Kawauchi : aides financières pour attirer de nouveaux habitants

A Kawauchi, où l’ordre d’évacuer vient d’être levé entièrement après une levée partielle en octobre 2014, le taux de retour reste faible : 1 800 personnes sur 3 000. Et 40% des personnes qui sont rentrées ont plus de 65 ans. C’est à peu près le nombre d’habitants attendus en 2030. La catastrophe nucléaire a accéléré l’exode et le vieillissement de la population.

Selon le Maïnichi, la commune veut attirer les familles mono-parentales en les aidant financièrement : une première somme de 600 000 yens (5 000 euros) sera allouée à chaque foyer pour aider à l’installation plus 50 000 yens par personne (424 euros), avec une limite à 4 personnes. La commune va aussi aider à l’embauche sur place et fournir une aide au logement qui pourra couvrir la moitié eu loyer, avec une limite à 20 000 yens par mois. La garde des enfants sera assurée (un problème au Japon dans les grandes villes).

Une visite guidée du village sera organisée à la fin juillet pour les personnes potentiellement intéressées. La commune espère attirer ainsi 5 à 10 personnes cette année et une quinzaine la suivante.

Suspension du redémarrage des réacteurs de Takahama confirmée par la justice

En mars dernier, un tribunal d’Ôtsu avait suspendu les opérations de redémarrage des réacteurs n°3 et 4 de la centrale de Takahama dans la province de Fukui. Kansaï Electric (KEPCo), l’exploitant, avait fait immédiatement appel.

La cour d’Ôtsu vient de confirmer son jugement en estimant qu’il ne peut pas être déclaré que les réacteurs sont sûrs parce qu’ils satisfont aux nouveaux critères de sûreté. Et de lister toute une série de problèmes allant des plans d’urgence au risque tsunami. C’est le même juge qu’en mars dernier qui a débouté la compagnie. Il a expliqué que KEPCo n’a pas donné d’explications suffisantes.

KEPCo est furieuse et explique que cette suspension lui coûte 300 millions de yens par jour. La bataille judiciaire continue, mais pourrait prendre des mois.

En mars 2011, le président de TEPCo a interdit d’utiliser l’expression “fusion du cœur”

En mars 2011, TEPCo et le gouvernement n’ont pas utilisé l’expression “fusion du cœur” (meltdown) pour caractériser les accidents en cours dans les réacteurs 1 à 3 de la centrale de Fukushima daï-ichi. Il n’était question que “d’endommagement du combustible” avec même un pourcentage. Ce n’est que le 15 mai 2011 que TEPCo a finalement reconnu qu’il y avait eu fusion du cœur dans les réacteurs 1, 2 et 3.

Cinq ans plus tard, TEPCo a affirmé avoir découvert que son propre manuel d’urgence disait qu’une fusion a eu lieu si au moins 5% du combustible a fondu. Cinq ans pour lire un manuel d’urgence… Face au scandale, TEPCo a diligenté une enquête interne confiée à un tiers. Il ressort du rapport, basé sur des entretiens avec une soixantaine d’employés de la compagnie et qui vient d’être présenté à la presse, que le Président de la compagnie de l’époque a ordonné de ne pas utiliser l’expression “fusion du cœur”.

Cela a eu lieu le soir du 14 mars 2011, alors qu’un vice-président allait participer à une conférence de presse. Masataka Shimizu, alors président, lui aurait interdit d’utiliser cette expression, en expliquant qu’il s’agissait d’une instruction du cabinet du premier ministre. Un membre du gouvernement n’aurait pas apprécié, le 12 mars 2011, que TEPCo montre une photo du réacteur n°1 détruit par une explosion hydrogène sans en avoir informé le gouvernement au préalable. Le Président Shimizu aurait alors reçu l’instruction du cabinet du premier ministre que toutes les informations rendues publiques devaient être validées par la cellule de crise gouvernementale.

Ainsi, concernant l’affaire de l’utilisation de l’expression “fusion”, le rapport des trois juristes mandatés par TEPCo dit : Compte tenu de ces faits, il est vraisemblable que le Cabinet du Premier ministre a demandé Shimizu faire attention avant d’admettre une fusion en en public.” Mais, le gouvernement de l’époque n’a pas été interrogé et l’on ne sait pas qui aurait donné cet ordre à TEPCo. Cela demande donc des investigations supplémentaires. En revanche, l’ordre donné au vice-président Sakae Mutô est confirmé.

Le président de la commission d’enquête a expliqué à la presse qu’il était difficile pour TEPCo d’utiliser l’expression “fusion du cœur” alors que les autorités ne l’utilisaient pas. C’est un peu court comme argument, car TEPCo est responsable de ses installations et de l’information sur l’état de ses réacteurs. Il est aussi incompréhensible que personne, parmi les experts officiels, n’ait contredit la compagnie à ce propos.

Pour le moment, il n’y a rien en anglais sur le site de TEPCo. Pas très surprenant. Quant aux commentaires en japonais du PDG actuel ne sont que du blabla lénifiant. Le rapport est ici en japonais.

Le premier ministre de l’époque, Naoto Kan et le porte-parole du gouvernement, Yukio Edano ont démenti toute pression contre la compagnie à propos de l’expression “fusion du cœur”. Ils estiment que le rapport est partial car ils n’ont pas été interrogés et que les membres du groupe qui a enquêté ont été choisis par TEPCo.

Rappelons que c’est suite aux demandes répétées du gouverneur de Niigata que TEPCo s’est penchée sur ce problème du retard à la reconnaissance de la gravité de l’accident nucléaire. Un membre de la commission d’enquête mise en place par cette province estime que ce rapport n’apporte rien de neuf, mise à part la confirmation de l’ordre donné par le PDG de l’époque et qu’il ne fait que reprendre le point de vue de TEPCo. Il n’est donc pas satisfait par la réponse de la compagnie.

Rappelons aussi que deux membres de la défunte NISA, l’autorité de sûreté de l’époque, avaient utilisé l’expression “fusion du cœur” les 12 et 13 mars 2011 devant les médias sans avertir le cabinet du premier ministre au préalable et qu’il avait ensuite été écarté des relations publiques.

Déchets radioactifs dans une école

La décontamination génère d’énormes quantités de déchets radioactifs : 22 millions de mètres cubes sont attendus à Fukushima et comme le site prévu pour les entreposer n’avancent pas, ils s’entassent partout, même dans les cours d’école.

Selon l’Asahi, dans le district d’Iizaka de la ville de Fukushima, 20 m3 de déchets radioactifs s’entassent juste derrière le parking à vélos du lycée utilisé par les élèves. Un enseignant a fait un prélèvement en mars dernier et a fait mesurer les échantillons dans deux laboratoires associatifs. Résultat 27 000 à 33 000 Bq/kg alors qu’à partir de 8 000 Bq/kg, c’est un déchet à éliminer. Aucune mesure de protection particulière n’est prise et le principal n’envisage pas d’en mettre en place. D’autres déchets, encore plus radioactifs y sont aussi enterrés.

La catastrophe de Fukushima n’est qu’un problème d’image

Quand l’agence de reconstruction, mise en place après mars 2011, communique sur son action à Fukushima, le titre de la présentation est : Eliminer l’impact d’une mauvaise réputation. La catastrophe nucléaire ne serait donc qu’un problème d’image !

En effet, tout va bien : la zone évacuée ne fait que 7% de la surface de la province de Fukushima et ailleurs, la vie y est “normale”. Les habitants inquiets apprécieront. Le débit de dose ambiant est inférieur à ce que l’on peut mesurer à Paris ou Shanghai.

Dans une vidéo du même acabit, mise en ligne en mars 2016, à l’occasion du cinquième anniversaire de la catastrophe, le ministère de l’industrie explique que le retour des habitants dans les zones où l’ordre d’évacuer a été levé “progresse en douceur”. La décontamination est montrée, mais l’on ne voit pas un seul déchet.

En ce qui concerne l’impact sanitaire, seules les prédictions du rapport de l’UNSCEAR sont mentionnées. Pas de crainte à avoir, donc. Pas un mot sur le nombre réel de cancers de la thyroïde qui est observé. A la fin de la vidéo, on a l’impression que la vie à Fukushima y est meilleure qu’avant la catastrophe…

C’est à ce demander pourquoi la population, qui souffre de son statut de personnes déplacées, préfère ne pas rentrer.

Ce genre de propos lénifiants sont repris en France par l’IRSN et le CEPN dans leur webdocumentaire “Kotoba” (qui signifie “mot” et pas “dialogue”) : pas de déchets radioactifs, pas de malade, pas de résidents qui ne veulent pas rentrer… Juste quelques petits soucis, mais en douze dialogues, tout est réglé !

Bref, les rapports de l’ACRO :

ne contiennent que des “rumeurs néfastes”…

Il y a deux mois, la terre commençait à trembler à Kumamoto

Deux mois après les premières secousses à Kumamoto, il y a encore 6 431 personnes évacuées dans 145 abris. Il y a eu jusqu’à 183 882 réfugiés. Il y a aussi encore 575 personnes évacuées qui dorment dans leurs voitures.

Les premiers logements préfabriqués viennent d’être livrés. A Mashiki, la commune la plus touchée, 88 logement provisoires viennent d’ouvrir et la commune veut en installer 1 200 d’ici la mi-juillet alors que 4 700 habitations ont été très endommagées ou détruites.

Sur toute la province de Kumamoto, le nombre de préfabriqués n’est que de 232 pour le moment et devrait atteindre, à terme, 4 600, alors qu’il y a 30 120 habitations endommagées ou détruites.

Ordre d’évacuation entièrement levé à Kawauchi

Quand l’ordre d’évacuer a été levé à Kawauchi, le 1er octobre 2014, une zone n’était pas concernée, à savoir deux districts, Ogi et Kaïnosaka, avec 52 habitants enregistrés dans 19 foyers. Voir la carte officielle des zones évacuées au 1er octobre 2014.

Comme annoncé fin avril, cet ordre d’évacuer vient d’être levé pour ces deux districts et les habitants peuvent rentrer dans tout le village, mais, comme ailleurs, le taux de retour devrait être faible. Les forêts environnantes n’ont pas été décontaminées.

Cela fait suite à la levée de l’ordre d’évacuer à Katsurao, il y a deux jours. La dernière carte des zones évacuées est ici en japonais. La dernière carte disponible en anglais date de septembre 2015.

Il faut revoir la résistance aux séismes des réacteurs nucléaires

La série de séismes qui a secoué la province de Kumamoto et d’Ôïta en avril dernier est atypique : la secousse la plus forte n’était pas la première. La fréquence des répliques n’a pas faibli pendant quelques semaines, comme c’est habituellement le cas.

Pour Kunihiko Shimazaki, sismologue et commissaire de l’Autorité de Régulation Nucléaire (NRA) jusqu’en septembre 2014, pense qu’il faut revoir les règles de sûreté en ce qui concerne la résistance aux séismes. Lorsqu’il était en poste, il était exigeant sur ce point et a fait avancer la sûreté au Japon, ce qui lui a valu de nombreux ennemis.

Suite aux tremblements de terre de Kumamoto, Kunihiko Shimazaki déclare à l’agence de presse jiji dans le Japan Times que la méthode actuelle d’évaluation sous-estime l’amplitude possible des séismes qui peuvent secouer les centrales nucléaires, surtout quand les failles sont verticales. Une révision des procédures de la NRA est donc nécessaire.

Ces failles verticales seraient surtout présentes dans l’Ouest du Japon et donc les secousses de référence utilisées pour qualifier les centrales de Takahama et d’Ôï à Fukui et de Genkaï à Saga devraient être recalculées. Les dernières données doivent être prises en compte.

La province de Kumamoto vient à nouveau d’être secouée par un séisme d’intensité 5 sur l’échelle japonaise dimanche 12 juin à 22h, alors que l’intensité des répliques était en diminution. La dernière secousse d’intensité supérieure à 5 était le 19 avril. Il y a déjà eu plus de 1 700 répliques supérieures à 1, c’est à dire sensibles à l’homme, depuis le 14 avril.

Levée de l’ordre d’évacuer à Katsurao

Comme annoncé en avril dernier, le gouvernement a levé l’ordre d’évacuer de Katsurao, sauf pour la partie de la commune classée en zone de “retour difficile”. Plus de 90% des foyers de la commune peuvent désormais rentrer chez eux, alors que tout le village avait été évacué en 2011 (1 347 personnes réparties dans 418 foyers sur 1 466 personnes dans 451 foyers). 119 personnes dans 33 foyers de la zone de “retour difficile” ne peuvent pas rentrer chez elles.

Cette levée concerne la zone dite de “préparation au retour” où l’exposition externe était inférieure à 20 mSv par an et la zone dite de “restriction de résidence” où elle était comprise entre 20 et 50 mSv par an. C’est la première fois que l’ordre d’évacuer est levé pour cette dernière.

Mais à peine 10% des personnes autorisées à rentrer (126 personnes dans 53 foyers) ont demandé de pouvoir passer la nuit dans leur maison afin de préparer le retour. Il n’y a pas encore de magasin ou de médecin, même si un service de livraison à domicile a été mis en place, et environ la moitié de la surface des rizières sert d’entreposage de sacs de déchets radioactifs issus des chantiers de décontamination (voir la photo du Japan Times). Personne ne sait quand ces déchets seront enlevés. Le service de bus n’a pas repris non plus. Si l’on ajoute à cela les inquiétudes relatives à la contamination radioactive rémanente, qui constitue le problème principal pour de nombreuses familles, le taux de retour devrait être très faible, comme ailleurs.

Pour 400 foyers, l’alimentation en eau a changé : ce n’est plus un torrent de montagne potentiellement contaminé, mais une nappe phréatique moins exposée.

Par ailleurs, seulement 14% des 347 maisons à détruire de Katsurao ont été rasées. C’était 6% en mars dernier. Évidemment, la reconstruction d’une nouvelle habitation est encore plus en retard. C’est environ 40% pour les 11 communes concernées de Fukushima. Le gouvernement annonce un taux de 90% en mars 2017 quand tous les ordres d’évacuer seront levés, à l’exception des zones de “retour difficile”. Il se refuser aussi à reporter cette levée sous le prétexte de ne pas faire attendre inutilement ceux qui peuvent déjà rentrer. Il a donc essayé de donner la priorité aux maison dont les habitants veulent revenir.

Après le district de Miyakoji à Tamura et la partie Est de Kawauchi en 2014, puis la commune de Naraha en 2015, c’est la quatrième fois qu’une telle décision est prise depuis le début de la catastrophe nucléaire. Un ordre d’évacuation demeure dans 9 communes de Fukushima, interdisant le retour de 90 000 personnes environ.

Nouvelle plainte contre la centrale de Sendaï

33 personnes des provinces de Kagoshima, Kumamoto et Fukuoka sur l’île de Kyûshû ont saisi la justice pour demander la révocation de l’autorisation d’exploiter la centrale nucléaire de Sendaï située à Kagoshima, où il y a les deux seuls réacteurs en opération du Japon. Elles estiment que l’Autorité de Régulation Nucléaire a sous-estimé le risque volcanique et ignoré les derniers résultats de la recherche.

En 2014, un autre groupe avait déjà saisi la justice pour suspendre, en vain, les autorisations de redémarrage de cette centrale. Il avait été débouté.

Localement, dans la commune de Satsumasendaï qui abrite la centrale, nombreux sont ceux qui commencent à tourner la page du nucléaire. Le projet de troisième réacteur a été abandonné suite à la catastrophe de Fukushima, la commune ayant retiré son accord, et les deux réacteurs seront arrêtés un jour. En 2014, 50,3% des 358 entreprises de la communes avaient déclaré que l’arrêt des réacteurs n’avait aucune influence sur leur activité et 48,9% avaient déclaré l’inverse. La commune se tourne vers les énergies renouvelables : il n’y avait qu’une éolienne avant mars 2011, d’une puissance de 250 kW, et maintenant, il y a 134 000 kW d’électricité renouvelable, de quoi alimenter les 46 000 foyers de la commune.