La fédération des coopératives de pêche accepte le plan de rejet en mer de TEPCo

Après les coopératives de pêche, c’est au tour de la fédération régionale de donner son accord au rejet en mer de l’eau souterraine pompée au pied des réacteurs, après traitement. Voir le précédent article à ce sujet. La décision, soumise à condition, vient d’être prise lors d’une réunion extraordinaire.

La fédération a posé comme condition que l’eau des sous-sols des réacteurs ne soit pas rejetée en mer, même après traitement, ni celle des cuves, que les limites soient strictement respectées et que l’eau soit contrôlée par un laboratoire tiers. Elle a aussi demandé un soutien en cas de “rumeurs néfastes” qui pourraient affecter les ventes.

La réponse de TEPCO et du gouvernement est attendue pour la fin du mois. Ils veulent aussi rencontrer la fédération nationale des pêcheurs auparavant et d’autres entités. La compagnie pourrait alors commencer les opérations dès septembre prochain. Elle doit préciser son projet et fixer, notamment, la quantité d’eau rejetée à chaque fois. Ce sera la première fois que de l’eau issue des installations de traitement sera déversée dans l’océan.

Contamination de la mer, des poissons et de l’eau souterraine

Les dernières données de TEPCo mises en ligne font apparaître que la contamination en césium de l’eau de mer à l’embouchure du port tourne autour du becquerel par litre, ce qui plus que d’habitude. Après le 24 juillet, elle a baissé.

Plus près du rivage, entre le quai et les barrières mises en place, l’eau de mer est beaucoup plus contaminée : elle peut atteindre 1 000 Bq/L en bêta total et 2 800 Bq/L en tritium (prélèvements du 27 juillet). Ce même document fait un record de la contamination en césium-137 avec 67 Bq/L en un point situé près du réacteur n°4. Le 29 juillet, c’est la contamination bêta total qui bat son propre record en ce même point avec 590 Bq/L d’eau de mer.

Au pied des réacteurs, la contamination de l’eau souterraine reste très élevée qui peuvent atteindre 690 000 Bq/L en bêta total. Des records locaux de contamination continuent à être battus, comme au pied du réacteur n°1, avec 2 500 Bq/L en bêta total dans le prélèvement du 27 juillet. Il y a déjà eu un record en ce même point avec 2 300 Bq/L le 23 juillet. Celle en tritium bat aussi des records dans des puits, avec des valeurs de 8 600 et 2 600 Bq/L (prélèvements du 22 juillet). Pour ce deuxième chiffre, il s’agit du deuxième record successif : il y avait 2 500 Bq/L le 15 juillet.

TEPCo a aussi mis en ligne ses derniers résultats concernant la contamination des poissons. Ceux pêchés au large, à moins de 20 km de la centrale, sont tous en dessous de la limite de mise sur le marché fixée à 100 Bq/kg pour la somme des deux césiums. La tendance est donc à l’amélioration. En revanche, ceux pêchés dans le port devant la centrale sont tous contaminés, avec des valeurs qui vont de 10 à 26 600 Bq/kg.

Les pêcheurs en voie d’accepter le rejet en mer de l’eau souterraine décontaminée

L’eau souterraine, qui pénètre dans les sous-sols des réacteurs où elle se mélange à l’eau de refroidissement fortement contaminée, constitue un des problèmes majeurs de TEPCo. Une grande partie des personnes qui interviennent sur le site de la centrale de Fukushima daï-ichi sont affectées à des taches relatives à l’eau.

Rappelons que TEPCo a rasé la falaise pour installer la centrale en bord de mer et que les sous-sols sont sur le trajet des écoulements souterrains. Avant la catastrophe, la compagnie devait pomper environ 1 000 m3 par jour pour faire baisser le niveau des nappes phréatiques afin d’empêcher les infiltrations dans les bâtiments réacteur et turbine. Ce pompage s’est arrêté avec la catastrophe. Depuis, tout est contaminé et l’eau souterraine ne peut plus être directement rejetée en mer.

TEPCo pompe plus en amont, mais l’effet reste limité : les infiltrations seraient passées de 400 à 300 m3 par jour. Alors, TEPCo veut reprendre les pompages au pied des réacteurs et rejeter directement l’eau en mer après l’avoir partiellement décontaminée, sans la stocker dans des cuves comme celle pompée dans les sous-sols. Mais il faut convaincre les pêcheurs d’accepter. Le lobbying auprès des coopératives de pêche a été intense et elles devraient accepter prochainement. Celle de Sôma-Futaba vient de donner son feu vert, après celle d’Iwaki.

Pourquoi seuls les pêcheurs sont consultés ? Il ne sont pas “propriétaires” de l’océan. Une pétition en anglais existe pour s’opposer à ces rejets (relayée par nos voisins lointains).

TEPCo va pomper 500 m3 d’eau par jour dans une quarantaine de puits et espère ainsi diviser par deux les infiltrations. La contamination en césium de l’eau rejetée devrait être inférieure à 1 Bq/L, celle en bêta total inférieure à 3 Bq/L. Si la contamination en tritium, qui n’est pas filtré, devait dépasser 1 500 Bq/L, l’eau sera stockée. C’est bien en dessous de l’autorisation de rejet annuelle. Mais le sort du tritium stocké dans les cuves reste inconnu.

Un éleveur porte plainte pour être mieux indemnisé

Un des plus gros éleveurs de la région de Fukushima vient de porter plainte contre TEPCo et le gouvernement. Il réclame 500 millions de yens (3,6 millions d’euros) pour compenser les pertes subies. La compagnie a près de 2 900 têtes de bétails dans plusieurs fermes de Kôriyama et Tamura. Elle doit faire face à la baisse des cours de la viande et au stockage du fumier qui ne peut plus être vendu comme engrais.

C’est la première fois qu’une plainte est déposée à propos du fumier. La compagnie en aurait accumulé 17 000 tonnes.

Le Japon fait pression pour que les Philippines importent les aliments de Fukushima

Selon le Manila Times, dans le cadre des négociations de partenariat économique entre les deux pays, le Japon fait pression sur les Philippines pour qu’elles acceptent des produits agricoles de Fukushima. Mais ce n’est pas gagné. Dans de telles circonstances, tous les produits importés devraient être contrôlés par le Philippine Nuclear Research Institute (PNRI).

De leur côté, les Philippines demandent au Japon d’abaisser ses barrières douanières sur les produits agricoles.

24 compagnies taïwanaises ont violé les règles d’importation d’aliments japonais

Taïwan a restreint les importations d’aliments en provenance du Japon à la suite de la catastrophe nucléaire, comme de nombreux pays ou régions. L’île a interdit l’importation d’aliments en provenance des provinces japonaises de Fukushima, Gumma, Tochigi, Ibaraki et Chiba, qui ont été contaminées. Les autorités ont découvert qu’il y a eu des arnaques à l’étiquetage de plusieurs produits alimentaires de ces provinces et ont donc durci les règles à partir du 15 mai dernier.

Après enquête, il s’avère que 24 compagnies taïwanaises ont importé 381 produits en provenance des cinq provinces japonaises. Pour 23 d’entre elles, les documents d’importation ne correspondait pas aux produits importés. Une compagnie n’a pas suivi les bonnes procédures douanières.

Cela ne signifie pas que ces produits étaient contaminés.

Des nouvelles de Chikurin

Nous avions annoncé que Chikurin, le laboratoire citoyen d’analyse de la radioactivité mis en place au Japon grâce au soutien de l’ACRO, s’agrandissait pour faire face à la demande d’analyses. La deuxième chaîne de mesure vient d’être mise en service. Voir les photos sur la page dédiée.

La campagne d’analyse de la contamination des poussières par l’étendage de linge se poursuit. Les données peuvent être visualisées sur une carte. Les données sont aussi en ligne en japonais. Voir la présentation du projet en japonais.

Nouvelles règles pour favoriser le retour dans les territoires évacués

Actuellement, l’agriculture est interdite dans toutes les zones évacuées, sauf à titre expérimental. La production ne peut alors pas être vendue. Selon le Fukushima Minpo, le groupe gouvernemental en charge de l’accident nucléaire a décidé, le 19 juin dernier, d’autoriser l’agriculture dans les zones évacuées où un retour est possible à moyen terme, c’est à dire là où l’exposition externe était comprise entre 20 et 50 mSv/an avant la décontamination. Elle doit être passée sous la barre des 20 mSv/an après.

Il s’agit de favoriser la reprise de l’activité économique et le retour des habitants. Cette décision concerne plus de 3 000 hectares de terre agricoles. Bien entendu, les aliments devront satisfaire aux normes de mise sur le marché. L’article ne mentionne pas si des contrôles plus réguliers seront effectués dans ces zones. Les agriculteurs concernés devront demander l’autorisation avant de reprendre leur activité.

Par ailleurs, même dans les zones qui demeurent évacuées, le groupe gouvernemental prévoit d’autoriser la reprise des activités économiques essentielles au rétablissement de la vie dans les territoires où il y a préparation au retour. Cela peut être, par exemple, des centres de traitement des déchets, des stations service… Il faudra, cependant, que la contamination n’y excède pas “de façon significative” le seuil de 3,8 microsieverts par heure, qui correspond à 20 mSv/an. C’est assez vague comme définition. Il faudra, là aussi, l’accord des pouvoirs locaux.

Point sur la contamination de l’eau

Suite aux différents scandales, TEPCo a promis de ne plus cacher de données concernant la pollution de l’eau sur le site de la centrale nucléaire de Fukushima daï-ichi. En revanche, elle ne publie plus rien en anglais. Il faut aller consulter les tableaux en japonais. Fin mai, elle a mis en ligne un résumé en anglais pour le mois de mai : tout semble bien aller. Mais aucune donnée ne concerne l’eau souterraine où la situation ne s’améliore guère.

La compagnie a aussi récemment mis en ligne une vidéo qui montre les prélèvements, à télécharger depuis cette page en cliquant sur ダウンロード.

Pour lire les tableaux, le tritium est noté H-3, le strontium-90, Sr-90 et la contamination bêta totale, 全β.

L’eau souterraine pompée en amont afin de rabattre la nappe et réduire les infiltrations dans les sous-sols est contaminée en tritium. Les niveaux sont maintenant inférieurs à la limite de rejet qui est de 1 500 Bq/L, mais dans un des puits, un record a été battu avec 190 Bq/L dans le prélèvement du 4 juin, puis 200 Bq/L dans le celui du 18 juin. Pour la contamination bêta totale, la limite de détection affichée de 12 Bq/L est supérieure à la limite de rejet qui est de 5 Bq/L. On ne peut donc rien conclure.

Au pied des cuves, toujours en amont des réacteurs, la contamination en tritium est aussi systématique. Elle atteint 24 000 Bq/L dans le puits (prélèvement du 11 juin).

Au pied des réacteurs, l’eau est bien plus polluée et la situation ne s’améliore pas. Des records continuent à être battus régulièrement. Ainsi, dans le puits n°3, c’était 7 700 Bq/L en tritium dans le prélèvement du 27 mai 2015. Ce n’est pas la plus forte contamination : ce document fait apparaître des valeurs s’élevait jusqu’à 120 000 Bq/l pour le tritium et 660 000 Bq/L en bêta total. Il montre aussi un record de la contamination en césium-137 dans le puits 1-8 avec 570 Bq/L et dans l’eau de mer, au milieu du port, avec 270 Bq/L en tritium. Il y a aussi des records de la contamination bêta total de l’eau de mer, avant les barrières, allant jusqu’à 1 200 Bq/L. Rappelons que TEPCo se refuse de rejeter en mer une eau qui aura plus de 5 Bq/l en bêta total.

Quelques jours plus tard, c’est la contamination en tritium de l’eau de mer avant les barrières qui bat son propre record avec des valeurs allant de 1 200 à 3 200 Bq/L dans les prélèvements du 1er juin 2015.

Le fait que l’on trouve du tritium dans l’eau de mer est une signature sans équivoque que les fuites en mer continuent sans relâchement. En effet, le tritium ne s’accumule pas dans les sédiments et est dispersé rapidement. S’il est présent, c’est que cela fuit.

Dans le puits 2-8, situé au pied des réacteurs, c’est la contamination bêta totale qui a battu un record avec 6 400 Bq/L dans le prélèvement du 3 juin 2015. Ce même jour, un record est aussi battu pour le tritium avec 8 100 Bq/L dans un puits de pompage (ウェルポイント).

L’eau du port a aussi battu des records de contamination en bêta total, avec des valeurs allant de 16 à 24 Bq/L dans les prélèvements du 15 juin 2015 effectués à l’embouchure. Cette pollution atteint donc l’océan.

La mesure du strontium-90 est beaucoup plus longue à effectuer. Les données publiées en juin sont donc plus anciennes. Dans les prélèvements du 5 mai 2015, il y a eu deux records de la contamination de l’eau de mer avant la barrière avec 1 000 Bq/L. C’est plus que la contamination bêta totale affichée pour ces mêmes points qui est de 800 et 810 Bq/L. Comme le strontium est un émetteur bêta, ce n’est pas possible. Cela ne semble pas gêner TEPCo plus que cela…

La compagnie a aussi mis en ligne un document en anglais sur l’évolution de la contamination des ressources halieutiques. Si c’est traduit en anglais, c’est que cela s’améliore…