Consultation sur le rejet de l’eau contaminée

Le ministère de l’industrie et de l’économie vient de lancer une consultation sur le rejet de l’eau contaminée à Fukushima daï-ichi. La date limite est le 15 mai 2020. Voir l’annonce en japonais.

Les contributions sont limitées à un texte en japonais de 2000 caractères au maximum. Elles peuvent être envoyées par mail, fax ou courrier. Les coordonnées sont dans l’annonce.

Rapport de l’AIEA sur l’eau contaminée : rien de pertinent

Le gouvernement japonais a demandé à l’AIEA, basée à Vienne, d’évaluer son plan de gestion de l’eau contaminée. L’agence de l’ONU vient de mettre en ligne son rapport qui ne contient rien de neuf. Il ne fait qu’avaliser tout ce que propose le gouvernement japonais sans apporter de proposition. L’AIEA ne propose même pas l’idée de faire des analyses indépendantes…

A noter, que le chef de l’équipe d’évaluation, Christophe Xerri, travaillait pour Mitsubishi Nuclear Fuel (MNF) au moment de l’accident. Il faisait donc partie du “village nucléaire japonais”. Ce conflit d’intérêt n’est même pas signalé, tout comme il n’était pas signalé dans le rapport de la dernière délégation de l’AIEA à Fukushima. Une autre membre de l’équipe d’évaluation, Masahiro Yagi, était directeur des situations d’urgence de la NISA au moment de la catastrophe nucléaire… Ce n’est pas mentionné, non plus.

Depuis le début de cette catastrophe nucléaire, l’AIEA se contente de copier les informations officielles japonaises sans exercer la moindre analyse critique et n’a rien apporté de pertinent.

Avant la catastrophe nucléaire de Fukushima, l’autorité en charge de la sûreté au Japon (NISA) dépendait du ministère de l’industrie et se préoccupait plus de la promotion du nucléaire que de sa sûreté. Une des grandes leçons de cette catastrophe a été la création d’une autorité de régulation nucléaire indépendante. L’AIEA n’a rien changé de son fonctionnement bien qu’elle n’ait pas pu empêcher cette catastrophe. Sa principale activité reste la promotion de l’énergie nucléaire, sans la moindre remise en cause. Elle n’empêchera donc pas la prochaine catastrophe…

TEPCo ne sait pas comment reprendre des sacs de sable très contaminés

Au début de la catastrophe, TEPCo avait utilisé les sous-sols de deux bâtiments pour y mettre de l’eau très contaminée. Elle avait mis des sacs de sable chargé en zéolites pour absorber le césium.

La compagnie veut maintenant purger les sous-sols de l’eau contaminée, mais elle ne sait pas comment reprendre le sable. Il y en a 26 tonnes, selon l’Asahi. Des mesures de débit de dose auraient été effectuées en décembre 2018 faisant apparaître des valeurs élevées. Des investigations complémentaires ont été effectuées depuis à l’aide d’un robot plongeur. Les sacs émettraient 3 à 4 sieverts par heure ! C’est une dose létale en quelques heures ! Un échantillon de sable prélevé avait une concentration en césium de 130 GBq/kg (130 milliards de becquerels par kilogramme).

TEPCo devait avoir fini de purger l’eau à la fin 2020. Ce sera après 2023. L’eau, pour le moment, sert d’écran aux radiations émises par les sacs. La compagnie doit trouver un moyen de reprendre les 26 tonnes de sable et de les emballer dans des conteneurs suffisamment protecteurs.

1 370 milliards de yens pour récupérer le corium des réacteurs 2 et 3

Selon l’Asahi, TEPCo a estimé que le retrait du corium de deux des trois réacteurs accidentés durera 12 ans et lui coûtera 1 370 milliards de yens (11,5 milliards d’euros). Il n’y pas d’estimation pour le réacteur n°1, car la compagnie ne sait pas encore comment s’y prendre.

Les investigations complémentaires et la décontamination des lieux d’intervention devrait coûter 330 millions de yens (2,75 milliards d’euros), les premiers tests dans le réacteur n°2, 20 milliards de yens (167 millions d’euros) et la construction des installations pour le retrait du corium des réacteurs 2 et 3, 1 020 milliards de yens (8,5 milliards de yens).

TEPCo prévoit toujours de commencer par le réacteur n°2 avant la fin de 2021. Et pour le réacteur n°3, qui contenait du combustible MOx, ce sera avant 2031.

La compagnie prévoit 79 milliards de yens (658 millions de yens) de bénéfice en 2019, en baisse de 66% par rapport à 2018. Mais elle continue à être aidée par le gouvernement, qui lui a prêté près de 80 milliards d’euros, sans intérêt.

Les informations de TEPCo sont ici en japonais.

Le Japon ne prévoit pas de baisser plus ses émissions de CO2 pour la COP26

Lors de la COP21 à Paris, le Japon avait présenté un plan très peu ambitieux de réduction des gaz à effet de serre. Il prévoit, notamment, de construire 22 centrales à charbon dans les 5 prochaines années.

Pour la COP26 qui devrait se tenir à Glasgow à l’automne, si l’épidémie le permet, le Japon a rendu ses nouveaux engagements, qui sont identiques à ceux de 2015 à Paris ! Il ne fera aucun effort supplémentaire, ce qui lui a valu d’être critiqué par Patricia Espinosa, qui est à la tête de l’agence pour le climat de l’ONU. Les ONG de protection de l’environnement sont furieuses.

La parade de la flamme olympique annulée avec le report des JO

La flamme olympique devait partir de J-Village le 26 mars et parader durant 3 jours dans la province de Fukushima. TEPCo avait même préparé une belle présentation de ses travaux de décontamination du parking de J-Village. Des associations avaient alerté sur les niveaux résiduels le long du parcours de la flamme.

Mais la pandémie de COVID-19 a entraîné le report d’un an des JO de Tôkyô et de la parade. Cela ne sera peut-être pas suffisant car le coronavirus sera probablement toujours présent.

La flamme olypique sera exposée pendant un mois à J-Village, qui a servi de base arrière à TEPCo au début de la catastrophe. Puis, elle sera exposée à Tôkyô en mai.

98ième versement financier pour TEPCo

TEPCo annonce avoir reçu le 98ème versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations : 116,9 milliards de yens (presqu’un milliard d’euros au cours actuel) ! Ce versement, le dernier de l’année fiscale 2019, est particulièrement élevé. Rappelons que cet argent est prêté sans intérêt.

En prenant en compte ce versement et les 188,9 milliards de yens venant de l’Act on Contract for Indemnification of Nuclear Damage Compensation, TEPCo a déjà reçu un total de 9 485,6 milliards de yens (79 milliards d’euros au cours actuel), en incluant le présent versement et cela ne suffira pas.

Le communiqué de TEPCo est accompagné d’un tableau avec les sommes versées au titre des indemnisations, mais sans explications. Le total s’élève à 9 351,3 milliards de yens (78 milliards d’euros).

Eau contaminée : TEPCo prévoit un rejet sur une trentaine d’années

L’eau contaminée accumulée dans des cuves constitue l’un des principaux casse-tête de TEPCo et des autorités japonaises. Voir notre bilan récent effectué à l’occasion du neuvième anniversaire de la catastrophe nucléaire et le portail dédié de TEPCo. Pour rappel, il y en a près de 1,2 million de mètres cube dans 979 cuves. Officiellement, il ne reste plus que du tritium (hydrogène radioactif) après un traitement qui a consisté à retirer 62 radioéléments, mais en fait, TEPCo doit reprendre 72% du stock dont les concentrations résiduelles dépassent les autorisations de rejet en mer. L’inventaire du tritium dans les cuves s’élèverait à 860 TBq. La concentration moyenne serait donc de 730 000 Bq/L.

Après des années de tergiversations consistant à montrer que le rejet en mer était la seule option possible, il reste deux options ouvertes : le rejet en mer, bien entendu, et le rejet atmosphérique par vaporisation. TEPCo vient de publier un document en anglais avec sa stratégie (lien direct, copie).

Quelle que soit l’option retenue, rejet en mer ou rejet atmosphérique, TEPCo estime que cela prendra une trentaine d’années. C’est grosso modo le temps qu’elle estime nécessaire pour finir de démanteler le site. Rappelons que TEPCo va manquer de place à partir de 2022 pour ses cuves.

La compagnie va tester un deuxième traitement de cette masse d’eau dès 2020 avant de choisir entre ces deux options. Elle commencera par 2 000 m3 d’eau particulièrement contaminée. Il lui faut ensuite étudier la meilleure façon de transférer l’eau vers la station de traitement et la radioprotection des travailleurs.

En cas de rejet dans l’océan, elle veut aussi diluer l’eau rejetée avec de l’eau de mer de façon à ce que la concentration en tritium soit inférieure à un quarantième de la concentration maximale autorisée, qui est de 60 000 Bq/L. Pourquoi un quarantième, qui correspond à 1 500 Bq/L, la compagnie ne le dit pas ? Elle ne mentionne pas non plus la limite annuelle. En cas de rejet atmosphérique, TEPCo veut aussi rester bien en dessous de l’autorisation de rejet. Elle veillera à ce que la concentration en bordure du site de la centrale ne dépassera pas 5 Bq/L d’air.

Il est difficile de prédire l’impact en cas de rejet atmosphérique et TEPCo ne propose aucune évaluation. En gros, elle n’a pas de modèle pour la réaliser. En cas de rejet dans l’océan, elle a calculé la zone où la concentration dans l’eau de mer pourrait dépasser 1 Bq/L pour le tritium. Cela dépend, bien évidemment, de la quantité rejetée chaque année. Il y a plusieurs cartes dans le document de TEPCo. L’Asahi reprend les deux cas extrèmes sur une seule carte :

Le rejet de 22 TBq/an correspond à la limite annuelle, sans que cela soit mentionné dans le document. Les autres valeurs sont là pour relativiser ce choix.

TEPCo explique qu’elle va renforcer sa surveillance de la radioactivité dans les rejets et dans l’environnement. La possibilité d’un contrôle par des tiers va être étudiée, mais il pourrait se limiter à une certification du laboratoire de la compagnie… En revanche, elle s’engage à indemniser si ce rejet induit la propagation de rumeurs néfastes.

Le document contient tout un blabla sur la communication des risques et le combat contre les rumeurs néfastes… La compagnie ferait mieux d’améliorer sa transparence plutôt que de lancer des campagnes de communication sans intérêt.

TEPCo condamnée en appel à mieux indemniser des personnes déplacées, mais avec une somme fortement réduite

La Haute cour de Tôkyô a ordonné en appel à TEPCo de verser de un million de yens (8 300 €) à 2,5 millions de yens (21 000 €) chacun de dommages et intérêts supplémentaires à plus de 300 personnes déplacées suite à la catastrophe nucléaire de Fukushima. Cette somme a été réduite des deux tiers par rapport au dédommagement accordé en première instance.

Cette somme vient s’ajouter aux indemnités déjà reçues dans le cadre de la compensation mise en place par les autorités. Le montant total des indemnités a été réduit à environ 360 millions de yens (3 millions d’euros), contre 1,1 milliard de yens (9 millions d’euros) accordés par le tribunal de district de Tôkyô en 2018. Dans leur requête, les plaignants, demandaient un montant total de 10,9 milliards de yens (91 millions d’euros).

Même si les ordres d’évacuer ont été levés, la justice a estimé que les conditions de vie dans les communes d’origines ont été bouleversées et que cela doit être indemnisé, en plus de l’évacuation. Comme nous l’avons déjà souligné, TEPCo a refusé toutes les procédures de conciliation et les plaignants n’ont pas eu d’autre choix que de saisir la justice.

Après la Haute Cour de Sendaï il y a quelques jours, c’est la deuxième fois qu’une Haute cour confirme en appel la nécessité de mieux indemniser les personnes déplacées. Dans un éditorial, l’Asahi demande de revoir les règles d’indemnisation car, presque à chaque fois, la justice a ordonné à TEPCo de verser des sommes supplémentaires, même si les procédures durent longtemps. La perte des conditions de vie d’origine devrait être reconnue au même titre que l’évacuation.