TEPCo embarrassée par la pollution des nappes phréatiques

Ce ne sera pas une surprise pour les lecteurs de ces pages : la contamination en tritium de l’eau pompée en amont des réacteurs en vue d’être rejetée en mer vient de dépasser la limite de 1 500 Bq/L en tritium que s’était fixée TEPCo.
Ce n’est pas une surprise car presque tous les jours, un nouveau record de contamination est battu par-ci par-là, ce qui montre que la situation s’aggrave. En aval des réacteurs, cela vient de l’inondation des sous-sols et des travaux menés par TEPCo qui modifient les écoulements. En amont des réacteurs, mais en aval des cuves, outre les fuites, l’évaporation continue de l’eau des cuves, fortement chargée en tritium, se retrouve dans l’eau de pluie et les nappes phréatiques.
Il y a maintenant 1 600 Bq/L en tritium dans le puits de pompage où il y avait 1 300 Bq/L la semaine précédente. TEPCo aurait suspendu les opérations de pompage et ne sait pas quoi faire. Il était pourtant évident que la contamination dépasserait les 1 500 Bq/L et je pensais qu’elle allait jouer sur la dilution. Elle ne semble pas avoir de solution ni d’explication à proposer.
8 mois après que le premier ministre japonais ait déclaré à la planète que l’eau contaminée à la centrale de Fukushima daï-ichi était sous contrôle, TEPCo déclare être « embarrassée » par les problèmes à répétition. Elle a le sens de la litote.
Lors d’un voyage de presse sur le site pour montrer les nouvelles cuves, rapporté par Reuters, un dirigeant de TEPCo a admis ne pas avoir le contrôle sur certaines parties du site et qu’il lui faut promouvoir la qualité à partir de maintenant. Les nouvelles cuves doivent pouvoir tenir 30 à 40 ans, le temps nécessaire au démantèlement. Il a aussi admis que la compagnie n’aura probablement pas traité toute l’eau contaminée d’ici mars 2015, comme initialement prévu. Les nouvelles cuves sont aussi présentées en anglais ici et ici maintenant.

Records du jour de contamination de l’eau souterraine :
–    dans le puits 3-4, situé près du rivage, la contamination en césium atteint maintenant 9,7 Bq/L et celle en bêta total, 19 Bq/L.
–    dans le puits 2-2, la contamination en bêta total atteint maintenant 600 Bq/L.
–    dans le puits 2-7, c’est maintenant 870 Bq/L, toujours en bêta total.
Prélèvements du 16 avril 2014.
Plus en amont, près de la cuve où il y a eu un débordement en février dernier, il y a maintenant 180 Bq/l en tritium dans le puits G3 (prélèvement du 16 avril 2014).

Strontium dans le sol de la centrale

TEPCo a mis 3 résultats de mesure sur la pollution en strontium 90 des sols de la centrale : cela va de 65 à 120 Bq/kg de matière sèche. Elle ajoute que ces valeurs sont plus élevées que ce que l’on trouve généralement au Japon suite aux essais nucléaires atmosphérique, et qu’il est « possible » que ce soit dû à l’accident nucléaire. Qu’est-ce que cela pourrait être d’autre ? Une pollution plus ancienne que la compagnie n’a jamais avouée ?

Politique nucléaire et opinion

Le parlement japonais a entériné l’accord de coopération nucléaire entre le Japon et la Turquie, ainsi que les Emirats Arabes Unis. Les deux principaux partis de la coalition au pouvoir, ainsi que le principal parti d’opposition, ont voté pour.

D’un autre côté, 53% des japonais interrogés pour l’agence jiji sont contre le redémarrage des réacteurs nucléaires, même s’ils obtiennent le feu de l’autorité de sûreté nucléaire. 40% approuvent la politique énergétique gouvernementale.

Eau contaminée : erreur humaine

Il y a quelques jours, des ouvriers ont mis en marche des pompes par erreur et 203 m3 d’eau fortement contaminée sont allés inonder les sous-sols d’un autre bâtiment (cf 14 avril). TEPCO a enquêté et pense que les ouvriers se sont trompés d’interrupteur. Ils ont mis en route les pompes au lieu de climatiseurs. Les interrupteurs sont identiques et seuls des chiffres permettent de les distinguer. (Voir les photos dans ce document).
Ce qui est incompréhensible, c’est qu’ils aient mis tant de temps à se rendre compte de leur erreur. Un climatiseur qui ne démarre pas, cela se remarque tout de suite, non ?

Pas de restriction de consommation d’électricité durant l’été

Les compagnies d’électricité japonaise ont annoncé avoir assez de moyens de production pour pouvoir passer l’été 2014 sans nucléaire. Le gouvernement ne va donc pas demander aux Japonais de réduire leur consommation. Il devrait, à cause des émissions de gaz à effet de serre !
TEPCo devrait pouvoir fournir de l’électricité aux compagnies du Kansaï et de Kyûshû en cas de forte demande. Mais le transfert est limité par le fait qu’il y a 60 Hz d’un côté et 50 Hz de l’autre.

Nouvelles cuves

TEPCo installe des nouvelles cuves qui arrivent toutes montées par la mer. Des photos sont mises en ligne ici et ici. Il y a aussi une vidéo.
Jusqu’à maintenant, les cuves étaient montées sur place. Les nouvelles cuves fournies par Mitsubishi font 700 m3. Une cuve sera remplie en moins de 48 heures.

Données cachées, suite

Le Maïnichi en avait déjà parlé le 25 mars 2014. Le gouvernement a retenu des données de mesure de dose dans des villages où il s’apprête à lever l’ordre d’évacuer. Les données viennent d’être mises en ligne et la presse revient sur cette affaire.
En juillet 2013, le gouvernement avait mandaté le National Institute of Radiological Sciences (NIRS) et la Japan Atomic Energy Agency (JAEA) pour faire des mesures de dose dans 43 sites variés, incluant des écoles, habitations, terrains agricoles… à Tamura, Kawauchi et Iitaté. Le but du gouvernement était de montrer que l’on peut vivre dans une zone où les calculs, basés sur l’hypothèse que l’on reste 8 heures par jour à l’extérieur, surestiment les doses et qu’en faisant attention, on peut avoir une dose proche de 1 mSv/an, même si la limite pour le retour est toujours de 20 mSv/an.
Les deux organismes ont mesuré des doses à l’aide de dosimètres en plusieurs points de chacun des 43 sites et on reconstitué une dose reçue en fonction du mode de vie. Ils ont estimé que la dose effective reçue était 30% plus faible que l’estimation simpliste basée sur le débit horaire. Mais la dose ainsi estimée dépassait le millisievert par an en 24 sites sur 43.
Les résultats ont été remis au gouvernement en octobre 2013 et il s’est bien gardé de les publier. Il a attendu que l’ordre d’évacuer à Miyakoji soit levé, alors que des mesures concernaient cette zone et qu’il a eu plusieurs réunions avec les habitants.
Des habitants de Miyakoji déplorent ce comportement et se demandent s’ils ont bien fait de rentrer.
Le document est ici en japonais.

TEPCo refuse d’indemniser ses employés

Le Maïnichi revient sur le problème des employés de TEPCo qui ont dû évacuer comme les autres habitants mais à qui TEPCo refuse une indemnisation sous le prétexte fallacieux qu’ils ont déménagé et ne sont plus considérés comme évacués. Il y en 21 dans ce cas pour lesquels la compagnie s’obstine malgré l’avis le la commission de conciliation.
Deux employés ont donc saisi les tribunaux. D’autres pourraient suivre. L’un d’eux a 45 ans et vivait seul à Ôkuma quand l’accident a éclaté. Il vit maintenant à Fukushima et ne comprend pas cette discrimination envers les employés de TEPCo. Il réclame 7 millions de yens (50 000 euros). L’autre a 23 ans et vivait dans une résidence de la compagnie à Ôkuma. Il a d’abord dormi dans sa voiture avant de rejoindre J-Village à Hirono en août 2011. Les conditions de vie y étaient difficiles et il a fait de la dépression. TEPCo considère que son statut d’évacué a cessé quand il est allé s’installer à Iwaki. Il réclame 18 millions de yens (130 000 euros). Il voit son action comme une façon de donner de la voix aux nombreux employés de l’ombre qui n’osent pas parler.
De nombreux employés quittent la compagnie car ils ne supportent plus de ne pas être traités comme des humains.
Le syndicat maison de TEPCo ne lève pas le petit doigt car il considère qu’il s’agit d’affaires privées qui ne le concernent pas…

Encore des fuites et des records de contamination

Encore un problème de fuite ! Et c’est encore ALPS, la station de traitement expérimentale de l’eau contaminée, qui est en cause. De l’eau a débordé. 1 000 litres (1 m3) se seraient répandus mais ne seraient pas sortis du bâtiment. La contamination de cette eau est tout de même de 3,8 millions de becquerels par litre en bêta total et 6 700 Bq/L en césium 137.
Il n’y a toujours qu’une seule ligne sur 3 en fonctionnement.
Explications en japonais.

La NRA a demandé à TEPCo d’améliorer la sûreté des ses installations de pompage et stockage de l’eau suite à l’erreur de transvasement. Ce n’est pas la première fois, et sûrement pas la dernière.

Concernant le projet de rejet en mer de l’eau contaminée, l’ASN française est allée vanter le livre blanc tritium français au Japon. Voir sa présentation.

Records du jour dans l’eau souterraine :
–    dans le puits 1-16 situé près du rivage, il y a maintenant 12 Bq/L en bêta total (prélèvement du 14 avril 2014).
–    dans le puits voisin, 1-17, il y a maintenant 4 200 Bq/L en bêta total (prélèvement du 14 avril 2014).