Pour réduire la quantité d’eau souterraine qui pénètre dans les sous-sols des réacteurs où elle se contamine fortement, TEPCo voulait pomper l’eau en amont et la rejeter en mer. Mais les pêcheurs s’y étaient opposé. Il faut dire qu’à l’époque, TEPCO s’y était reprise à plusieurs fois avant de donner une mesure fiable de la contamination en césium. Et puis, elle avait menti en disant qu’il n’y avait plus de fuite en mer. (Voir notre synthèse sur les évènements de l’été 2013).
Le gouvernement revient à la charge et a rencontré les pêcheurs. Evidemment, il est encore question de “rumeurs néfastes” qui pourraient pénaliser les pêcheurs. Le président des coopératives de pêche est encore d’accord cette fois-ci, mais il faut convaincre la base qui s’y était opposée la dernière fois, tant elle était exaspérée.
Selon TEPCo, le pompage devrait permettre de réduire de 100 m3 la quantité d’eau qui pénètre chaque jour dans les sous-sols, qui devrait ainsi passer de 400 à 300 m3/j. Mais l’eau pompée en amont est déjà contaminée : il y a le lessivage des sols et surtout, les fuites sur des cuves. Les pêcheurs sont donc légitimement inquiets.
TEPCo promet donc de satisfaire à des critères plus stricts que les autorisations de rejet d’avant la catastrophe. La limite à ne pas dépasser pour les rejets en mer était de 10 Bq/L en bêta total et 30 000 Bq/L en tritium. TEPCO promet que l’eau pompée sera contrôlée et que le rejet n’aura lieu que si la contamination en bêta total est inférieure à 5 Bq/L et en tritium à 1 500 Bq/L. Pour le césium 137, ce sera 1 Bq/L, comme avant. Voir le document de TEPCo en japonais. Ce document ne dit rien sur la contamination actuelle de l’eau de ces puits. C’est pourtant primordial pour juger.
Les données sont dans un autre document, exprimées en Bq/cm3 au lieu des habituels Bq/L pour diminuer d’un facteur mille les résultats. La contamination en tritium y serait inférieure à 100 Bq/L. Sur ce document en anglais, on voit clairement la position des puits prévus pour le pompage (bypass) et des puits à proximité des cuves où il y a eu la fuite, plus en amont. La contamination en tritium près des cuves dépasse la nouvelle limite de rejet. Que se passera-t-il quand TEPCo pompera ? La compagnie compte probablement diluer par mélange l’eau la plus contaminée afin de passer sous la limite.
La concentration maximale avant rejet ne suffit pas comme critère, il faudrait aussi limiter la quantité totale rejetée par an. Il n’y a rien à ce propos dans le document. Et puis, si les pêcheurs n’ont pas confiance, ce qui est compréhensible, il faut leur proposer de faire des contrôles par eux-mêmes. Rien n’est prévu dans ce sens.
Bref, le dossier est encore une fois mal préparé. Mais un nouvel échec de TEPCo sera encore dû aux “rumeurs néfastes”… Et attendant, les fuites en mer continuent.
Au pied des réacteurs, l’eau souterraine est contaminée jusqu’à 25 m de profondeur, comme l’attestent les derniers résultats mis en ligne en japonais uniquement. Il y a jusqu’à 60 Bq/L en strontium, mais TEPCo annonce qu’elle ne recherchera plus cet élément.
Au niveau des réacteurs, l’eau de refroidissement finit toujours dans les sous-sols sans que la compagnie n’y puisse rien car il est impossible à des humains d’y travailler. Le tore (chambre de suppression) qui entoure le réacteur n°2 est percé, selon TEPCo, et l’eau fuit. Le trou fait 3 cm. Par ailleurs, la compagnie avait découvert deux fuites dans l’enceinte de confinement du réacteur n°3. L’analyse des images l’a conduite à estimer que 3,3 m3 par heure sortaient par ces deux trous. Comme elle en injecte 4,5 m3 par heure, il y en a encore 1,2 m3 qui fuient ailleurs.