Les écoles ont été les premiers lieux décontaminés, à la demande des parents d’élèves. Mais les déchets s’entassent souvent au fond de cour ou y ont été enterrés en attendant mieux. Cela restreint l’aire de jeu et c’est une source d’inquiétude pour les parents. Le ministère de l’environnement a annoncé qu’il allait profiter des vacances d’été pour reprendre ces déchets afin de les mettre dans le centre d’entreposage dédié en cours d’aménagement à proximité de la centrale de Fukushima daï-ichi. Mais seulement cinq écoles sont concernées pour cet été… et 3 000 m3 de déchets.
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TEPCo a finalement accepté de prendre en charge une partie de la décontamination des territoires non évacués
Les autorités japonaises se sont engagées dans un gigantesque chantier de décontamination des territoires contaminés. Dans les zones évacuées, c’est le gouvernement qui pilote et les majors du BTP qui sous-traitent les travaux à de nombreuses entreprises. Dans les zones non évacuées, là où l’exposition externe est comprise entre 1 et 20 mSv, ce sont les communes qui ont a charge des travaux et le gouvernement paye.
Dans les deux cas, le gouvernement compte sur un remboursement de la part de TEPCo, mais cette dernière refusait de rembourser pour les territoires non évacués, où la facture s’élève à 76,1 milliards de yens (555 millions d’euros).
Jusqu’à maintenant, la compagnie n’avait remboursé que 1,7 milliards de yens, soit 2% de la somme totale. Elle vient de signaler au ministère de l’environnement qu’elle était prête à prendre 60% de ce coût en charge, soit 43 milliards de yens (314 millions d’euros). Elle réfléchit encore pour les 40% restant. La loi de 2011 stipule pourtant que TEPCo doit payer pour la décontamination.
Concernant les zones les plus contaminées sous la responsabilité directe du gouvernement, TEPCo a déjà remboursé 90% du coût total estimé à 128,5 milliards de yens (938 millions d’euros).
15% des écoles de Fukushima ne sont pas aux normes anti-sismiques
Selon les données publiées par le ministère de l’éducation et rapportées par le Fukushima Minpo, 15,1% des écoles et des collèges Fukushima ne seraient pas assez résistants en cas de fort séisme. C’est 10,7 points de plus que la moyenne nationale. Sur 2 053 bâtiments, 310 doivent être rénovés et 47 pourraient s’effondrer si la secousse dépasse une magnitude de 6 sur l’échelle japonaise.
Il en est de même pour les écoles pour enfants handicapés.
Les communes concernées n’ont pas les fonds nécessaires car leur priorité est la décontamination et la reconstruction. Le coût des matériaux de construction a aussi fortement augmenté suite aux catastrophes naturelles. Même si les fonds étaient disponibles, il y a une telle demande dans le bâtiment, qu’il n’est pas sûr qu’il aurait été possible de trouver la main d’œuvre nécessaire.
Décontamination et gestion des déchets : un chantier titanesque
Le ministère de l’environnement a mis en ligne son dernier bilan en anglais sur l’avancement du titanesque chantier de décontamination et sur la gestion des déchets engendrés. Les premières pages sont des rappels sur la politique mise en œuvre et le zonage effectué, comme nous l’avons expliqué ici. L’avancement des travaux par commune évacuée est présenté à la page 9. Il apparaît que les travaux de décontamination ne sont terminés que dans 4 communes sur 11 : Tamura, Kawauchi, Naraha et Ôkuma. Pour cette dernière, il s’agit seulement de la petite zone où la contamination n’est pas trop élevée. Pour les deux premières, l’ordre d’évacuation a été levé. Ailleurs, c’est « work in progress ». Même chose pour le site d’entreposage provisoire des déchets dans chaque commune. Les travaux devraient être terminés cette année à Kawamata et Katsurao.
A partir de la page 14, il y a un graphe avec l’impact de la décontamination à Naraha : le débit de dose a diminué de 46% dans les zones résidentielles, de 39% sur les terrains agricoles, 26% dans les forêts et 44% sur les routes. Ce n’est pas beaucoup. Mais cette commune, située à moins de 20 km de la centrale, n’a pas été la plus touchée. L’exposition externe y était inférieure à 20 mSv/an avant les travaux. Ces chiffres sont assez similaires à Tamura, page 20. Rappelons que les travaux de décontamination ne sont effectués qu’à proximité des zones de vie.
A partir de la page 23, est présenté l’avancement des travaux de décontamination dans les zones non-évacuées, là où l’exposition externe peut être comprise entre 1 et 20 mSv/an. 41 communes étaient initialement concernées dans la province de Fukushima. Elles ne sont plus que 39 grâce à la diminution naturelle de la radioactivité. Les travaux de décontamination ne sont pas terminés. Dans 3 communes, le plan de décontamination n’est même pas prêt.
Dans sept autres provinces touchées, ce chiffre est passé de 63 à 60 communes. Dans 19 d’entre elles, situées à Ibaraki et Gunma, les travaux de décontamination seraient terminés et dans 29 autres, « presque terminés ».
Le document rappelle ensuite que le but des travaux de décontamination n’est pas de ramener l’exposition externe sous la limite pré-catastrophe de 1 mSv/an, car ce n’est pas possible. C’est pourquoi les autorités tentent de promouvoir une culture de sûreté et l’utilisation de dosimètres individuels pour apprendre à limiter la dose effectivement reçue, comme nous l’avons déjà expliqué. Page 29, des doses enregistrées pour des enfants de Daté sont placées sur un graphe : plusieurs d’entre eux ont reçu une dose supérieure à 1 mSv/an. Aucune mention n’est faite de l’écart dû aux seuls instruments de mesure, comme nous l’avions révélé.
Au-delà des zones de vie, il n’y a pas de travaux de décontamination. A partir de la page 38, il est mentionné que des recherches sont faites pour évaluer l’impact des forêts contaminées. De même pour les cours d’eau, lacs, bassins… car l’eau atténue les rayonnements. Dans ce dernier cas, il est juste prévu d’améliorer la communication pour que le public ait une perception appropriée des risques (sic).
Enfin, à partir de la page 41, le ministère présente sa politique de gestion des déchets engendrés par ces chantiers. A Fukushima, il est prévu un centre d’entreposage sur 16 km2 tout autour de la centrale de Fukushima daï-ichi (voir la carte page 48) pour un volume de déchets de l’ordre de 22 millions de mètres cube. Le graphe de la page 47 montre qu’il s’agit surtout de sols qui sont, pour moitié environ, contaminés entre 8 000 et 100 000 Bq/kg et pour l’autre moitié, à plus de 100 000 Bq/kg pour le césium radioactif. Rappelons que cet entreposage n’est prévu que pour 30 ans. Après, le gouvernement s’est engager à tout stocker définitivement en dehors de la province de Fukushima. A partir de la page 55, est présentée la stratégie pour y arriver. C’est, bien-entendu, complètement irréaliste. Comment trouver un site sur plusieurs kilomètres carrés et déplacer à nouveau plusieurs millions de mètres cubes ?
Pour le moment, même le centre provisoire n’avance pas et ce n’est pas dit dans le rapport. Seuls deux petits sites ont été aménagés, pour seulement 20 000 m3 de déchets. Seulement 3 000 m3 y ont été effectivement transférés depuis mars dernier. Deux autres sites devraient ouvrir prochainement, pour arriver à 40 000 m3. On est encore loin des 22 millions de m3 prévus ! Les négociations avec les 2 300 propriétaires de terrain n’avancent pas.
La recherche de site est bloquée dans les autres provinces et le document n’évoque pas ce problème. Rappelons qu’à Kami, dans la province de Miyagi, les habitants ont bloqué l’accès au site envisagé. Puis, avec l’arrivée de la neige, la route d’accès a été barrée. Elle vient juste de rouvrir, comme le rapporte le Maïnichi, mais les habitants semblent toujours aussi déterminés à faire barrage au projet.
Fin de l’indemnisation en 2018 pour les évacués
Selon l’Asahi, le ministère de l’économie se préparerait à demander à TEPCo de cesser toutes les indemnisations aux particuliers à la fin mars 2018. Il suppose, pour cela, que les travaux de décontamination seront terminés un an auparavant et que les ordres d’évacuer levés.
Reprenons la situation des réfugiés : les territoires évacués ont été divisés en trois zones en fonction du niveau de contamination (voir notre synthèse sur l’évacuation et les normes). Là où l’exposition externe est inférieure à 20 mSv/an est la zone de préparation au retour avec 31 800 habitants. Les travaux de décontamination terminés et les infrastructures et services rétablis, l’ordre d’évacuer est ou sera levé.
Là où l’exposition externe est comprise entre 20 et 50 mSv/an, est la zone de non-résidence, avec 23 000 personnes. Des travaux de décontamination doivent faire passer l’exposition externe sous la barre des 20 mSv/an. Puis, une fois l’infrastructure et les services rétablis, les ordres d’évacuation doivent aussi être levés.
Ce sont ces deux premières zones qui sont concernées par la nouvelle doctrine gouvernementale. Les 54 800 personnes concernées reçoivent, chaque mois 100 000 yens (830 euros) de TEPCo. Actuellement, il est prévu que ce soutien financier cesse un an après la levée de l’ordre d’évacuer. Le nouveau plan suppose que ces ordres d’évacuer seront levés avant six ans de catastrophe, c’est à dire avant mars 2017, sans exception. L’indemnisation cessera en mars 2018. Les personnes concernées auront reçu 8,4 millions de yens (70 000 euros) en tout. Si l’ordre d’évacuer devait être levé avant mars 2017, l’indemnisation irait jusqu’en mars 2018 avec le nouveau système.
Et si les travaux devaient prendre du retard, l’indemnisation s’arrêtera tout de même en 2018.
Un partie des responsables pensent que les gens ne veulent pas rentrer pour continuer à bénéficier de l’indemnisation. Cette nouvelle politique est supposée faciliter le retour. Même si c’est le cas pour quelques individus, la majorité hésite à rentrer à cause de la pollution radioactive persistante, du manque d’emplois ou de services, de l’éloignement des enfants ou petits-enfants etc etc.
Cette approche montre que c’est le coût de la catastrophe qui domine la politique gouvernementale. Rappelons que la limite fixée pour autoriser le retour, qui est de 20 mSv/an pour la seule exposition externe est trop élevée. Le gouvernement s’est engagé à revenir au niveau normal de 1 mSv/an mais sans donner de calendrier. Toujours pas de calendrier dans la nouvelle approche. Une fois les habitants rentrés, les engagements seront vite oubliés.
Les 24 400 habitants originaires de la zone dite de retour difficile, là où l’exposition externe peut dépasser 50 mSv/an, il n’y aura pas de retour avant longtemps, voire de retour possible. TEPCo a déjà versé 14,5 millions de yens (120 000 euros) à chacun d’entre eux.
A cela s’ajoutent les « déplacés volontaires » qui ne bénéficient que d’un logement gratuit s’ils sont partis assez tôt. Là aussi, comme nous l’avons rapporté, il y a une volonté de cesser le soutien financier dès 2017.
Pour les entreprises victimes de la catastrophe nucléaire, l’indemnisation devrait être prolongée d’un an et devrait cesser en février 2017. C’est en tout cas ce que va proposer le principal parti au pouvoir. Après, ce sera encore possible mais il faudra qu’il y ait une évaluation au préalable. A la fin mars, TEPCo avait payé 465,5 milliards de yens (presque 4 milliards d’euros) d’indemnisation pour les entreprises.
Plainte à Minami-Sôma contre la levée de la recommandation à évacuer
Nous avions déjà signalé qu’environ 530 personnes s’apprêtaient à porter plainte contre le gouvernement qui a levé l’ordre d’évacuer autour de 142 points chauds de Minami-Sôma. La plainte a été déposée aujourd’hui à Tôkyô. Rappelons qu’autour des points chauds, où l’exposition externe pouvait dépasser 20 mSv/an, il avait été recommandé d’évacuer. Ce n’était pas obligatoire. Puis, une fois les travaux de décontamination terminés, la recommandation a été levée le 28 décembre dernier.
Les plaignants souhaitent que l’exposition externe ne dépasse pas 1 mSv/an. Le gouvernement affirme que sa décision est scientifique et qu’il veut convaincre la population. C’est toujours « Décider – Annoncer – Défendre »…
Retour en zone contaminée non accepté
En plus de l’ordre d’évacuation de la zone d’un rayon de 20 km autour de la centrale de Fukushima daï-ichi et de la zone la plus contaminée allant jusqu’à Iitaté, le gouvernement a, à partir de juin 2011, recommandé, et non ordonné, l’évacuation de nombreux points chauds où l’exposition externe pouvait dépasser 20 mSv/an. 281 foyers étaient concernés, dont 152 à Minami-Sôma.
Tous ces points chauds ont été décontaminés et la recommandation à l’évacuation levée. Cela entraîne la fin des indemnisations. La limite de 1 mSv/an qui correspond à la recommandation internationale en temps normal est dépassée. Le gouvernement a donc garder 20 mSv/an pour sa politique de retour. C’est la limite des travailleurs du nucléaire et elle n’est pas acceptée par de nombreuses familles, surtout quand il y a des enfants.
A Minami-Sôma, 535 personnes de 132 foyers vont porter plainte contre le gouvernement car la levée de la recommandation à l’évacuation menace leur santé. Selon les plaignants, cette décision est illégale car la loi impose aux autorités de protéger les citoyens des conséquences d’un accident nucléaire. Le droit à un environnement sain, garanti par la constitution serait aussi violé.
De plus, la décontamination est limitée à l’environnement immédiat des habitations. Les forêts environnantes sont toujours fortement contaminées. Pas question de laisser les enfants aller y jouer.
Bilan des travaux de décontamination
TEPCo refuse de rembourser la décontamination dans les zones non évacuées
Les communes non évacuées où la contamination pourrait entraîner une exposition externe dépassant la limite annuelle en temps normal, à savoir le millisievert par an, ont engagé des travaux de décontamination. Elles en ont déjà pour 76,1 milliards de yens (585 millions d’euros) et TEPCo refuse de les rembourser. Selon le ministère de l’environnement, elle n’a déboursé que 2% de cette somme pour le moment. C’est donc le gouvernement qui paye, en attendant, avec l’argent des contribuables.
Le gouvernement a engagé 1 400 milliards de yens (11 milliards d’euros), dont 630 milliards (4,8 milliards d’euros) pour les travaux effectués par les communes. Il a réclamé 76,1 milliards de yens de remboursement à TEPCo pour payer ce qui a déjà été déboursé, en vain pour le moment. TEPCo n’a payé que 1,5 milliards de yens (11,5 millions d’euros).
La compagnie veut vérifier s’il lui revient légalement de prendre en charge ces coûts. Dans les zones évacuées où c’est le gouvernement qui a pris directement en charge les travaux, la compagnie rembourse. Ailleurs, elle rechigne alors que c’est dans la loi de 2011.
Et même si elle paye un jour, ce seront les contribuables qui payeront les intérêts. Quant à TEPCo, elle devrait faire un profit avant impôts de 227 milliards de yens cette année.
La Cour des comptes japonaise se penche sur le coût de la catastrophe nucléaire
Le gouvernement a emprunté 9 000 milliards de yens pour prêter à TEPCo de l’argent pour indemniser les victimes (presque 70 milliards d’euros). A la fin de l’an dernier, la moitié de cette somme avait déjà été versée (4 534 milliards de yens). Le gouvernement espère être remboursé par TEPCo et les autres compagnies d’électricité. Il est, de plus, devenu actionnaire majoritaire et espère pouvoir gagner 2 500 milliards de yens (20 milliards d’euros) en revendant ses parts quand les actions auront augmenté. Ce ne sera possible que si l’action double.
Si TEPCo rembourse en plus de l’ordre de 50 milliards de yens par an, comme en 2014, le gouvernement pourrait récupérer ses fonds dans 30 ans, en 2044, selon la Cour des comptes japonaise (Board of Audit). Dans l’option la plus favorable, le remboursement pourrait être possible en 21 ans.
TEPCo ne paye pas d’intérêt, mais le gouvernement, si. Cela pourrait coûter de l’ordre de 126,4 milliards de yens (un milliard d’euros) aux contribuables. La Cour des comptes demande donc au gouvernement de faire plus d’efforts pour récupérer sa mise.
A la fin janvier, TEPCo estimait les indemnisations à environ 5 620 milliards de yens (43 milliards d’euros). Le démantèlement des réacteurs 1 à 4 de la centrale de Fukushima daï-ichi et le traitement de l’eau contaminée devraient lui coûter 1 000 milliards de yens (7,6 milliards d’euros). A la fin de l’année fiscale 2013, qui est en mars 2014, la compagnie avait déjà déboursé 400 milliards de yens. A la fin mars 2015, le gouvernement a déjà engagé 189,2 milliards de yens (1,6 milliards d’euros) en R&D sur le démantèlement et la gestion de l’eau.
La mise en place du seul mur gelé coûte 40,7 milliards de yens dont 31,9 milliards payés par le gouvernement.
Le ministère de l’environnement estime que la décontamination et le stockage des déchets lui coûteront 17,5 milliards d’euros. Ces estimations ne prennent pas en compte les zones les plus contaminées pour lesquelles il n’y a pas de décision de prise, ni le futur site de stockage définitif des déchets issus de la décontamination à Fukushima.
La Cour des comptes recommande à TEPCo d’engager un retour d’expérience sur ses échecs en matière de gestion de l’eau contaminée et de réclamer une contribution financière aux sous-traitants. Ces échecs coûtent cher : il y en aurait pour 68,6 milliards de yens en tout (525 millions d’euros). C’est plus du tiers que ce que payeront les contribuables. Elle cite, notamment,
- la station de traitement Areva qui n’a fonctionné que 3 mois et n’a traité que 77 000 m3 d’eau contaminée pour un coût de l’ordre de 32 milliards de yens (250 millions d’euros) ;
- les unités de désalinisation de l’eau de mer utilisée pour le refroidissement fournies par Hitachi GE Nuclear Energy, Toshiba Corp. et Areva pour un coût total de 14,8 milliards de yens (113 millions d’euros). Une machine n’a marché que 5 jours. Celle qui a servi le plus longtemps, 6 semaines ;
- les cuves souterraines qui ont fui tout de suite : 2,1 milliards de yens (16 millions d’euros) ;
- les premières cuves non soudées, qui ont fui rapidement, ont dû être remplacées, bien qu’elles avaient coûté de l’ordre de 16 milliards de yens (122 millions d’euros).
- ou la tentative infructueuse de gel de la galerie souterraine pour 100 millions de yens (760 000 euros).