L’AIEA publie son rapport sur la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi

L’AIEA a publié son rapport sur la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi. Il y a 1 200 pages en tout réparties en

avec des annexes.

En feuilletant rapidement certaines parties, il apparaît que ce rapport a beaucoup puisé dans les rapports des commissions d’enquête gouvernementale et parlementaire et n’apporte pas beaucoup d’information nouvelle.

Dans sa communication, l’AIEA a mis en avant deux points repris par les médias :

  • une trop grande confiance dans la sûreté des installations nucléaires et un manque de préparation pour faire face à l’accident (il aurait été difficile de dire l’inverse…)
  • qu’il est peu probable qu’il y ait une augmentation du nombre de cancers de la thyroïde chez les enfants de Fukushima.

Les autorités régionales vont soutenir financièrement le retour des déplacés “volontaires”

Les autorités régionales de Fukushima ont décidé de soutenir financièrement les familles de déplacés “volontaires”. Ils s’agit des personnes qui sont parties de chez elles à cause de la pollution radioactive, même s’il n’y avait pas eu d’ordre d’évacuer. Elles pourront recevoir jusqu’à 100 000 yens par famille (735 euros). Celles qui sont déjà rentrées aussi, à la condition d’avoir vécu plus de deux ans dans un logement provisoire.

Les autorités régionales ont alloué 376 millions de yens (2,8 millions d’euros) à ce programme destiné à 5 200 familles, en espérant les dépenser dans l’année. Les ménages les plus pauvres pourront aussi bénéficier d’une aide au logement.

Fin 2014, il y avait encore officiellement environ 25 000 déplacés “volontaires”. Rappelons qu’en juin denier, les autorités ont décidé de cesser le soutien à ces déplacés à la fin de l’année fiscale 2016 (mars 2017).

Accord final des pêcheurs pour le rejet en mer de l’eau souterraine décontaminée

Comme nous l’avions signalé fin juillet, les pêcheurs ont fini par accepter que TEPCo rejette dans l’océan l’eau souterraine pompée au pied des réacteurs, après l’avoir décontaminée partiellement. Ils ont donc obtenu satisfaction sur les garanties supplémentaires demandées. Il y avait notamment le maintien des compensations tant que l’accident affecte leur activité.

Le pompage devrait commencer en septembre prochain. La compagnie espère ainsi diviser par deux les infiltrations d’eau souterraine dans les sous-sols des réacteurs qui sont actuellement de 300 m3 par jour.

Rappelons qu’elle pompait cette eau souterraine avant la catastrophe, mais elle n’était pas contaminée à l’époque.

Augmentation du nombre de touristes à Fukushima

Les autorités régionales se félicitent de leur campagne de publicité pour promouvoir le tourisme à Fukushima, car le nombre de touristes augmente. Il y aurait eu environ 10% de touristes en plus cette année par rapport à l’année précédente, mais le niveau est encore inférieur à celui de 2010 de 10% environ.

Point sur les actions en justice contre TEPCo

Reuters fait le point sur les nombreuses actions en justice contre TEPCo. Rappelons que le rapport d’enquête parlementaire avaient conclu que cet accident était d’origine humaine. Plus récemment, un juge a obligé la compagnie à rendre public un document de 2008 alertant les dirigeants de la compagnie sur la nécessité de renforcer les protections.

Les actions collectives contre TEPCo et contre le gouvernement regroupent plus de plaignants que pour d’autres pollutions. Plus de 10 000 personnes ont déposé plus d’une vingtaine de plaintes. La plus grosse action collective, qui regroupe 4 000 plaignants, veut que la compagnie soit condamnée pour négligence.

Récemment, des jurys citoyens ont conduit à ce que trois anciens dirigeants de TEPCo seront traduits en justice.

Des actionnaires de la compagnie demandent aussi à être dédommagés pour les pertes engendrées par la catastrophe. Ils réclament 5 500 milliards de yens (plus de 40 milliards d’euros).

Ce n’est que le début d’une longue bataille qui vient d’être engagée.

1 400 milliards de yens par an pour maintenir les réacteurs à l’arrêt

Les neuf compagnies d’électricité japonaises qui exploitaient du nucléaire et qui veulent continuer ont dépensé 1 400 milliards de yens (plus de 10 milliards d’euros) durant l’année 2014 pour maintenir leurs réacteurs à l’arrêt. Et dire que toute la communication de ces compagnies est basée sur la fait que les combustibles fossiles utilisés en remplacement coûtent cher et qu’il faut donc redémarrer les centrales, voilà un chiffre qui remet les choses à leur place : ce qui coûte cher, ce sont les réacteurs nucléaires à l’arrêt qui ne rapportent rien, mais coûtent très très cher.

C’est TEPCo qui a dépensé le plus avec 548,6 milliards de yens (4 milliards d’euros) avec ses 11 réacteurs. Cette somme inclut la centrale de Fukushima daï-ni qui n’est pas officiellement arrêtée définitivement, même si elle ne redémarrera jamais. C’est 298,8 milliards de yens (plus de 2 milliards d’euros) pour Kansaï Electric et 136,3 milliards de yens (1 milliard d’euros) pour Kyûshû Electric.

Ces sommes doivent inclure des travaux de remise au norme puisqu’on arrive, au total, au coût d’un EPR.

Cinq de ces compagnies (Tôhoku, Tôkyô, Chûbu , Hokuriku et Kansai Electric Power Co.) ont dû verser 130 milliards de yens à Japan Atomic Power Co. qui leur vendait son courant nucléaire. Pour cette dernière, il est fort probable qu’elle ne puisse jamais redémarrer ses réacteurs nucléaires.

Baisse envisagée des subventions en cas de réacteurs à l’arrêt

Le Ministère de l’économie envisage de couper dans les subventions aux communes hébergeant une centrale nucléaire si les réacteurs sont à l’arrêt. Pour le moment, si les réacteurs sont arrêtés pour des raisons de sûreté, il est supposé que le taux d’utilisation opérationnel du réacteur est de 81%. Avec les nouvelles règles, ce sera le taux effectif moyen enregistré avant la catastrophe de 2011. C’était 70% en moyenne.

Ce baisse sera appliquée aux réacteurs à l’arrêt pour raison de sûreté, ce qui est le cas de 100% du parc actuel. Il va donc y avoir une baisse des subventions à partir de 2016.

Le but est affiché est que les subventions, qui sont indexées sur le taux moyen d’utilisation sur deux ans, ne soient pas inférieures en cas de redémarrage. Ce sera un an et demi avec les nouvelles règles. Il s’agit aussi d’encourager les élus locaux à accepter le redémarrage. Mais ce n’est pas de ce côté là qu’il y a des oppositions car la dépendance est forte.

Pour Mihama, par exemple, 40% du budget de la commune vient du nucléaire. Comme deux réacteurs ont été arrêtés définitivement, les subventions vont être divisées par deux à partir de 2016. Cette nouvelle règle implique une diminution supplémentaire qui inquiète.

Nouvelle plainte pour indemnisation après un suicide

Fumio Okubo avait 102 ans. Il s’est suicidé le 12 avril 2012, au lendemain de l’annonce de l’ordre d’évacuation à venir pour d’Iitaté. Il avait déclaré qu’il ne voulait pas évacuer et qu’il avait assez vécu. C’était le doyen du village où il était né et avait passé toute sa vie. Voir l’article que lui a consacré Courrier International en 2013. La famille est convaincue qu’il serait mort naturellement sans l’accident nucléaire.

Trois membres de sa famille viennent de porter plainte et réclament 60 millions de yens de dommages (440 000 euros). La belle-fille souhaite que TEPCo comprenne la valeur d’une vie humaine. Pourquoi un homme qui a vécu 102 ans se suiciderait ? TEPCo doit admettre sa responsabilité et s’excuser.

TEPCo a déjà dû indemniser deux suicides.

Nouveau soutien financier pour TEPCo

TEPCo annonce avoir reçu un 42ième versement de soutien de la part de la structure étatique mise en place de 32,6 milliards de yens (236 million d’euros). La compagnie dit avoir reçu un total de 5 217 milliards de yens (38 milliards d’euros).

Comme toujours, la TEPCo explique que cela ne suffira pas à couvrir les compensations. Le gouvernement vient d’accepter d’allouer 950 milliards de yens (6,9 milliards d’euros) supplémentaires. Le total des fonds demandés pour l’indemnisation des victimes de la catastrophe nucléaire s’élève à 6 886 milliards de yens (plus de 50 milliards d’euros) pour l’AFP et 7 070 milliards de yens pour Reuters (52 milliards d’euros). Toutes ces sommes doivent officiellement être remboursées ultérieurement.

Un éleveur porte plainte pour être mieux indemnisé

Un des plus gros éleveurs de la région de Fukushima vient de porter plainte contre TEPCo et le gouvernement. Il réclame 500 millions de yens (3,6 millions d’euros) pour compenser les pertes subies. La compagnie a près de 2 900 têtes de bétails dans plusieurs fermes de Kôriyama et Tamura. Elle doit faire face à la baisse des cours de la viande et au stockage du fumier qui ne peut plus être vendu comme engrais.

C’est la première fois qu’une plainte est déposée à propos du fumier. La compagnie en aurait accumulé 17 000 tonnes.