Un mur de protection contre les tsunamis est en cours de construction à la centrale de Fukushima daï-ichi, mais il est trop bas ! Une réévaluation du risque a conduit TEPCo à décider de construire un autre mur, plus élevé !
Le mur actuel, en cours de construction, fait 11 m de haut. Au sud du réacteur n°4, un mur de 12,8 m est terminé. Mais cela n’est pas suffisant. TEPCo va donc en construire un autre, de 16 m de haut, d’ici 2023.
Espérons que les futures estimations du risque tsunami ne vont pas montrer que cela ne suffira toujours pas…
La gestion de l’eau contaminée accumulée dans des cuves constitue l’un des défis majeurs auxquels doit faire face TEPCo. Comme les autorités, elle aimerait pouvoir la rejeter dans l’Océan Pacifique, qui est l’option privilégiée, mais 73% du stock a une concentration résiduelle qui dépasse les autorisations de rejet. Rappelons que TEPCo va manquer de place à partir de 2022 pour ses cuves. Le portail dédié à l’eau contaminée fait état d’un stock, à la date du 20 août 2020, de 1,2 million de mètres cubes dans 1 041 cuves.
La charte ci-dessous, reprise du portail de TEPCo montre que pour 6% du stock, la contamination résiduelle pour 7 radioéléments majeurs est 100 fois plus élevée que ce qui est autorisé pour les rejets. C’est entre 10 et 100 fois pour 15% du stock.
Les “repurposed tanks” sont des cuves qui contenaient de l’eau contaminée partiellement traitée, où seul le strontium-90 avait été retiré. Cette eau ayant été traitée, les cuves sont réutilisées pour de l’eau entièrement traitée par la station ALPS. Mais, comme l’explique TEPCo dans ce document (copie), il restait des boues au fond de la cuve qui a fait remonter significativement la contamination de l’eau ! Ces cuves sont donc comptées à part dans la charte ci-dessus.
TEPCo s’est engagée à traiter une deuxième fois l’eau qui dépasse les autorisations de rejet et elle vient d’annoncer dans un communiqué (copie) qu’elle va effectuer les premiers tests à partir du 15 septembre prochain sur 2 000 m3. Une partie a une contamination résiduelle moyenne pour 7 radioéléments majeurs 153 fois plus élevée que ce qui est autorisé pour les rejets, et pour une autre partie, c’est 3 791 fois plus. La compagnie devrait donner les résultats à la mi-octobre 2020 pour les 62 radioéléments qu’ALPS peut retirer.
Pour la première fois en presque 10 ans, TEPCo mentionne aussi le carbone-14, qui sera mesuré avant et après le traitement, même s’il n’est pas retiré. Cet élément n’était jamais mesuré ni évoqué dans les résultats publiés par la compagnie, comme nous l’évoquions dès septembre 2013. Dans ce document (copie), déjà mentionné plus haut, TEPCo explique qu’il y avait un écart significatif entre la somme de l’activité bêta des 7 radioéléments majeurs (Cs-134/137, Sr-90, Co-60, Sb-125, Ru-106, I-129) et la radioactivité bêta totale. Elle l’explique désormais par le carbone-14 et le technétium-99. Des mesures carbone-14 ont été effectuées depuis et la concentration maximale obtenue va être ajoutée au calcul des ratios entre la contamination résiduelle et les limites autorisées. Il aura fallu presque 10 ans à la compagnie pour s’en rendre compte, sans que cela ne perturbe l’autorité de régulation nucléaire japonais ou l’AIEA qui s’est prononcée sur la gestion de l’eau contaminée.
Le musée dédié à la triple catastrophe, situé à Futaba, dans le parc mémorial est terminé. Il a coûté 5,3 milliards de yens (42 millions d’euros) et ouvrira le 20 septembre prochain. Il présente des témoignages des victimes du tsunami, du séisme et de l’accident nucléaire, ainsi que des objets reflétant les événements. Il y a aussi une photo du slogan affiché à l’entrée de la rue principale de Futaba : le nucléaire, une énergie radieuse pour l’avenir.
La page de suivi du retrait des combustibles de la piscine du réacteur n°3 affiche le retrait de 336 assemblages sur 566, dont 284 de combustibles usés. C’était 200 assemblages usés le 21 juillet 2020. Les opérations semblent se dérouler sans problème, désormais.
Comme la France, le Japon fait face à un risque de saturation de ses entreposages de combustibles usés. Mais, à la différence de la France, il n’y a pas d’entreposage centralisé : les combustibles attendent sur le site des centrales nucléaires.
L’autorité de régulation nucléaire vient de valider le dossier de renforcement de la sûreté du projet de premier entreposage centralisé, situé à Mutsu, dans la province d’Aomori. Le centre peut faire face à une accélération de 620 gals en cas de séisme, contre 450 gals dans le dossier initial, et à une vague de tsunami de 23 mètres.
Il s’agit d’un entreposage à sec qui doit pouvoir accueillir dew combustibles usés en provenance des centrales de Kashiwazaki-Kariwa et de Tôkaï. Ces deux centrales sont à l’arrêt. L’exploitant est une filiale à 80% de TEPCo et à 20% de JAPCo établie en 2005. La construction de la première phase du projet, d’une capacité de 3 000 tonnes, est presque terminée. Les travaux de la deuxième phase, avec un bâtiment pouvant accueillir 2 000 tonnes supplémentaires, n’ont pas encore commencé. L’avis de l’Autorité de régulation va être soumis à la consultation du public.
L’avantage de l’entreposage à sec est qu’il n’y a pas besoin de sources d’énergie et d’eau pour refroidir les combustibles usés. Mais il ne peut intervenir qu’après plusieurs années en piscine. Voir le rapport de l’IRSN qui compare les avantages et inconvénients des deux options.
D’autres compagnies d’électricité, comme Shikoku Electric, Chûbu Electric et Kyûshû ont aussi des projets d’entreposages à sec, mais sur le site de leurs centrales. Kansaï Electric, quant à elle, recherche un site pour un nouvel entreposage. le site retenu devrait être connu d’ici la fin de l’année.
L’exploitant du futur site de Mutsu, qui doit entrer en service en 2021, est abusivement appelé Recyclable-Fuel Storage Co. (RFS) ! En effet, sur le papier, ces combustibles sont destinés à être retraités, mais la mise en service de l’usine de retraitement de Rokkashô-mura accuse déjà 25 années de retard et il n’y a pas de débouchés pour le plutonium qui pourrait être extrait. Même en France, où EDF fait retraiter une partie de ses combustibles, le taux de recyclage est inférieur à 1%.
Quand la compagnie RFS a été établie, TEPCo et JAPCo ont signé un accord avec les autorités régionales et municipales dans lequel elles s’engageaient à ce que le combustible n’y reste pas plus de 50 ans. Il y a de forts doutes quant à cet engagement.
Les autorités régionales de Fukushima ont mis en ligne les derniers résultats à la date du 31 mars 2020 de leur campagne de dépistage du cancer de la thyroïde chez les jeunes de la province. Il s’agit du 39ème rapport. Les résultats détaillés sont ici en japonais. Une traduction officielle en anglais des principales données devrait être bientôt disponible et le blog Fukushima voices devrait proposer son propre résumé en anglais.
Avec un dépistage tous les deux ans par échographie, les jeunes de moins de 18 ans qui participent en sont déjà à leur 4ème examen médical. Après 18 ans, le dépistage suivant se fait à l’âge de 25 ans. Les autorités japonaises préparent la cinquième campagne de dépistage qui a pris du retard à cause de la covid-19. Les résultats présentés lors de cette 39ème session sont résumés dans ce document en japonais.
Les principales données sont rassemblées dans le tableau ci-dessous. Il n’y a pas de changement dans les données relatives à la première campagne de dépistage. Concernant la deuxième campagne, deux enfants supplémentaires ont subi une intervention chirurgicale qui a confirmé la suspicion de cancer de la thyroïde. Il y a désormais 54 cas de cancer confirmé. Les résultats détaillés sont ici en japonais.
La troisième campagne de dépistage, dont les résultats sont détaillés ici en japonais, fait apparaître un cas de cancer de la thyroïde suspecté supplémentaire. Le nombre total est de 31 maintenant. Il y a aussi un enfant de plus qui a subi une intervention chirurgicale qui a confirmé la suspicion de cancer, ce qui porte à 27 le nombre de cas confirmés.
Lors de la quatrième campagne de dépistage, dont les résultats sont détaillés ici en japonais, 5 nouveaux cas de cancer suspecté sont apparus, pour atteindre un total de 21 cas. Parmi eux, 13 ont été confirmés par une intervention chirurgicale, soit 2 de plus que la dernière fois.
Pour les jeunes qui avaient moins de 18 ans lors de la catastrophe nucléaire, le dépistage continue après qu’ils aient passé l’âge de 18 ans. Le premier contrôle se fait à l’âge de 25 ans. Ainsi, parmi les jeunes concernés qui ont eu 25 ans depuis 2017, il y a 3 cas suspectés supplémentaires, ce qui porte le total à 7. Parmi eux, 4 ont été confirmés par une intervention chirurgicale, soit 3 de plus que la dernière fois.
On arrive donc à un total de 246 cas de cancers de la thyroïde suspectés chez les jeunes de Fukushima, dont 199 ont été confirmés lors d’une intervention chirurgicale. Il n’y a toujours qu’un seul cas qui s’est révélé être bénin après l’intervention (première campagne).
Le nombre de cas nouveaux, qui n’ont été détectés qu’à partir de la seconde campagne de dépistage (130), est plus élevé que le nombre de cas détectés lors de la première campagne (116), qui peut inclure des cancers qui existaient déjà avant la catastrophe nucléaire.
Le tableau ci-dessous montre que le nombre d’enfants dépistés diminue avec le temps, au fur et à mesure des campagnes. Le nombre de cas réels est donc plus élevé.
Dépistages avec résultat
Examens complémentaires terminés
Cytoponctions
Nombre de cancers suspectés
Nombre de cancers confirmés
Première campagne
300 472
2 091
547
116
101
Deuxième campagne
270 529
1 826
207
71
54
Troisième campagne
217 920
1 060
78
31
27
Quatrième campagne
177 424
647
49
21
13
Plus de 25 ans
5 234
160
13
7
4
Bilan des campagnes de dépistage du cancer de la thyroïde chez les jeunes de Fukushima au 31 mars 2020
Le dépistage gouvernemental n’a lieu que dans la province de Fukushima alors que les provinces voisines ont aussi été touchées par les retombées radioactives. Les cas de cancer de la thyroïde qui pourraient y apparaître échappent aux données officielles.
Un exercice de crise a eu lieu dans la province de Fukui, avec évacuation, pour tester la réponse en situation de pandémie. Et le scénario supposait un accident sur deux centrales nucléaires (Takahama et Ôï) voisines en simultané, suite à un séisme de magnitude 6 dans la Baie de Wakasa.
50 habitants de la commune d’Ôï ont participé à l’exercice d’évacuation. 30 ont été emmenés en bus jusqu’à Tsuruga. Seul un siège sur deux a été utilisé. Les autres se sont confinés dans un local municipal.
L’an denier, l’exercice avait impliqué un millier d’habitants et 1 800 personnes. Cette année, il a été revu à la baisse pour protéger les participants ! Outre les habitants, il n’y a eu que 300 personnes impliquées dans l’exercice.
TEPCo annonce avoir reçu le 103ème versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations : 11,2 milliards de yens (88 millions d’euros au cours actuel). Rappelons que cet argent est prêté sans intérêt.
En prenant en compte ce versement et les 188,9 milliards de yens venant de l’Act on Contract for Indemnification of Nuclear Damage Compensation, TEPCo annonce avoir reçu un total de 9 579 milliards de yens (75,4 milliards d’euros au cours actuel, qui est bas ), en incluant le présent versement et cela ne suffira pas.
Le communiqué de TEPCo est accompagné d’un tableau avec les sommes versées au titre des indemnisations, mais sans explications. Le total s’élève à 9 554,7 milliards de yens (75,2 milliards d’euros).
Pour la 25ème fois, la mise en service de l’usine de Rokkashô-mura, dans la province d’Aomori, a été repoussée. C’est désormais pour 2022… qui est 25 ans après la date initiale. Le président de Japan Nuclear Fuel Limited, l’exploitant, l’a annoncé au gouverneur de la province.
Le coût est passé de 760 à 3 000 milliards de yens (6,3 à 25 milliards d’euros), alors que l’on ne sait toujours pas à quoi va servir cette usine puisqu’il n’y a pas de débouchés pour le plutonium extrait…
D’ailleurs, pour la première fois depuis les années 60, le Japon n’a quasiment pas importé de combustible nucléaire en 2019. Rappelons que seulement 9 réacteurs ont été remis en service depuis 2011 et 21 ont été arrêtés définitivement. Et toutes les quatre usines de fabrication du combustible sont à l’arrêt en attendant d’obtenir la validation de leur nouveau dossier de sûreté par l’autorité de régulation nucléaire. Selon l’agence Kyodo, reprise par le Maïnichi, les trois compagnie qui exploitent des réacteurs actuellement ont assez de stock.
Kansai Electric, qui possède sept réacteurs nucléaires situés dans la province de Fukui, fait face à trois grands défis, selon le Yomiuri, journal conservateur qui vante régulièrement l’énergie nucléaire. Quatre de ces sept réacteurs ont été remis en service depuis la catastrophe de Fukushima : Takahama 3 et 4, et Ôï 3 et 4.
Le premier défi concerne l’implémentation des mesures de protection contre le terrorisme qui a pris du retard partout. Mais l’Autorité de régulation nucléaire a refusé de reporter les échéances, ce qui conduit à des arrêts, le temps de finir les travaux. Pour Takahama 3 et 4, les échéances sont le 3 août et le 8 octobre 2020 et les travaux devraient être terminé en janvier et février 2021, respectivement. Pour Ôï, même si les échéances sont en août 2022, il pourrait y avoir aussi du retard.
Le deuxième défi concerne l’extension de la durée d’exploitation des vieux réacteurs, au-delà de l’âge limite de 40 ans introduit après la catastrophe nucléaire de Fukushima. Cette extension peut être demandée de façon exceptionnelle par l’exploitant. Kansaï Electric a obtenu l’accord de l’autorité de régulation nucléaire pour Takahama 1 et 2, ainsi que pour Mihama 3. Les travaux de renforcement de la sûreté sont en cours et devraient être terminés en septembre 2020 pour Takahama 1 et Mihama 3, et en avril 2021 pour Takahama 2. Mais il faut aussi obtenir l’accord des autorités locales qui sont réticentes depuis que le scandale de corruption des cadres de KEPCo a éclaté. L’échéance pour l’implémentation des mesures anti-terroristes, fixée à juin 2021 pour Takahama 1 et 2 et octobre 2021 pour Mihama 3 ne sera pas respectée. Si ces réacteurs devaient être mis en service prochainement, ils seront rapidement arrêtés. Dans ces conditions, même le Yomiuri s’interroge sur la rentabilité du nucléaire !
Le troisième défi est la saturation prochaine des piscines d’entreposage des combustibles usés, comme en France. Kansaï Electric cherche un site pour un entreposage centralisé et elle s’est engagée à ce qu’il soit en dehors de la province de Fukui. Le site devrait être connu avant la fin 2020, mais, là encore, le scandale de corruption ne facilite pas les échanges avec les élus locaux. Heureusement qu’une partie de ses réacteurs est à l’arrêt, cela lui permet de gagner du temps.
La province de Fukui ne veut pas de ce combustible usé. Elle le taxe même plus après 5 années d’entreposage pour accélérer le départ, mais il n’y pas de destination pour le moment ! Le village nucléaire rêvait du retraitement, mais l’usine qu’il a construite à Rokkashô-mura n’a pas encore été mise en service et accuse 24 années de retard.