Indemnisation des évacués

Les habitants de Namié avaient saisi la structure de conciliation à propos de leur indemnisation. Ils réclamaient plus d’argent. L’arbitre a accepté de proposer une augmentation mensuelle de 150 000 yens (1 100 euros), qui est rétroactive sur deux ans. Selon les autorités municipales, 98% des habitants accepteraient cet arbitrage. TEPCo n’a pas encore donné son accord et dit l’étudier. Elle doit répondre avant le 28 mai.
15 000 habitants ont dû être évacués de Namié.

La justice vient de décider qu’un homme originaire de la zone comprise entre 20 et 30 km, considéré comme évacué « volontaire », a droit à une indemnisation de la part de TEPCo. Il réclamait 130 millions de yens (0,9 million d’euros) car il souffrait de stress post-traumatique qui l’empêchait de travailler. La cour de Kyôto, où il habite actuellement, a reconnu que son stress était lié à l’accident nucléaire. Elle a demandé à TEPCo de payer 400 000 yens (2 900 euros) par mois pendant un an à partir de mai. Cette somme est basée sur son revenu avant l’accident et d’autres facteurs.
TEPCo a refusé de commenter ce jugement.

La décontamination des points chauds est terminée

En dehors des zones d’évacuation, le gouvernement avait recommandé l’évacuation de points chauds qui avaient été découverts jusqu’à l’automne 2011. Il ne s’agissait que d’un conseil à évacuer, mais 80% des foyers concernés sont partis. A Minami-Sôma, par exemple, il y a 142 points chauds affectant 152 foyers.
La décontamination est terminée pour tous ces points chauds et le gouvernement envisage de lever le conseil à évacuer. Il va organiser des réunions.

Cochongliers

Cet hiver, le ministère de l’environnement japonais a déjà fait tuer plus de 200 sangliers et leurs rejetons croisés avec des cochons abandonnés (« cochongliers »). Mais cela ne suffit pas, ils continuent à faire des dégâts dans les maisons abandonnées. Il veut donc étendre la zone d’abattage. Mais cela ne suffira pas non plus car de nouvelles bêtes viendront toujours dans les territoires évacués.

Visite à Miyakoji

Le district de Miyakoji, dans la commune de Tamura, est situé entre 20 et 30 km de la centrale de Fukushima, avec un petite partie à moins de 20 km. Dans les premiers jours de la catastrophe, il y a eu ordre d’évacuer jusqu’à 20 km, puis de se confiner entre 20 et 30. Le confinement a duré trop longtemps et a été suivi d’un conseil à l’évacuation. Miyakoji n’a finalement pas été fortement touché par les retombées radioactives. Pour la partie située au-delà de 20 km, les habitants ont pu rentrer à partir de septembre 2011. Et pour la partie située en deçà de 20 km l’ordre d’évacuer a été levé le 1er avril 2014, après des travaux de décontamination. Pour ces derniers, les indemnisations s’arrêteront dans un an.
Le New-York Times est allé enquêter dans ce village où il y avait 3 000 habitants. Un tiers seulement est rentré. Les autres rechignent à cause de la crainte des radiations et de l’absence de commodités (médecin, commerces…). Ils vont finir par rentrer, contraints et forcés, pour des raisons économiques. Leur maison ne vaut plus rien et il est souvent difficile de refaire sa vie ailleurs. Pour ceux qui sont restés loin, les dommages dus au séisme aggravés par l’abandon de la maison font que leur habitation s’est fortement dégradée. L’indemnisation n’est pas suffisante pour les mettre en état ou pour emménager ailleurs.
Les habitants se sentent pris au piège et accusent TEPCo de ne pas leur rembourser la valeur de la maison. Et pour faire pression, le gouvernement a promis 9 000 dollars supplémentaires à ceux qui rentreront.
Le maire de Tamura est outré : ils sont victimes et doivent encore mendier ce qu’ils estiment être leur dû. 500 habitants originaires de Miyakoji ont donc entamé une action en justice.
A tout cela s’ajoute l’inquiétude des parents avec de jeunes enfants à cause de la pollution radioactive.
Dans les zones plus contaminées, mais non évacuées car étant au-delà de 20 km, les habitants ont aussi un sentiment d’injustice, car eux, n’ont pas pu partir et n’ont presque pas été indemnisés.
La gestion de la catastrophe par les autorités a conduit à une situation inextricable à cause de règles trop rigides et des traitements contradictoires en fonction du lieu d’habitation. Leur seule proposition maintenant, est le retour, quel que soit l’avis des populations.

Familles séparées

Selon une étude commandée par les autorités régionales et reprise par les médias japonais, 50% des familles évacuées sont encore séparées et 67,5% ont un membre qui souffre de stress physique et mental.
En janvier et février dernier, la région a envoyé à un questionnaire à 62 812 familles vivant à Fukushima ou ailleurs. Elle a reçu 20 680 réponses, dont 16 965 (82%) vivaient dans les zones évacuées. Les 18% restants (3 683 familles) sont parties de leur propre décision. Il y a un doute pour 32 familles.
48,9% des familles qui ont répondu disent vivre séparées depuis la catastrophe. Pour 15,6% des familles, l’éclatement familial est sur plus de 3 lieux.
Les raisons de la séparations sont multiples : logements provisoires trop petits pour accueillir tout le monde, volonté de protéger les plus jeunes, volonté de se rapprocher d’une école ou du travail pour certains membres de la famille…
Certaines personnes se retrouvent seules, inquiètes pour leur avenir. 50% des familles disent que certains de leurs membres ont des troubles du sommeil ou perdu leur joie de vivre. Le sentiment de frustration et de dépression touche 40% d’entre elles. Enfin, 34,8% des réponses signalent une aggravation des maladies chroniques qui les affectent.
L’enquête montre aussi que 50,6% des familles qui sont parties de leur propre chef ont changé de résidence administrative alors que 86% des familles qui ont été forcées à partir ne l’ont pas fait. Cela est probablement lié aux aides financières.
Enfin, parmi les familles qui sont parties d’elles-mêmes, seulement 17,1% veulent rentrer. 27% veulent s’installer où elles ont trouvé refuge et 36,3% sont indécises.
Voir l’Asahi et le Maïnichi.

Des habitants de Kawauchi autorisés à dormir chez eux

Le gouvernement autorise maintenant les habitants à dormir chez eux dans une partie du Kawauchi située à moins de 20 km de la centrale afin de préparer leur retour. Il compte lever l’ordre d’évacuer dans trois mois. Sur les 276 personnes concernées, issues de 134 foyers, seules 40, venant de 18 foyers, ont fait la demande de pouvoir rester.
La demande doit être renouvelée chaque mois. Les membres de la famille et les amis peuvent aussi faire une demande. On leur prête un dosimètre s’ils le souhaitent.
Les travaux de décontamination sont terminés depuis un mois, mais la limite pour le retour est toujours de 20 mSv/an, qui n’est pas acceptée par la majorité des résidents.
Des discussions sont en cours avec la municipalité et les habitants à propos du retour définitif. Ce serait la deuxième zone à moins de 20 km où les habitants seront autorisés à rentrer.

Centrale de Sendaï : réunion d’information

Une première réunion a été organisée par les autorités régionales dans la commune d’Izumi située dans un périmètre de 30 km autour de la centrale de Sendaï (Kagoshima) à propos des mesures d’évacuation. Environ 130 habitants ont participé et ont exprimé leur doute quant au plan proposé : un habitant pense que les lieux d’évacuation peuvent à leur tour être contaminés en fonction des vents, comme cela s’est passé à Fukushima ; un autre pense que le lieu de rassemblement pour prendre les bus destinés aux personnes qui ne peuvent pas partir par elles-mêmes est trop éloigné des habitations.
Des réunions auront aussi lieu à Kagoshima, la capitale régionale, située à moins de 30 km de la centrale.

Evaluation du temps d’évacuation

Les autorités régionales de Shizuoka ont estimé qu’il fallait au moins 28 heures pour évacuer les 860 000 habitants dans un rayon de 30 km autour de la centrale. Pour obtenir ce résultat très optimiste, elles ont supposé que les habitants partiraient en bon ordre et suivaient les instructions pour éviter les embouteillages. Il y aurait aussi 3 personnes par véhicule ! Dans un cas moins optimiste, l’évacuation pourrait prendre deux jours selon la préfecture. Ce serait le cas suite à un fort séisme. Et donc, des habitants seraient fort probablement exposés.
Les 50 000 habitants à moins de 5 km mettraient environ 24 heures pour aller au-delà des 30 km.
Le temps passé dans la voiture, où l’on est moins bien protégé que dans un bâtiment en dur, va de 8 heures environ à une trentaine d’heures en fonction des hypothèses.
Ces chiffres ne prennent pas en compte l’endommagement du réseau routier ni l’évacuation des personnes dépendantes dans les hôpitaux et les maisons de retraite.
Nous en avions déjà parlé le 14 janvier dernier, un cabinet privé avait estimé que cette même évacuation pouvait prendre jusqu’à 6 jours si l’autoroute était coupée suite à un séisme par exemple et que tous les bus n’étaient pas disponibles.
La différence entre les deux estimations est énorme ! Demander l’estimation du temps d’évacuation, à l’instar de ce qui se fait aux Etats-Unis, est un progrès. La France devrait en prendre de la graine. Mais si cela conduit à des estimations basées sur des hypothèses irréalistes, cela ne sert à rien. Une contre expertise de ces travaux est donc indispensable.
A Hyôgo, les autorités régionales ont rendu publiques leur estimation de la dose à la thyroïde que les enfants pourraient recevoir en cas d’accident nucléaire dans la province voisine de Fukui. Dans 31 communes sur 41, cela pourrait dépasser la limite de 50 mSv à la glande pendant la première semaine. C’est à partir de cette limite qu’il faut prendre des pastilles d’iode. Pour cela, elle a, à chaque fois, supposé des conditions météo défavorables.
De son côté, le gouverneur de Niigata, où il y a la centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa avec ses 7 réacteurs, pense que, même si la sûreté des réacteurs est garantie par la NRA, les autorités locales ne sont pas prêtes à faire face en cas d’accident. Il sait de quoi il parle car il a dû faire face au séisme de 2007 qui avait entraîné l’arrêt prolongé de la centrale. Sa province a aussi accueilli de nombreux réfugiés de Fukushima.
Les chauffeurs de bus accepteront-ils d’aller chercher les gens dans des zones contaminées ? De quelle protection bénéficieront-ils ? Ne faut-il pas changer leur statut ?

Abattage de bovins en liberté

Les autorités régionales auraient fini de tuer les 1 692 bovins qui vaquaient dans la zone évacuée. Il y en avait 3 500 avant la catastrophe. Entre 10 et 20 agriculteurs s’y sont opposés et continuent à s’occuper de 750 têtes environ à la condition de ne pas vendre la viande ou le lait.

Handicapés en difficulté

On sait que les personnes handicapées sont plus vulnérables lors de la phase d’urgence d’une catastrophe quelle qu’elle soit. Mais c’est aussi le cas à long terme. Selon le Maïnichi, il y avait 28 centres d’accueil pour personnes handicapées dans la dizaine de communes du district de Soso, situé à moins de 30 km de la centrale, il n’y en a plus que 15. Cela entraîne des complications et des souffrances pour les personnes elles-mêmes, mais aussi pour les familles.