Simulations d’accident dans le Kansaï

La province de Hyôgo a fait faire des simulations d’accident nucléaire dans l’une des nombreuses centrales de la province voisine de Fukui, en supposant un rejet similaire à celui qui a eu lieu à Fukushima. Elle a publié les résultats pour son propre territoire, mais pas pour les provinces voisines, comme Kyôto, Shiga ou Ôsaka. Des citoyens les réclament en vain. Ils ont fait appel à la commission d’accès aux documents administratifs, ont eu gain de cause, mais les autorités rechignent toujours.
L’article du Japan Times qui relate l’affaire donne des doses issues de la simulation, mais il n’est pas précisé si c’est au corps entier ou la thyroïde. Au vu des chiffres et des conclusions quant à la distribution d’iode, ce doit être à la thyroïde. Cela pourrait monter jusqu’à 62 mSv en une semaine à Kôbé, dans le cas le plus pessimiste et entre 50 et 100 mSv dans d’autres communes de la province. La limite à partir de laquelle il est recommandé de prendre de l’iode pour se protéger est de 50 mSv.

Fuites et records

TEPCo est pressée de toute part suite à l’erreur de pompage de la veille. Comment cela a-t-il pu arriver ? Pourquoi l’investigation n’a débuté que le lendemain de la découverte du problème ? Quand est-ce que TEPCo va réellement prendre au sérieux sa responsabilité et améliorer la gestion de l’eau ? Les cadres de TEPCo n’ont rien à répondre. La NRA non plus. Voir son communiqué à ce propos.
TEPCo a commencé à analyser la contamination de l’eau souterraine à proximité du bâtiment où de l’eau contaminée a été transvasée par erreur. RAS. (Prélèvements du 14 avril 2014)

Records de contamination du jour dans l’eau souterraine :
–    dans le puits 2-5, situé près du rivage, il y a maintenant 7 900 Bq/L en tritium (prélèvement du 9 avril 2014).
–    dans le puits voisin 2-7, il y a maintenant 810 Bq/L en bêta total (prélèvement du 13 avril 2014).

Le gouvernement demande la transmission de données à l’AIEA

Selon le Maïnichi, le 17 mars 2014, le ministère des affaires étrangères a envoyé un email à 18 communes de Fukushima équipées d’un appareil d’anthropogammamétrie (WBC) pour leur demander de transmettre à l’AIEA leurs données sur la contamination interne des habitants. Le message a aussi été envoyé aux autorités provinciales et à la mairie de Namié. Il était demandé de transmettre toutes les données à l’AIEA : contamination interne, relevés des dosimètres individuels, etc… avant le 24 mars.
Le mail suggérait que l’AIEA voulait montrer que cette contamination était inférieure à celle évaluée par d’autres organismes internationaux.
La moitié des communes a refusé sous le prétexte qu’il n’est pas raisonnable de demander des données personnelles par email et qu’elles ne souhaitent pas que l’exposition des résidents soit minimisée.
8 communes ont répondu en enlevant les noms ou en se limitant aux informations déjà rendues publiques. Le gouvernement n’a pas encore transmis les données à l’AIEA qui prétend vouloir faire un rapport objectif. La mission première de l’AIEA est de promouvoir le nucléaire. Si elle était objective, cela se saurait !

Fuites et records de la contamination

Encore un problème d’eau contaminée à la centrale de Fukushima daï-ichi. TEPCo a découvert qu’entre jeudi et dimanche, le niveau d’eau dans des cuves supposées en cours de remplissage ne montait plus. Au contraire, il a même commencé à baisser. Après enquête, elle a trouvé 4 pompes, supposées à l’arrêt, qui envoyaient l’eau dans les sous-sols d’un autre bâtiment qui était sec jusqu’à maintenant. 203 m3 d’eau fortement contaminée y auraient été envoyés par inadvertance. Il y a 37 millions de becquerels par litre pour le seul césium. La compagnie assure que cette ne devrait pas fuir de ce bâtiment et qu’elle va repomper l’eau. Elle va aussi enquêter pour comprendre comment cela a pu avoir lieu.
Ces pompes étaient là en cas de panne sur les autres systèmes de pompage pour envoyer l’eau contaminée vers un autre lieu de stockage temporaire. Ces pompes doivent être démarrées manuellement. Comment une telle erreur est-elle possible ?
L’installation SARRY, qui retire le césium, est située au rez-de-chaussée du bâtiment accidentellement contaminé. Quel sera l’impact sur les travailleurs ? Le débit de dose va-t-il augmenter significativement dans ce bâtiment ?
Un plan peu compréhensible est proposé en anglais par TEPCo.

TEPCo a découvert une fuite sur un « petit » container en plastique (jerrican) plein d’eau contaminée. Un mètre cube aurait fui et la contamination serait de 1 640 Bq/L pour le césium et 1 400 Bq/L pour le bêta total. C’est bizarre qu’il y ait moins de bêta total que de césium… Le strontium est évalué à 11 Bq/L.
Cette eau a été absorbée par le sol qui va être retiré.
Des ouvriers ont trouvé un trou d’un centimètre environ. Des photos et explications sont ici en anglais.

Pendant ce temps, les records du jour dans la contamination de l’eau continuent :
–    dans le puits F1, en amont de la cuve qui a fui, il y a maintenant 26 Bq/L en bêta total (prélèvement du 11 avril 2014). Le précédent record était de 25 Bq/L.
–    dans l’eau de mer, à l’intérieur de la barrière, il y a maintenant, 1 100 Bq/l, 1 000 Bq/L et 440 Bq/L en trois points différents (prélèvements du 7 avril 2014).

 

Risque de prolifération

Tous les 48 réacteurs nucléaires japonais sont arrêtés. Il n’y a eu que 17 demandes de redémarrage et les inspections sur site ne pourront commencer que pour deux. Les partisans les plus optimistes du nucléaire espèrent leur redémarrage avant l’été 2014. Combien de réacteurs pourront fonctionner in fine, personne ne le sait. Beaucoup moins qu’avant la catastrophe. Et même si quelques réacteurs redémarrent, ils ne pourront pas utiliser du combustible MOx. Le Japon a fait extraire du plutonium, mais n’en consomme quasiment pas. Il en a 44 tonnes sur les bras sans perspective sérieuse d’utilisation. Cela ne l’empêche pas de continuer à vouloir démarrer l’usine de retraitement de Rokkashô-mura (Aomori) qui n’a jamais fonctionné. Le démarrage a déjà été reporté plus de 19 fois et personne ne sait non plus si elle pourra démarrer un jour.
Selon l’Asahi, l’acharnement du gouvernement japonais à vouloir extraire le plutonium des combustibles usés, et donc d’accroître son stock, inquiète les Etats-Unis à cause des risques de prolifération. Pourquoi le Japon pourrait extraire le plutonium sans utilisation crédible et pas d’autres pays ? La Corée du Sud aimerait faire la même chose mais les Etats-Unis tentent de l’en dissuader. Car, après, d’autres pays voudront faire de même. Au Japon comme ailleurs, cette technologie est déployée avec des arrières pensées militaires.

Des cuves aux pieds nickelés

On s’en souvient, une cuve avait fui pendant un mois avant que TEPCo s’en rende compte durant l’été 2013. 300 m3 d’eau fortement contaminée s’étaient écoulée dans la nature. La NRA avait exceptionnellement classé l’événement au niveau 3 de l’échelle INES. A notre connaissance, il n’y a pas eu d’autre événement classé depuis.
On se souvient aussi que TEPCo avait largement sous-estimé la contamination bêta totale quand la concentration était élevée, car ses détecteurs saturaient. Un faute de débutant. C’était notamment le cas pour la cuve qui avait fui.
La compagnie a réévalué la quantité de radioéléments qui ont fui de la cuve : c’est passé de 80 millions de becquerels à 280 millions de becquerels ! 3,5 fois plus !
TEPCo avait fait 173 prélèvements après la fuite découverte. Elle en a ré-analysé 104. Les 69 autres sont perdus. L’eau qui a fui de la cuve est perdue. La nouvelle estimation est donc basée sur un calcul et des hypothèses non précisées dans les médias.
Elle ne peut pas aller prélever dans la cuve ?

Après la fuite de la cuve au cours de l’été 2013, TEPCo a mis en place des jauges avec alarme dans chaque cuve qui sont reliées à un ordinateur dans un poste de contrôle. Le 8 avril 2014, deux alarmes ont sonné pendant deux heures sans personne ne s’en rende compte. Heureusement, il s’agissait de fausses alertes. Le lendemain, TEPCo a admis que les alarmes étaient inaudibles pour 433 cuves. Et pourquoi ? Parce que le son de l’ordinateur avait été coupé ! Traduction en anglais d’extraits du Maïnichi.

Evaluation du temps d’évacuation autour de Higashidôri

A l’instar de ce qui se fait aux Etats-Unis, il faut maintenant estimer le temps pour évacuer toute la population de la zone de préparation à l’urgence nucléaire qui a un rayon de 30 km au Japon. Autour de la centrale de Higashidôri (Aomori), le scénario le plus réaliste conduirait à un temps de 65 heures et 10 minutes (plus de deux jours et demi). Si la circulation peut être contrôlée efficacement, cela pourrait descendre à 27 heures et 20 minutes. En hiver avec de la neige, cela pourrait monter à 70 heures et 50 minutes (presque 3 jours). Ce scénario supposait aussi que 20% de la population était partie avant que le lieu de rassemblement ne soit spécifié soit lancé et 95% d’entre elle partira avec sa propre voiture.
Le scénario dit réaliste suppose que 60% de la population part avant que la destination soit indiquée et que 90% d’entre elle prend sa propre voiture.