Traces de césium de Fukushima vers la côte Ouest du Canada

L’Institut océanographique de Bedford à Vancouver au Canada a détecté l’arrivée de la contamination en césium en provenance de Fukushima sur la côte Ouest du pays. La concentration est faible, mais la présence de césium 134, qui a une demi-vie de deux ans, signe une origine récente. Les premières traces, à moins de 1 becquerel par m3 (0,001 Bq/L) ont été vues en juin 2013. La modélisation prévoit une concentration de 2 à 27 Bq/m3 à la mi-2015.

Vidéo de présentation des mesures pour limiter les fuites d’eau contaminée dans l’océan

TEPCo a mis en ligne une vidéo en anglais qui explique, pendant 10 minutes, les mesures qu’elle a prises pour tenter de colmater les fuites en mer. Cette vidéo ne semble pas exister en japonais. Il n’est pas fait mention des erreurs de mesure…

Cette vidéo montre une action qui m’avait échappée : TEPCo pompe l’eau des galeries souterraines entre les bâtiments turbine et la mer, retire une partie du césium, et la réinjecte dans les galeries. Elle espère ainsi diminuer la contamination de cette eau et les fuites en mer. TEPCo parle d’eau purifiée dans sa vidéo, alors qu’elle toujours fortement contaminée en strontium, très radiotoxique.

Cela aurait commencé en novembre 2013 et le niveau en césium aurait été divisé par 3 après une semaine de “purification”. Il en reste donc aussi des dizaines de millions de becquerels par litre dans l’eau “purifiée”.

On voit aussi les tests de gel des passages vers ces galeries afin de ralentir, voire arrêter, les écoulements. Les images ont été prises avec de l’eau non contaminée dans une cuve de test.

La contamination bêta total de l’eau du puits 1-16 est toujours très élevée : 2 millions de becquerels par litre dans le prélèvement du 17 février. C’était 3 millions dans celui du 13 février. Le record était de 3,1 millions.

Contamination de la Baie de Tôkyô

La NRA a mis deux résultats de mesure de contamination marine dans la Baie de Tôkyô : il y a entre 39 et 66 Bq/kg en césium dans les sédiments secs et de l’ordre de 0,01 Bq/L dans l’eau de mer. Cette pollution est due au lessivage des sols et s’accumule dans la baie presque fermée. La contamination des sédiments a augmentée par rapport aux précédents prélèvements aux mêmes points.

Pour les sédiments, c’est du même ordre que ce qui est trouvé au large (une centaine de km) de la centrale de Fukushima. Pour l’eau de mer, les niveaux sont similaires à ce qui est trouvé au large de Miyagi.

La bataille de l’eau contaminée continue

Pour réduire la quantité d’eau souterraine qui pénètre dans les sous-sols des réacteurs où elle se contamine fortement, TEPCo voulait pomper l’eau en amont et la rejeter en mer. Mais les pêcheurs s’y étaient opposé. Il faut dire qu’à l’époque, TEPCO s’y était reprise à plusieurs fois avant de donner une mesure fiable de la contamination en césium. Et puis, elle avait menti en disant qu’il n’y avait plus de fuite en mer. (Voir notre synthèse sur les évènements de l’été 2013).

Le gouvernement revient à la charge et a rencontré les pêcheurs. Evidemment, il est encore question de “rumeurs néfastes” qui pourraient pénaliser les pêcheurs. Le président des coopératives de pêche est encore d’accord cette fois-ci, mais il faut convaincre la base qui s’y était opposée la dernière fois, tant elle était exaspérée.

Selon TEPCo, le pompage devrait permettre de réduire de 100 m3 la quantité d’eau qui pénètre chaque jour dans les sous-sols, qui devrait ainsi passer de 400 à 300 m3/j. Mais l’eau pompée en amont est déjà contaminée : il y a le lessivage des sols et surtout, les fuites sur des cuves. Les pêcheurs sont donc légitimement inquiets.

TEPCo promet donc de satisfaire à des critères plus stricts que les autorisations de rejet d’avant la catastrophe. La limite à ne pas dépasser pour les rejets en mer était de 10 Bq/L en bêta total et 30 000 Bq/L en tritium. TEPCO promet que l’eau pompée sera contrôlée et que le rejet n’aura lieu que si la contamination en bêta total est inférieure à 5 Bq/L et en tritium à 1 500 Bq/L. Pour le césium 137, ce sera 1 Bq/L, comme avant. Voir le document de TEPCo en japonais. Ce document ne dit rien sur la contamination actuelle de l’eau de ces puits. C’est pourtant primordial pour juger.

Les données sont dans un autre document, exprimées en Bq/cm3 au lieu des habituels Bq/L pour diminuer d’un facteur mille les résultats. La contamination en tritium y serait inférieure à 100 Bq/L. Sur ce document en anglais, on voit clairement la position des puits prévus pour le pompage (bypass) et des puits à proximité des cuves où il y a eu la fuite, plus en amont. La contamination en tritium près des cuves dépasse la nouvelle limite de rejet. Que se passera-t-il quand TEPCo pompera ? La compagnie compte probablement diluer par mélange l’eau la plus contaminée afin de passer sous la limite.

La concentration maximale avant rejet ne suffit pas comme critère, il faudrait aussi limiter la quantité totale rejetée par an. Il n’y a rien à ce propos dans le document. Et puis, si les pêcheurs n’ont pas confiance, ce qui est compréhensible, il faut leur proposer de faire des contrôles par eux-mêmes. Rien n’est prévu dans ce sens.

Bref, le dossier est encore une fois mal préparé. Mais un nouvel échec de TEPCo sera encore dû aux “rumeurs néfastes”… Et attendant, les fuites en mer continuent.

Au pied des réacteurs, l’eau souterraine est contaminée jusqu’à 25 m de profondeur, comme l’attestent les derniers résultats mis en ligne en japonais uniquement. Il y a jusqu’à 60 Bq/L en strontium, mais TEPCo annonce qu’elle ne recherchera plus cet élément.

Au niveau des réacteurs, l’eau de refroidissement finit toujours dans les sous-sols sans que la compagnie n’y puisse rien car il est impossible à des humains d’y travailler. Le tore (chambre de suppression) qui entoure le réacteur n°2 est percé, selon TEPCo, et l’eau fuit. Le trou fait 3 cm. Par ailleurs, la compagnie avait découvert deux fuites dans l’enceinte de confinement du réacteur n°3. L’analyse des images l’a conduite à estimer que 3,3 m3 par heure sortaient par ces deux trous. Comme elle en injecte 4,5 m3 par heure, il y en a encore 1,2 m3 qui fuient ailleurs.

Mise en place de barrières pour stopper les écoulements

TEPCo a commencé les travaux pour installer une barrière souterraine gelée dans les tunnels et galeries souterraines qui relient les bâtiments réacteurs et bâtiments turbines à la mer. Elle espère pourvoir pomper l’eau de ces galeries ensuite. Elle pense que les fuites en mer viennent de là. Le pompage des 11 000 m3 d’eau contaminée devrait commencer en mars pour finir en mai. Le problème est qu’il y a des câbles et des tuyaux qui passent par là et il n’est pas sûr qu’il soit possible de bloquer les écoulements. En effet, l’eau s’enfuit aussi vers la nappe.

TEPCo a aussi commencé à construire une autre barrière dans le port en le comblant de blocs et de ciment afin de ralentir les fuites (voir le document en japonais). Répétons encore une fois ce qu’un enfant qui a construit des barrages dans un ruisseau sait : on n’arrête pas un écoulement, on le dévie. L’eau souterraine rejaillira ailleurs.

La contamination de l’eau du puits 1-16 est toujours proche des niveau records : 3 millions de becquerels par litre en bêta total (prélèvement du 27 janvier). La contamination en tritium dans le puits 1-10, le long du littoral, vient d’atteindre 270 000 Bq/L. Ce n’est pas un record, mais la valeur la plus élevée depuis novembre (prélèvement du 27 novembre).

Par ailleurs, TEPCo n’avait pas publié des données sur la contamination en strontium car elle estimait qu’elles étaient fausses. Et elle n’avait rien dit. En effet, elle trouvait plus de strontium que de bêta total et avait conclu que la mesure strontium était fausse (voir des exemples ici en japonais). Mais il se pourrait que ce soit la mesure bêta total qui soit fausse…

Surveillance citoyenne de l’eau de mer de la côte Ouest des Amériques

La Wood Hole Oceanographic Institution invite les habitants de la côte Ouest des Etats-Unis à prélever de l’eau de mer pour surveiller l’arrivée de radioéléments du Japon. Il en coûtera entre 550 et 600 dollars aux préleveurs volontaires. Elle a même créé un site oueb dédié.

L’ACRO fait une surveillance citoyenne de la radioactivité dans l’environnement depuis des années et cela ne coûte rien aux préleveurs volontaires. Vous êtes les bienvenus. De même que les informations en ligne sur cette page sont en accès gratuit malgré l’énorme quantité de travail que cela représente. Mais un don ou une adhésion sont bienvenus si vous pensez que notre travail est utile. L’argent sera utilisé à bon escient !

Point sur la contamination de la mer

La NRA a mis en ligne des résultats de mesure de la contamination des sédiments marins au large de la centrale de Fukushima et au-delà. On trouve du strontium 90, particulièrement radiotoxique, à de grandes distances, mais à un niveau moindre que le césium. Les prélèvements ont eu lieu en mai 2013. La contamination en césium seulement aux mêmes points, mais sur des prélèvements en novembre 2013, sont aussi disponibles. Au Nord, la tendance à la baisse est notable. C’est pas le cas au Sud où il y a des points où cela augmente.
Il y a aussi des données sur la contamination de l’eau de mer, avec quelques mesures de strontium dans des prélèvements de mai 2013, ainsi que dans des prélèvements d’août 2013.
En ce qui concerne la contamination de l’eau de mer à proximité de la centrale, la NRA a commencé à afficher les résultats en potassium 40 (K-40)  naturel à côté de ceux pour le césium. Les prélèvements datent de décembre 2013.

TEPCo a mis en ligne ses derniers résultats de mesure sur les poissons pêchés dans le port devant la centrale : ils sont tous contaminés, souvent à de fortes teneurs. Cela monte à 244 000 Bq/kg pour les deux césium. Il y a aussi des résultats sur des poissons pêchés dans un rayon de 20 km devant la centrale : de nombreux spécimens dépassent encore la limite de 100 Bq/kg. La plus forte valeur est de 400 Bq/kg.

Selon une étude, le fleuve Abukuma, qui se jette dans l’océan à Miyagi après avoir traversé Fukushima, a rejeté environ 10 TBq (10 000 milliards de becquerels) de césium lors de la première année de la catastrophe. Et 60% de ce rejet aurait eu lieu suite au passage du typhon n°15 en septembre 2011 (6,2 TBq).

Par ailleurs, il y a un nouveau record de la contamination de l’eau du puits 1-16 : 3,1 millions de becquerels par litre en bêta total (prélèvement du 20 janvier). Le précédent record était de 2,7 MBq/L dans le prélèvement du 16 janvier.

Saumons du Pacifique légèrement contaminés

Une compagnie de pêche de Seattle a fait mesurer la contamination de saumons du Pacifique. Sur les 7 spécimens, elle en a trouvé 2 qui étaient légèrement contaminés. Mais un échantillon a plus de césium 134 (1,2 Bq/kg) que de césium 137 (< 1Bq/kg). Un tel résultat est surprenant.
Un autre a 1,4 Bq/kg en césium 137 et une contamination inférieure à 1 Bq/kg pour le césium 134, ce qui est plus plausible.

Contamination de l’eau

 

Le désormais fameux puits 1-16 vient de voir un nouveau record de contamination : 2,4 millions de becquerels par litre en bêta total. Le prélèvement date du 13 janvier.

La NRA a rassemblé dans un seul fichier (de 3,4 Mo à cause de la photo…) les derniers résultats de mesure sur la contamination de l’eau de mer. Il y a toujours beaucoup plus de césium près de la centrale qu’au large et du tritium qui ne s’accumule pas dans les sédiments : les fuites continuent.

Un site humoristique américain, connu pour ses canulars, a fait un montage photo présentant un calamar géant échoué sur une plage de Californie. Pour plus d’explications, voir le blog sur le site du Monde.

Dorades radioactives

L’agence de recherche des coopératives de pêche annonce avoir pêché une dorade grise avec 12 400 Bq/kg en césium. Elle a été prise dans l’embouchure du fleuve Niidagawa, à 37 km à vol d’oiseau de la centrale le 17 novembre dernier. Deux autres spécimens avaient 197 et 426 Bq/kg. L’agence a pêché 37 dorades en tout au large d’Iwaki en octobre-novembre dernier et les autres poissons étaient tous en dessous de la limite de 100 Bq/kg.

Il s’agissait d’une pêche “expérimentale” : la pêche commerciale de ce poisson est interdite au large de Fukushima et Miyagi. Les coopératives de pêche des communes au Nord d’Ibaraki ne le pêchent pas non plus.