Le village nucléaire sous le choc

En ordonnant l’arrêt immédiat de la procédure de redémarrage des réacteurs n°3 et 4 de la centrale de Takahama, le tribunal de Fukui a jugé que KEPCo, l’exploitant, n’avait pas démontré la résistance des réacteurs face aux séismes et que le redémarrage constituait une menace imminente pour les riverains. Il note que, cette dernière décennie, 5 tremblements de terre ont secoué des centrales nucléaires au-delà de ce qui était prévu. Qu’est qui prouve que l’estimation de KEPCo est suffisante ? Le tribunal cite, notamment, les piscines de combustible usé qui ne sont pas protégées par une enceinte de confinement. Les plans d’urgence ne permettraient pas de protéger les populations en cas d’accident grave.

Comme le juge, Hideaki Higuchi, avait déjà pris une décision similaire en mai 2014, les plaignants étaient assez confiants. KEPCo, quant à elle, a tenté une action pour qu’il soit dessaisi de l’affaire. En vain. Des précisions sur la plainte sont disponibles en anglais sur le site de Green Action à Kyôto. D’autres plaintes ont été déposées pour demander l’arrêt définitif de cette centrale. Un autre jugement est attendu le 22 avril concernant la centrale de Sendaï, dans la province de Kagoshima, pour laquelle la procédure de redémarrage est la plus avancée. Un jugement similaire condamnerait tout redémarrage avant longtemps.

Cette décision de justice, qui intervient après que l’Agence de régulation nucléaire (NRA) ait estimé que le dossier de sûreté des réacteurs 3 et 4 de la centrale de Takahama étaient recevables. Elle aura donc un impact car elle remet en question le jugement de cette autorité. La cour a aussi estimé que le nouveau référentiel de sûreté japonais, présenté comme le plus strict au monde, était « irrationnel » et que les critères étaient « trop lâches ».

La NRA n’a pas apprécié. Son président a déclaré aux médias que les critères japonais étaient reconnus internationalement comme les plus stricts au monde et que la cour n’avait pas compris ce point. Mais à ce stade, cela reste un slogan. Si c’est vrai, cela doit pouvoir être montré à l’aide d’un comparatif international. Il a aussi ajouté que le jugement contenait des erreurs factuelles à propos des risques sismiques et de la résistance de certaines pièces. La NRA va continuer les inspections de la centrale de Takahama et l’instruction du dossier. Elle n’a pas l’intention de revoir son référentiel de sûreté.

Le porte-parole du gouvernement a aussitôt affirmé que cette décision n’affecterait pas la politique gouvernementale en matière de nucléaire. La compagnie va, bien évidemment, faire appel, mais cela pourrait retarder de plusieurs mois voire années le redémarrage. Le précédent jugement similaire de cette même cour concernant les réacteurs d’Ôï date de mai 2014 et presqu’un an plus tard, l’affaire est encore en cours en appel. Avant la catastrophe de Fukushima, le nucléaire représentait 50% de la production d’électricité de KEPCo qui souffre donc économiquement de l’arrêt complet de son parc. Il va falloir qu’elle revoit ses plans car elle vient de cumuler quatre années de déficit de suite.

Il y a actuellement 24 demandes d’autorisation de redémarrage. Il est déjà certain que certaines n’aboutiront pas car les réacteurs sont trop vétustes ou situés sur une faille maintenant considérée comme active.

A plus long terme, après avoir tergiversé, le gouvernement compte fixer la part du nucléaire dans le mix électrique à l’horizon 2030 à 18% à 19%. Le ministère de l’industrie voulait plus de 20%, ce qui aurait impliqué la construction de nouveaux réacteurs. Ce dernier chiffre est probablement encore trop optimiste. Cette décision a été prise sans débat public ni consultation des citoyens. Il ne faut être surpris qu’ils se retournent alors vers la justice qui est leur dernier recours pour se faire entendre.

Par ailleurs, les plans gouvernementaux de réduction d’émission de gaz à effet de serre ont été fortement critiqués par la presse japonaise car ils sont peu ambitieux. C’est probablement l’année 2013 qui a va être prise en référence alors que les émissions étaient quasiment à leur maximum historique. L’Europe a choisi 1990.

En 2013, le Japon a émis 1,408 milliard de tonnes de CO2, avec une augmentation de 1,2% par rapport à l’année précédente. C’est le deuxième chiffre le plus élevé depuis 1990. Le record était en 2007, avec 1,412 milliard de tonnes.

Enfin, ce 15 avril, cela fait exactement 19 mois consécutifs que le Japon est sans production d’électricité nucléaire.

Qui va payer les logements des évacués « volontaires » ?

De nombreuses familles ont quitté leur domicile à Fukushima car elles n’acceptaient pas de vivre en territoire contaminé, même si elles ne vivaient pas dans une zone où il y a ordre d’évacuer. Elles sont qualifiées d’évacuées « volontaires ». Quand elles en ont fait la demande, elles ont souvent pu bénéficier d’un logement gratuit sur le lieu d’accueil, comme les familles forcées à partir. Qui doit payer à la fin ?

TEPCo va payer pour les familles originaires des zones où il y a eu ordre d’évacuation, mais ne veut pas payer pour les évacués « volontaires ». Le Ministère de l’Industrie soutient cette position et le gouvernement n’a pas demandé à TEPCo de rembourser. Selon le Maïnichi, il pourrait ne jamais le demander afin de ne pas comptabiliser ces personnes comme victimes de la catastrophe nucléaire.

Les provinces d’accueil ont envoyé la facture à la province de Fukushima, qui compile les données et c’est le gouvernement qui paye pour le moment. Le gouvernement a dépensé environ 30 milliards de yens (230 millions d’euros) par an en aide aux victimes originaires de Fukushima ces deux dernières années, essentiellement pour ces logements et les logements préfabriqués.

Rappelons que l’indemnisation des évacués « volontaires » a été limitée à 120 000 yens (916 euros) au total par personne. C’est 720 000 yens (5 500 euros) pour les enfants et femmes enceintes. Les évacués forcés reçoivent, quant à eux, une indemnisation mensuelle.

Cet hébergement est temporaire. Que va-t-il se passer quand ce soutien s’arrêtera ? Certaines familles ont été relogées rapidement après la catastrophe dans un logement qui ne convient pas car souvent trop petit. Quand il s’agit de réfugiés « volontaires » ou originaires de zones où l’ordre d’évacuer a été levé, les autorités d’accueil rechignent parfois à les reloger dans un logement plus grand, comme le rapporte le Maïnichi. Le gouvernement et les autorités de Fukushima souhaitent le retour des habitants et découragent ce qui pourrait conduire à une installation définitive ailleurs.

Selon le Maïnichi, la situation dépend des provinces d’accueil. Certaines sont plus souples que d’autre.

TEPCo refuse de rembourser la décontamination dans les zones non évacuées

Les communes non évacuées où la contamination pourrait entraîner une exposition externe dépassant la limite annuelle en temps normal, à savoir le millisievert par an, ont engagé des travaux de décontamination. Elles en ont déjà pour 76,1 milliards de yens (585 millions d’euros) et TEPCo refuse de les rembourser. Selon le ministère de l’environnement, elle n’a déboursé que 2% de cette somme pour le moment. C’est donc le gouvernement qui paye, en attendant, avec l’argent des contribuables.

Le gouvernement a engagé 1 400 milliards de yens (11 milliards d’euros), dont 630 milliards (4,8 milliards d’euros) pour les travaux effectués par les communes. Il a réclamé 76,1 milliards de yens de remboursement à TEPCo pour payer ce qui a déjà été déboursé, en vain pour le moment. TEPCo n’a payé que 1,5 milliards de yens (11,5 millions d’euros).

La compagnie veut vérifier s’il lui revient légalement de prendre en charge ces coûts. Dans les zones évacuées où c’est le gouvernement qui a pris directement en charge les travaux, la compagnie rembourse. Ailleurs, elle rechigne alors que c’est dans la loi de 2011.

Et même si elle paye un jour, ce seront les contribuables qui payeront les intérêts. Quant à TEPCo, elle devrait faire un profit avant impôts de 227 milliards de yens cette année.

La Cour des comptes japonaise se penche sur le coût de la catastrophe nucléaire

Le gouvernement a emprunté 9 000 milliards de yens pour prêter à TEPCo de l’argent pour indemniser les victimes (presque 70 milliards d’euros). A la fin de l’an dernier, la moitié de cette somme avait déjà été versée (4 534 milliards de yens). Le gouvernement espère être remboursé par TEPCo et les autres compagnies d’électricité. Il est, de plus, devenu actionnaire majoritaire et espère pouvoir gagner 2 500 milliards de yens (20 milliards d’euros) en revendant ses parts quand les actions auront augmenté. Ce ne sera possible que si l’action double.

Si TEPCo rembourse en plus de l’ordre de 50 milliards de yens par an, comme en 2014, le gouvernement pourrait récupérer ses fonds dans 30 ans, en 2044, selon la Cour des comptes japonaise (Board of Audit). Dans l’option la plus favorable, le remboursement pourrait être possible en 21 ans.

TEPCo ne paye pas d’intérêt, mais le gouvernement, si. Cela pourrait coûter de l’ordre de 126,4 milliards de yens (un milliard d’euros) aux contribuables. La Cour des comptes demande donc au gouvernement de faire plus d’efforts pour récupérer sa mise.

A la fin janvier, TEPCo estimait les indemnisations à environ 5 620 milliards de yens (43 milliards d’euros). Le démantèlement des réacteurs 1 à 4 de la centrale de Fukushima daï-ichi et le traitement de l’eau contaminée devraient lui coûter 1 000 milliards de yens (7,6 milliards d’euros). A la fin de l’année fiscale 2013, qui est en mars 2014, la compagnie avait déjà déboursé 400 milliards de yens. A la fin mars 2015, le gouvernement a déjà engagé 189,2 milliards de yens (1,6 milliards d’euros) en R&D sur le démantèlement et la gestion de l’eau.

La mise en place du seul mur gelé coûte 40,7 milliards de yens dont 31,9 milliards payés par le gouvernement.

Le ministère de l’environnement estime que la décontamination et le stockage des déchets lui coûteront 17,5 milliards d’euros. Ces estimations ne prennent pas en compte les zones les plus contaminées pour lesquelles il n’y a pas de décision de prise, ni le futur site de stockage définitif des déchets issus de la décontamination à Fukushima.

La Cour des comptes recommande à TEPCo d’engager un retour d’expérience sur ses échecs en matière de gestion de l’eau contaminée et de réclamer une contribution financière aux sous-traitants. Ces échecs coûtent cher : il y en aurait pour 68,6 milliards de yens en tout (525 millions d’euros). C’est plus du tiers que ce que payeront les contribuables. Elle cite, notamment,

  • la station de traitement Areva qui n’a fonctionné que 3 mois et n’a traité que 77 000 m3 d’eau contaminée  pour un coût de l’ordre de 32 milliards de yens (250 millions d’euros) ;
  • les unités de désalinisation de l’eau de mer utilisée pour le refroidissement fournies par Hitachi GE Nuclear Energy, Toshiba Corp. et Areva pour un coût total de 14,8 milliards de yens (113 millions d’euros). Une machine n’a marché que 5 jours. Celle qui a servi le plus longtemps, 6 semaines ;
  • les cuves souterraines qui ont fui tout de suite : 2,1 milliards de yens (16 millions d’euros) ;
  • les premières cuves non soudées, qui ont fui rapidement, ont dû être remplacées, bien qu’elles avaient coûté de l’ordre de 16 milliards de yens (122 millions d’euros).
  • ou la tentative infructueuse de gel de la galerie souterraine pour 100 millions de yens (760 000 euros).

Lien vers les rapports de la Cour des comptes.

Rapports à l’occasion du quatrième anniversaire

Greenpeace International a publié deux rapports :

La Citizens’ Commission on Nuclear Energy (CCNE) du Japon a publié :

L’IRSN a mis en ligne une série de notes accessibles ici :

Rapport de Green Cross International :

Rapport d’un consortium d’associations réunies dans “Fukushima lessons” :

Le blog SimplyInfo a traduit en anglais le témoignage de l’ancien premier ministre :

Chiffres clé après quatre ans

Avec l’approche du passage à la cinquième année de la catastrophe, les premiers bilans apparaissent dans la presse. Voici quelques chiffres clé qui viennent compléter le bilan que nous avons fait à l’occasion du quatrième anniversaire.

Population

Le nombre total de décès liés à la catastrophe naturelle est officiellement de 15 891 dans 12 provinces. Le nombre de disparus est de 2 584. La police n’arrive toujours pas à identifier 83 corps retrouvés après la triple catastrophe. Les corps ont été incinérés et il ne reste que des photos et des effets personnels pour espérer y arriver. Sur les 15 807 corps identifiés, 15 737 étaient dans les trois provinces les plus touchées, Iwaté, Miyagi et Fukushima. 56% des victimes avaient plus de 65 ans et 90% des décès sont attribués à la noyade.

Au moins 3 226 survivants de la triple catastrophe sont décédés par la suite à cause de l’évacuation d’urgence, des conditions de vie difficile, du manque de soins… Ce chiffre inclut aussi les suicides. Le décès est reconnu comme lié à la catastrophe par une commission composée de médecins, juristes et d’autres experts. Les familles reçoivent alors 5 millions de yens si la personne décédée était la principale source de revenu et la moitié autrement.

Parmi ces décès supplémentaires, 1 867 concernent la province de Fukushima. C’est plus que le nombre direct de décès dus aux séisme et tsunami qui est de 1 603. C’est à Minami-Sôma qu’il y en a eu le plus, avec 469 décès supplémentaires, puis Namié, avec 342, Tomioka, 291, Iwaki, 130… A titre de comparaison, le nombre de décès post-catastrophe est de 450 dans la province d’Iwaté et de 909 dans celle de Miyagi.

Certaines familles se sont vues refuser ce statut de décès post-catastrophe et ont fait appel. Le Fukushima Minpo a recensé 46 demandes de réévaluation du dossier. Il n’y a pas de règles claires pour trancher.

Le nombre de personnes déplacées dans ces trois provinces est officiellement de 229 000. C’est 38 000 de moins que l’année précédente. 82 000 vivent encore dans des logements préfabriqués, peu confortables et 56 000 en dehors de ces provinces, réparties dans tout le pays.

Il y a officiellement 120 000 personnes évacuées à Fukushima suite à la catastrophe nucléaire. Parmi elles, 79 000 ont été forcées à partir et les autres sont des déplacés « volontaires ». 46 000 déplacés vivent en dehors de Fukushima, dans toutes les provinces du Japon. De plus en plus de personnes déplacées refont leur vie là où elles sont maintenant.

La population de la province de Fukushima a décru de 90 000 personnes depuis 2010 pour passer sous la barre des 2 millions au total. Les autorités locales ont investi dans la construction d’habitations pour favoriser le retour des habitants dans la province, mais avec l’afflux de travailleurs, le marché du logement reste tendu.

D’après un sondage effectué par le Asahi, 61% des personnes déplacées par la triple catastrophe vivent dans des logements temporaires (préfabriqués, logements mis à disposition par les communes, dans de la famille ou chez des amis…). C’est 59% à Iwaté, 58% à Miyagi et 66% à Fukushima. C’était 87% en 2013 et 76% en 2014.

Seulement 467 habitations préfabriquées sur environ 53 000 ont été enlevées dans les trois provinces les plus touchées par la triple catastrophe, Iwaté (120), Miyagi (154) et Fukushima (193). Mais 26% seraient inoccupées. Les personnes vulnérables qui restent se font du souci en cas de problème. Qui appeler ? Après le séisme de Kôbé en 1995, 32% des habitations préfabriquées avaient été enlevées dans les 4 ans qui ont suivi. Elles avaient toutes été enlevées au bout de 5 ans et 2 mois. Dans le Tôhoku, 46% des habitations préfabriquées sont sur des terrains privés et, parfois, le bail arrive à échéance à la fin du mois.

L’ordre d’évacuer le district de Miyakoji à Tamura a été levé en avril 2014. Fin novembre 2014, seulement 39% de la population concernée était rentrée (133 personnes sur 340 encore enregistrées ; il y avait 380 personnes enregistrées avant le 11 mars 2011, ce qui fait un taux de retour de 35%). L’ordre d’évacuer la partie Est du village de Kawauchi a été levé en octobre dernier et, au 1er janvier, seulement 10,5% de la population concernée était rentrée (29 sur 275 personnes enregistrées). Dans la toute la commune de Kawauchi, il y a 2 739 enregistrées et 1 581 qui y vivent, soit 57,7%.

50 familles sont rentrées dans la partie Est de Miyakoji située à moins de 20 km de la centrale, selon le Yomiuri, mais des membres de 20 de ces familles ne sont pas rentrés.

Impact économique

Le nombre de faillites après la triple catastrophe de mars 2011 s’élève à 1 726 selon Teikoku Databank Ltd. Le passif laissé s’élève à 1 560 milliards de yens (11,6 milliards d’euros). Parmi ces faillites, 180 seraient dues à la catastrophe nucléaire.

Les entreprises des zones évacuées à cause de la catastrophe nucléaire ont déjà reçu 458,1 milliards de yens (3,44 milliards d’euros) d’indemnisations entre mars 2011 et janvier 2015. Pour les compagnies qui ne sont pas dans les zones évacuées, mais qui ont été touchées par les « rumeurs néfastes », cela s’élève à 1 300 milliards de yens (10 milliards d’euros) pendant la même période. Il s’agit surtout d’entreprises liées au tourisme, ainsi que l’agriculture, la pêche et l’industrie forestière. Enfin, l’indemnisation des particuliers a déjà coûté 4 710 milliards de yens (35,4 milliards d’euros) à TEPCo. Tout cet argent est avancé par l’Etat sans intérêt.

La décontamination devrait coûter 2 500 milliards de yens (20 milliards d’euros) au gouvernement qui compte se rembourser en vendant ses actions TEPCo. Une action vaut 471 yens. Il faudrait qu’elle monte à 1 000 yens pour pouvoir couvrir le coût de la décontamination. Le gouvernement a donc intérêt à ce que TEPCo redémarre au plus vite sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa. C’est loin d’être acquis.

Plus de 60% de l’argent dédié à la reconstruction du Tôhoku n’ont pas été utilisés.

A la centrale de Fukushima daï-ichi

Fukuleaks a mis un plan mis à jour du site de la centrale de Fukushima daï-ichi.

A la date du 5 mars 2015, TEPCo a 185 000 m3 d’eau contaminée dans des cuves. Par ailleurs, elle a aussi 334 000 m3 d’eau traitée dans laquelle il reste essentiellement du tritium. A cela s’ajoutent 64 000 m3 d’eau partiellement traitée où le strontium a été retiré en plus du césium. Elle a enfin 9 000 m3 de déchets radioactifs liquides dans des cuves. Le volume total d’eau contaminée dans les réacteurs est estimée à 65 000 m3.

Les capacités de stockage de l’eau devraient atteindre 800 000 m3 à la fin du mois.

Fin janvier 2015, TEPCo a accumulé 258 300 m3 de déchets radioactifs sur le site de la centrale de Fukushima daï-ichi. Cela se décompose en 178 600 m3 de débris liés au tsunami, déchets de bois dus aux travaux de construction, habits de protection… et 79 700 m3 de bois des forêts rasées pour mettre les cuves. La compagnie et le gouvernement devraient proposer un plan de gestion en 2017. Evidemment, ce n’est qu’une partie de l’inventaire déchets puisque la décontamination de l’eau en produit aussi chaque jour et que les 6 réacteurs doivent finir en déchets.

Photos et vidéo

Et pour vous changer des chiffres, des photos impressionnantes de la zone évacuée. Vous pouvez aussi consulter les photos Reuters pour le 4ième anniversaire.

Il y a aussi une vidéo en japonais de la centrale de Fukushima daï-ichi prise le 26 février 2015 par jiji press.

Reconduction de l’indemnisation des entreprises

L’indemnisation des entreprises des zones évacuées qui ont été touchées par la catastrophe nucléaire devait cesser à la fin de ce mois. En décembre dernier, TEPCo a proposé de la prolonger d’un an, jusqu’en février 2016. Mais face au tollé provoqué par cette décision, TEPCo et le gouvernement ont décidé de prolonger encore plus l’indemnisation car de nombreuses compagnies pourraient mettre la clé sous la porte sans cela. Il n’y a pas de consensus sur la fin du soutien financier, mais les règles vont être revues afin de pouvoir traiter les demandes au cas par cas. L’implication dans la reconstruction devrait pris en compte. Ces entreprises ont déjà reçu 458,1 milliards de yens (3,44 milliards d’euros) entre mars 2011 et janvier 2015.

Pour les compagnies qui ne sont pas dans les zones évacuées, mais qui ont été touchées par les « rumeurs néfastes », l’indemnisation est aussi prolongée d’un an. Il s’agit surtout d’entreprises liées au tourisme, ainsi que l’agriculture, la pêche et l’industrie forestière. Il était aussi prévu d’arrêter ce mois-ci pour le tourisme et ce sera février 2016. L’agriculture, la pêche et l’industrie forestière, beaucoup plus touchées, bénéficient d’un soutien à plus long terme. Ces entreprises hors zones évacuées ont reçu un total de 1 300 milliards de yens (10 milliards d’euros) pendant la même période.

L’indemnisation des particuliers a déjà coûté 4 710 milliards de yens (35,4 milliards d’euros) à TEPCo. Il y a un soutien psychologique de 100 000 yens par mois (751 euros) et par personne qui se termine un an après la levée de l’ordre d’évacuer. Il y a aussi une compensation de la perte de revenu qui cesse ce mois-ci.

TEPCo va indemniser des salariés d’une coopérative agricole

Selon le Maïnichi, la coopérative agricole JA Sôma, qui couvre les communes de Sôma, Minami-Sôma, Iitaté et Shinchi, a 405 employés qui ont vu leurs primes (bonus) coupées à 7 occasions de 2011 à 2013 à cause des difficultés économiques qui ont fait suite à l’accident nucléaire. Ils ont donc demandé une indemnisation à TEPCo qui a refusé pour 79 d’entre eux sous le prétexte qu’ils habitaient et travaillaient à Sôma et Shinchi où il n’y a pas eu d’ordre d’évacuation. Ces derniers ont donc saisi la commission de conciliation expliquant qu’ils bénéficiaient du même contrat de travail et qu’ils n’avaient pas à être discriminés en fonction du lieu d’habitation ou de travail. La commission leur a donné raison et TEPCO a accepté la décision.

Campagne de promotion du tourisme à Fukushima

Les touristes hésitent à revenir à Fukushima et c’est, bien-entendu, la faute aux « rumeurs néfastes », comme toujours. C’était -40% en 2011 et -15% en 2013 par rapport à 2010.

Pour attirer à nouveau les touristes, les autorités régionales vont émettre des coupons d’une valeur de 10 000 yens vendus 5 000 yens pour payer les hôtels où la nuit dépasse les 10 000 yens. La province espère vendre 190 000 coupons. Il y aura plusieurs campagnes dans l’année et les résidents de Fukushima pourront aussi en bénéficier.

TEPCo veut s’étendre au Japon

Avec l’ouverture prochaine, en 2016, du marché de l’électricité, TEPCo veut desservir tout le Japon. Comme TEPCo n’est pas une marque très attractive, la compagnie veut s’associer aux opérateurs de téléphonie afin de leur proposer un contrat couplé. Ces derniers ont d’énormes fichiers clients. Puis, avec l’ouverture du marché du gaz qui suivra en 2017, la compagnie veut aussi offrir une offre couplée gaz et électricité en s’associant avec des distributeurs de gaz. La compagnie lorgne aussi du côté des assureurs pour faire des offres couplées.

D’un autre côté, la compagnie menace d’être obligée d’augmenter à nouveau ses tarifs d’électricité si elle ne peut pas redémarrer des réacteurs de sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa (Niigata). Elle les avait déjà augmentés en 2012. Ses comptes prévisionnels prévoyaient le redémarrage de deux réacteurs cet été, ce qui est complètement irréaliste. Mais c’est la faute de TEPCo si ses réacteurs ne satisfont pas aux normes de sûreté.