Règles d’indemnisation secrètes

Le Maïnichi continue à enquêter sur les dispositions et règles cachées de la commission en charge d’évaluer le niveau d’indemnisation. Ce quotidien a déjà mis en évidence, par le passé, que le taux de responsabilité de TEPCo avait été fixé à 50%, indépendamment des documents fournis par les victimes. Il a demandé au ministère des sciences et technologies, qui supervise la commission, à avoir accès aux comptes-rendus des réunions qui ont eu lieu à propos de l’établissement des standards, mais cela lui a été refusé.

Le ministère a reconnu avoir ces comptes-rendus, mais refuse de les transmettre au journal sous prétexte que cela empêchera les membres de parler librement, entachera leur neutralité et créera de la confusion dans le public.

Le quotidien a aussi demandé la liste des personnes qui évaluaient les dossiers pour voir si elles étaient vraiment indépendantes de TEPCo, mais la liste fournie par le ministère était entièrement noircie.

Exercice de crise

Les autorités ont effectué un exercice de crise à la centrale de Tomari à Hokkaïdô qui a consisté en l’évacuation d’un millier de personnes et à la distribution de comprimés d’iode, ou plutôt d’un ersatz dans ce cas, à une trentaine de personnes de Kyowa, commune située à moins de 5 km de la centrale. C’est la première fois que cette distribution est testée, alors que les nouveaux plans prévoient une pré-distribution, comme en Europe. Les comprimés n’ont pas été distribués aux femmes qui allaitent ou à leur enfant car rien n’est prévu pour eux !

Retour vers les points chauds

A Minami-Sôma, il y a 142 points chauds où l’exposition externe dépasse 20 mSv par an. 152 familles sont touchées et 80% des 720 habitants ont évacué. Maintenant que les travaux de décontamination sont terminés, le gouvernement veut que les habitants rentrent chez eux. L’exposition externe la plus élevée qui reste est de l’ordre de 5 mSv/an, ce qui est plus que la limite de 1 mSv/an en temps normal. Lors d’une réunion, le 26 septembre dernier, il a expliqué vouloir lever la recommandation à évacuer (ce n’est pas une obligation) en octobre 2014. Les indemnités liées à l’évacuation seraient versées durant 3 mois après la levée, ce qui est beaucoup plus court que pour les zones où l’évacuation est obligatoire : c’est un an.

Critique du rapport de l’UNSCEAR

Le docteur Keith BAVERSTOCK critique, dans cette note en anglais et japonais, le rapport de l’UNSCEAR sur la catastrophe de Fukushima. Il regrette les conclusions hâtives alors que l’on n’a pas tous les éléments, le rôle de l’AIEA qui n’a pas transmis toutes les informations utiles et qui n’a rien trouvé à redire quand les autorités japonaises ont minimisé l’ampleur de la catastrophe dans les premières semaines. Rappelons qu’il a fallu un mois pour que l’accident soit classé au niveau 7 de l’échelle INES et encore plus pour que TEPCo admette qu’il y a fusion des cœurs nucléaires. L’AIEA n’a rien trouvé à redire.
Faute d’informations fiables sur les premiers jours, où l’exposition était la plus forte, il est difficile de tirer des conclusions définitives.
Le rapport de l’UNSCEAR ne donne que des doses moyennes pour certaines catégories de population sans évaluer la dispersion des résultats.
Keith BAVERSTOCK critique aussi l’évaluation de la dose des habitants d’Iitaté, évacués très tardivement. Le modèle employé est, selon lui, adapté à un mode de vie urbain, pas un mode de vie rural avec consommation de sa propre production.

Distribution de comprimés d’iode

Des comprimés d’iode ont commencé à être distribués aux habitants dans un rayon de 5 km autour de la centrale d’Ikata. 5 km, c’est peu. C’est 10 en France, 20 en Belgique et la Suisse veut passer à 50 km.

Par ailleurs, il y aurait maintenant 201 hôpitaux désignés pour pouvoir traiter des patients irradiés, contre 83 avant la catastrophe de 2011. Mais l’agence de presse Kyodo estime que pour nombre d’entre eux, il n’y a toujours pas de personnel formé ou d’équipement spécifique.

TEPCo condamnée à indemniser

TEPCo a accepté le jugement d’un tribunal de Chiba qui considère qu’elle est responsable à 75% du décès d’une patiente de l’hôpital de Futaba, où l’évacuation d’urgence a été particulièrement dramatique. Ce sont des bus qui sont allés chercher les patients. Les plus faibles ont dû rester avec seulement quelques personnels de santé et sans soutien externe. Ceux qui sont partis ont passé 10 heures dans un bus avant de trouver un lieu d’accueil. Cette évacuation a provoqué une quarantaine de décès.
La patiente en question, 83 ans, est décédée de déshydratation dans un centre d’accueil de secours. TEPCo va verser 13,5 millions de yens (97 000 euros) à la famille.

Bilan à 3 ans et demi

Exactement 3 ans et demi après la triple catastrophe, c’est l’heure des bilans. 89 323 personnes, qui ont perdu leur logement suite aux séisme et tsunami, vivent encore dans des préfabriqués initialement prévus pour deux ans. Il y a, en plus, 90 000 personnes qui vivent dans des logements loués pour elles par les pouvoirs locaux.
Il y a encore 246 000 réfugiés en tout. C’est à Fukushima qu’il y a le plus grand nombre de réfugiés qui ont quitté la province : 47 149, contre 6 974 à Miyagi et 1 513 à Iwaté.
Le nombre officiel de décès est de 15 889 et il y a 2 601 disparus. 88 corps demeurent non identifés. Certains ne sont pas pris en compte car il manque la tête.

Enfants de la catatrophe

Les enfants déplacés à cause du tsunami manquent aussi d’exercice et cela suscite des inquiétudes pour leur santé. Certains passent beaucoup de temps dans le bus pour se rendre à leur école. D’autres n’ont pas de place pour jouer autour de leur logement provisoire. Et certains de ces logements ont été installés dans des cours d’école où les enfants ne peuvent plus faire de sport. Les performances sportives des enfants affectés ont baissé.
Le 11 septembre, cela fera exactement 3 ans et demi que le tsunami a eu lieu et cette situation risque de perdurer : seulement 28 préfabriqués sur 4 224 installés dans 61 cours d’école de Miyagi et d’Iwaté ont été enlevés car le programme de reconstruction prend du temps. Il y a la difficulté de trouver des terrains et les prix des matériaux de construction ont beaucoup augmenté, rendant la construction plus chère.
Une enquête menée auprès des réfugiés de Miyagi et Iwaté a montré que 11% d’entre eux n’avaient pas encore décidé quel logement ils souhaitent, s’ils veulent louer ou acheter.
A Fukushima, c’est encore plus compliqué à cause des craintes liées à la radioactivité.
Il y a encore 90 000 personnes qui vivent dans ces préfabriqués situés dans les trois provinces de Miyagi, Iwaté et Fukushima. Construits rapidement, ils se détériorent vite. Le taux d’occupation de ces logements est de 80%.
Après le tremblement de terre de Kôbé, des réfugiés ont dû passer jusqu’à 5 ans dans des préfabriqués.

Taux d’indemnisation

Le Maïnichi continue son enquête sur le taux d’indemnisation des victimes de la catastrophe nucléaire. Il s’intéresse au problème des décès liés à la catastrophe et a regardé 120 cas « résolus ». Pour 80% de ces cas, la commission d’arbitrage a estimé que la part de responsabilité de la catastrophe était inférieure ou égale à 50%. Et donc TEPCo indemnise les familles en fonction de sa part de responsabilité.
A titre de comparaison, la famille qui est allée en justice suite à un suicide, a obtenu une reconnaissance de 80% de part de responsabilité due à la catastrophe.
La somme standard fixée pour indemniser les familles est inférieure à 20 millions de yens (145 000 euros), ce qui est moins que ce qui est retenu pour un accident de la route. Une décote est ensuite appliquée en fonction de la part de responsabilité de TEPCo. A titre de comparaison, la famille qui est allée en justice, a obtenu 49 millions de yens (358 000 euros).
Lors des audiences au tribunal, TEPCo a mis en avant plusieurs autres cas de suicides où un arbitrage de la commission d’indemnisation avait fixé sa part de responsabilité à 10 et 30%. Mais la cour ne l’a pas suivie.