Des employés de TEPCo évacués privés d’indemnisation, suite

Le Maïnichi revient sur les indemnités qui doivent être remboursées par les employés de TEPCo qui ont été évacués (cf 4 janvier dernier). Les 100 000 yens par mois (710 euros) sont reçus par chaque personne évacuée et TEPCo demande le remboursement pour tous les membres de la famille de ses employés !

Ainsi, TEPCo réclame plus de  30 millions de yens (214 000 euros) à une famille. Les membres de la famille des travailleurs ne sont pas responsables de la catastrophe et souffrent autant que les autres. Ils ont des frais similaires pour racheter ce qui a été abandonné lors de l’évacuation : meubles, vêtements…

La famille en question, deux adultes et deux enfants, vivaient dans une zone maintenant classée en “retour difficile” car l’exposition externe peut y dépasser 50 mSv/an. Elle avait droit, comme les autres habitants de ces régions, à demander une somme forfaitaire correspondant à 5 années d’indemnisation à partir de juin 2002, ce qu’elle a fait. Elle a donc reçu 24 millions de yens. Puis TEPCO a envoyé une demande de remboursement de plus de 30 millions de yens sous le prétexte que la famille avait trouvé à se reloger à partir de l’été 2011. Elle n’est donc plus considérée comme “évacuée”.

Rappelons que les autres habitants dans une situation similaire, mais qui ne sont pas employés par TEPCo, n’ont pas reçu de demande remboursement. Selon le quotidien, quatre familles avec un membre employé par TEPCo, ont aussi reçu des demandes de remboursement, qui, dans deux cas, dépassent les 10 millions de yens (71 000 euros).

Des employés de TEPCo évacués privés d’indemnisation

TEPCO doit payer 100 000 yens par mois (714 euros par mois) à chaque personne forcée à évacuer pour compenser le stress et les frais engendrés par la nouvelle vie (voyage vers l’ancienne habitation, achat de meubles, habits, électroménager…). Mais, selon le Maïnichi, ce soutien financier a été arrêté pour une centaine d’employés de TEPCo qui ont dû évacuer. Pire, la compagnie réclame à au moins une quinzaine d’entre eux de rembourser une partie de ce qu’ils ont déjà reçu !

Un des employés concernés a déménagé dans un nouvel appartement qu’il loue. Comme il habitait avant dans un appartement en location, TEPCo juge qu’il s’agit d’un simple déménagement et qu’il n’est plus évacué. Elle a donc supprimé l’aide financière et lui réclame le trop versé. Les autres personnes évacuées, qui ne sont pas employées par TEPCo, continuent à toucher cette aide, même si elles ont emménagé dans le parc locatif.

L’employé en question a donc porté l’affaire devant la structure de conciliation qui a été mise en place pour gérer les conflits en matière d’indemnisation qui lui a donné raison. Il n’a pas à rembourser et doit même continuer à toucher les indemnisations. Mais TEPCo ne veut rien entendre et refuse cette décision qui n’est pas contraignante.

Dans un autre article, le quotidien présente plus précisément un de ces cas : la personne en question était à la centrale durant les premières heures de la catastrophe, a risqué sa vie pour rétablir la situation et a été exposée à de fortes doses. Cette attitude de TEPCo est donc extrêmement choquante et a cassé le moral des personnes qui se sont beaucoup données. Les salaires ont déjà été amputés de 20%. Cette mesquinerie est la goutte qui fait déborder le vase. De nombreux jeunes quittent donc la compagnie.

Un emploi à la centrale nucléaire pour les personnes qui rentrent

Le retour rapide des personnes évacuées, dont l’indemnisation coûte cher, est toujours la priorité du gouvernement japonais. Et pour que les gens rentrent, il leur faut aussi un emploi. Selon l’Asahi, le vice-ministre de l’industrie, qui est à la tête du groupe gouvernemental relatif à la catastrophe, a trouvé la solution : les impliquer dans le démantèlement de Fukushima daï-ichi ! Et comme le chantier va durer des décennies, c’est un emploi durable. Ainsi, ces personnes prendront des doses au travail et à la maison. Max 20 mSv/an à chaque fois. La comptabilité sera-t-elle séparée ou cumulée ?

TEPCo fait une nouvelle demande de soutien financier

TEPCo vient de procéder à la cinquième demande d’augmentation du soutien financier de l’Etat japonais : elle réclame 999 milliards de yens de plus (7,1 milliards d’euros). Cela fait un total de 4 789 milliards de yens (34,2 milliards d’euros). Elle justifie cette nouvelle demande par le changement de règles concernant l’indemnisation du foncier et par la prolongation des indemnisations liées aux restrictions de vente de produits de Fukushima et aux “rumeurs néfastes”.

La veille, le comité gouvernemental en charge de fixer les règles d’indemnisation a demandé à TEPCo de payer 7 millions de yens (50 000 euros) supplémentaires à chaque personne qui ne pourra pas rentrer chez elle tout au long de sa vie. La compagnie devra aussi les aider à acheter une nouvelle maison. 25 000 personnes, originaires des zones où la contamination pourrait engendrer une dose annuelle supérieure à 50 mSv, sont concernées. Ces personnes reçoivent déjà 100 000 yens (715 euros) par mois.

Nouveau plan financier de TEPCo

TEPCo a présenté un nouveau plan financier, accepté par son conseil d’administration. La compagnie espère renouer avec les profits, mais prévoit pour cela le redémarrage de deux réacteurs de sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa (Niigata) à partir de juillet 2014 et deux autres réacteurs à partir du printemps 2015. Elle espère aussi pouvoir rassurer les banques et obtenir des prêts supplémentaires. Mais la compagnie est peut-être trop optimiste sur le redémarrage de ses réacteurs et personne ne peut dire combien coûtera la mise en sécurité et le démantèlement des réacteurs accidentés et définitivement arrêtés. Ni combien coûtera l’indemnisation des victimes de la catastrophe.

Si la compagnie fait à nouveau des bénéfices, elle baissera ses tarifs : elle n’a pas trop le choix car à partir de 2016, le marché de l’électricité sera entièrement libéralisé et les tarifs de TEPCo sont très élevés.

Pour les trois réacteurs restants de Kashiwazaki-Kariwa, TEPCo parle d’un redémarrage après 2016, voir 2023. C’est à dire jamais…

Le gouvernement envisage une aide pour pousser au retour

Le gouvernement veut accélérer le retour des populations en leur donnant une prime pour les aider à reconstruire leur vie sur place. Les personnes qui rentreront dans les deux ans qui suivent la levée de l’ordre d’évacuation devraient recevoir 900 000 yens supplémentaires (6 400 euros). Les détails sur cette prime seront connus à partir du printemps prochain. Il va aussi leur distribuer des dosimètres individuels pour qu’elles puissent contrôler leur exposition réelle dans des zones où elle pourrait monter jusqu’à 20 mSv/an. Rappelons que 20 mSv par an correspond à la limite des travailleurs du nucléaire. Le but des dosimètres est d’apprendre à vivre en territoire contaminé en limitant les doses prises.
De nombreuses associations d’aide aux victimes réclament de laisser le choix aux populations évacuées en leur proposant soit de rentrer, soit de se réinstaller ailleurs, sans discrimination financière.
Pour le moment, l’aide à la réinstallation ailleurs n’est prévue que pour les 25 000 personnes qui vivaient dans la zone classée “retour difficile” là où l’exposition externe pourrait dépasser 50 mSv/an.
C’est TEPCo qui devra payer ces aides supplémentaires grâce aux prêts sans intérêt du gouvernement.

Quand le gouvernement paye pour TEPCo

Le gouvernement japonais a finalement remonté à 9 000 milliards de yens (65 milliards d’euros) le plafond des prêts sans intérêt qu’il compte accorder à TEPCo. C’est le contribuable qui payera les intérêts. C’était de 5 000 milliards de yens auparavant. TEPCo a déjà dépensé plus de 3 000 milliards de yens (22 milliards d’euros) en indemnisation.
Le gouvernement va aussi prendre en charge la décontamination au-delà des 2 500 milliards de yens (18 milliards d’euros) payés par TEPCo et l’entreposage de déchets issus de la décontamination pour un total de 1 100 milliards de yens (8 milliards d’euros).

Un contrôle des aliments hors de prix

Suite du voyage de presse français à Fukushima encadré par l’IRSN : les journalistes sont allés visiter une coopérative de production de kakis séchés et ont vu le détecteur qui permet de contrôler tous les colis mis sur le marché. Une machine coûte 63 millions de yens (450 000 euros). Il y en a 5 prises en charge par TEPCo, qui paye aussi 1 000 yens (7 euros) par analyse. C’est une coquette somme. Les fournisseurs d’instruments de détection de la radioactivité s’en mettent plein les poches.
L’ACRO a un devis pour une chaîne de spectrométrie gamma comme celle que nous avons financée et installée au Japon, dans le laboratoire Chikurin, mais proposée par Canberra : c’est trois fois plus que ce que nous avons payé chez Itech ! L’ordinateur, avec clavier et OS japonais, était proposé à 4 280 euros HT avec l’imprimante. Il n’est même pas plaqué or.