Le Japon ne prévoit pas de baisser plus ses émissions de CO2 pour la COP26

Lors de la COP21 à Paris, le Japon avait présenté un plan très peu ambitieux de réduction des gaz à effet de serre. Il prévoit, notamment, de construire 22 centrales à charbon dans les 5 prochaines années.

Pour la COP26 qui devrait se tenir à Glasgow à l’automne, si l’épidémie le permet, le Japon a rendu ses nouveaux engagements, qui sont identiques à ceux de 2015 à Paris ! Il ne fera aucun effort supplémentaire, ce qui lui a valu d’être critiqué par Patricia Espinosa, qui est à la tête de l’agence pour le climat de l’ONU. Les ONG de protection de l’environnement sont furieuses.

La parade de la flamme olympique annulée avec le report des JO

La flamme olympique devait partir de J-Village le 26 mars et parader durant 3 jours dans la province de Fukushima. TEPCo avait même préparé une belle présentation de ses travaux de décontamination du parking de J-Village. Des associations avaient alerté sur les niveaux résiduels le long du parcours de la flamme.

Mais la pandémie de COVID-19 a entraîné le report d’un an des JO de Tôkyô et de la parade. Cela ne sera peut-être pas suffisant car le coronavirus sera probablement toujours présent.

La flamme olypique sera exposée pendant un mois à J-Village, qui a servi de base arrière à TEPCo au début de la catastrophe. Puis, elle sera exposée à Tôkyô en mai.

98ième versement financier pour TEPCo

TEPCo annonce avoir reçu le 98ème versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations : 116,9 milliards de yens (presqu’un milliard d’euros au cours actuel) ! Ce versement, le dernier de l’année fiscale 2019, est particulièrement élevé. Rappelons que cet argent est prêté sans intérêt.

En prenant en compte ce versement et les 188,9 milliards de yens venant de l’Act on Contract for Indemnification of Nuclear Damage Compensation, TEPCo a déjà reçu un total de 9 485,6 milliards de yens (79 milliards d’euros au cours actuel), en incluant le présent versement et cela ne suffira pas.

Le communiqué de TEPCo est accompagné d’un tableau avec les sommes versées au titre des indemnisations, mais sans explications. Le total s’élève à 9 351,3 milliards de yens (78 milliards d’euros).

Eau contaminée : TEPCo prévoit un rejet sur une trentaine d’années

L’eau contaminée accumulée dans des cuves constitue l’un des principaux casse-tête de TEPCo et des autorités japonaises. Voir notre bilan récent effectué à l’occasion du neuvième anniversaire de la catastrophe nucléaire et le portail dédié de TEPCo. Pour rappel, il y en a près de 1,2 million de mètres cube dans 979 cuves. Officiellement, il ne reste plus que du tritium (hydrogène radioactif) après un traitement qui a consisté à retirer 62 radioéléments, mais en fait, TEPCo doit reprendre 72% du stock dont les concentrations résiduelles dépassent les autorisations de rejet en mer. L’inventaire du tritium dans les cuves s’élèverait à 860 TBq. La concentration moyenne serait donc de 730 000 Bq/L.

Après des années de tergiversations consistant à montrer que le rejet en mer était la seule option possible, il reste deux options ouvertes : le rejet en mer, bien entendu, et le rejet atmosphérique par vaporisation. TEPCo vient de publier un document en anglais avec sa stratégie (lien direct, copie).

Quelle que soit l’option retenue, rejet en mer ou rejet atmosphérique, TEPCo estime que cela prendra une trentaine d’années. C’est grosso modo le temps qu’elle estime nécessaire pour finir de démanteler le site. Rappelons que TEPCo va manquer de place à partir de 2022 pour ses cuves.

La compagnie va tester un deuxième traitement de cette masse d’eau dès 2020 avant de choisir entre ces deux options. Elle commencera par 2 000 m3 d’eau particulièrement contaminée. Il lui faut ensuite étudier la meilleure façon de transférer l’eau vers la station de traitement et la radioprotection des travailleurs.

En cas de rejet dans l’océan, elle veut aussi diluer l’eau rejetée avec de l’eau de mer de façon à ce que la concentration en tritium soit inférieure à un quarantième de la concentration maximale autorisée, qui est de 60 000 Bq/L. Pourquoi un quarantième, qui correspond à 1 500 Bq/L, la compagnie ne le dit pas ? Elle ne mentionne pas non plus la limite annuelle. En cas de rejet atmosphérique, TEPCo veut aussi rester bien en dessous de l’autorisation de rejet. Elle veillera à ce que la concentration en bordure du site de la centrale ne dépassera pas 5 Bq/L d’air.

Il est difficile de prédire l’impact en cas de rejet atmosphérique et TEPCo ne propose aucune évaluation. En gros, elle n’a pas de modèle pour la réaliser. En cas de rejet dans l’océan, elle a calculé la zone où la concentration dans l’eau de mer pourrait dépasser 1 Bq/L pour le tritium. Cela dépend, bien évidemment, de la quantité rejetée chaque année. Il y a plusieurs cartes dans le document de TEPCo. L’Asahi reprend les deux cas extrèmes sur une seule carte :

Le rejet de 22 TBq/an correspond à la limite annuelle, sans que cela soit mentionné dans le document. Les autres valeurs sont là pour relativiser ce choix.

TEPCo explique qu’elle va renforcer sa surveillance de la radioactivité dans les rejets et dans l’environnement. La possibilité d’un contrôle par des tiers va être étudiée, mais il pourrait se limiter à une certification du laboratoire de la compagnie… En revanche, elle s’engage à indemniser si ce rejet induit la propagation de rumeurs néfastes.

Le document contient tout un blabla sur la communication des risques et le combat contre les rumeurs néfastes… La compagnie ferait mieux d’améliorer sa transparence plutôt que de lancer des campagnes de communication sans intérêt.

TEPCo condamnée en appel à mieux indemniser des personnes déplacées, mais avec une somme fortement réduite

La Haute cour de Tôkyô a ordonné en appel à TEPCo de verser de un million de yens (8 300 €) à 2,5 millions de yens (21 000 €) chacun de dommages et intérêts supplémentaires à plus de 300 personnes déplacées suite à la catastrophe nucléaire de Fukushima. Cette somme a été réduite des deux tiers par rapport au dédommagement accordé en première instance.

Cette somme vient s’ajouter aux indemnités déjà reçues dans le cadre de la compensation mise en place par les autorités. Le montant total des indemnités a été réduit à environ 360 millions de yens (3 millions d’euros), contre 1,1 milliard de yens (9 millions d’euros) accordés par le tribunal de district de Tôkyô en 2018. Dans leur requête, les plaignants, demandaient un montant total de 10,9 milliards de yens (91 millions d’euros).

Même si les ordres d’évacuer ont été levés, la justice a estimé que les conditions de vie dans les communes d’origines ont été bouleversées et que cela doit être indemnisé, en plus de l’évacuation. Comme nous l’avons déjà souligné, TEPCo a refusé toutes les procédures de conciliation et les plaignants n’ont pas eu d’autre choix que de saisir la justice.

Après la Haute Cour de Sendaï il y a quelques jours, c’est la deuxième fois qu’une Haute cour confirme en appel la nécessité de mieux indemniser les personnes déplacées. Dans un éditorial, l’Asahi demande de revoir les règles d’indemnisation car, presque à chaque fois, la justice a ordonné à TEPCo de verser des sommes supplémentaires, même si les procédures durent longtemps. La perte des conditions de vie d’origine devrait être reconnue au même titre que l’évacuation.

12 sites d’entreposage de déchets radioactifs pourraient fuir en cas de pluies torrentielles

A l’automne dernier, les fortes pluies dues au typhon Hagibis avaient emporté 91 sacs de déchets radioactifs. 40 n’avaient pas été retrouvés. Le ministère de l’environnement a donc inspecté 322 sites d’entreposage situés près d’un cours d’eau ou pouvant être inondés dans la province de Fukushima. Pour douze d’entre eux, il y a un risque que des sacs soient emportés ou endommagés. Il y a 721 sites d’entreposage à Fukushima.

Parmi les douze sites exposés, celui de Namié est sous la responsabilité du gouvernement. Les autres sont sous la responsabilité des communes. Il y en a 4 à Kawauchi, 2 à Iwaki, Nihonmatsu et Daté, et un à Kawamata. Le plus gros contient 21 000 m3 de déchets. Le plus petit, 1 500 m3.

Des barrières vont être installées ou les sacs retirés d’ici la fin mai, selon les autorités. En effet, la saison des pluies débute à la mi-juin généralement.

Pour en savoir plus, voir le document en anglais du ministère.

Arrêt de la centrale nucléaire de Sendaï à cause du retard dans la mise en place des mesures anti-terrorisme

Il y a moins d’un an, l’Autorité de régulation nucléaire avait décidé de ne pas donner de délai supplémentaire aux exploitants du nucléaire japonais pour la mise en place des mesures de protection contre les attaques terroristes. Plusieurs réacteurs nucléaires doivent être arrêtés, le temps d’effectuer les travaux nécessaires.

Kyûshû Electric vient d’arrêter le réacteur n°1 de sa centrale de Sendaï, située dans la province de Kagoshima, car la date limite est fixée au 17 mars 2020. La compagnie espère le remettre en route le 26 décembre prochain. Le réacteur n°2 sera arrêté en mai prochain. La centrale de Takahama, exploitée par Kansaï Electric devrait suivre (voir la liste des réacteurs concernés).

Selon la compagnie, 90% du gros œuvre ont été effectués, mais seulement la moitié de tout ce qui concerne les travaux électriques et la mise en place des machines.

Kansaï Electric : rapport de la commission d’enquête suite au scandale de corruption

Après l’éclatement du scandale de corruption qui secoue Kansaï Electric (KEPCo), la compagnie a mis en place une commission d’investigation composée de quatre magistrats externes qui vient de remettre son rapport. Le communiqué de presse de la compagnie est laconique, mais il donne accès au rapport en japonais.

Shigéki Iwané, le PDG a démissionné, comme convenu, et est remplacé par Takashi Morimoto, un des vice-présidents exécutifs.

Selon la presse japonaise, la commission a dénombré 75 personnes qui ont reçu des “dons” d’Eiji Moriyama, ancien adjoint au maire de Takahama, maintenant décédé. Le total atteint 360 millions de yens (3 millions d’euros). Kansaï Electric avait admis que 23 personnes avaient bénéficié de ces largesses, l’an dernier. La commission en a donc trouvé 52 de plus !

Selon la commission, plusieurs employés de KEPCo ont fourni à Eiji Moriyama des informations stratégiques sur les projets de la compagnie et favorisé les compagnies qui l’employaient comme conseiller. Jusqu’à présent, KEPCo avait nié tout favoritisme dans l’attribution de ses marchés. Le schéma de corruption est maintenant très clair.

Les “dons” ont commencé en 1987 et ont duré plus d’une trentaine d’années. Ils ont augmenté après la catastrophe de Fukushima car les nouvelles règles de sûreté ont entraîné de nombreux travaux dans les centrales nucléaires que les compagnies sous-traitantes qui employaient Eiji Moriyama voulaient. Ce dernier maintenait ainsi des rémunérations conséquentes.

Le rapport mentionne aussi des cas de “dons” directs de compagnies sous-traitantes à des cadres de KEPCo, qui les auraient favorisées en retour.

Bien évidemment, la commission a dénoncé toutes ces pratiques illégales et le fait qu’elles n’aient pas été dénoncées en interne. Elle parle d’une situation “extrêmement sérieuse et profondément enracinée.”

Le ministre de l’industrie a écrit à Kansaï Electric pour lui demander de revoir son fonctionnement interne (lettre en japonais). Elle va proposer des mesures concrètes d’ici juin. En attendant, 6 dirigeants de la compagnie vont rendre 20% de leur salaire pendant 3 mois.

Rétablissement de la ligne Jôban à travers à zone la plus contaminée

Comme prévu, la partie de la ligne de chemin de fer Jôban, qui traverse la zone la plus contaminée, dite de retour difficile, a été rétablie. Elle fait 20,8 km, dont 13,6 en zone de retour difficile. Le premier train a circulé devant les médias alors que les ordres d’évacuer devant les 3 gares de la zone viennent d’être levés. Initialement, une cérémonie était prévue, mais elle a été annulée à cause du COVID-19.

Carte de l’Asahi.

Il y avait 34 000 habitants dans les 3 communes concernées (Futaba, Ôkuma et Tomioka) avant la catastrophe nucléaire. Seulement 1 943 étaient de retour au 1er mars 2020.

Toute la ligne Jôban, qui relie Tôkyô à Sendaï, dans la province voisine de Miyagi, sur 344 km en longeant souvent la côte, a rouvert.