Le retour est très lent à Tamura

L’ordre d’évacuer a été levé dans le district de Miyakoji à Tamura. L’école a aussi rouvert. Lors de la cérémonie de rentrée qui a eu lieu ce jour, il n’y avait que 4 nouveaux. Le nombre d’enfants a été divisé par 3.
60% des enfants viendront en bus car leur famille n’est pas rentrée. Ils auront jusqu’à une heure de transport.
Deux magasins ont aussi ouvert dans des bâtiments préfabriqués dans ce district. Ils sont soutenus financièrement par les autorités et tenus par des employés municipaux. Il s’agit de faciliter la vie des habitants qui ont choisi de rentrer et de vendre des produits locaux.

Levée de l’ordre d’évacuer

Comme déjà annoncé, l’ordre d’évacuer le district de Miyakoji à Tamura va être levé le 1er avril 2014. Les habitants peuvent déjà dormir chez eux. En revanche, c’est le début du compte à rebours pour les indemnisations qui se tariront dans un an.
Il y a 357 personnes enregistrées dans ce district. 44% veulent rentrer définitivement, selon les statistiques officielles, mais pas forcément dans l’immédiat.

Retour des population : données cachées

Le Maïnichi révèle que le gouvernement a retenu des données sur la contamination de villages où une levée de l’ordre d’évacuer est prévue à court terme parce que les résultats étaient trop élevés et auraient pu « effrayer » les habitants.
Selon les documents obtenus par le quotidien, la Japan Atomic Energy Agency (JAEA, le CEA japonais) et le National Institute of Radiological Sciences (NIRS) ont déposé des dosimètres dans le district de Miyakoji à Tamura, dans les villages de Kawauchi et Iitaté et les ont laissés plusieurs jours. Ils étaient mis dans les classes et les cours d’école, dans des maisons et d’autres bâtiments… et même dans les champs et la forêt. Le but était d’évaluer la dose des habitants qui pourraient retourner, en se basant sur le fait qu’ils passeront 8 heures par jour à l’extérieur et 16 heures à l’intérieur.
Les données récoltées ont été transmises au cabinet gouvernemental qui les a comparées à celles obtenues par les dosimètres individuels qui gens qui vont et viennent. Les nouveaux résultats étaient beaucoup plus élevés que les anciens. Ils n’ont pas été publiés car le but était de montrer combien les risques étaient faibles… C’est à Kawauchi que l’écart était le plus élevé. Là où le gouvernement espérait des doses de 1 à 2 mSv/an (l’article écrit par jour, mais ce doit être une erreur car ce serait beaucoup trop élevé pour faire retourner les habitants), elles étaient de 2 à 6,6 mSv/an.
Le gouvernement a donc demandé aux experts de refaire leur calculs avec un mode de vie moins pénalisant : 6 heures par jour à l’extérieur pour un agriculteur. Les nouveaux résultats ont été remis récemment aux autorités qui s’apprêtent à les publier.
Voici quelques données de débit de dose dans la zone des 20 km, sans carte.

En mai 2013, afin de favoriser le retour des évacués à Fukushima, le gouvernement a mis en place un guichet spécifique dans 7 bureaux d’agences pour l’emploi situés dans 5 provinces. En janvier 2014, cela avait entraîné le retour de… 18 personnes.

Projet de reconstruction de Tomioka

Un groupe de résidents et d’experts a rédigé un plan de reconstruction pour la ville de Tomioka et ses 14 000 réfugiés. La gare de Tomioka devrait devenir le centre du nouveau bourg car les niveaux de contamination y sont relativement bas. Mais c’est aussi une zone proche de la mer, détruite par le tsunami. Il faut y reconstruire des logements, commerces, services…
Le groupe demande aussi l’organisation d’événements pour maintenir le lien social entre les habitants dispersés dans tout le Japon. Car les travaux de reconstruction n’avancent pas vite.
Le maire a expliqué qu’il faisait tout son possible pour améliorer la situation et qu’il allait revoir le plan de reconstruction de la ville.

Kawauchi : autorisation de dormir à la maison

Environ 270 à 330 habitants de Kawauchi, selon les sources, seront autorisés à passer la nuit chez eux à partir du 26 avril, jour anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl, pour une durée de 3 mois. Les travaux de décontamination sont terminés. Le gouvernement veut donc lever l’ordre d’évacuer et entend ainsi permettre aux habitants de préparer leur retour.
40% du village avait dû fuir en 2011. Les habitants, comme ailleurs, sont réservés. Il reste des points chauds et la vie sur place sera difficile si les villages voisins avec des commerces restent évacués.

“Concertation” avec les habitants

Le correspondant du Maïnichi à Kôriyama a assisté aux réunions publiques avec les habitants du district de Miyakoji à Tamura, où l’ordre d’évacuation sera levé à partir du 1er avril prochain. Il a le sentiment que les autorités ont manipulé les habitants. Il explique pourquoi et donne des conseils aux habitants des autres zones où l’ordre d’évacuer devrait être prochainement levé, comme à Kawauchi ou Naraha.
Il note que certains habitants sont très contents de la décision, mais que beaucoup ne sont pas satisfaits. Il a mené une enquête auprès des habitants de Miyakoji et a reçu 73% de réponses. 47% des personnes qui ont répondu ont dit souhaiter une levée de l’ordre d’évacuer après 2015 et 39% préfèrent dès ce printemps.
Lors de la réunion du 23 février avec les 117 foyers de Miyakoji, des habitants se sont opposés à la décision du gouvernement pour diverses raisons : décontamination insuffisante, risques de recontamination, absence d’accès au centre du bourg où il y avait les commerces, médecins, fin de l’indemnisation… Mais à la fin de la réunion, aucune de ces craintes n’a été prise en compte et les autorités ont confirmé leur décision de lever l’ordre d’évacuer au 1er avril 2014.
En juin 2013, à la fin des travaux des décontamination, qui n’a eu lieu qu’à proximité immédiate des habitations, les autorités ont autorisé les habitants à rentrer chez eux et même y passer la nuit. Cette largesse, initialement prévue pour l’été, a été prolongée sans consultation jusqu’en octobre 2013. Le gouvernement voulait lever l’ordre d’évacuer dans la foulée, à partir de novembre 2013. Mais les habitants, surpris par la rapidité de la décision et l’absence de concertation, s’y sont opposés.
La division des habitants a joué en faveur des autorités. Certains, réticents à l’idée de rentrer, ont été accusés de vouloir profiter de l’indemnisation. Des fractures sont apparues entre les habitants.
Miyakoji est divisé en quatre zones. Dans une zone, les habitants ont réclamé un retour rapide. Dans deux autres zones, où la contamination est plus élevée, les habitants voulaient encore attendre une deuxième campagne de décontamination. Dans la dernière zone, il n’y a pas eu de consensus. En janvier 2014, les autorités locales et nationales ont eu des réunions avec chacune des zones séparément. Un calendrier d’une levée de l’ordre d’évacuer n’a été évoqué qu’avec les habitants de la zone où un retour rapide était souhaité. Le 23 février, les autorités ont profité de la division pour faire adopter la levée de l’ordre d’évacuer pour tout le district.
Le journaliste prévient donc les habitants des autres zones qu’il leur faut être conscient que les autorités ont un agenda en tête en faveur d’un retour rapide. Elles ont donc préparé un scénario et une mise en scène. Le droit du choix du lieu de résidence, garanti par l’article 22 de la constitution, a été mis en avant pour donner une tournure solennelle aux discussions et à la décision. La conclusion de la réunion a été tirée au moment le plus favorable de la discussion, sans qu’il soit possible, pour les autres habitants de changer l’ordre des choses.
Le journaliste appelle donc les habitants opposés à un retour rapide de bien s’organiser en amont de la réunion pour parvenir à faire entendre leur voix. Il pense aussi que les opposants s’étaient résignés sous le prétexte que le gouvernement fera ce qu’il veut à la fin. Les mauvaises conditions de vie des réfugiés leur confèrent un sentiment d’infériorité et de résignation. Ils n’ont plus la force de se battre et ont le sentiment d’avoir été trahis par les fonctionnaires qui devraient servir le public.
Enfin, le dernier point soulevé par le journaliste est que de nombreuses réunions n’étaient pas publiques. Il suggère aux habitants d’exiger que les réunions soient publiques et qu’un compte-rendu soit fait par un tiers.
Il espère que ces conseils seront utiles aux habitants face aux autorités.

Gain de cause sur l’indemnisation

Les habitants du district de Yamakita à Kawamata ont gagné. Ce quartier était divisé en deux : une partie à plus de 50 mSv/an, classée en zone de « retour difficile » et une partie entre 20 et 50 mSv/an où un retour est envisagé à moyen terme. L’indemnisation prévue dépend de la zone. Mais les habitants ont demandé à être tous traités sur pied d’égalité car ils ne savent pas quand ils pourront retourner. 39 familles ont donc saisi le médiateur du gouvernement pour réclamer une compensation intégrale. TEPCo aurait accepté la demande et va donc devoir indemniser le foncier au prix d’avant 2011.

Nouveau rapport sur la triple catastrophe

Le HCFDC a publié un rapport sur les conséquences des trois catastrophes au Japon avec beaucoup de chiffres et de données.