Aide au logement pour favoriser le retour des évacués “volontaires”

Une partie des “auto-évacués” ou évacués “volontaires”, qui ont quitté leur domicile bien qu’ils n’aient pas été obligés à évacuer, bénéficie d’un logement gratuit, souvent en dehors de la province de Fukushima. Cette aide cessera fin mars 2017. Pour favoriser leur retour, les autorités régionales vont fournir une nouvelle aide au logement pour les personnes qui rentrent, sous certaines conditions.

Elle s’élèvera à 30 000 yens (231 euros) par mois la première année et 20 000 yens (154 euros) par mois la deuxième.

Budget en augmentation pour la décontamination

Le ministère de l’environnement a demandé un budget record de 522,3 milliards de yens (4 milliards d’euros) pour 2016 afin de pouvoir faire face à l’augmentation des coûts de la décontamination. Dans les zones non-évacuées, ce sont les communes qui prennent en charge les travaux, mais le gouvernement qui paye. Et comme il y a une volonté de finir en 2016, le ministère veut augmenter le budget. Il n’est pas sûr que la main d’œuvre suive.

Ce budget inclut aussi 134,6 milliards de yens (1 milliard d’euros) pour la gestion des sites d’entreposage temporaire des déchets engendrés et 214 milliards de yens (1,6 milliards d’euros) pour les sites de stockage prévus.

Accord entre TEPCo et la famille d’un éleveur qui s’est suicidé

Shigekiyo Kanno avait une quarantaine de vaches laitières à Sôma, à une cinquantaine de kilomètres de la centrale de Fukushima daï-ichi. La vente de lait a été suspendue suite à l’accident nucléaire et il a dû se séparer de presque tout son troupeau. Il craignait de ne pas pouvoir rembourser ses emprunts. Il s’est suicidé dans une grange en juin 2011 pendant que sa femme et ses enfants étaient retournés aux Philippines. Les messages qu’il a laissé étaient sans équivoque : “Si seulement il n’y avait pas eu de centrale nucléaire” ou “je n’ai plus la force de travailler”.

Sa femme a porté plainte contre TEPCo en mai 2013 pour obtenir une indemnisation. Les deux parties sont arrivées à un accord. On ne connait pas le montant de l’indemnisation. La veuve avait demandé 128 millions de yens (presqu’un million d’euros). En revanche, selon son avocat, la compagnie a refusé de présenter des excuses officielles.

La veuve a dit qu’elle n’était pas satisfaite par l’accord mais a signé car la vie est dure depuis qu’elle a perdu son mari. Elle veut aussi vivre en paix avec ses enfants.

Des évacués “volontaires” se sont constitués en association

Selon l’Asahi, des évacués “volontaires” ou “auto-évacués” se sont constitués en association. Il s’agit des personnes qui ont quitté les zones contaminées de Fukushima sans qu’il y a d’ordre d’évacuer, par crainte des radiations, plus, maintenant, des personnes qui ne souhaitent pas rentrer là où l’ordre d’évacuer a été levé. Pour certains, le dilemme se résume à vivre dans la pauvreté ou retourner vivre en zone contaminée. En effet, le seul soutien qu’ils reçoivent est un logement gratuit et les autorités régionales ont annoncé la fin pour mars 2017. Le gouvernement souhaite lever tous les ordres d’évacuer en mars 2017, afin la fin des indemnisations un an plus tard, sauf dans les zones classées en zone de “retour difficile”.

Cette association, dont le lancement a réuni 130 personnes à Tôkyô, veut demander la prolongation du soutien aux autorités et à TEPCo. Elle va travailler en concertation avec d’autres associations de déplacés.

17 provinces et de nombreuses communes demandent à être indemnisées par TEPCo

Selon le Maïnichi, qui a enquêté auprès des 47 provinces du Japon et de nombreuses agglomérations, 17 provinces et 7 grandes villes ont déposé des demandes de compensation auprès de TEPCo. Il y a toutes les provinces du Tôhoku et du Kantô, ainsi que Mié et Shimané plus à l’Ouest.

La compagnie n’a accepté d’indemniser qu’une partie des demandes, pour un total de 36,29 milliards de yens (267 millions d’euros) sur 56,36 milliards (414 millions d’euros) demandés. Sont indemnisés, par exemple, la baisse des revenus des compagnies en charge du traitement de l’eau, le contrôle des aliments dans les cantines scolaires et des produits agricoles, la prise en charge des déchets radioactifs… Dans certains cas, TEPCo a limité dans le temps, la prise en charge des mesures post-accidentelles.

D’autres demandes ont été rejetées, comme la baisse des revenus des taxes locales liée au départ des évacués “volontaires”, les campagnes contre les “rumeurs néfastes” à Akita ou l’aide apportée par la province de Gunma aux victimes de la catastrophe…

Cinq provinces (Aomori, Akita, Yamagata, Miyagi et Chiba) ont donc saisi la commission de conciliation pour être remboursées d’une partie des sommes engagées. Celle de Gunma et la ville de Sendaï (Miyagi) devraient suivre. Celle d’Iwaté est déjà parvenue à un accord avec TEPCo, qui compensera à hauteur de 250 000 millions de yens (1,8 million d’euros).

Dans les trois provinces les plus touchées (Fukushima, Miyagi et Iwaté), la plupart des communes ont déposé des demandes d’indemnisation pour un total de 62,88 milliards de yens (462 millions d’euros) et TEPCo n’a accepté de payer que 8,65 milliards de yens (64 millions d’euros).

Si l’on ajoute ce qui a été demandé par les provinces et les communes, le Maïnichi arrive à un total supérieur à 120 milliards de yens.

L’Organisation Internationale pour les Migrations se penche sur les déplacés de la catastrophe nucléaire au Japon

Le dernier numéro des Policy Brief Series de l’Organisation Internationale pour les Migrations se penche sur les déplacés de la catastrophe nucléaire au Japon (rapport au format pdf). Le rapport, rédigé par Reiko Hasegawa, qui est déjà l’auteur de l’étude DEVAST, critique la politique gouvernementale japonaise et fait une série de recommandations.

Le rapport insiste sur la distinction qui est faite entre les déplacés qui ont reçu un ordre de partir et les déplacés “volontaires” qui ne bénéficient pas des mêmes droits. Pour ces derniers, il n’y a même pas de statistiques officielles. Il a été souvent question de ce problème sur ce blog.

Le rapport explique aussi que le gouvernement japonais ne fait pas référence aux textes internationaux de l’ONU relatifs aux déplacés intérieurs, qui leur garantiraient des droits. Par ailleurs, les déplacés du tsunami et du séisme sont pris en charge par l’Agence de reconstruction, et ceux de la catastrophe nucléaire, par le ministère de l’industrie. Ce dernier est toujours présent derrière l’Agence de reconstruction.

La “concertation” avec les populations sur l’avenir des territoires évacués, et la politique du retour, la seule envisagée par les autorités, se limite à des “réunions d’explication” (setsumeikai) à huis clos. Pas de médiateur ou d’expert indépendant. Les déplacés sont donc démunis face aux officiels gouvernementaux qui peuvent imposer leurs vues.

Le rapport fait une série de recommandations :

  • reconnaître aux évacués, le statut de personnes déplacées en interne au pays afin qu’ils bénéficient des garanties internationales à ce sujet ;
  • proposer le retour ou la réinstallation sur un pied d’égalité ;
  • permettre à des médiateurs et des experts indépendants des autorités de participer à la concertation ;
  • reconnaître les déplacés “volontaires” comme réfugiés nucléaire ;
  • admettre qu’il y a des controverses scientifiques à propos des faibles doses.

Par ailleurs, une fédération d’associations du barreau a, lors de son colloque national dédié aux droits humains, demandé au gouvernement de mieux protéger la santé des personnes déplacées. Elle réclame un suivi médical, un soutien psychologique et une aide au logement pour ceux qui ne souhaitent pas renter, mais ont toujours une maison à rembourser.

Plainte collective de 117 habitants de Namié

Selon le Maïnichi, 117 habitants du district de Tsushima à Namié, qui est classé en zone de “retour difficile”, ont porté plainte contre TEPCo et le gouvernement. Ils pourraient être rejoints par 480 habitants. Ce serait la première fois que des habitants originaires d’une telle zone déposent une plainte collective.

Ils réclament que le district de Tsushima soit entièrement décontaminé et réhabilité, de façon à ramener l’exposition externe sous la limite annuelle d’un millisievert, avant mars 2020. Ils réclament 30 millions de yens (224 000 euros) chacun en cas d’échec. Ils estiment qu’au delà de cette date, il sera difficile de maintenir la communauté.

En attendant, ils demandent aussi que l’indemnité pour le stress engendré par l’évacuation passe de 100 000 (746 euros) à 350 000 yens (2 600 euros) par personne et par mois et réclament 3 millions de yens (22 400 euros) chacun à cause l’exposition aux retombées radioactives qui aurait pu être évitée si les autorités avaient communiqué leurs prédictions.

Soutien financier : 44ième versement pour TEPCo

TEPCo annonce avoir reçu 411,8 milliards de yens (3 milliards d’euros) de la part des autorités pour lui permettre d’indemniser les victimes de la catastrophe. Il s’agit du 44ième versement.

La compagnie a reçu 5 323,2 milliards de yens (40 milliards d’euros) en tout. Elle est supposée rembourser cette somme un jour. Le prêt est sans intérêt pour la compagnie, mais pas pour les contribuables.

TEPCo annonce à chaque fois, que cela ne sera pas suffisant.

Un travailleur porte plainte contre TEPCo suite à un cancer

Un homme de 57 ans, qui a participé à des travaux de décontamination en 2011 à la centrale de Fukushima daï-ichi, vient de porter plainte contre TEPCo et ses employeurs, Taisei Corp. et son sous-traitant, Yamazaki Construction Co., suite à de multiples cancers. Il pense que c’est lié à l’exposition aux rayonnements et réclame 65 millions de yens (480 000 euros).

Ce serait la première plainte de se type depuis le début de la catastrophe nucléaire.

Il aurait participé au déblaiement de débris pendant quatre mois à partir de juillet 2011. Sa tâche consistait en la manipulation d’engins télécommandés, mais il aurait dû aussi conduire des engins et déblayer des débris radioactifs à la main quand les machines ne pouvait pas être utilisées.

La dose enregistrée est de 56,41 mSv pour les quatre mois de travail. C’est plus que la limite annuelle autorisée en temps normal, qui est de 50 mSv. Mais il prétend avoir reçu plus de 100 mSv car il aurait parfois travaillé sans dosimètre pour pouvoir travailler au-delà de la limite légale.

On lui aurait diagnostiqué un cancer de la vessie en juin 2012, un cancer de l’estomac en mars 2013 et du colon en mai 2013. Ils seraient apparus séparément. En 2013, il aurait demandé un dédommagement auprès du bureau du travail de Tomioka, mais sa demande a été rejetée.