L’eau du tuyau qui a fuit était plus radioactive qu’admis

La fuite de la semaine précédente fait encore parler d’elle. Jusqu’à récemment, seule de l’eau de pluie contaminée circulait dans ce tuyau. Mais depuis la mi-mai l’eau provient des sous-sols du bâtiment turbine du réacteur n°3, et est donc fortement radioactive : 1,1 million de becquerels par litre en bêta total. TEPCo n’avait pas informé l’Agence de Régulation Nucléaire, la NRA, qui vient de le découvrir lors d’une réunion commune.

Ce qui signifie que TEPCo a fait couler une eau très radioactive dans un tuyau qu’elle savait fragile et de durée d’utilisation limitée sans le contrôler au préalable. Il a été mis en place en octobre 2013 et n’a jamais été contrôlé depuis.

On comprend que la NRA ne soit pas contente. Son président a déclaré que TEPCo n’avait pas d’approche stratégique pour gérer l’eau contaminée.

Retour sur la dernière fuite

C’est par un tweet que TEPCo a annoncé que la dernière fuite dans le port était de 15 m3 au maximum. Les médias parlent d’une fuite comprise entre 7 et 15 m3. L’eau provenait des sous-sols du bâtiment turbine du réacteur n°3. Elle est donc très radioactive.

Le tuyau qui a fui n’a pas été contrôlé alors qu’il était connu qu’il ne pouvait pas être utilisé longtemps. TEPCo a remplacé des tuyaux similaires en d’autres emplacements, mais pas ici. La compagnie explique ce fait par la proximité avec le chantier de gel des sous-sols. Il n’était pas non plus sur le trajet des patrouilles de surveillance. C’est par hasard que la fuite a été découverte.

Le tuyau aurait aussi subi une flexion qui dépasse la limite fixée par le fabricant.

La compagnie a promis d’accélérer le remplacement de ce type de tuyaux par d’autres plus solides et d’améliorer le manuel de contrôle…

Des photos et des explications sont disponibles dans un document mis en ligne en japonais uniquement.

Nouvelle fuite dans la mer et record de la contamination dans le port

Des travailleurs ont trouvé une fuite d’eau très radioactive sur un tuyau, vendredi 29 mai, et l’eau s’est écoulée dans le port devant la centrale. Le tuyau, qui relie un réacteur à une cuve, a une fente d’un centimètre de long.

Jeudi 28 mai, TEPCo a mesuré une contamination bêta total de 1 200 Bq/L dans un drain situé entre la fuite et la mer, ce qui 40 fois plus élevé que la veille. Et vendredi 29 mai, c’est monté à 1 400 Bq/L. TEPCo pense donc que la fuite a duré deux jours.

Une photo du tuyau, un plan de situation et quelques explications en japonais sont ici en ligne.

La contamination dans le drain est ensuite montée à 22 000 Bq/L en bêta total. Puis, TEPCo a mesuré entre 190 et 320 Bq/L, toujours en bêta total, dans l’eau mer prélevée dans le port, ce qui constitue plusieurs records (prélèvements du 29 mai 2015).

TEPCo ajoute toujours que cette n’eau n’a pas affectée l’océan, ce qui ne veut rien dire. Que signifie affecter ? Le port n’est pas étanche puisque le niveau de l’eau y varie avec la marée. L’eau contaminée se retrouve dans l’océan où elle est fortement diluée. D’ailleurs, le 30 mai, un record de contamination de l’eau de mer près de l’embouchure a été battu avec 18 Bb/L en bêta total. Rappelons que TEPCo se refuse de rejeter en mer une eau qui aurait plus de 5 Bq/L en bêta total.

Cette fuite s’ajouter à ce qui s’échappe quotidiennement via les nappes phréatiques qui restent fortement contaminées. Il suffit de consulter les dernières données : cela monte jusqu’à 660 000 Bq/L dans le puits 1-6 (prélèvement du 28 mai).

Records récents de la contamination de l’eau

EN amont des réacteurs, au pied des cuves, il y a maintenant 20 000 Bq/L en bêta total dans le puits E9 (prélèvement du 20 mai).

Au pied du réacteur n°3, c’est la contamination en tritium qui bat des records avec 3 800 et 520 Bq/L dans deux puits (prélèvement du 6 mai). Une semaine plus tard, elle sera encore plus élevée avec respectivement 4 300 et 690 Bq/L dans ces mêmes puits (prélèvements du 13 mai).

La contamination en césium-137 bat aussi un record dans le puits 1-8 avec 400 Bq/L dans le prélèvement du 11 mai et 420 Bq/L dans celui du 18 mai. Il y a aussi un record en césium dans le puits 1-18. Celle en bêta total dans le puits voisin atteint le niveau record de 2 800 Bq/L (prélèvement du 14 mai). Des records sont battus dans l’eau de mer en césium quelques jours plus tard, avec des 19 et 45 Bq/L pour le seul césium-137 (prélèvement du 19 mai).

Dans d’autres puits de contrôle, la contamination reste très élevée, même s’il ne s’agit pas de records : il y a ainsi 580 000 Bq/L en bêta total dans le puits 1-6 et 130 000 Bq/L en tritium dans les puits n°1 et 1-17 (prélèvements du 11 mai).

Enfin, en avril dernier, deux records de la contamination en strontium-90 de l’eau de mer ont été battus avec 670 et 680 Bq/L (prélèvements du 6 avril 2015). Dans un des deux cas, la contamination en strontium-90 est bien plus élevée que celle en bêta total (560 Bq/L), ce qui ne semble pas perturber TEPCo… Ce n’est pourtant pas possible.

Rappelons que TEPCO ne s’autorise pas à rejeter en mer une eau pompée en amont des réacteurs qui aurait plus de 5 Bq/L en bêta total (dont le strontium) et 1 500 Bq/L en tritium.

C’était notre rubrique « la situation est sous contrôle ».

Autorisation de tester le gel du sol en amont des réacteurs accidentés

On le sait, un des principaux défis auxquels fait face TEPCo, c’est celui de l’eau contaminée. Pour limiter les infiltrations de l’eau souterraine dans les sous-sols des réacteurs, où elle se mélange avec l’eau de refroidissement, fortement contaminée, la compagnie tente plusieurs mesures qui ne sont pas très efficaces jusqu’à maintenant et les fuites en mer continuent.

Un de ses projets est de geler le sol tout autour des réacteurs accidentés pour limiter les échanges. En aval des réacteurs, c’est plus complexe, car il y a de nombreuses galeries souterraines pleines d’eau. Les tentatives de gel ont échoué.

En amont, des trous ont été creusé pour y faire circuler du liquide réfrigérant qui doit geler le sol. TEPCo vient d’obtenir l’autorisation de mener des tests sur 18 puits. Si tout va bien, ce sera étendu à d’autres puits.

In fine, si le mur geler peut entourer les 4 réacteurs, il devrait faire 1,5 km. Mais TEPCo n’est pas capable de donner un calendrier pour cette réalisation complète.

La compagnie a mis des photos en ligne, commentées en japonais uniquement pour le moment.

En attendant, TEPCo continue à injecter, chaque jour, 101 m3 dans le réacteur n°1, 100 m3 dans le 2 et 108 m3 dans le 3 pour les refroidir. Dans son document faisant le bilan de l’eau contaminée, elle n’indique pas combien elle pompe chaque jour dans les sous-sols pour éviter les débordements en mer. En revanche, elle a presque 400 000 m3 d’eau partiellement décontaminée où le tritium est le contaminant majeur. Elle a aussi presque 160 000 m3 où elle a retiré le césium et le strontium uniquement. Il y a aussi près de 65 000 m3 d’eau contaminée dans les sous-sols des réacteurs, 20 000 m3 dans d’autres bâtiments et plus de 46 000 m3 dans des cuves en attente de traitement.

La compagnie a aussi accumulé presque 600 m3 de boues radioactives.

Le dernier bilan officiel sur la contamination de l’eau de mer est ici en anglais.

TEPCo vient de finir de bétonner tout le fond du port devant la centrale

TEPCo vient de terminer le bétonnage du fond du port devant la centrale de Fukushima daï-ichi. L’idée est de fixer les sédiments fortement contaminés. Pour les poissons piégés dans le port dont le régime alimentaire dépend de la faune qui vit dans les fonds marins, cela aura un impact.

Encore une fuite en mer

On s’en souvient, en février dernier, TEPCo avait été prise sur le fait d’avoir caché pendant 10 mois que de l’eau de pluie contaminée avait coulé directement dans l’océan. Cela avait fait scandale. L’eau provenait d’un toit du réacteur n°2. Pour limiter l’impact, TEPCo a installé huit pompes pour envoyer cette eau dans le port devant la centrale et pas dans l’océan directement. Cela ralentit le transfert vers la mer sans l’arrêter. Les pompes ont été mises en service le 17 avril dernier et elles se sont toutes arrêtées aujourd’hui à 8h45. Elles fonctionnaient la veille. L’eau de pluie contaminée retourne directement dans l’océan. TEPCo ne connaît pas les niveaux de contamination ni la quantité d’eau en jeu. Mais, le 9 avril, les niveaux de contamination étaient très faibles selon TEPCo. Elle a annoncé par la suite 110 Bq/L en bêta total dans le drain, ce qui est plus que la limite qu’elle s’est fixée pour les rejets en mer qui est de 5 Bq/L.

Cette panne n’est pas un réel problème car l’eau rejoint l’océan à la fin, même si elle passe par le port. C’est en sous-sol, via la nappe phréatique, qu’il y a un problème de fuites vers l’océan sont bien plus élevées. Il suffit de voir les derniers chiffres publiés.

TEPCo a mis en ligne des photos des pompes qui ont été remises en route dans la journée. C’est le générateur qui serait tombé en panne.

Voici la dernière compilation officielle de données de la pollution de l’eau de mer.

De la contamination des nappes phréatiques et de l’eau de mer

Au pied des cuves de la zone H4, la contamination en tritium du puits de contrôle E-10 a monté régulièrement jusqu’à 21 000 Bq/L (prélèvement du 9 avril 2015) avant de redescendre à des valeurs inférieures à 3 800 Bq/L (prélèvement du 16 avril 2015).

L’eau souterraine pompée en amont des réacteurs pour être rejetée en mer vient de battre un nouveau record dans le puits n°10 avec 1 000 Bq/L (prélèvement du 13 avril 2015). Cela reste inférieur à la limite que s’est fixée TEPCo qui est de 1 500 Bq/L et une fois diluée avec l’eau des autres puits il y a environ 100 Bq/L au moment du rejet (rejet du 6 avril).

Au pied des réacteurs, les nappes phréatiques sont toujours beaucoup plus polluées. Le 9 avril, par exemple, il y avait jusqu’à 500 000 Bq/L en bêta total (puits 1-6) et 140 000 Bq/L en tritium. Pour le bêta total, TEPCo se refuse de rejeter en mer une eau qui aurait plus de 5 Bq/L. Cette pollution se retrouve dans le port devant la centrale. Au milieu du port, le 6 avril, il y avait 71 Bq/L en bêta total et 150 Bq/l en tritium. Cette dernière valeur est un record local. C’est bien la preuve que les fuites en mer continuent. Voir le fichier avec ces données.

La contamination du puits 1-6 au pied des réacteurs est montée à 570 000 Bq/L le 16 avril et dans le port, TEPCo a relevé 44 Bq/L en strontium dans l’eau de mer. C’est plus que le seuil d’alerte de 30 Bq/L que s’est fixé la compagnie. Tout près du rivage, il y a jusqu’à 500 Bq/L en bêta total et 1 800 Bq/L en tritium dans l’eau de mer. Voir le fichier avec ces données.

Dans les sous-sols des réacteurs, les valeurs de la contamination de l’eau sont, bien-entendu, encore beaucoup plus élevées : il y a jusqu’à 69 millions de becquerels par litre en bêta total dans le réacteur n°1 et 295 000 Bq/L en tritium dans le 3. Valeurs à la mi-mars 2015.

TEPCo a aussi mis en ligne ses résultats mensuels sur la contamination des poissons. Au large, à moins de 20 km de la centrale, la situation s’améliore. Deux poissons dépassent la limite de mise sur le marché fixée à 100 Bq/kg pour les deux césiums. En revanche, dans le port devant la centrale, ils restent fortement contaminés, jusqu’à 3 200 Bq/kg pour une sole.

Drôles d’idées pour régler le problème du tritium

Le tritium, qui est de l’hydrogène radioactif, est très difficile à séparer de l’hydrogène non radioactif dans l’eau. TEPCo qui retire 62 radioéléments de l’eau contaminée, ne retire pas le tritium. La compagnie veut rejeter en mer l’eau traitée avec le tritium, mais le stock dans les cuves représente environ 150 années de rejets à la limite autorisée. Et les pêcheurs ne veulent pas entendre parler d’augmenter les autorisations de rejet. Ils n’ont pas confiance dans la compagnie.

La situation est donc bloquée et l’eau s’accumule dans les cuves. La situation pourrait être critique en cas de fortes secousses et de fuite massive. TEPCo et le gouvernement cherchent donc des alternatives : une idée envisagée, selon Reuters, est d’évaporer toute cette eau. C’est la méthode utilisée à Three Mile Island aux Etats-Unis. Mais le stock ici est beaucoup plus grand. Il faudra donc une énorme quantité d’énergie. Et la vapeur d’eau va se condenser et retomber sous forme de pluie au tritium dans l’océan et sur terre. Le gain pour l’environnement est nul.

Une autre idée avancée est d’enterrer cette eau. L’article ne donne pas plus de précision sur cette option. Le tritium va alors probablement migrer dans les nappes phréatiques comme sous le centre de stockage de la Manche ou à Valduc en France.

Rappelons que le tritium a une demi-vie de 12 ans : c’est à dire que tous les 12 ans le stock est divisé par deux. Au bout de 120 ans, il y aura 1 024 fois moins de tritium.

Le césium de Fukushima arrive au large du Canada

La Wood Holes Oceanic Institution, qui fait une surveillance citoyenne de la contamination radioactive du Pacifique, côté américain, avait mesuré, en octobre dernier, un échantillon d’eau de mer avec du césium 134, qui a une demi-vie de 2 ans et qui provient donc probablement de Fukushima. L’échantillon avait été prélevé à environ 1 200 km à l’Ouest de Vancouver, à une profondeur de 25 m (voir notre article à ce sujet).

Cet organisme, dans un nouveau communiqué de presse, annonce avoir trouvé ce radioélément de manière quasi-systématique au large du Canada. Il y a aussi deux points avec du césium-134 tout près de la côte. L’échantillon prélevé à Ucluelet a 1,4 Bq/m3 ou 0,001 4 Bq/L de césium-134 et 5,8 Bq/m3 ou 0,005 8 Bq/L de césium-137.

Tous les résultats sont le site Internet dédié. Cet organisme fait payer ses préleveurs volontaires. Avec l’ACRO, c’est gratuit ! Vous pouvez venir participer à la prochaine campagne de prélèvements qui aura lieu pendant les prochaines grandes marées le long du littoral normand. Voir le programme ici.

Plus près du Japon, les derniers résultats de la surveillance officielle sont ici en ligne.