Les autorités régionales de Miyagi vont donner leur accord au lancement d’études pour installer un centre de stockage des déchets radioactifs dus à la catastrophe nucléaire : boues de station d’épuration, cendres d’incinérateurs, paille de riz… contaminées à plus de 8 000 Bq/kg en césium. Le gouverneur justifie sa décision par le fait qu’il y a de tels déchets un peu partout entreposés dans des sacs plastiques qui ne vont pas durer longtemps, ou dans des conditions non pérennes.
Mais les trois communes où le gouvernement envisage de mener ces études, Kurihara, Taïwa et Kami, sont opposées à l’installation d’un site de stockage. Le maire de Kami a refusé de coopérer avec le ministère et envisage de porter l’affaire devant la justice afin de bloquer les investigations. Il veut que les déchets soient stockés à Fukushima. Les deux autres maires ont accepté les investigations, avec des réserves.
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Des nouvelles de la station ALPS
TEPCo a annoncé que sa station de traitement de l’eau contaminée, ALPS, qui cumule les déboires, devrait fonctionner à plein régime à partir de décembre prochain après avoir amélioré sa performance pour quatre radioéléments (cobalt 60, iode 129, antimoine 125 et ruthénium 106). La première date de démarrage annoncée était septembre 2012, les premiers tests ont débuté en mars 2013.
Rappelons qu’ALPS est supposée réduire significativement la contamination pour 62 radioéléments. Elle ne retire pas le tritium et la compagnie n’est pas autorisée à en rejeter une telle quantité dans l’océan. Elle devra donc garder des cuves pleines d’eau moins contaminée. Le risque est moindre en cas d’accident, mais cela ne résout pas le problème de la place prise par les cuves, leur surveillance etc. TEPCO ne mentionne jamais la contamination au carbone 14 et n’a jamais effectué la moindre mesure. Cela ne lui a pas été demandé non plus.
Outre ses pannes à répétition, ALPS génère beaucoup de déchets radioactifs, pour lesquels il n’y a aucune solution non plus. TEPCo ne dit rien à propos de ce problème. A-t-elle réussi à en diminuer le volume ? Si elle ne dit rien, c’est que la réponse doit être négative.
La compagnie n’a pas encore le feu vert de la NRA.
Ce communiqué s’explique par le fait que TEPCo avait, en septembre 2013, promis de traiter toute l’eau d’ici la fin de l’année fiscale 2014 (31 mars 2015). C’était à l’époque du choix de Tôkyô pour les jeux olympiques. La situation était officiellement “sous contrôle”.
Seulement 110 000 tonnes ont été traitées sans que l’objectif ne soit atteint pour les quatre éléments mentionnés.
Voir aussi la fiche technique.
L’éternel problème des déchets radioactifs
Comme l’avait expliqué sans vergogne le ministre de l’environnement, c’est l’argent qui permettra de faire accepter les centres d’entreposage de déchets radioactifs issus de la décontamination, comme si les opposants ou les personnes réticentes n’étaient que dans une position de marchandage. Ils ont quand même tout perdu suite à la catastrophe nucléaire et ont donc le droit à un peu plus d’égards.
Et c’est d’argent dont il est question entre le gouvernement et les autorités régionales. Le gouvernement a proposé 230 milliards de yens (1,7 milliards d’euros) sur 30 ans « d’aides au développement régional » en échange du stockage. 30 ans correspondent à la durée d’entreposage des déchets. Mais, le gouvernement devrait aussi satisfaire à la demande d’arrêter définitivement les 4 réacteurs de la centrale de Fukushima daï-ni, située à une dizaine de kilomètres au Sud de daï-ichi. Il arrêtera donc de verser les aides correspondantes qui sont de 12 milliards de yens par an (87 millions d’euros).
Les autorités régionales, qui y perdent au change, ont réagi vivement et réclament plus.
Les centres d’entreposage des déchets radioactifs issus de la décontamination prévus à Fukushima ne devraient accueillir que des déchets de Fukushima, pas des autres provinces touchées. A Tochigi, le gouvernement a sélectionné un autre site dans la commune de Shioya sur des terrains qui lui appartiennent. Le site de 3 hectares devrait accueillir des boues de station d’épuration, des cendres d’incinérateurs, paille de riz et d’autres déchets qui ont une contamination en césium supérieure à 8 000 Bq/kg. Le maire a exprimé son opposition au projet à l’émissaire gouvernemental, mais a déclaré être prêt à discuter avec le ministère. Plus d’une centaine de personnes ont manifesté leur désaccord devant la salle de réunion.
Ce n’est pas très loin de Nikkô, qui est un site très touristique, connu pour la statue des 3 singes qui se cachent les oreilles, les yeux et la bouche. Il y a aussi une source à moins de 4 km, Shojinzawa Yusui, classée parmi les 100 meilleures eaux minérales en 1985.
Aucune étude sérieuse ne semble avoir été menée pour le moment puisque il doit encore déterminer la distance aux habitations, aux ressources aquatiques, les biotopes du lieu… et la quantité de déchets à stocker. Elle est actuellement de 14 000 tonnes environ. Contrairement au cas de Fukushima, il semble que ce site soit prévu pour être définitif. Dans tout le pays, en dehors de Fukushima, il y en a 146 000 tonnes, réparties dans 12 provinces.
Déchets radioactifs : pas d’achat des terrains
Le gouvernement est à la peine pour le site d’entreposage des déchets issus de la décontamination qu’il veut installer à Ôkuma et Futaba. Il voulait acheter les terrains mais certains propriétaires ne veulent pas vendre. Le gouvernement a promis que les déchets n’y resteront pas plus de trente ans et qu’il trouverait un site de stockage définitif en dehors de la province de Fukushima. Mais les propriétaires en question n’y croient pas, bien entendu. Qui va accepter ces déchets près de chez lui ? Ils ne veulent donc pas vendre de peur que ce stockage devienne définitif.
Le gouvernement a donc renoncé à l’achat et va louer les terrains en question. Il a besoin de 16 km2 pour y mettre entre 16 et 22 millions de mètres cube et espère toujours commencer les travaux en janvier 2015. Il va aussi augmenter le soutien aux personnes évacuées, mais les paroles du ministre de l’environnement, qui a expliqué que l’argent viendrait à bout des réticences. (Une telle gaffe n’est pas une surprise. Avoir mis une telle personne à l’environnement est symptomatique du peu de considération de ce poste, même après une catastrophe écologique d’une telle ampleur.)
Les deux communes sont classées dans la zone de retour difficile à cause des niveaux de contamination. 17 000 personnes ont dû les quitter.
Le Japon envisage de renoncer au retraitement
Pour la première fois, le plan stratégique énergétique du Japon envisage le stockage des combustibles usés qui sortent des centrales sans passer par le retraitement. L’agence en charge des études sur l’enfouissement devra envisager cette option. Il s’agit d’un revirement réaliste car l’usine de retraitement n’a jamais démarré depuis qu’elle est terminée. De plus, les perspectives de « recyclage » sont quasi-nulles avec le parc nucléaire très réduit et le projet de surgénérateur Monju qui n’a fonctionné que quelques mois depuis 1994.
La Japon a accumulé 17 000 tonnes de combustible usé.
Report de la levée de l’ordre d’évacuer
Le gouvernement a reporté la levée de l’ordre d’évacuer une partie du village de Kawauchi, situé à moins de 20 km de la centrale de Fukushima daï-ichi. C’était prévu pour le 26 juillet prochain, mais les habitants sont réservés. Lors de la dernière réunion publique qui a eu lieu la veille, le représentant du gouvernement a donc conclu qu’il valait mieux revoir le calendrier.
Les habitants sont autorisés à dormir sur place depuis avril dernier. Mais parmi les récriminations, il y a les niveaux encore élevés de la contamination, que des infrastructures doivent encore être réparées, comme des routes. Et puis, il y a les déchets issus de la décontamination qui s’entassent toujours partout, sans solution. Le contrôle citoyen de la contamination n’a pas eu lieu non plus. Il vient à peine d’être organisé.
Il y a 157 foyers (329 personnes) qui vivaient dans la partie Est du village située à moins de 20 km de la centrale. Parmi eux, 139 foyers (275 personnes) sont concernés par ce programme de retour et peuvent passer la nuit chez eux. Mais seulement 20 foyers en ont fait la demande.
L’herbe pousse dans les sacs de déchet
Fukushima Diary a mis en ligne une photo avec des sacs de déchets radioactifs dans lesquels les plantes recommencent à pousser.
Inventaire des déchets
Selon le ministère de l’environnement, il y a 143 689 tonnes de déchets radioactifs, avec plus de 8 000 Bq/kg de césium, accumulés dans 12 provinces. A partir de 100 000 Bq/kg, le gouvernement prévoit le stockage dans le centre situé sur deux communes à Fukushima. Mais pour le reste, il n’y a toujours pas de solution. Les déchets sont en partie dans des sacs plastiques qui se détériorent avec le temps.
Pour les boues de station d’épuration, entreposées à proximité des stations, le gouvernement s’était engagé auprès des riverains de les reprendre avant mars 2015. Il ne pourra pas tenir ces délais. Dans les lieux pressentis pour accueillir ces déchets, les riverains s’y opposent.
Le précédent gouvernement avait sélectionné des sites loin des habitations, dans des forêts de l’Etat. Les communes concernées avaient protesté quand elles ont découvert le choix fait sans leur aval. Le gouvernement actuel a décidé d’utiliser une approche opposée en commençant pas consulter les communes, mais cela n’avance pas plus vite. Même avec de l’argent à la clé, pour, officiellement, lutter contre les rumeurs néfastes.
Excuses du ministre de l’environnement
Le ministre de l’environnement gaffeur est allé s’excuser platement devant les maires de Futaba et d’Ôkuma, ainsi que le gouverneur de Fukushima. Il a dit qu’il n’a pas voulu dire ce qu’il avait dit, à savoir que l’argent pourrait vaincre les réticences à accepter un site d’entreposage de déchets radioactifs.
Ministre de l’environnement critiqué
Les propos du ministre de l’environnement continuent de faire des vagues. Faute de pouvoir convaincre les riverains évacués d’accepter un centre de stockage des déchets nucléaires dans leur commune d’origine, il a déclaré qu’en versant suffisamment d’argent, il réussirait à les convaincre.
Des éditoriaux (Asahi, par exemple) dénoncent le mépris face à ces populations qui ont tout perdu. L’opposition a déposé une motion de censure contre le ministre qui a échoué car elle n’a pas la majorité. Le ministre a fini par retirer ses propos, mais le mal est fait.
Le village nucléaire pense toujours qu’il peut tout acheter…