les discussions traduites en anglais.

Polémiques à propos des cancers de la thyroïde

Le Japan Times revient sur l’augmentation des cancers de la thyroïde déjà relevée chez les enfants de Fukushima. En mars dernier, 300 000 enfants de la province, sur 370 000, ont eu droit à une échographie de la glande. 90 étaient suspectés d’avoir un cancer. Parmi eux, 51 ont subi une intervention chirurgicale qui consiste en l’ablation totale ou partielle de la glande située au bas du cou. C’est beaucoup plus que l’incidence normale qui est d’un à neuf cas par million d’enfants.
Certains spécialistes critiquent les interventions chirurgicales : les cancers papillaires de la thyroïde ne se développent pas toujours et les enfants auraient peut-être pu vivre en bonne santé avec leur glande. Une fois opérés, ils auront une cicatrice au cou et certains doivent prendre des médicaments toute leur vie. Entre 1995 et 2009, 283 patients ayant un cancer papillaire de la thyroïde à Tôkyô ont choisi de ne pas se faire opérer et ont opté pour un suivi médical. Aucun n’est décédé de ce cancer. A-t-on vraiment bien expliqué aux parents des enfants concernés ?
Ces experts réclament donc que les autorités régionales, qui mènent ce programme, rendent publiques les informations relatives à la glande après chirurgie et au niveau de progression du cancer. L’université de Fukushima refuse pour préserver la confidentialité des patients. Les autorités régionales n’ont pas le pouvoir d’accéder au dossier médical.
Les experts ne veulent que des statistiques sur les 51 enfants qui ont subi une intervention chirurgicale, pas un accès au dossier.
Comme il y a une défiance des habitants envers ce programme, certains parents sont allés faire ausculter leurs enfants ailleurs et personne ne connaît les résultats.

Vie dans les territoires contaminés : gestion par la dose

On en a déjà parlé, mais le ministère de l’environnement progresse dans son choix d’augmenter la limite de dose acceptable à l’issue des travaux de décontamination. Actuellement, l’objectif est de passer sous la limite de 0,23 microsievert par heure. En estimant que l’on passe 8 heures par jour dehors et 16 heures par jour à l’intérieur où l’exposition serait réduite de 60%, cela correspond à une dose annuelle de 1 mSv (après avoir retiré le bruit de fond de 0,04 microsievert par heure). C’est la limite à ne pas dépasser en temps normal.
Le ministère veut passer à une limite située entre 0,3 et 0,6 microsievert par heure et va bientôt présenter son projet aux autorités locales. En effet, même après des travaux de décontamination, il n’est pas facile de descendre sous cette limite. Les habitants concerné demandent de nouveaux travaux de décontamination, qui ne seront peut-être pas beaucoup plus efficaces.
Le ministère pense que l’estimation de la dose annuelle est trop pénalisante et que les indications des dosimètres montrent que les doses réellement reçues sont inférieures. Mais il se base sur des moyennes, alors que chaque individu doit être protégé et des populations qui ont modifié leur façon de vivre.
C’est vrai que le calcul tend à surestimer l’exposition, mais c’est toujours comme cela que l’on fait pour être sûr de protéger tout le monde. Peu de gens passent 8 heures par jour dehors. Mais la marge gagnée de ce côté peut être perdue par le fait que certains habitants doivent aller dans des zones non décontaminées qui ne sont pas prises en compte dans le calcul.
Si des habitants dépassent la limite de 1 mSv/an là où des voisins ne la dépassent pas, que se passera-t-il ? Seront-ils accusés ou montré du doigt ? Auront-ils droit à une aide ?

Plainte contre les dirigeants de TEPCo

Une plainte collective avait été déposée contre 42 personnes, les accusant de négligences ayant entraîné la mort. Parmi elles, les patrons de TEPCo, des politiques, hauts fonctionnaires… En septembre dernier, les procureurs avaient retenu la plainte mais avaient conclu qu’il n’était pas possible de prouver leur culpabilité. Un tel tsunami n’était pas prévisible et il n’y avait pas de preuve de négligence.
5 700 plaignants ont fait appel pour que 6 anciens présidents, vice-présidents et autres dirigeants de TEPCo et le jury citoyen constitué de 11 personnes tirées au hasard a conclu que trois présidents et vice-présidents devaient être inculpés. Il s’agit de Tsunéhisa Katsumata, Sakaé Mutô et Ichirô Takékuro. Le dossier de Akio Komori doit encore être examiné. Le jury a notamment justifié sa décision sur le fait que TEPCo avait prédit qu’un tsunami de 15,7 m était possible mais n’a rien fait : la vague du 11 mars 2011, 15,5 m au plus haut à la centrale situé à 10 m au dessus du niveau de la mer. TEPCo aurait dû prendre des mesures de protection.
Les procureurs vont donc revoir leur copie. Si les procureurs maintiennent leur position et le jury aussi, c’est ce dernier qui a gain de cause et il y aura inculpation.

Suite à la catastrophe nucléaire, trois enquêtes indépendantes ont été menées : l’une mise en place par le gouvernement de l’époque, l’une par le parlement et la dernière par une fondation privée. Les trois rapports, aussi disponibles en anglais, ont beaucoup apporté mais soulignaient qu’ils subsistent de fortes interrogations sur le déroulé de l’accident et ses conséquences. Mais il ne s’est rien passé depuis. Aucune autre investigation ou étude n’a été lancée. Pas plus qu’un suivi indépendant des conséquences à long terme. Tous les documents et entretiens de la commission gouvernementale n’ont pas été rendus publics.
La décision du jury d’appel relatif à l’inculpation de cadres de TEPCo est venu rappeler que le public attend que toute la lumière soit faite sur ce qui s’est passé et que les responsabilités soient clairement établies. Ce devrait être fait avant toute autorisation de redémarrage d’un réacteur nucléaire.

Indemnisation réduite

De récentes affaires ont montré que la commission d’arbitrage qui établit le niveau de compensation reçu par les victimes de la catastrophe nucléaire n’est pas toujours loyale. Le Maïnichi cite le cas d’une dame de 66 ans qui vivait en bonne santé à Minami-Sôma. Elle avait quelques problèmes de tension, mais rien d’autre. Elle a fait une hémorragie cérébrale dans le centre d’accueil des réfugiés où elle était et n’a pas recouvré toutes ses capacités motrices. Elle a besoin d’une canne pour se déplacer.
Elle a fourni 3 certificats médicaux dans son dossier de demande d’indemnisation. Un du médecin qui l’a reçue aux urgences. Il dit que l’impact de la catastrophe nucléaire est « inconnu ». En revanche, le médecin de famille et celui qui a suivi sa réhabilitation ont certifié que l’hémorragie et ses conséquences étaient dues à 100% au stress engendré par la catastrophe nucléaire.
TEPCO a soumis sa propre analyse du dossier et a conclu que la catastrophe n’a contribué qu’à 50%. Son médecin n’a jamais vu la dame en question. Il ne l’a pas auscultée. La commission a conclu comme TEPCo sans demander l’avis d’un médecin tiers et lui a allouée une indemnisation de 7 millions de yens (51 000 euros). Il n’a pas, non plus, justifié sa décision.
Le quotidien a trouvé plusieurs autres cas où la commission n’a pas sollicité l’avis d’experts tiers. Officiellement, c’est pour gagner du temps. Mais le quotidien avait déjà révélé que, par défaut, la contribution de la catastrophe était fixée à 50%.

Gestion du retour par la dose

Le gouvernement s’était engagé à décontaminer toutes les zones où l’exposition externe dépasse le millisievert par an, qui est la limite annuelle à ne pas dépasser en temps normal. En supposant que les habitants passent 8 heures par jour à l’extérieur et 16 heures à l’intérieur, cela se traduit par un débit de dose de 0,23 microsievert par heure.
Mais les travaux de décontamination ne donnent pas les résultats attendus. Les autorités veulent donc changer la façon d’évaluer les doses. Un dosimètre est fourni aux habitants et les données relevées. En faisant attention, il est possible de prendre moins d’un millisievert par an là où le calcul grossier prédit plus. Et donc, il n’est pas besoin de décontaminer autant !
Certaines communes, comme Daté, sont contentes de ce choix. Le maire, soutenu par le programme français Ethos in Fukushima, fait régulièrement venir des experts étrangers pour faire valoir ce point de vue. L’exemple norvégien est mis en avant : les Samis, qui vivent de l’élevage de rennes, ont vu leur mode de vie menacé par la contamination radioactive de Tchernobyl. Les Norvégiens ont donc accepté une augmentation de la limite de contamination de la viande de renne.
Des dosimètres ont été distribués à 50 000 personnes entre juillet 2012 et juin 2013 à Daté. 70% d’entre elles avaient une dose enregistrée inférieure à 1 mSv. Même dans des zones où la contamination engendre un débit de dose supérieur à 0,23 microsievert par heure.
Mais le gouvernement ne se base que sur des moyennes. Or il faut protéger chaque individu, pas un individu moyen. Il est donc important de connaître aussi les valeurs les plus fortes enregistrées. Et puis, les habitants de Daté ont modifié leur mode de vie, en passant moins de temps à l’extérieur. Est-on sûr qu’ils portaient toujours leur dosimètre ?
La municipalité de Tamura est opposée à ce nouveau mode d’évaluation des doses et ne va pas changer ses plans de décontamination. Elle pense que les habitants n’accepteront jamais les nouvelles règles.
Avoir différents standards, est-ce viable ?

Indemnisation en cas de décès

Si le décès d’un proche peut être attribué à la catastrophe, la famille a droit à une compensation financière. Au 25 juin 2014, il y avait ainsi 1 729 liés directement ou indirectement à la catastrophe nucléaire selon le Fukushima Minpo. C’est plus que le nombre de décès liés au séisme et tsunami à Fukushima : 1 603. La décision d’accorder ou pas cette reconnaissance officielle dépend de la commune. Les autorités provinciales veulent donc harmoniser les critères.
La compensation est de 5 millions de yens (36 000 euros) si c’est la personne qui a le principal revenu du foyer qui est décédé. La moitié autrement.
C’est un panel d’experts composés de médecins, juristes,… mis en place dans chaque commune qui décide si les mauvaises conditions de vie après l’évacuation ont pu accélérer le décès.

De son côté, la commission en charge de fixer les indemnités versées par TEPCo a décidé, selon le Maïnichi, de diviser par deux la somme versée en cas de décès. Pour cela, la part de la catastrophe dans le décès est fixée à 50%. Il y a, bien entendu, des cas où c’est manifestement 100%, mais le secrétariat a décidé d’adopter 50% par défaut. Si les familles ne sont pas satisfaites, elles doivent aller devant les tribunaux.
Dans les statistiques de cette commission, il y a 11 cas de décès où la part de la catastrophe nucléaire est fixée : pour 10 cas, c’est 50% avec un indemnité de 5 à 7 millions de yens. Pour un cas, c’est 90% avec une indemnité de 16,2 millions de yens.
Cette règle de 50% n’est pas officielle.
Reuters rapporte le cas d’un fermier qui est allé devant les tribunaux après le suicide de sa femme.