Résultats cachés

TEPCo a caché 140 résultats de mesure du strontium dans l’eau souterraine et l’eau de mer entre juin et novembre 2013 car elle les considérait comme erronés. En effet, les concentrations en strontium dépassaient les valeurs en bêta total, ce qui n’est pas possible. Elle n’a pas publié ces valeurs, ni n’a mentionné le problème.

La compagnie s’est engagée à résoudre le problème, corriger les valeurs et les publier avant la fin du mois.

Des fuites encore et encore

TEPCo a découvert une nouvelle fuite : de l’eau de pluie contaminée, qui aurait dû être retenue dans les réceptacles autour les cuves, se serait écoulée et a été absorbée par le sol. TEPCo estime à 1,6 m3 la fuite.

Les dernières données mises en ligne sur le site de la NRA concernant la contamination de l’eau de mer montrent que la pollution est toujours beaucoup plus forte près de la centrale qu’au large, ce qui prouve que les fuites en mer continuent et sont visibles.

Dernières données sur les poissons

TEPCo a mis en ligne des données sur la contamination des poissons pêchés dans un rayon de 20 km autour de la centrale. Il y a encore de nombreux spécimens qui dépassent les 100 Bq/kg en césium. Cela monte jusqu’à 1 070 Bq/kg. En ce qui concerne les poissons pêchés dans le port devant la centrale, la contamination est toujours beaucoup plus élevée car ils ne peuvent pas sortir et sont directement exposés aux fuites en mer. Elle monte jusqu’à 131 000 Bq/kg.

Rejets en mer et nouveau record de pollution

Allison Macfarlane, à la tête de la NRC, l’autorité de sûreté nucléaire américaine, en visite au Japon, a déclaré que l’eau partiellement décontaminée par ALPS, mais contenant toujours beaucoup de tritium, devrait être rejetée en mer, après avoir été diluée, car il n’y a pas d’autre solution.

L’eau du puits de contrôle 1-16, situé à 40 m du rivage, avait battu un record de contamination (cf 3 décembre). La contamination bêta total continue d’augmenter : il y a maintenant 1,3 million de becquerels par litre. TEPCo affirme que c’est une conséquence de la fuite d’avril 2011. Elle disait déjà cela avant d’avouer que les fuites en mer continuent. Et de présenter ce résultat comme un succès… sans expliquer pourquoi.
Celle du puits E1, situé près de la cuve qui a fui cet été, repart à la hausse.

Contamination des animaux marins

TEPCo a mis en ligne des résultats de mesure sur des poissons, crabes… pêchés entre 1 et 3 km de la centrale de Fukushima daï-ichi. La compagnie donne, pour la première fois, la teneur en argent 110m. Les crabes sont systématiquement contaminés par cet élément. Pour les poissons, c’est plus variable. L’ACRO, qui avait fait des mesures pour Greenpeace Japon la première année, trouvait aussi de l’argent 110 parfois. La demi-vie de cet élément est de 250 jours. S’il est encore présent avec de telles teneurs, c’est qu’il y a encore des fuites en mer.
Le tableau donne aussi quelques résultats de mesure en strontium 90, qui est très radiotoxique, mais difficile à mesurer : il semble être présent à chaque fois qu’il a été recherché, mais à des teneurs assez faibles.
A noter qu’il y a des spécimens dont la concentration en césium dépasse la limite de mise sur le marché de 100 Bq/kg.

Au 3 décembre 2013, TEPCo prétend avoir 390 000 m3 d’eau contaminée dans des cuves, dont 31 000 m3 traités par ALPS. Il faut encore ajouter tout ce qu’il y a dans les sous-sols.

Nouveaux plans de bataille pour l’eau contaminée

Un groupe gouvernemental s’est réuni pour proposer des solutions à propos de l’eau contaminée qui continue de s’accumuler. Il est question de boucher les galeries et les fissures, de construire des cuves géantes avec un mur de protection, de mettre de l’asphalte pour limiter les infiltrations de l’eau de pluie… Il a aussi été question de construire un autre mur souterrain autour du projet de mur gelé, sans qu’aucune décision ne soit prise à ce propos.
Le groupe va aussi travailler sur le tritium. Ce que les médias ne disent pas, c’est que les stocks actuels dépassent largement les autorisations de rejet. Il faudra donc revoir les autorisations à la hausse si TEPCo veut rejeter l’eau filtrée en mer.
En attendant, TEPCo continue de construire une cuve tous les deux jours pour stocker l’eau contaminée…

En attendant, la pollution de l’eau souterraine vient de battre un nouveau record : 1,1 million de becquerels par litre en bêta total dans le puits 1-16 situé à 40 m du rivage, à l’Est du réacteur n°2. Le prélèvement date du 28 novembre 2013. Il n’y a plus de communiqué de presse en anglais sur le site de TEPCo à propos de la pollution.
Le précédent record était dans un prélèvement du 25 novembre dernier : 910 000 Bq/L dans le puits 1-16 (tableau de données).

En amont des réacteurs, au pied des cuves où il y a eu une fuite au cours de l’été, la contamination dans le puits E1 diminue rapidement : le tritium est passé de 360 000 Bq/L (prélèvement du 29 novembre) à 18 000 Bq/L (prélèvement du 30 novembre). Pour la contamination bêta totale, c’est passé de 38 000 à 5 800 Bq/L entre ces deux jours. Dans le prélèvement du 1er décembre, il reste tout de même 8 000 Bq/L en bêta total et 4 000 Bq/L pour le tritium

La NRA a de nouveau mis en ligne un recueil de données sur la pollution marine.

Les fuites en mer continuent

Les nouvelles données concernant la contamination marine concernant le césium mettent toujours en évidence un fort gradient de concentration dans l’eau, ce qui indique que les fuites continuent. Il y a aussi du tritium dans l’eau de mer au large de la centrale, qui ne s’accumule pas dans les sédiments marins. Cela montre, sans ambiguïté, que l’eau contaminée sort toujours du port, contrairement aux affirmations du premier ministre. (Pour le tritium, la concentration est inférieure à ce que l’ACRO mesure dans la Manche).

Eau contaminée : la troïka de l’irresponsabilité

L’Asahi consacre un article à la spirale d’irresponsabilité qui a conduit à nier les fuites en mer jusqu’à l’été 2013 alors que tout le monde savait. La troïka de l’irresponsabilité, comme l’appelle le quotidien, qui regroupe TEPCo, le ministère des finances et celui de l’industrie, se chamaille encore pour savoir qui va prendre en charge l’eau contaminée, la décontamination et le démantèlement. En attendant les fuites en mer continuent…
TEPCo, ne voulant pas payer, a tout fait pour reculer les mesures pour colmater les fuites. Elle aurait pu installer un mur souterrain en amont pour dévier l’eau souterraine, mais n’a rien fait. Le gouvernement propose maintenant une technologie beaucoup plus complexe qui consiste à geler le sol.
Pendant tout ce temps, les deux ministères se disputaient pour savoir qui doit payer la décontamination. 5 mois après le déclenchement de la catastrophe, une loi a établi que le gouvernement allait avancer l’argent, mais se ferait rembourser par la compagnie, au nom du principe pollueur-payeur. Le ministère de l’industrie a fait pression sur le nouveau parti au pouvoir pour changer la loi et faire prendre en charge une partie de la décontamination par le contribuable. Mais le ministère des finances a réussi à changer le texte de la nouvelle proposition de loi pour ne pas engager l’argent public.
En ce qui concerne la prise en charge du démantèlement par une agence d’Etat, c’est le ministère de l’industrie qui s’y est opposé car il ne voulait pas être tenu pour responsable et trouvait bien pratique d’avoir TEPCo comme bouc-émissaire.

En attendant, les dernières nouvelles de l’eau souterraine : La contamination bêta totale de l’eau du du fameux puits E1 diminue, mais celle en tritium reste très élevée (prélèvements du 21 novembre et du 22 novembre). La contamination de l’eau dans les bâtiments turbine 1 et 2 est aussi très élevée : il y a 3,3 millions de Bq/L en césium dans le 1 et 22,6 millions Bq/L dans le 2. Pour la contamination bêta totale, c’est respectivement 3,4 millions et 91 millions de Bq/L. Le tritium n’est pas indiqué.

TEPCo a mis en ligne des résultats de mesure sur des poissons pêchés à 20 km de la centrale de Fukushima où un spécimen dépasse les 100 Bq/kg en césium total et dans le port devant la centrale où la contamination est beaucoup plus forte, allant jusqu’à 110 000 Bq/kg.

L’autorité de sûreté japonaise a mis en ligne un bilan de la surveillance de la pollution marine. On retrouve du césium à des centaines de kilomètres de la côte du Japon.

Coréens inquiets par la contamination de la mer

Selon un sondage effectué auprès de 521 personnes, 77,5% des Coréens ont réduit leur consommation de poissons et autres produits de la mer par crainte des conséquences des fuites radioactives dans l’océan. Les autorités japonaises n’arrivent toujours pas à convaincre les autorités coréennes à lever l’embargo sur les produits marins.

Fukushima : une centrale à vau l’eau

La centrale nucléaire de Fukushima daï-ichi est devenue un énorme déchet nucléaire à ciel ouvert. L’eau est le principal ennemi des déchets radioactifs. L’Andra l’a appris à ses dépens au centre de stockage de la Manche : les déchets entreposés en plein air pendant des années ont pris l’eau, qui est devenu radioactive et a contaminé durablement les nappes phréatiques.

L’Acro, qui surveille régulièrement les cours d’eau de la Hague avec les riverains, a montré que la pollution en tritium (hydrogène radioactif) du Grand Bel ne baisse pas comme prévu. Ce qui laisse penser que le centre de stockage continue à alimenter la nappe phréatique, même si les déchets sont enterrés sous une couverture étanche qui fait la fierté de l’Andra. Mais une partie du centre de stockage n’a pas de fond et la pollution en tritium sera suivie par d’autres radioéléments dans l’avenir.

Même l’Andra a fini par reconnaître que “dès 300 ans, les colis et les ouvrages n’ont aucune fonction de sûreté” et a un modèle de stockage représentatif sur 10.000 ans. A partir de 50.000 ans, elle n’est sûre de rien ! Que prévoit-elle pour l’avenir ? Rien de moins que le transfert vers les eaux d’iode 129, chlore 36, strontium 90, nickel 63… suivis au-delà de 3000 ans par le plutonium. Rassurez-vous, à des niveaux “acceptables”.

A Fukushima, c’est beaucoup plus grave, car tout baigne dans l’eau : après la fusion de trois cœurs de réacteur, le combustible usé, extrêmement radioactif, n’est plus protégé par une gaine métallique. L’eau qui est aspergée pour que la fusion ne reprenne pas devient donc aussi très radioactive et s’enfuit dans les sous-sols où elle contamine tout.

De l’eau radioactive dans la nappe phréatique ?

Les sous-sols de la centrale ont déjà débordé, entraînant une fuite dans l’océan. Depuis, TEPCo pompe l’eau, tente tant bien que mal de la décontaminer et de la dessaler, puis en réinjecte une partie dans les réacteurs pour les refroidir. Mais elle a fait les comptes et cela ne colle pas. Il y avait 121.000 tonnes d’eau en juin, avant le démarrage de l’épuration. TEPCo a calculé qu’il ne devrait plus y en avoir que 60.000 tonnes… et il y en a 98.000 tonnes. Et de soupçonner qu’entre 200 à 500 tonnes d’eau souterraine par jour pénètre dans les sous-sols des réacteurs 1 à 4. Ce que ne dit pas la compagnie, c’est que les échanges avec la nappe phréatique doivent avoir lieu dans les deux sens et que la pollution se répand.

TEPCo pompe et décontamine 1 000 tonnes par jour actuellement. Elle en injecte 550 tonnes pour refroidir les réacteurs. S’il en pénètre 500 tonnes supplémentaires des nappes phréatiques, le niveau ne peut pas baisser. Le typhon Roke, le quinzième de l’année, a déversé des trombes d’eau sur la centrale la semaine dernière et le niveau est monté de 44 cm en 24 heures dans les sous-sols du réacteur n°1, un peu moins dans les autres. Cela n’a pas débordé, mais la situation reste fragile.

Le système de refroidissement, prétendument en “circuit fermé”, est visible sur une vidéo mise en ligne par TEPCo : il y a des kilomètres de tuyaux et des pompes de camions de pompier ou autre pour faire fonctionner le tout. Un nouveau tsunami, et il faut tout recommencer.

Comme elle s’est engagée à ramener la température des réacteurs sous les 100°C pour limiter la vapeur d’eau qui dégage de la radioactivité dans l’atmosphère, la compagnie ne peut pas réduire la quantité d’eau injectée. Elle veut même l’augmenter. Quant à envisager de colmater les fuites, c’est impossible avant des années à cause de la forte radioactivité…

Une barrière entre les réacteurs et la mer

Bref, cette situation va perdurer. TEPCo veut donc construire une barrière souterraine entre les réacteurs et la mer pour contenir les fuites et empêcher un transfert vers le milieu marin. Elle construit aussi une structure métallique sur le réacteur n°1, visible sur la webcam pour empêcher l’eau de pluie de pénétrer. Les autres réacteurs devraient suivre.

La centrale n’est pas non plus à l’abri d’une nouvelle secousse qui peut endommager sérieusement les structures fragilisées par les précédents séismes, le tsunami et les explosions hydrogène. D’ailleurs, TEPCo vient de découvrir une poche d’hydrogène dans des tuyaux du réacteur n°1. Une nouvelle explosion n’est donc pas à exclure, même si la compagnie se veut rassurante.

Malgré cela, les autorités espèrent déclarer bientôt que la centrale est “stabilisée” et permettre aux personnes évacuées de rentrer chez elles.Alors que pour de nombreuses personnes il faudrait élargir la zone d’évacuation. Il y a deux raisons d’éloigner les habitants : la menace de nouveaux rejets massifs en cas d’aggravation soudaine et la contamination des territoires. Les populations, évacuées ou non, n’en peuvent plus et ne savent pas quand ce cauchemar va se terminer. Celles qui sont parties se demandent si elles rentreront un jour. Celles qui sont restées se demandent si elles ne feraient pas mieux de partir. Dans les zones contaminées mais non évacuées, il y a déjà beaucoup de familles éclatées : les enfants seuls ou les enfants et la mère ont été éloignés volontairement. Sans aide gouvernementale, d’autres n’ont pas le choix et doivent rester.

La nécessité d’une mesure de la radioactivité

Face à une telle situation, malheureusement durable, l’accès à la mesure de la radioactivité est primordial. On ne compte plus les initiatives en ce sens. Des universitaires sont en train de finaliser une cartographie dans un rayon de 80 km autour de la centrale. Un groupe Facebook a fait analyser de nombreux échantillons de sol de Tokyo… On trouve sur Internet de nombreux relevés de débit de dose ambiant fait par les autorités ou des amateurs.

L’Acro est en contact avec plusieurs projets de laboratoires indépendants pouvant distinguer la pollution radioactive de la radioactivité naturelle. Dans certains cas, nous avons juste fourni du conseil technique. Dans d’autres nous avons installé le laboratoire, testé et qualifié les détecteurs, formé les utilisateurs. Afin de favoriser l’entraide technique et la coopération nous avons aussi initié un réseau. Et pour que ces projets soient pérennes, nous avons lancé une souscription pour ouvrir un laboratoire aussi sophistiqué que le nôtre sur place qui prendrait le relais du soutien technique que nous fournissons actuellement. Cela en collaboration étroite avec les associations avec lesquelles nous sommes en contact depuis de très nombreuses années.