Microparticules vitreuses riches en césium

Des microparticules vitreuses radioactives, provenant de la centrale de Fukushima daï-ichi et trouvées sur le sol, ont été analysées par une équipe du National Institute for Agro-Environmental Sciences à Tsukuba. L’étude, publiée dans scientific reports est en libre accès. Un communiqué de presse en japonais peut être trouvé sur le site de l’institut.

Ces microparticules avaient déjà été découvertes dans des filtres à aérosols de Tsukuba et les résultats publiés en 2013 (étude en libre accès). Cette fois-ci, ces particules ont été déposées sur un tissu non tissé et sur des aiguilles de cèdre japonais. Leur analyse conduit les chercheurs à suggérer que ces particules proviennent de l’interaction du corium, ou combustible fondu, avec le béton, même si l’absence de calcium pourrait contredire cette conclusion.

La densité de ces particules n’est pas bien connue, ni leur cartographie. Les auteurs expliquent que le césium gazeux, qui s’est ensuite déposé sur les sols et fixé aux argiles, domine largement le débit de dose ambiant. La contribution de ces microparticules est insignifiante. En revanche, ils soulignent que la concentration en césium y est très élevée et qu’elles pourraient être particulièrement problématiques en cas d’inhalation ou d’ingestion. Le taux de transfert vers les plantes n’est pas bien connu.

Nouveau règlement européen concernant la contamination des aliments

L’Europe vient de publier le nouveau règlement concernant les niveaux maximum admissibles dans l’alimentation après une catastrophe nucléaire. Rien n’a changé depuis Tchernobyl, si ce n’est il ne fait qu’« étendre aux douze premiers mois de vie l’application de niveaux maximaux admissibles réduits pour les aliments destinés aux nourrissons. »

Les valeurs retenues sont beaucoup plus élevées que ce qui a été fixé au Japon après la catastrophe de Fukushima. Les recommandations du parlement européen ont été ignorées. Voir notre fiche dédiée à ce sujet.

La part de l’alimentation locale augmente dans les menus de la cantine à Fukushima

La part des produits locaux dans les menus des cantines scolaires était de 36,1% en 2010 à Fukushima. Elle n’a pas été mesurée en 2011 et 2012. En 2013, elle était descendu à 18,3%. Elle en hausse depuis et a atteint 27,3% en 2015 (Source : Fukushima Minpo).

Par ailleurs, tous les 10 millions de sacs de riz contrôlés en 2015 à Fukushima avaient une contamination inférieure à la limite de mise sur le marché qui est de 100 Bq/kg pour le césium. 99,9% de ces sacs auraient une contamination inférieure à 25 Bq/kg. Il y avait eu deux sacs de 30 kg dépassant la limite en 2014.

La dernière liste des produits alimentaires de la province de Fukushima interdits de mise sur le marché, datée du 20 janvier 2016, contient 54 ordres d’interdiction. On trouve de tout : du riz, des légumes, des fruits, des poissons et des plantes sauvages, dont les champignons.

Pour les provinces de Chiba et Ibaraki, la liste, datée du 15 janvier 2016, contient 7 ordres d’interdiction par province. Il s’agit de champignons de culture, de plantes sauvages, de poissons de rivière et de gibier. Il en est de même à Iwaté. A Tochigi, la liste est plus longue : il y a des châtaignes et la viande de bœuf en plus.

Toutes les restrictions sont ici en anglais.

Enfin, un bilan des contrôles officiels effectués sur l’alimentation en 2015 est ici en anglais.

 

Minami-Sôma : qu’est ce qui est à l’origine de la contamination du riz en 2013 ?

C’est une histoire ancienne, mais elle continue à faire des remous. Du riz récolté en 2013 à Minami-Sôma a eu une contamination en césium supérieure à la limite de mise sur la marché, qui est de 100 Bq/kg alors que l’année précédente, la contamination était inférieure à la limite. Le ministère de l’agriculture a soupçonné les retombées de poussières lors du démantèlement du réacteur n°3 durant l’été 2013, mais ne l’a annoncé que pendant l’été 2014. Le maire et les habitants de Minami-Sôma étaient furieux, car ni TEPCo, ni le gouvernement, ne leur ont signalés des retombées radioactives sur la commune. Le ministère de l’agriculture avait parlé de ce problème avec TEPCo en mars 2014 sans prévenir la commune…

Ce n’est qu’en décembre 2014 que l’on a appris que TEPCo avait cessé d’asperger des résines fixatrices de poussières avant les opérations de démantèlement du haut du réacteur n°3. Ou avait fortement dilué le produit avant usage, le rendant inopérant. Un choc supplémentaire pour les habitants de Minami-Sôma.

L’Autorité de Régulation Nucléaire, la NRA, avait finalement conclu que le dépassement de la limite de la contamination du riz ne pouvait pas être due aux poussières, sans pour autant apporter d’autres explications. Et, comme nous le notions, l’IRSN avait rédigé une note sur le sujet qui laissait entendre que, si toute la contamination ne pouvait pas venir des poussières, elles auraient pu avoir une contribution significatives.

Selon l’Asahi, les habitants de Minami-Sôma n’ont, en tout cas, pas été convaincus et veulent en savoir plus. Le 9 décembre 2015, saisi par une association locale, le conseil municipal a décidé, à l’unanimité, de mener une investigation car le gouvernement a renoncé à en chercher la cause. La NRA a refusé de commenter. Son président avait déclaré qu’il ne leur appartenait pas de trouver l’origine de l’élévation de la contamination et que c’était le problème du ministère de l’agriculture.

Une étude scientifique, publiée en libre accès dans un journal avec comité de lecture, tend à remettre en cause les affirmations de la NRA. En se basant sur un code de dispersion atmosphérique et des résultats de mesure sur des poussières radioactives, les auteurs estiment que la quantité de césium rejetée est au moins 3,6 fois plus élevée que ce qu’ont annoncé les autorités. Ils ont aussi relevé une valeur élevée de la contamination en strontium-90, particulièrement radiotoxique, au centre de ce qui était le panache radioactif.

Selon l’Asahi, pour un des auteurs, qui est venu présenter les résultats de l’étude aux agriculteurs et habitants de Minami-Sôma, cela ne fait aucun doute : l’augmentation de la contamination du riz relevée en 2013 est bien due aux rejets de TEPCo. Tout concorde à pointer vers cette cause. Il pense que l’analyse de la NRA est un peu rapide.

L’Union européenne allège les contrôles à l’importation d’aliments en provenance du Japon

L’Union européenne a allégé les contrôles à l’importation d’aliments en provenance du Japon voir le règlement d’exécution du 6 janvier 2016 en français et en anglais.

Il n’y a plus aucun contrôle exigé pour les aliments en provenance de Saïtama et d’Aomori.

Pour les provinces de Gunma, Ibaraki, Tochigi, Miyagi, Iwate et Chiba, il est actuellement exigé d’échantillonner et d’analyser, avant leur exportation vers l’Union, les champignons, les produits de la pêche, le riz, le soja, le sarrasin et certaines plantes sauvages comestibles ainsi que leurs produits transformés et dérivés. Pour plusieurs de ces matières premières alimentaires, il y a lieu de ne plus exiger d’échantillonnage et d’analyse avant l’exportation vers l’Union.

Pour les provinces d’Akita, de Yamagata et de Nagano, le contrôle de certaines plantes sauvage n’est plus exigé mais un cas de non-conformité entraîne le maintien des contrôles pour d’autres. Les contrôles sont aussi maintenus pour les provinces de Shizuoka, de Yamanashi et de Niigata suite à la constatation d’un cas de non-conformité.

Enfin, à Fukushima, les contrôles ne sont plus exigés pour certains aliments, mais maintenus pour d’autres.
La liste des aliments qui doivent toujours être contrôlés est donnée en annexe. Elle reste longue pour Fukushima et inclut des produits de la pêche et de l’agriculture. Ailleurs, il s’agit surtout de produits de la pêche et de plantes sauvages.

Ces nouvelles règles sont effectives à partir du 9 janvier 2016.

Suite à la décision européenne, Singapour aurait accepté de reconsidérer ses conditions d’importation d’aliments en provenance du Japon.

Les repas servis dans les cantines de Fukushima contrôlés

La province de Fukushima contrôle les repas servis dans les cantines des écoles des communes de la région. Voici les résultats synthétisés par le Fukushima Minpo :

  • En 2012, 1 962 repas ont été contrôlés dans 26 communes, et 14 d’entre eux avaient une contamination supérieure à 1 Bq/kg. La plus forte valeur était de 2,53 Bq/kg.
  • En 2013, 2 480 repas ont été contrôlés dans 23 communes, et 6 d’entre eux avaient une contamination supérieure à 1 Bq/kg. La plus forte valeur était de 1,28 Bq/kg.
  • En 2014, 2 859 repas ont été contrôlés dans 26 communes, et aucun d’entre eux avaient une contamination supérieure à 1 Bq/kg.
  • Pour 2015, 549 repas ont déjà été contrôlés entre avril et septembre 2015, et aucun d’entre eux avaient une contamination supérieure à 1 Bq/kg.

L’Europe devrait lever ses exigences de contrôle de certains aliments en provenance du Japon

Selon la presse japonaise, un groupe d’experts de l’UE aurait accepté la proposition de la commission de ne plus exiger de contrôle de la radioactivité pour certains aliments importés du Japon. Ce serait le cas de légumes et de fruits de Fukushima à l’exception des kakis. Ce serait aussi le cas pour tous les produits en provenance des provinces de Saïtama et d’Aomori. En revanche, quelques plantes sauvages devraient être ajoutées à la liste des produits à contrôler. La décision devrait devenir officielle avant la fin de l’année.

Toujours selon les médias japonais, le pays espère augmenter ses exportations d’aliments vers l’Europe. Le volume reste très faible et est limité à quelques produits typiquement japonais. D’un autre côté, le ministère de l’agriculture vient de publier un rapport montrant que le nombre d’emplois dans l’agriculture et l’exploitation forestière a diminué de 18,1% en 20 ans. La baisse est de 60% sur 30 ans. Comment espérer augmenter les exportations dans de telles conditions ?

A Iwaté, Miyagi et Fukushima, la baisse a été plus forte, avec 22,6% ces 5 dernières années. Plus précisément, c’est 17,5% à Iwaté, 23,4% à Miyagi et 26% à Fukushima. Dans certaines communes côtières affectées par la catastrophe nucléaire, la chute du nombre d’agriculteurs et de forestiers atteint 46,7%

Cette levée probable des exigences de contrôle n’aura donc presque pas d’impact sur l’agriculture japonaise. En revanche, elle va être utilisée pour ce que les autorités appellent “lutter contre les rumeurs néfastes” et convaincre les Japonais de manger les produits de Fukushima sans crainte.

Reprise de la pêche au saumon dans le fleuve Kido, à Naraha

La pêche aux saumons a repris dans le fleuve Kido, qui traverse Naraha. Elle avait été suspendue après que la ville ait été entièrement évacuée. Comme l’ordre d’évacuer a été levé le 5 septembre dernier, la pêche commerciale a pu reprendre… devant les médias.

Des contrôles effectués depuis trois ans ont montré que la contamination des saumons ne dépassait pas la limite de mise sur le marché, fixée à 100 Bq/kg pour le césium. Une usine de transformation, qui avait été détruite par le tsunami, vient d’être reconstruite et inaugurée.

Pas de contamination interne détectée chez les enfants de Fukushima

Selon une étude publiée dans les Comptes-rendus de l’académie des sciences du Japon (article disponible en libre accès), aucune contamination interne n’a été détectée chez 2 707 enfants âgés de 0 à 11 ans contrôlés par anthropogammamétrie (Whole Body Counter, WBC) entre décembre 2013 et mars 2015. La limite de détection (ou seuil de décision, ce n’est pas précisé) est d’environ 3 Bq/kg. La majorité des enfants vivent à Fukushima. D’autres, dans les provinces voisines touchées par les retombées radioactives.

Trois appareils spécialement conçus pour mesurer la contamination interne des petits de moins de 130 cm, appelés Babyscan, ont été installés dans trois hôpitaux ou cliniques de Fukushima : Hirata Central Hospital, près de Kôriyama, Tokiwakai Hospital à Iwaki et l’hôpital municipal général de Minami-Sôma. La clinique Hirata a signé des accords avec les communes de Miharu à Fukushima et de Daïgo à Ibaraki pour contrôler tous les enfants scolarisés.

Un questionnaire était remis aux familles lors de ces examens pour connaître leur comportement alimentaire. L’article donne une analyse statistique sur la consommation d’eau en bouteille, de riz et de légumes cultivés en dehors de Fukushima. Les résultats sont très disparates en fonction des communes. A Miharu, seulement 4% des familles évitent à la fois l’eau du robinet et l’alimentation locale. A Sôma et Minami-Sôma, c’est plus de 50%. Il n’y a pas de différence observée dans les résultats des contrôles de la contamination interne.

17 provinces et de nombreuses communes demandent à être indemnisées par TEPCo

Selon le Maïnichi, qui a enquêté auprès des 47 provinces du Japon et de nombreuses agglomérations, 17 provinces et 7 grandes villes ont déposé des demandes de compensation auprès de TEPCo. Il y a toutes les provinces du Tôhoku et du Kantô, ainsi que Mié et Shimané plus à l’Ouest.

La compagnie n’a accepté d’indemniser qu’une partie des demandes, pour un total de 36,29 milliards de yens (267 millions d’euros) sur 56,36 milliards (414 millions d’euros) demandés. Sont indemnisés, par exemple, la baisse des revenus des compagnies en charge du traitement de l’eau, le contrôle des aliments dans les cantines scolaires et des produits agricoles, la prise en charge des déchets radioactifs… Dans certains cas, TEPCo a limité dans le temps, la prise en charge des mesures post-accidentelles.

D’autres demandes ont été rejetées, comme la baisse des revenus des taxes locales liée au départ des évacués “volontaires”, les campagnes contre les “rumeurs néfastes” à Akita ou l’aide apportée par la province de Gunma aux victimes de la catastrophe…

Cinq provinces (Aomori, Akita, Yamagata, Miyagi et Chiba) ont donc saisi la commission de conciliation pour être remboursées d’une partie des sommes engagées. Celle de Gunma et la ville de Sendaï (Miyagi) devraient suivre. Celle d’Iwaté est déjà parvenue à un accord avec TEPCo, qui compensera à hauteur de 250 000 millions de yens (1,8 million d’euros).

Dans les trois provinces les plus touchées (Fukushima, Miyagi et Iwaté), la plupart des communes ont déposé des demandes d’indemnisation pour un total de 62,88 milliards de yens (462 millions d’euros) et TEPCo n’a accepté de payer que 8,65 milliards de yens (64 millions d’euros).

Si l’on ajoute ce qui a été demandé par les provinces et les communes, le Maïnichi arrive à un total supérieur à 120 milliards de yens.