Peu de retours

Le 1er avril dernier, le gouvernement a levé l’ordre d’évacuer dans le district de Miyakoji qui est situé à moins de 20 km de la centrale de Fukushima daï-ichi. 353 personnes peuvent à présent rentrer. 27 seulement l’ont fait.

Visite à Miyakoji

Le district de Miyakoji, dans la commune de Tamura, est situé entre 20 et 30 km de la centrale de Fukushima, avec un petite partie à moins de 20 km. Dans les premiers jours de la catastrophe, il y a eu ordre d’évacuer jusqu’à 20 km, puis de se confiner entre 20 et 30. Le confinement a duré trop longtemps et a été suivi d’un conseil à l’évacuation. Miyakoji n’a finalement pas été fortement touché par les retombées radioactives. Pour la partie située au-delà de 20 km, les habitants ont pu rentrer à partir de septembre 2011. Et pour la partie située en deçà de 20 km l’ordre d’évacuer a été levé le 1er avril 2014, après des travaux de décontamination. Pour ces derniers, les indemnisations s’arrêteront dans un an.
Le New-York Times est allé enquêter dans ce village où il y avait 3 000 habitants. Un tiers seulement est rentré. Les autres rechignent à cause de la crainte des radiations et de l’absence de commodités (médecin, commerces…). Ils vont finir par rentrer, contraints et forcés, pour des raisons économiques. Leur maison ne vaut plus rien et il est souvent difficile de refaire sa vie ailleurs. Pour ceux qui sont restés loin, les dommages dus au séisme aggravés par l’abandon de la maison font que leur habitation s’est fortement dégradée. L’indemnisation n’est pas suffisante pour les mettre en état ou pour emménager ailleurs.
Les habitants se sentent pris au piège et accusent TEPCo de ne pas leur rembourser la valeur de la maison. Et pour faire pression, le gouvernement a promis 9 000 dollars supplémentaires à ceux qui rentreront.
Le maire de Tamura est outré : ils sont victimes et doivent encore mendier ce qu’ils estiment être leur dû. 500 habitants originaires de Miyakoji ont donc entamé une action en justice.
A tout cela s’ajoute l’inquiétude des parents avec de jeunes enfants à cause de la pollution radioactive.
Dans les zones plus contaminées, mais non évacuées car étant au-delà de 20 km, les habitants ont aussi un sentiment d’injustice, car eux, n’ont pas pu partir et n’ont presque pas été indemnisés.
La gestion de la catastrophe par les autorités a conduit à une situation inextricable à cause de règles trop rigides et des traitements contradictoires en fonction du lieu d’habitation. Leur seule proposition maintenant, est le retour, quel que soit l’avis des populations.

Familles séparées

Selon une étude commandée par les autorités régionales et reprise par les médias japonais, 50% des familles évacuées sont encore séparées et 67,5% ont un membre qui souffre de stress physique et mental.
En janvier et février dernier, la région a envoyé à un questionnaire à 62 812 familles vivant à Fukushima ou ailleurs. Elle a reçu 20 680 réponses, dont 16 965 (82%) vivaient dans les zones évacuées. Les 18% restants (3 683 familles) sont parties de leur propre décision. Il y a un doute pour 32 familles.
48,9% des familles qui ont répondu disent vivre séparées depuis la catastrophe. Pour 15,6% des familles, l’éclatement familial est sur plus de 3 lieux.
Les raisons de la séparations sont multiples : logements provisoires trop petits pour accueillir tout le monde, volonté de protéger les plus jeunes, volonté de se rapprocher d’une école ou du travail pour certains membres de la famille…
Certaines personnes se retrouvent seules, inquiètes pour leur avenir. 50% des familles disent que certains de leurs membres ont des troubles du sommeil ou perdu leur joie de vivre. Le sentiment de frustration et de dépression touche 40% d’entre elles. Enfin, 34,8% des réponses signalent une aggravation des maladies chroniques qui les affectent.
L’enquête montre aussi que 50,6% des familles qui sont parties de leur propre chef ont changé de résidence administrative alors que 86% des familles qui ont été forcées à partir ne l’ont pas fait. Cela est probablement lié aux aides financières.
Enfin, parmi les familles qui sont parties d’elles-mêmes, seulement 17,1% veulent rentrer. 27% veulent s’installer où elles ont trouvé refuge et 36,3% sont indécises.
Voir l’Asahi et le Maïnichi.

Des habitants de Kawauchi autorisés à dormir chez eux

Le gouvernement autorise maintenant les habitants à dormir chez eux dans une partie du Kawauchi située à moins de 20 km de la centrale afin de préparer leur retour. Il compte lever l’ordre d’évacuer dans trois mois. Sur les 276 personnes concernées, issues de 134 foyers, seules 40, venant de 18 foyers, ont fait la demande de pouvoir rester.
La demande doit être renouvelée chaque mois. Les membres de la famille et les amis peuvent aussi faire une demande. On leur prête un dosimètre s’ils le souhaitent.
Les travaux de décontamination sont terminés depuis un mois, mais la limite pour le retour est toujours de 20 mSv/an, qui n’est pas acceptée par la majorité des résidents.
Des discussions sont en cours avec la municipalité et les habitants à propos du retour définitif. Ce serait la deuxième zone à moins de 20 km où les habitants seront autorisés à rentrer.

Un médecin en zone évacuée

Dans le district d’Odaka à Minami-Sôma, qui est toujours évacué, la municipalité a rouvert le petit hôpital municipal. Il est possible d’y consulter un médecin 3 jours par semaine, mais pas d’y être pris en charge. La commune espère ainsi aider au retour une fois l’ordre d’évacuer levé. Elle espère que ce sera avant avril 2016.
Une station essence et des usines ont aussi rouvert dans cette zone.

Réunion à propos du retour

La municipalité de Naraha a commencé ses réunions avec les habitants à propos de leur retour. Une soixante de personnes étaient présentes à Iwaki pour la première réunion. Elles ont exprimé leurs doutes et demandé aux autorités de ne pas se presser.
Les réunions vont se poursuivre en d’autres lieux jusqu’au 2 mai prochain.
Le débit de dose a été divisé par deux après la décontamination, ce qui n’est pas une bonne performance. Il y a encore 0,44 mSv/h au centre. Une sorte de galerie marchande a aussi été installée pour facilité les conditions de retour.

Tamura : tensions internes

Dimanche 20 avril, il y aura des élections municipales à Tamura et les candidats ont largement ignoré le district de Miyakoji où l’ordre d’évacuer a été levé le 1er avril dernier. Selon le Maïnichi, les quelques habitants qui sont rentrés ou qui y passent la journée, ont le sentiment d’être oubliés. Ils souhaitent pourtant que leurs problèmes soit pris en compte.
Le district de Miyakoji a été évacué car il était à moins de 20 km de la centrale. Cependant, il y a d’autres zones de Tamura, situées au-delà des 20 km, qui sont plus contaminées que Miyakoji, mais où il n’y a pas eu d’ordre d’évacuation car l’exposition externe y est inférieure à 20 mSv/an. Les habitants ne sont pas indemnisés, alors que ceux de Miyakoji le sont jusqu’au 31 mars 2015. C’est une source de frustration et d’incompréhension.

Mise en ligne des données secrètes

Le gouvernement a mis en ligne toutes les données sur les doses potentiellement reçues par les habitants qui retourneraient vivre dans les zones évacuées d’Iitaté, Tamura et Kawauchi. Données qui étaient cachées depuis octobre 2013.
Au lieu d’une estimation grossière de la dose potentiellement reçue, basée sur le niveau de dose ambiant et l’hypothèse que chaque habitant passe 8 heures par jour à l’extérieur, le gouvernement avait commandé une étude plus fine à l’aide de dosimètres placés en 43 zones, avec plusieurs appareils par zone, et une reconstitution de la dose en fonction de mode de vie. Il espérait ainsi montrer que la dose réelle est bien inférieure à celle estimé grossièrement. Ce n’est pas le cas.
Partout où les mesures ont été faites, les doses annuelles sont bien inférieures à 20 mSv/an, limite fixée par le gouvernement pour le retour. Mais cette limite correspond à la phase d’urgence et la CIPR préconise de choisir une limite dans la partie basse de la fourchette 1-20 mSv/an pour les situations à long terme.
A Kawauchi, où le gouvernement veut lever l’ordre d’évacuer à partir de juillet prochain, la dose estimée est de 3 mSv/an. A Miyakoji, où l’ordre à déjà été levé, les travailleurs forestiers pourraient prendre 2,3 mSv/an. Les agriculteurs, entre 0,9 et 1,2 mSv/an, un enseignant, environ 0,7 mSv/an.
Un premier document de 8 pages est ici en japonais. Un autre, plus complet, est ici en japonais.
Les habitants originaires du district de Miyakoji, où l’ordre d’évacuer a été levé le 1er avril dernier, se sentent trahis par le gouvernement qui leur a caché les données sur la mesure des doses potentielles obtenues par les nouvelles méthodes d’évaluation.

Données cachées, suite

Le Maïnichi en avait déjà parlé le 25 mars 2014. Le gouvernement a retenu des données de mesure de dose dans des villages où il s’apprête à lever l’ordre d’évacuer. Les données viennent d’être mises en ligne et la presse revient sur cette affaire.
En juillet 2013, le gouvernement avait mandaté le National Institute of Radiological Sciences (NIRS) et la Japan Atomic Energy Agency (JAEA) pour faire des mesures de dose dans 43 sites variés, incluant des écoles, habitations, terrains agricoles… à Tamura, Kawauchi et Iitaté. Le but du gouvernement était de montrer que l’on peut vivre dans une zone où les calculs, basés sur l’hypothèse que l’on reste 8 heures par jour à l’extérieur, surestiment les doses et qu’en faisant attention, on peut avoir une dose proche de 1 mSv/an, même si la limite pour le retour est toujours de 20 mSv/an.
Les deux organismes ont mesuré des doses à l’aide de dosimètres en plusieurs points de chacun des 43 sites et on reconstitué une dose reçue en fonction du mode de vie. Ils ont estimé que la dose effective reçue était 30% plus faible que l’estimation simpliste basée sur le débit horaire. Mais la dose ainsi estimée dépassait le millisievert par an en 24 sites sur 43.
Les résultats ont été remis au gouvernement en octobre 2013 et il s’est bien gardé de les publier. Il a attendu que l’ordre d’évacuer à Miyakoji soit levé, alors que des mesures concernaient cette zone et qu’il a eu plusieurs réunions avec les habitants.
Des habitants de Miyakoji déplorent ce comportement et se demandent s’ils ont bien fait de rentrer.
Le document est ici en japonais.

Visite à Miyakoji

L’Asahi est allé dans le district de Miyakoji où l’ordre d’évacuer a été levé le 1er avril 2014. Sur les 117 familles qui y vivaient avant la catastrophe nucléaire, 26 ont exprimé leur intention de rentrer. Deux autres l’ont déjà fait.
Il y a la crainte des radiations, l’état de la centrale qui n’est toujours pas stabilisée et l’absence de service de base comme un médecin qui freinent le retour. Une ambulance viendra-t-elle en cas de problème de santé ? Le supermarché le plus proche était à Ôkuma, à 15 minutes en voiture, mais il demeure fermé.