Coût de l’accident: 100 milliards d’euros – TEPCo ne paye que 20% selon le FT

Le Financial Times (traduit en français par Courrier International) estime à environ 13 300 milliards de yens (100 milliards d’euros) la facture de l’accident nucléaire. TEPCo ne prendrait que 20% à sa charge. Comme le gouvernement ne donne pas d’estimation du coût de la catastrophe, le quotidien se base sur des travaux du Prof. Ken’ichi Oshima de l’université Ritsumeikan.

Ce montant comprend

  • l’indemnisation des entreprises et des personnes évacuées de la zone sinistrée : environ 6 200 milliards de yens (50 milliards d’euros),
  • la décontamination à Fukushima : 2 500 milliards de yens (28,15 milliards d’euros)
  • le démantèlement des réacteurs de la centrale : 2 200 milliards de yens (17,7 milliards d’euros).,
  • le centre d’entreposage des déchets à Fukushima : 1 100 milliards de yens.

Rappelons que ce que TEPCo paye est avancé par le gouvernement sans intérêt. Personne ne sait quand la compagnie remboursera, surtout avec l’ouverture du marché de l’électricité. Au final ce sont les contribuables et les consommateurs qui payent.

Suite à cet article du Financial Times, la presse japonaise s’est aussi intéressée aux estimations de Ken’ichi Oshima. Le Maïnichi reprend ces chiffres et explique que la Japan Atomic Energy Commission veut réduire les coûts pour les exploitants afin que le nucléaire reste rentable… Ce qui signifie une prise en charge publique.

L’agence de presse jiji, reprise par le Japan Times, rapporte que les contribuables japonais ont déjà payé plus de 3 460 milliards de yens (27 milliards d’euros). Cela inclut le coût de la nationalisation de TEPCo et les dépenses directes du gouvernement (1 210 milliards de yens). Tout n’a pas encore été compté et cette somme est donc un minimum.

Trois anciens dirigeants de TEPCo devraient être mis en examen

Trois anciens dirigeants de la compagnie TEPCo pourraient être inculpés le 29 février prochain pour négligence professionnelle ayant provoqué des morts et des blessures en mars 2011. Il s’agit de Tsunéhisa Katsumata, 75 ans, ancien président de la compagnie, et deux anciens vice-présidents, Sakaé Mutô, 65 ans, et Ichirô Takékuro, 69 ans. Ces dirigeants étaient informés qu’un puissant tsunami était susceptible de frapper la centrale de Fukushima Daichi, mais ils n’auraient pas pris les mesures protection nécessaires.

En 2012, un groupe de citoyens de Fukushima a porté plainte contre de nombreux dirigeants de TEPCo et du gouvernement. Puis, il avaient focalisé leur action contre ces trois dirigeants. En septembre 2013, ils avaient été déboutés, mais un jury de citoyens leur avaient ensuite donné raison par deux fois. Ces trois dirigeants doivent donc être inculpés, mais le procès n’est pas pour tout de suite.Le jury a estimé qu’ils étaient responsables des blessures de 13 personnes suite aux explosions hydrogène et du décès de 44 patients d’hôpitaux. Les trois dirigeants devraient plaider non coupable. Ce sont les premières inculpations suite à la catastrophe nucléaire.

TEPCo doit indemniser des évacués “volontaires” selon la justice

Une famille de cinq “auto-évacués” de Kôriyama dans la province de Fukushima, ou “évacués volontaires”, a saisi la justice pour obtenir une meilleure indemnisation de TEPCo. La Cour du district de Kyôto vient de leur donner raison. TEPCo va devoir verser 30,46 millions de yens (240 000 euros) à un couple en dédommagement de la détérioration de situation économique de la famille et de la santé.

La famille a fini par s’installer à Kyôto en mai 2015. Le mari a perdu son emploi et a développé une pleurésie. Il souffre aussi d’insomnie et de dépression. Les enfants ont souffert de discrimination à l’école. La Cour a reconnu que l’accident nucléaire était à l’origine de ces maux et que la décision de partir était légitime étant donné que les risques liés à l’accident demeurent et que les informations étaient contradictoires.

TEPCo avait dû verser 2,92 millions de yens à la famille, selon les critères d’indemnisation. La structure de conciliation chargée des indemnisations avait proposé 11 millions de yens. Le couple avait demandé 180 millions de yens.

La famille est partie dans les premiers jours de l’accident. La Cour a ordonné à TEPCo de l’indemniser jusqu’en août 2012, date à partir de laquelle l’exposition aux radiations est passée sous un certain niveau et l’information est devenue plus “stable” et précise. La somme comprend les 21 millions de yens en compensation des salaires du couple durant cette période. En ce qui concerne les enfants, la Cour a estimé qu’ils avaient déjà été indemnisés par TEPCo.

C’est la première fois que TEPCo est obligée par la justice d’indemniser mieux des “auto-évacués”, à savoir des personnes qui sont parties à cause de la radioactivité sans en avoir reçu l’ordre. Environ 10 000 “auto-évacués” ont déposé une plainte. Ils sont encore 180 000 à bénéficier d’un logement gratuit, selon les autorités régionales de Fukushima. Les autres, qui se sont relogés par eux-mêmes, ne sont pas comptés.

Les personnes déplacées par la catastrophe nucléaire qui ont entamé des actions en justice se sont fédérées en coordination nationale.

Centre de crise de la centrale de Sendaï : projets de l’exploitant rejetés

Nous avions expliqué que Kyûshû Electric, qui exploite la centrale de Sendaï à Kagoshima, où deux réacteurs sont en fonctionnement, avait renoncé à construire un nouveau centre de crise et voulait se contenter du centre provisoire actuel. Mais l’Autorité de Régulation Nucléaire a rejeté le dossier.

La compagnie voulait garder le centre actuel et ajouter une annexe résistante aux séismes pour y installer des salles de repos et un cabinet médical. Mais un des commissaires a jugé sans fondement l’affirmation que cela améliorait la sûreté et a critiqué l’absence de calendrier.

Et dire que cette compagnie proclamait haut et fort que la sûreté était sa préoccupation n°1 avant d’obtenir l’autorisation de redémarrer deux réacteurs.

Rétropédalage sur la protection sismique des centrales nucléaires

Kyûshû Electric, qui a obtenu une autorisation de redémarrage pour deux de ses réacteurs nucléaires à la centrale de Sendaï à Kagoshima, revient sur ses engagements sur la protection sismique du centre de crise. Avant la mise en service des deux réacteurs, l’exploitant a rapidement construit un bâtiment résistant aux séismes et s’est engagé à en construire un autre plus grand et plus résistant avant la fin de l’année fiscale 2015 (mars 2016) pour y installer le centre de crise et la salle de contrôle de secours. Un tel centre est obligatoire selon le nouveau référentiel de sûreté introduit après la catastrophe de Fukushima.

2015 est terminée et le nouveau centre n’est pas construit. Pire, l’exploitant y aurait renoncé pour faire des économies et veut, à la place, renforcer le centre existant, qui a obtenu le feu vert de l’Autorité de Régulation Nucléaire, la NRA. Cette dernière a l’impression de s’être fait avoir. Il serait complété d’un autre bâtiment pour héberger les travailleurs en situation d’urgence.

Si un tel renoncement était confirmé, ce serait la porte ouverte à d’autres reculades. Les exploitants japonais semblent rêver à un retour à la situation qui prévalait avant la catastrophe de Fukushima où ils dictaient leurs avis aux autorités.

Selon l’Asahi, le président de la NRA a paru surpris du renoncement de Kyûshû Electric. Il a expliqué qu’il accepterait bien volontiers tout changement qui conduirait à un renforcement de la sûreté, mais pas à des renoncements qui ont pour seul but de faire des économies. La compagnie va être auditionnée le 26 janvier.

D’autres compagnies d’électricité sont aussi en train de revoir leurs plans concernant ces centres de crise pour 15 réacteurs dans 7 centrales, selon le Maïnichi. Elles avaient initialement prévu d’y installer des structures d’absorption des séismes qui réduisent leurs impacts. Mais il y a peu de données disponibles pour vérifier leur sûreté. Elles vont donc opter pour des bâtiments résistants aux séismes, qui est aussi moins chère. Les réacteurs de Takahama et celui d’Ikata ont obtenu une autorisation de redémarrage sans la structure d’absorption, mais un bâtiment plus résistant. Ce qui importe, c’est que les fonctions de ce bâtiment ne soient pas perdues en cas de fortes secousses et de leurs répliques.

La province de Fukushima va faire appel à l’instance de médiation pour être indemnisée

La province de Fukushima veut faire appel à l’instance de médiation pour être indemnisée par TEPCo. Depuis juillet 2012, elle fait trois demandes d’indemnisation pour un total de 11 milliards de yens (86 millions d’euros), mais n’a reçu que 3,92 milliards de yens (31 millions d’euros) pour aider les petites entreprises à redémarrer et pour déménager un lycée, selon l’Asahi.

En revanche, TEPCo ne veut pas payer le reste, à savoir un nouveau service de l’administration régionale créé pour faire face aux conséquences de la catastrophe et une campagne de publicité pour attirer les touristes.

La décision de faire appel à la structure de médiation sera discutée lors de la prochaine assemblée régionale en février.

Qui va payer la facture de la catastrophe nucléaire ?

Le coût des indemnisations, de la décontamination et de la gestion des déchets radioactifs devrait s’élever à 11 000 milliards de yens (85 milliards d’euros). Qui va payer ? Quelle part incombe à TEPCo et quelle part sera prise en charge pas les contribuables ?

Pour les indemnisations, c’est TEPCo qui paye, mais le gouvernement lui avance l’argent. Il y a déjà eu 47 versements pour un total de 5 879,7 milliards de yens (presque 45 milliards d’euros) et cela ne suffira pas. Quand TEPCo remboursera ? Personne ne sait. Comme il s’agit d’un prêt sans intérêt, les contribuables y seront de leur poche. Même à moins de 1% par an, cela fait une belle somme.

Le Maïnichi a essayé d’avoir une réponse précise pour ce qui concerne la décontamination, en vain. La réponse dépend des ministères ou agences, en fonction de l’interprétation des textes trop vagues. Les règles ont été établies en novembre 2013 par la coalition au pouvoir. Certains voulaient une loi instituant une prise en charge gouvernementale, mais face à l’opposition du public, il a finalement été décidé que “la gestion des opérations après que les plans actuels de décontamination aient été mis en œuvre sera considérée comme étant des travaux publics”. Le gouvernement a entériné cette décision en décembre 2013 et deux ans plus tard, on ne sait pas ce qu’inclut la “gestion des opérations”. Est-ce la décontamination non prise en compte dans les plans actuels ou d’autres travaux ? Cela dépend des élus : certains pensent que la décontamination est du ressort du financement public et d’autres qu’elle doit être à la charge de TEPCo, par principe. Il y a, par exemple, les travaux de décontamination des zones dites de “retour difficile” qui ne sont pas dans les plans actuels. Qui paiera ?

Le flou arrange TEPCo, bien-entendu. Dans un autre article, le Maïnichi explique que la compagnie refuse de payer tous les chantiers de décontamination qui ont été planifiés après décembre 2013. C’est le cas, en particulier, pour les zones de “retour difficile”. Des travaux de décontamination ont commencé durant l’été 2015 à Ôkuma. Il y en a pour 20 milliards de yens (153 millions d’euros). Pour le moment, c’est le ministère de l’environnement qui paye et comme le ministère de l’économie, du commerce et de l’industrie (METI) soutient TEPCo, il se peut que ce soit le contribuable qui paye in fine. Cela aurait dû être clarifié avant de lancer les travaux.

Les chantiers tests programmés avant décembre 2013 dans les zones de “retour difficile” ont bien été payés par TEPCo, mais pas la décontamination des routes, programmée après. D’autres communes ayant des zones de “retour difficile” réclament aussi une décontamination. Les coûts pourraient donc être beaucoup plus élevés.

Le gouvernement a décidé d’un budget de 32 000 milliards de yens (244 milliards d’euros) sur 10 ans pour des projets de réhabilitation qui n’inclut pas la décontamination. S’il devait payer cette dernière, la note augmentera.

Le ministère de l’environnement a déjà réclamé un total de 381 milliards de yens (3 milliards d’euros) à 12 occasions et à TEPCo a payé 350,5 milliards de yens (2,7 milliards d’euros).

Par ailleurs, le ministère de l’environnement a décidé de ne pas décontaminer les forêts. Pour le moment, cela n’a été fait que sur 20 m autour des zones résidentielles et dans les zones récréatives. La pollution radioactive reste en surface et serait peu transportée. Enlever cette couche superficielle ferait plus de mal que de bien aux forêts. Le coût serait démentiel, car les forêts couvrent près de 70% de la surface de la province de Fukushima.