Mihama est toujours sur la sellette

En juillet dernier, l’Agence de Régulation Nucléaire, la NRA, avait dû se fâcher pour que Kansaï Electric (KEPCo) accepte de revoir le risque sismique au niveau de sa centrale de Mihama, dans la province de Fukui. Les réacteurs 1 et 2 ont été arrêtés définitivement, mais la compagnie veut demander une prolongation exceptionnelle au-delà de 40 ans pour le réacteur n°3.

En août, KEPCo a fini par obtempérer sur le risque sismique et les nouveaux critères ont été validés par la NRA. Mais l’autorité de sûreté n’a pas reçu de documents depuis. Sachant que l’instruction d’un tel dossier prend des mois et qu’il faut rendre un avis avant novembre 2016, la NRA a averti la compagnie que, dans de telles conditions, il sera difficile de donner son accord au prolongement de 20 ans demandé.

TEPCo a retiré la moitié du toit du réacteur n°1

TEPCo avait recouvert le réacteur n°1 d’une structure temporaire pour limiter les infiltrations d’eau de pluie et les rejets radioactifs gazeux. En juillet dernier, elle a commencé à démanteler cette structure. Un deuxième panneau a été retiré en août dernier et TEPCo vient de retirer le troisième. Il n’y aurait pas eu d’augmentation de rejets de poussières radioactives. La compagnie est moins négligente que pour le réacteur n°3.

Sixième débordement d’eau de pluie contaminée dans l’océan

Nous avions expliqué récemment que TEPCo ne maîtrisait pas les écoulements d’eau de pluie contaminée et que les débordements vers l’océan allaient continuer.

Un sixième débordement vient d’avoir lieu alors que les 8 pompes fonctionnaient à plein régime. Mais la pluie était trop forte pour que la compagnie puisse faire face. Elle a sous-dimensionné ses installations et cela va continuer jusqu’en mars 2016, le temps que les travaux du nouveau bassin soient terminés.

La quantité d’eau qui s’est échappée n’est pas connue, ni sa contamination. Mais TEPCo assure, dans un tweet, qu’il n’y a pas eu d’effet sur l’océan, sans expliquer ce qu’elle entend pas “effet”.

Par ailleurs, la compagnie va rejeter l’eau souterraine pompée au pied des réacteurs à partir du 14 septembre prochain. Elle va commencer par le stock de 4 000 m3 qu’elle a accumulé depuis août 2014, à titre d’essai.

TEPCo montre ses installations de pompage et rejet à la presse

En amont des premiers rejets en mer, après décontamination, de l’eau souterraine pompée au pied des réacteurs, TEPCo a montré ses installations à la presse. Le pompage vient à peine de débuter : 168 m3 ont été pompés le premier jour et 162 m3, le deuxième.

Cette eau est entreposée dans trois cuves situées près du réacteur n°1 et du rivage. L’installation de traitement peut décontaminer partiellement 1 200 m3 par jour.

TEPCo continue à pomper l’eau des sous-sols des réacteurs accidentés, qui est encore plus contaminée par l’eau de refroidissement des cœurs fondu. Elle est aussi partiellement décontaminée et, pour partie réutilisée pour le refroidissement et pour stockée dans des cuves en attendant mieux. Bien entendu, la compagnie rêve pour pouvoir aussi la rejeter dans l’océan. Le stock atteint presque 700 000 m3 et s’accroît de 300 m3 par jour à cause des infiltrations d’eau souterraine.

Le dernier bilan de l’eau contaminée mis en ligne est ici en anglais.

Naraha : l’ordre d’évacuer est levé mais les problèmes demeurent

Comme annoncé, le gouvernement japonais a levé l’ordre d’évacuer la commune de Naraha, située à moins de 20 km de la centrale de Fukushima daï-ichi. Cet ordre avait déjà été levé dans le district de Miyakoji à Tamura et dans une partie de Kawauchi. Mais c’est la première fois que cela concerne une commune entière. Il y a 6 autres communes entièrement évacuées.

Il y a encore 7 368 habitants officiellement enregistrés dans la commune, répartis dans 2 694 foyers. 80% vivent à Iwaki, à une trentaine de kilomètres. Selon des sondages, 46% souhaitent rentrer. Mais, après que le gouvernement ait autorisé les habitants à dormir chez eux pendant de courts séjours afin préparer leur retour, seulement 780 ont fait la demande en tout, pour 351 foyers.

Une cérémonie a été organisée pour l’évènement, avec seulement entre 100 et 200 personnes, selon les médias, dont de nombreux officiels. La veille, 3 000 lanternes ont été allumées pour les victimes des séisme et tsunami de 2011. Le projet de reconstruction a été présenté et un arbre de l’espoir (kibô no ki) a été planté par des enfants. Force est de constater que la population ne se bouscule par pour rentrer, ni pour fêter l’évènement.

Ce sont surtout les personnes âgées qui souhaitent renter. Une partie de la population de Naraha a refait sa vie ailleurs.

La radioactivité résiduelle est une préoccupation importante pour les familles avec enfants. Rappelons que la limite fixée pour le retour correspond toujours à une dose annuelle de 20 mSv, si l’on reste 8 heures par jour à l’extérieur. C’est la limite pour les travailleurs du nucléaire en France et cela s’applique aux enfants de Fukushima, même les plus jeunes. La commune avait demandé une décontamination plus complète. Les négociations ont été difficiles et la levée d’ordre d’évacuer repoussée plusieurs fois. La contamination des boues d’un réservoir (Kido), qui sert à l’alimentation en eau potable, est une source d’inquiétude.

Des dosimètres vont être distribués afin que chacun puisse apprendre à faire attention pour que la dose reçue soit nettement inférieure à la limite. L’eau du robinet va être contrôlée en continu, 24h/24.

L’eau et l’électricité ont été rétablies, mais il manque encore de nombreux services. Une zone commerciale avec services est prévue à l’Est de la gare Tatsuta. Cette “compact town” a été présentée lors de la cérémonie. Un supermarché propose des livraisons gratuites. Un autre devrait ouvrir devrait ouvrir en 2016, ainsi qu’un magasin de bricolage. En attendant, il n’y a que deux superettes (convenience stores) et un supermarché.

Parmi les problèmes qui restent à résoudre, il y a le manque crucial de structures de soin. Avant l’accident nucléaire, le district de Futaba qui inclut Naraha ainsi que quatre autres communes entièrement évacuées et Kawauchi et Hirono, partiellement évacuées, avait 54 hôpitaux et cliniques pour 72 800 habitants, dont 3 hôpitaux avec un service d’urgences secondaires. Il n’y a plus que 5 hôpitaux et cliniques sans service d’urgence pour une population 10 fois moindre. En 2010, 63% des urgences restaient dans le district. Ce n’était que 23% en 2014. Les autres sont envoyés à Kôriyama ou Iwaki. En 2010, une ambulance mettait, en moyenne, 37 minutes pour arriver. C’était 55 minutes en 2014.

Les cliniques attendent le retour des habitants avant de reprendre leurs activités et certains habitants attendent que les cliniques rouvrent… Une clinique devrait ouvrir au centre de la commune en octobre prochain, une autre à partir de février prochain.

Les deux écoles et le collège devraient rouvrir en avril 2017, qui correspond à la rentrée. En attendant, elles restent à Iwaki.

L’apparence de la ville a beaucoup changé. Un tronçon du réseau ferroviaire est toujours hors d’usage, avec des herbes. Des maisons tombent en ruines après plus de quatre années à l’abandon et des bandes de sangliers rôdent dans les rues la nuit. La partie le long de la côte est toujours détruite et des rizières sont couvertes de sacs en plastique noir pleins de déchets radioactifs issus de la décontamination.

Plusieurs compagnies impliquées dans la sécurisation des réacteurs accidentés de la centrale de Fukushima daï-ichi se sont installées à Naraha. Il y a environ 1 000 travailleurs qui y résident temporairement et qui fréquentent les rares commerces. C’est plus que les habitants qui sont revenus préparer leur retour.

Les finances de la commune sont aussi une source d’inquiétude. La centrale de Fukushima daï-ni rapportait beaucoup. Même si elle n’est pas officiellement arrêtée définitivement, elle ne redémarrera jamais. Le déclin de la population rend les investissements difficiles. Les 8 communes du district de Futaba pourraient fusionner dans l’avenir. Mais l’ordre d’évacuer de certaines parties, classées en zones de “retour difficile”, devrait rester en place longtemps encore.

Pourtant, pour plusieurs médias francophones, la commune serait “redevenue habitable ce samedi”… Et d’ajouter que “les autorités estiment en effet que le niveau d’exposition à la radioactivité […] est revenu à un seuil inférieur à 20 millisieverts par an. Ce niveau permet en théorie aux habitants d’y revivre presque normalement, même si la décontamination n’est ni pas intégrale.” Qui irait y vivre “presque normalement” ?

A Fukushima, il y a encore 70 000 personnes qui ne sont pas autorisées à vivre chez elles à cause de la pollution radioactive.

Quelques résultats sur des analyses de sols effectués par un laboratoire indépendant basé à Iwaki sont disponibles en anglais.

Monju : nouvelle inspection et nouvelles découvertes de violation des règles de sûreté

A chaque inspection, des violations des règles de sûreté sont découvertes à Monju, le surgénérateur japonais situé dans la province de Fukui. Cette fois-ci, c’est la classification des équipements du réacteur qui pose problème : les inspecteurs ont trouvé plus de 3 000 erreurs ! Certains équipements importants pour la sûreté étaient parfois classés à un rang inférieur, ce qui signifie que “l’exploitant” n’a peut-être pas effectué les contrôles requis.

L’Agence de régulation nucléaire, la NRA, vient de découvrir le problème lors d’une inspection ordinaire qui a lieu tous les quatre ans. Comme les erreurs remontent jusqu’à 2007, cela signifie que le problème n’a pas été détecté lors des précédentes inspections.

Rappelons que ce réacteur n’a même pas fonctionné une année depuis son “démarrage” en 1994. Une fuite de sodium en 1995 a entraîné un arrêt prolongé. Mais c’est sans rire que la Japan Atomic Energy Agency prétend vouloir reprendre les tests de démarrage avant mars 2016.

Arrêt temporaire du refroidissement de la piscine du réacteur n°3 suite à une fuite d’huile

Une machine télécommandée, utilisée pour retirer les débris de la piscine du réacteur n°3, a heurté un objet, ce qui a entraîné une fuite d’huile de moteur. Le refroidissement de la piscine a dû être stoppé pendant 4 heures, mais la température de l’eau n’est pas montée de façon significative : elle était de 26°C une heure après la reprise du refroidissement.

TEPCo a commencé à pomper l’eau souterraine contaminée pour la rejeter en mer après traitement

Suite au feu vert des coopératives de pêche, le 25 août dernier, TEPCo a commencé à pomper l’eau souterraine au pied des réacteurs. Cette eau peut être fortement contaminée, comme nous le rapportons régulièrement, du fait des échanges avec les sous-sols des réacteurs.

Avant la catastrophe, TEPCo pompait 1 000 m3 par jour pour éviter les infiltrations. Depuis, l’eau injectée pour refroidir le combustible des trois réacteurs accidentés se contamine, fuit dans les sous-sols et se mélange à de l’eau souterraine qui s’infiltre à un rythme de 300 m3 par jour. Une partie de la pollution passe dans la nappe phréatique avant de s’écouler dans l’océan.

Pour tenter de reprendre la situation en main, TEPCo veut reprendre les pompages dans une quarantaine de puits, décontaminer partiellement cette eau et la rejeter directement dans l’océan. Les négociations avec les pêcheurs ont été longues et difficiles, mais ils ont fini par donner leur accord. Il n’y a pas eu de concertation avec la population.

TEPCo a commencé à pomper l’eau souterraine dans vingt puits et devrait se limiter à 200 m3 ce premier jour. Le va être entreposée dans des cuves, puis traitée. On en sait pas quand aura lieu le rejet en mer. La compagnie a déjà 4 000 m3 sur les bras, qu’elle avait pompés il y a un an à titre d’essai. Elle va vouloir les rejeter rapidement.

Voir le communiqué de la compagnie à ce propos.

Un travailleur porte plainte contre TEPCo suite à un cancer

Un homme de 57 ans, qui a participé à des travaux de décontamination en 2011 à la centrale de Fukushima daï-ichi, vient de porter plainte contre TEPCo et ses employeurs, Taisei Corp. et son sous-traitant, Yamazaki Construction Co., suite à de multiples cancers. Il pense que c’est lié à l’exposition aux rayonnements et réclame 65 millions de yens (480 000 euros).

Ce serait la première plainte de se type depuis le début de la catastrophe nucléaire.

Il aurait participé au déblaiement de débris pendant quatre mois à partir de juillet 2011. Sa tâche consistait en la manipulation d’engins télécommandés, mais il aurait dû aussi conduire des engins et déblayer des débris radioactifs à la main quand les machines ne pouvait pas être utilisées.

La dose enregistrée est de 56,41 mSv pour les quatre mois de travail. C’est plus que la limite annuelle autorisée en temps normal, qui est de 50 mSv. Mais il prétend avoir reçu plus de 100 mSv car il aurait parfois travaillé sans dosimètre pour pouvoir travailler au-delà de la limite légale.

On lui aurait diagnostiqué un cancer de la vessie en juin 2012, un cancer de l’estomac en mars 2013 et du colon en mai 2013. Ils seraient apparus séparément. En 2013, il aurait demandé un dédommagement auprès du bureau du travail de Tomioka, mais sa demande a été rejetée.

Données sur la contamination de l’eau et des poissons au mois d’août 2015

Voici quelques données extraites des nombreux tableaux sur la contamination de l’eau souterraine, de l’eau de mer et des poissons au mois d’août 2015.

TEPCo pompe toujours l’eau en amont des réacteurs pour le rejeter directement dans l’océan. Dans le puits de pompage n°9, la contamination en tritium a battu plusieurs records successifs : 280 Bq/l dans le prélèvement du 30 juillet, puis 310 Bq/l dans celui du 13 août et 320 Bq/L dans celui du 20 août. Puis, il y a eu une redescente à 300 Bq/l dans celui 27 août. C’est moins que la limite de rejet de 1 500 Bq/L. Dans le puits voisin n°10, cela dépasse parfois 1 500 Bq/L, mais avec la dilution, TEPCo respecte ses engagements.

Dans l’eau souterraine prélevée aux pieds des réacteurs, la contamination est toujours beaucoup plus élevée. Des records sont régulièrement battus ça et là. Ainsi, dans les prélèvements du 29 juillet, la contamination en tritium a atteint 9 200 et 2 700 Bq/L dans les deux puits. Parfois, c’est contamination bêta totale qui bat des records, comme dans le prélèvement du 3 août dans le puits n°1, avec 2 600 Bq/L, puis 2 900 Bq/L dans celui du 9 août et 3 200 Bq/L dans celui du 13 août et 3 700 Bq/L le 27 août.  Là, la limite de rejet en mer est, à titre de comparaison, de 5 Bq/L. Evidemment, il y a des puits beaucoup plus contaminés, même si des records n’y sont plus battus. Cela montre jusqu’à 500 000 Bq/L en bêta total ou 100 000 Bq/L en tritium.

TEPCo met aussi en ligne des résultats sur la contamination en strontium-90 pour des prélèvements plus anciens, car la mesure prend du temps. Ainsi, dans ceux du 2 juillet, les résultats obtenus pour le strontium dépassent souvent ceux en bêta total, sans que cela ne semble gêner TEPCo. Le strontium est pourtant un émetteur bêta. Un record a été battu dans le puis n°1 avec 1 800 Bq/L. Cela monte jusqu’à 780 000 Bq/L dans un puits voisin, là où il avait 660 000 Bq/L en bêta total.

La contamination de l’eau de mer dans le port devant la centrale n’est pas en reste. Au milieu du port, il y a eu un record dans le prélèvement 28 août avec 79 Bq/L pour la somme des deux césium. A l’embouchure, du côté de l’océan, la contamination en césium mesurée en continu a eu quelques pics de concentration à la mi-août et atteint presque 2 Bq/L.

Du côté des poissons, ceux prélevés dans le port sont tous contaminés. La plus forte valeur est de 23 900 Bq/kg pour les deux césiums. Au large, à moins de 20 km de la centrale, tous les spécimens contrôlés avait une contamination inférieure à la limite de mise sur le marché de 100 Bq/kg. La plus forte contamination est de 25 Bq/kg.

Par ailleurs, le Japon et la Corée ne se sont pas entendus à propos de leur différend relatif à l’importation de produits marins et le Japon a donc sollicité la création d’un groupe d’arbitrage par l’OMC.

Tous les résultats du mois d’août sont ici en ligne.