Rapports à l’occasion du quatrième anniversaire

Greenpeace International a publié deux rapports :

La Citizens’ Commission on Nuclear Energy (CCNE) du Japon a publié :

L’IRSN a mis en ligne une série de notes accessibles ici :

Rapport de Green Cross International :

Rapport d’un consortium d’associations réunies dans “Fukushima lessons” :

Le blog SimplyInfo a traduit en anglais le témoignage de l’ancien premier ministre :

Chiffres clé après quatre ans

Avec l’approche du passage à la cinquième année de la catastrophe, les premiers bilans apparaissent dans la presse. Voici quelques chiffres clé qui viennent compléter le bilan que nous avons fait à l’occasion du quatrième anniversaire.

Population

Le nombre total de décès liés à la catastrophe naturelle est officiellement de 15 891 dans 12 provinces. Le nombre de disparus est de 2 584. La police n’arrive toujours pas à identifier 83 corps retrouvés après la triple catastrophe. Les corps ont été incinérés et il ne reste que des photos et des effets personnels pour espérer y arriver. Sur les 15 807 corps identifiés, 15 737 étaient dans les trois provinces les plus touchées, Iwaté, Miyagi et Fukushima. 56% des victimes avaient plus de 65 ans et 90% des décès sont attribués à la noyade.

Au moins 3 226 survivants de la triple catastrophe sont décédés par la suite à cause de l’évacuation d’urgence, des conditions de vie difficile, du manque de soins… Ce chiffre inclut aussi les suicides. Le décès est reconnu comme lié à la catastrophe par une commission composée de médecins, juristes et d’autres experts. Les familles reçoivent alors 5 millions de yens si la personne décédée était la principale source de revenu et la moitié autrement.

Parmi ces décès supplémentaires, 1 867 concernent la province de Fukushima. C’est plus que le nombre direct de décès dus aux séisme et tsunami qui est de 1 603. C’est à Minami-Sôma qu’il y en a eu le plus, avec 469 décès supplémentaires, puis Namié, avec 342, Tomioka, 291, Iwaki, 130… A titre de comparaison, le nombre de décès post-catastrophe est de 450 dans la province d’Iwaté et de 909 dans celle de Miyagi.

Certaines familles se sont vues refuser ce statut de décès post-catastrophe et ont fait appel. Le Fukushima Minpo a recensé 46 demandes de réévaluation du dossier. Il n’y a pas de règles claires pour trancher.

Le nombre de personnes déplacées dans ces trois provinces est officiellement de 229 000. C’est 38 000 de moins que l’année précédente. 82 000 vivent encore dans des logements préfabriqués, peu confortables et 56 000 en dehors de ces provinces, réparties dans tout le pays.

Il y a officiellement 120 000 personnes évacuées à Fukushima suite à la catastrophe nucléaire. Parmi elles, 79 000 ont été forcées à partir et les autres sont des déplacés « volontaires ». 46 000 déplacés vivent en dehors de Fukushima, dans toutes les provinces du Japon. De plus en plus de personnes déplacées refont leur vie là où elles sont maintenant.

La population de la province de Fukushima a décru de 90 000 personnes depuis 2010 pour passer sous la barre des 2 millions au total. Les autorités locales ont investi dans la construction d’habitations pour favoriser le retour des habitants dans la province, mais avec l’afflux de travailleurs, le marché du logement reste tendu.

D’après un sondage effectué par le Asahi, 61% des personnes déplacées par la triple catastrophe vivent dans des logements temporaires (préfabriqués, logements mis à disposition par les communes, dans de la famille ou chez des amis…). C’est 59% à Iwaté, 58% à Miyagi et 66% à Fukushima. C’était 87% en 2013 et 76% en 2014.

Seulement 467 habitations préfabriquées sur environ 53 000 ont été enlevées dans les trois provinces les plus touchées par la triple catastrophe, Iwaté (120), Miyagi (154) et Fukushima (193). Mais 26% seraient inoccupées. Les personnes vulnérables qui restent se font du souci en cas de problème. Qui appeler ? Après le séisme de Kôbé en 1995, 32% des habitations préfabriquées avaient été enlevées dans les 4 ans qui ont suivi. Elles avaient toutes été enlevées au bout de 5 ans et 2 mois. Dans le Tôhoku, 46% des habitations préfabriquées sont sur des terrains privés et, parfois, le bail arrive à échéance à la fin du mois.

L’ordre d’évacuer le district de Miyakoji à Tamura a été levé en avril 2014. Fin novembre 2014, seulement 39% de la population concernée était rentrée (133 personnes sur 340 encore enregistrées ; il y avait 380 personnes enregistrées avant le 11 mars 2011, ce qui fait un taux de retour de 35%). L’ordre d’évacuer la partie Est du village de Kawauchi a été levé en octobre dernier et, au 1er janvier, seulement 10,5% de la population concernée était rentrée (29 sur 275 personnes enregistrées). Dans la toute la commune de Kawauchi, il y a 2 739 enregistrées et 1 581 qui y vivent, soit 57,7%.

50 familles sont rentrées dans la partie Est de Miyakoji située à moins de 20 km de la centrale, selon le Yomiuri, mais des membres de 20 de ces familles ne sont pas rentrés.

Impact économique

Le nombre de faillites après la triple catastrophe de mars 2011 s’élève à 1 726 selon Teikoku Databank Ltd. Le passif laissé s’élève à 1 560 milliards de yens (11,6 milliards d’euros). Parmi ces faillites, 180 seraient dues à la catastrophe nucléaire.

Les entreprises des zones évacuées à cause de la catastrophe nucléaire ont déjà reçu 458,1 milliards de yens (3,44 milliards d’euros) d’indemnisations entre mars 2011 et janvier 2015. Pour les compagnies qui ne sont pas dans les zones évacuées, mais qui ont été touchées par les « rumeurs néfastes », cela s’élève à 1 300 milliards de yens (10 milliards d’euros) pendant la même période. Il s’agit surtout d’entreprises liées au tourisme, ainsi que l’agriculture, la pêche et l’industrie forestière. Enfin, l’indemnisation des particuliers a déjà coûté 4 710 milliards de yens (35,4 milliards d’euros) à TEPCo. Tout cet argent est avancé par l’Etat sans intérêt.

La décontamination devrait coûter 2 500 milliards de yens (20 milliards d’euros) au gouvernement qui compte se rembourser en vendant ses actions TEPCo. Une action vaut 471 yens. Il faudrait qu’elle monte à 1 000 yens pour pouvoir couvrir le coût de la décontamination. Le gouvernement a donc intérêt à ce que TEPCo redémarre au plus vite sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa. C’est loin d’être acquis.

Plus de 60% de l’argent dédié à la reconstruction du Tôhoku n’ont pas été utilisés.

A la centrale de Fukushima daï-ichi

Fukuleaks a mis un plan mis à jour du site de la centrale de Fukushima daï-ichi.

A la date du 5 mars 2015, TEPCo a 185 000 m3 d’eau contaminée dans des cuves. Par ailleurs, elle a aussi 334 000 m3 d’eau traitée dans laquelle il reste essentiellement du tritium. A cela s’ajoutent 64 000 m3 d’eau partiellement traitée où le strontium a été retiré en plus du césium. Elle a enfin 9 000 m3 de déchets radioactifs liquides dans des cuves. Le volume total d’eau contaminée dans les réacteurs est estimée à 65 000 m3.

Les capacités de stockage de l’eau devraient atteindre 800 000 m3 à la fin du mois.

Fin janvier 2015, TEPCo a accumulé 258 300 m3 de déchets radioactifs sur le site de la centrale de Fukushima daï-ichi. Cela se décompose en 178 600 m3 de débris liés au tsunami, déchets de bois dus aux travaux de construction, habits de protection… et 79 700 m3 de bois des forêts rasées pour mettre les cuves. La compagnie et le gouvernement devraient proposer un plan de gestion en 2017. Evidemment, ce n’est qu’une partie de l’inventaire déchets puisque la décontamination de l’eau en produit aussi chaque jour et que les 6 réacteurs doivent finir en déchets.

Photos et vidéo

Et pour vous changer des chiffres, des photos impressionnantes de la zone évacuée. Vous pouvez aussi consulter les photos Reuters pour le 4ième anniversaire.

Il y a aussi une vidéo en japonais de la centrale de Fukushima daï-ichi prise le 26 février 2015 par jiji press.

Evolution de la contamination en strontium dans l’alimentation

Une publication scientifique en libre accès tente de dresser un bilan de l’évolution de la contamination radioactive de l’alimentation au Japon après la catastrophe de Fukushima.

Il convient de rappeler que le transfert de la pollution radioactive via les feuilles est beaucoup plus élevé que via les racines. Ainsi, la première année, la contamination de l’alimentation directement exposée aux retombées est plus élevée que les années suivantes. Cela explique, par exemple, que le thé ait été contaminé la première année à des niveaux significatifs à grande distance de la centrale. Ce n’est plus le cas maintenant. Les rejets massifs au Japon ont eu lieu à une saison où il y a très peu de feuilles, ce qui a limité l’impact pour la première année. La quantité d’aliments dépassant les normes aurait été beaucoup plus élevée si l’accident avait eu lieu en juin par exemple.

Par ailleurs, l’agriculture a été stoppée dans les zones les plus contaminées qui ont été évacuées. Même dans les zones non-évacuées, des agriculteurs ont parfois stoppé certaines pratiques comme la culture du riz ou la récolte des plantes sauvages particulièrement contaminées, comme nous l’avons déjà mentionné. Enfin, il est important de souligner que très rapidement, suite à la crise de confiance, tout le monde s’est mis à contrôler la nourriture, des consommateurs aux producteurs, en passant par les vendeurs ou les cantines (voir, par exemple, la base de données citoyenne mise en place sur la contamination de l’alimentation). Cela a conduit les producteurs à être plus précautionneux. La situation s’est donc rapidement améliorée.

Revenons à l’article qui se base sur les données officielles de la contamination de l’alimentation fournies par les autorités. Sans surprise, il observe une baisse rapide de la contamination de l’alimentation produite à l’exception de quelques produits comme les champignons qui sont des pompes à césium (en Europe, après Tchernobyl, ils restent contaminés comme on peut l’observer grâce à notre campagne).

En revanche, l’article est intéressant pour son analyse de la contamination en strontium-90, particulièrement radiotoxique et plus complexe à mesurer. Il y a donc très peu de données. Les autorités ont donc admis que la concentration en strontium est inférieure à un dixième de celle en césium-137, qui lui, est facile à mesurer. Après avril 2012, elles ont admis que le ratio strontium-90 sur césium-137 était inférieur à 0,3%. Mais l’article note que ces hypothèses ne sont pas correctes. Le ratio est toujours supérieur à 0,3% et dépasse souvent 10%. De plus, il augmente avec le temps. Cela signifie que les autorités devront revoir leur politique de surveillance alimentaire.

Actuellement, en consommant uniquement de l’alimentation contaminée à la limite pour le césium qui est de 100 Bq/kg et en appliquant le ratio de 10% pour le strontium-90 qui conduit à une concentration de 10 Bq/kg, on arrive à une dose annuelle liée à l’ingestion de 1 mSv, selon l’article. Cependant, comme le ratio est plus élevé et a tendance à augmenter, cette limite de dose pourrait être dépassée en maintenant la même limite pour le césium.

L’article prend comme exemple une alimentation entièrement contaminée à 23 Bq/kg en césium-137 et un ratio strontium-90/césium-137 de 2. Cela conduit à une dose annuelle de 1 mSv associée à l’ingestion d’aliments. Et donc, en prenant 43 Bq/kg pour le césium-137, qui correspond à la moitié de la limite actuelle, on pourrait atteindre une dose de 2 mSv/an. Avant Fukushima, les données sur la contamination de l’alimentation due aux essais nucléaires atmosphériques montrent des ratios supérieurs à 10. Cependant, l’évolution du ratio reste lente. Il faudrait des données post-Fukushima au Japon pour connaître le ratio initial et étudier son évolution.

Rappelons que ces deux radioéléments ont la même période radioactive et que l’évolution temporelle du ratio est donc due à leur comportement dans l’environnement.

A titre d’illustration, on peut consulter le dernier rapport de l’Agence de la pêche au Japon à propos des contrôles. Il annonce que 66 500 analyses ont été effectuées depuis le début de la catastrophe, sur 400 espèces. Mais il n’y a eu que 67 analyses de strontium.

Dans l’eau de mer, le ratio entre la contamination en strontium et en césium n’est pas si faible si l’on en croit des dernières données officielles mises en ligne (prélèvements de décembre 2014 et de janvier 2015).

Levée de la restriction à la vente des légumes produits à Naraha et Kawauchi

Naraha et Kawauchi sont deux communes évacuées. Le 18 février dernier, le gouvernement a levé l’interdiction de mise sur le marché de quatre sortes de légumes produits dans ces communes : légumes feuille comme les épinards, choux, légumes fleur comme les brocolis ainsi que les navets. Tous les légumes testés deux fois en 11 lieux en octobre et décembre dernier étaient sous la limite de mise sur le marché, à savoir 100 Bq/kg. Tous les légumes produits dans ces deux communes peuvent donc être vendus.
C’est la deuxième qu’il y a une levée de l’interdiction de mise sur le marché en zone évacuée. La dernière fois, c’était dans le district de Miyakoji de Tamura en mars 2013.

Zones évacuées : faible taux de retour prévu

Selon l’Asahi, l’Agence de la reconstruction a sondé les habitants des territoires évacués de la province de Fukushima entre août et octobre 2014. 7 000 foyers de Namié, 2 400 de Futaba, 4 000 d’Ôkuma et 5 600 de Tomioka ont été interrogés. Le taux de réponses a été entre 51 et 60%. Il apparaît que seulement 19,4% des habitants de Namié originaires d’une zone où l’ordre d’évacuer va être levé, car l’exposition externe y est inférieure à 20 mSv par an, veulent rentrer. C’est 14,7% dans la même zone à Tomioka.

Pour les zones de « non-résidence », où l’exposition externe, avant les travaux de décontamination, est comprise entre 20 et 50 mSv par an, ces pourcentages descendent à 16,6% pour Namié et 11,1% pour Tomioka. Enfin, pour les zones classées en « retour difficile » car l’exposition externe avant décontamination y est supérieure à 50 mSv par an, 17,5% des personnes concernées à Namié espèrent pouvoir rentrer un jour. C’est 11,8% pour Tomioka.

A Ôkuma, 32,4% des habitants de la zone de « non-résidence » veulent rentrer. C’est une des communes où est installée à centrale de Fukushima daï-ichi. Mais il n’y a que 3% des habitants d’Ôkuma qui sont originaires de cette zone. Les autres viennent de zones de « retour difficile » pour lesquelles personne ne sait quand un retour sera possible. d’autant plus que la centrale reste menaçante à proximité. Faire revenir les populations n’est sûrement pas très avisé.

Il faut donc s’adapter. Avant la catastrophe, il y avait 5 lycées dans les 8 communes du district de Futaba avec 1 500 élèves. Les cours continuent dans les zones évacuées, mais il n’y avait plus que 337 élèves inscrits en mai 2014, juste après la rentrée scolaire. Un nouveau lycée va ouvrir à Hirono à la rentrée prochaine, en avril 2015, à la place des 5 lycées abandonnés qui fermeront officiellement en avril 2017. Il y aura un pensionnat car les enfants vivent loin du futur lycée.

L’Asahi publie aussi le témoignage de Munéo Kanno, agriculteur d’Iitaté-mura, qui lui veut rentrer. Il raconte la souffrance d’avoir perdu sa terre et est forment impliqué dans une association qui milite pour réhabiliter le village. Sa famille a été séparée : son fils et ses petits enfants sont partis vivre plus loin.

Il explique que les sacs de déchets issus de la décontamination couvrent environ un tiers de la surface agricole du village qui fait 800 hectares en tout. Son association de 270 membres, dont la plupart viennent de Tôkyô, teste de nouvelles méthodes de décontamination. Elle a aussi planté du riz à titre expérimental qui s’est révélé avoir une contamination inférieure à 25 Bq/kg en césium. Il a donc pu être consommé.

Contamination des poissons par TEPCo

TEPCo a mis en ligne des résultats de mesure sur des poissons pêchés dans le port devant la centrale et au large, à moins de 20 km. Au large, seul un poisson dépasse la limite de commercialisation de 100 Bq/kg pour les deux césium : il s’agit d’un sébaste vulpus à 113 Bq/kg. Pour rappel, la pêche commerciale est toujours interdite dans cette zone. En revanche, dans le port la contamination est beaucoup plus élevée. La plus forte valeur est encore pour un sébaste avec 44 000 Bq/kg.

Les dernières données de la NRA sur la contamination de l’océan sont ici en anglais.

Un point sur alimentation et contamination au Japon

La revue Géographie et culture publie un passionnant numéro spécial intitulé « Désastres et alimentation : le défi japonais ». Plusieurs articles, traduits du japonais en français, sont en libre accès.

Un premier article souligne l’importance de la mesure de la radioactivité pour rendre « visibles » les radiations. Il montre comment les communautés locales ont cartographié la pollution et se sont approprié les résultats. Il explique aussi comment les agriculteurs ont pris l’initiative de mener plusieurs expériences pour déterminer les coefficients de transfert de la pollution des sols aux plantes. Les agriculteurs bio qui ont une pratique de l’expérimentation et de l’observation ont été pionniers. L’entraide et l’échange ont été primordiaux car « même un producteur qui a trente ans d’expérience ne peut cultiver le riz que trente fois. » Mais l’article pointe aussi les limites : seuls les agriculteurs les plus âgés souhaitent retourner dans les territoires évacués.

Un second article aborde l’agriculture biologique dans le cadre des teikei (AMAP) qui a été profondément bouleversée par la catastrophe nucléaire. La première année, ces agriculteurs ont cultivé à titre expérimental, pour savoir et comprendre. Ils avaient une forte inquiétude. La relation de confiance qui s’est bâtie au cours des années a parfois permis de surmonter la crise, parfois pas. Et certains abonnés sont partis. Dans les zones évacuées, le mouvement parviendra-t-il à survivre alors que d’autres agriculteurs s’orientent vers la culture hors-sol pour redynamiser les territoires.

La revue propose des portraits de quelques paysans et acteurs du système teikei après la catastrophe de Fukushima.

Justement, un dernier article aborde la réaction des consommateurs et souligne l’improvisation complète des autorités durant les premières semaines de la catastrophe nucléaire. L’article classe la population japonaise en trois groupes, un dit passif, qui a peu ou pas modifié ses habitudes alimentaires, et deux actifs. Le premier groupe a d’avantage cherché à ne pas savoir afin de réduire l’anxiété. Quant aux actifs, certains, minoritaires, ont privilégié les aliments en provenance des régions touchées afin de les soutenir et d’autres ont eu la démarche inverse afin de se protéger dans un contexte de crise de confiance. Et de souligner que « c’est en définitive au gouvernement japonais d’assurer cet équilibre difficile à trouver entre la sûreté alimentaire, les intérêts économiques et la défense des paysans, tandis que de leur côté, les distributeurs, qui sont essentiellement responsables devant leur clientèle, sont prêts à mettre en place des normes plus sévères, malgré la désapprobation officielle du gouvernement ».

Et de conclure que « c’est donc un nouveau rapport au territoire qui se profile, exacerbé par la crise alimentaire. Il laisse entrevoir au Japon des conséquences majeures, à toutes les échelles, sur les relations entre l’homme, son milieu et son alimentation. » En effet, encore maintenant, malgré la multiplication des contrôles, les produits alimentaires de Fukushima ont du mal à se vendre.

Plus concrètement, du riz avait été cultivé de façon expérimentale dans le district de Sakata de la commune de Namié l’an dernier, comme entièrement évacuée, et les contrôles ont montré que la contamination en césium est inférieure à 5 Bq/kg, ce qui est bien inférieur à la limite de mise sur le marché fixée à 100 Bq/kg. L’annonce a été faite le 31 janvier dernier à Nihonmatsu où la municipalité s’est installée.

Les habitants sont autorisés à retourner chez eux durant la journée à Sakata mais pas à y passer la nuit. La culture a eu lieu sur 1,2 hectares de rizières décontaminées au préalable. Le riz ne sera pas commercialisé mais utilisé lors d’évènements de promotion des produits agricoles de Fukushima organisés par les autorités.

Cette année, l’expérience devrait être étendue et la commune espère commercialiser la moisson 2015.

La coopérative de pêche de Sôma – Futaba a repris la pêche à la morue à titre expérimental. 21 chalutiers ont pris la mer le 5 février dernier et ont ramené plus de 5 tonnes de morue et 15 autres espèces de poissons. Après un contrôle de la radioactivité, la pêche sera vendue sur le marché de gros de Hokuriku, côté Mer du Japon.

La morue devrait être la 58ième espèce pour laquelle la pêche a repris après l’accident nucléaire.

Que s’est-il passé à Fukushima ?

Résumé des évènements, ACRO.eu.org.

L’accident de fusion du cœur est le plus craint par l’industrie nucléaire. Il y en a eu trois simultanément à la centrale de Fukushima daï-ichi en mars 2011. Comment en est-on arrivé là ?

Les combustibles nucléaires usés dégagent de la chaleur, beaucoup de chaleur et doivent être continuellement refroidis. Après le tremblement de terre d’une magnitude exceptionnelle et le tsunami qui ont frappé le Nord Est du Japon le 11 mars 2011, il y eu perte de l’alimentation électrique et de l’alimentation en eau. Les combustibles des trois réacteurs en fonctionnement ce jour là n’ont pas pu être refroidis et ont fondu. Ils ont percé leur cuve et se seraient partiellement écoulés au niveau du radier en béton. Le dégagement de vapeur a fait augmenter la pression et a endommagé la cuve et l’enceinte de confinement. Il y a eu de forts rejets radioactifs lors de la dépressurisation des réacteurs et des fuites non contrôlées. Des explosions hydrogène ont détruit les bâtiments réacteurs.

Contrairement aux cœurs des réacteurs, les piscines d’entreposage des combustibles usés ne sont pas confinées. En cas de fusion, les conséquences sont beaucoup plus graves. C’est pourquoi les piscines ont été à l’origine d’une grosse frayeur. Une réplique sismique aurait pu les fissurer et rendre impossible le refroidissement. En cas d’incendie ou de relargage de grande ampleur, les employés n’auraient pas pu
accéder au site pour tenter de contrôler les réacteurs. Heureusement, cela n’a pas eu lieu.

Dans de telles circonstances, il convient de saluer le courage des employés de la centrale qui ont fait le maximum pour éviter le pire dans une situation de désastre. Outre les problèmes personnels qui devaient les frapper dans ces circonstances, les personnels ont pris des risques. De plus, les conditions matérielles dans lesquelles ils sont intervenus au tout début étaient déplorables : deux repas par jour, pas de couchage correct, stress…

Fin décembre 2014, 40 000 travailleurs étaient passés sur le site de la centrale. Ils sont de l’ordre de 7 000 par jour actuellement, avec une très forte majorité de sous-traitants. Dans les premiers jours, ils n’avaient pas de dosimètre individuel. Seul le chef d’équipe en avait et il n’était pas forcément le plus exposé. Il a fallu un scandale médiatique pour que d’autres centrales en envoient.

Tout est allé très vite : pour le réacteur n°1, il y a eu fusion complète du cœur, rejets radioactifs massifs et explosion hydrogène en moins de 24 heures. La journée la plus inquiétante a été le mardi 15 mars. Selon le premier ministre de l’époque, TEPCo voulait évacuer la centrale, ce que la compagnie dément. Cela aurait entraîné une catastrophe d’une ampleur beaucoup plus grande.

L’exploitant a longtemps estimé que 70% du combustible du réacteur n°1 était endommagé. Ce chiffre était de 33 et 25% pour les réacteurs n°2 et 3. Il a fallu attendre le mois de mai 2011 pour que TEPCo, l’exploitant, finisse par admettre qu’il y avait eu la fusion des trois cœurs. Ni les autorités japonaises, ni les organismes d’expertise internationaux comme l’AIEA n’ont contredit la compagnie.

Pour refroidir les combustibles TEPCo a versé de l’eau, beaucoup d’eau, par divers moyens. Rendue très radioactive au contact du « corium », le cœur fondu, elle s’est accumulée dans les sous-sols des réacteurs où elle a fini par déborder en mer en avril 2011. La compagnie était face à un dilemme : si elle arrêtait de verser de l’eau, la fusion risquait de reprendre, accompagnée de rejets radioactifs et si elle continuait, cela fuyait vers l’océan. La compagnie a donc pompé l’eau des sous-sols après avoir colmaté la fuite, mais le compte n’y est pas. Elle doit pomper 400 m3 d’eau contaminée en plus de ce qu’elle injecte à cause des infiltrations de la nappe phréatique. Presque quatre ans plus tard, l’eau contaminée, qui continue à s’accumuler, reste un problème majeur. TEPCo a tenté plusieurs solutions pour réduire les infiltrations et les fuites en mer, sans grand succès pour le moment. Le stock est gigantesque, de l’ordre de 400 000 m3, que la compagnie tente de décontaminer partiellement pour pouvoir le rejeter en mer.

Des rejets massifs dans l’environnement

Ces évènements ont entraîné la dispersion de gaz et particules radioactifs qui ont contaminé la centrale et une partie du Japon. Les hommes ne peuvent pas travailler dans les réacteurs où il y a eu une fusion du cœur car le débit de dose y est trop élevé. Sur le site de la centrale, il faut des équipements de protection spécifiques. Enfin, la population a été évacuée dans un rayon de 20 km autour de la centrale et jusqu’à 45 km sous les rejets. Mais, 80% de la radioactivité est allée vers l’océan.

Les populations riveraines ont été évacuées, d’abord dans un rayon de 3 km, puis 10 et enfin 20 km en fonction de l’évolution. Et cela dans des conditions extrêmement difficiles, avec plusieurs évacuations successives ou sous les retombées radioactives. Elles ont d’abord été confinées entre 20 et 30 km, puis invitées à partir. Des ordres d’évacuation tardifs ont entraîné le déplacement de populations supplémentaires jusqu’en septembre 2011 pour certains points chauds. Le seuil fixé par les autorités, de 20 mSv/an pour l’irradiation externe, correspond à la limite des travailleurs du nucléaire en France et est appliquée aux enfants. C’est inacceptable pour de nombreuses familles et celles qui en ont les moyens ont fui par elle même, sans indemnisation.

L’évacuation d’urgence des personnes vulnérables a été la plus dramatique entraînant de nombreux décès. Ce fut le cas, par exemple pour l’hôpital de Futaba où 50 patients sont décédés durant les premiers jours.

Le gouvernement japonais rêve que ce soit une catastrophe réversible avec un retour des populations. Il a engagé un immense chantier de décontamination de larges portions de territoires. Mais pour le moment, il n’existe aucune technique efficace ni de lieu d’entreposage des déchets radioactifs générés. La limite de dose pour le retour reste fixée à 20 mSv/an, ce qui est inacceptable. Beaucoup ont décidé de ne pas rentrer, surtout quand il y a de jeunes enfants.

Internet et les réseaux sociaux ont joué un rôle très important pour répondre à la quête d’informations. De nombreuses associations locales, souvent intitulées “Sauvons nos enfants”, ont aussi été créées dans tout le pays. Elles ont d’abord permis d’échanger sur les problèmes liés à la radioactivité, les conflits qui en résultaient dans la famille, les mesures à prendre pour protéger les enfants et faire pression sur les élus locaux pour décontaminer les écoles, refuser les débris du tsunami, contrôler les repas servis à la cantine, et, à Fukushima, demander un élargissement de l’évacuation, au moins pour les enfants et les femmes enceintes.

L’accès à la mesure de la radioactivité a été un des grands enjeux pour les populations. L’ACRO, laboratoire associatif français créé après la catastrophe de Tchernobyl et basé à Hérouville St Clair, s’est fortement investi pour venir en aide aux populations japonaises. Cela s’est traduit par l’analyse de presque 600 échantillons les plus variés en provenance du Japon et à la création d’un laboratoire de mesure sur place.

 

Article sur les initiatives citoyennes à Fukushima

Le quotidien Asahi consacre un article aux initiatives citoyennes de contrôle de la radioactivité, ce qui est extrêmement rare dans les médias japonais en langue anglaise, bien que, comme nous l’avions expliqué dans un rapport de 2012, elles foisonnent.

A la base, il y a de la défiance envers les autorités, mais aussi une volonté de prendre en main la situation et de mesurer ce qui importe pour les populations. C’est aussi un moyen de maintenir le lien social pour des populations évacuées.

A Iitaté, un village entièrement évacués dans les mois qui ont suivi les rejets massifs, la mairie a mandaté une association locale, Fukushima saïsei no kai, pour faire des mesures régulières. Deux fois par mois, des bénévoles parcourent donc toutes les routes de la commune dans une camionnette équipée d’un GPS et d’un appareil de détection reliés à un ordinateur qui enregistre les données. Les résultats sont mis en ligne (voir une de leur carte).

L’article présente aussi l’association Umilabo, qui, comme son nom l’indique, contrôle la pollution radioactive de la mer. L’initiateur travaille prépare des aliments à base de poissons. Quand on l’interrogeait sur le niveau de contamination, il ne pouvait pas se satisfaire des résultats d’analyse de TEPCo et des autorités régionales. Il a donc commencé les mesures de sédiments marins et de poissons avec des pêcheurs.

A Daté aussi, les résidents se sont organisés pour effectuer des mesures régulières des débits de dose. Dans la zone en question, des maisons ont dû être évacuées car elles étaient à proximité d’un point chaud qui était juste au-dessus de la limite et d’autres n’ont pas été évacuées alors qu’elles étaient juste en dessous. Cela a créé une forte incompréhension et des tensions. Les personnes concernées ont utiliser ces données pour négocier des compensations proches de celles reçues par les personnes évacuées.

C’est aussi l’occasion de rappeler les nombreuses initiatives de l’association Chikurin, non mentionnée dans l’article, mais qui a été créée avec le soutien de l’ACRO, qui a fourni du matériel de détection et une assistance technique. Elle est membre du réseau Minna no data qui surveille l’alimentation et la contamination des sols. Elle effectue de nombreuses analyses sur les urines et a mis au point, récemment, une méthode de surveillance des poussières radioactives qui est accessible au plus grand nombre.

Reprise de la pêche de la sole à Ibaraki

Les autorités ont autorisé la reprise de la pêche commerciale de la sole à Ibaraki, province limitrophe de Fukushima. La commercialisation était encore interdite pour les prises au Nord de Hitachi. Depuis l’an dernier, 57 contrôles ont été effectués. Il n’a pas été détecté de césium dans 37 cas et, pour les 20 cas restant, la contamination était inférieure à 15 Bq/kg, ce qui est moins que la limite officielle de 100 Bq/kg.

D’autres contrôles vont être effectués.