TEPCO a mis en ligne une version en anglais de ses explications et photos relatives au système de décontamination de l’eau souterraine qu’elle veut pomper au pied des réacteurs pour la jeter dans l’océan.
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Contamination de la Baie de Tôkyô
La NRA a mis en ligne quelques résultats de mesure sur la contamination de la Baie de Tôkyô. Aussi bien l’eau de mer que les sédiments marins ont des niveaux de contamination similaires à ce que l’on peut trouver à 10 km de la centrale de Fukushima. C’est dû au lessivage des sols et à la concentration dans la baie presque fermée. Voir, à titre de comparaison, des résultats récents sur l’eau de mer au large de la centrale.
TEPCo veut rejeter l’eau souterraine dans l’océan
TEPCo veut pomper l’eau souterraine au pied des réacteurs, la décontaminer partiellement et la rejeter dans l’océan. Elle vient de commencer les tests de décontamination. Elle avait récemment pompé 500 m3 et elle vient de commencer le traitement de 290 m3. L’efficacité effective du traitement n’est pas connue.
Présentation du nouveau système de décontamination
TEPCo a mis en ligne des images et des explications en japonais (et en anglais) à propos du système de décontamination partielle monté sur camions qui est arrivé pour traiter l’eau souterraine avant rejet en mer, si la compagnie obtient l’autorisation.
Contamination des poissons
TEPCo a mis en ligne des résultats de mesure sur des poissons pêchés au large de la centrale, à moins de 20 km et dans le port devant la centrale. Au large, la plus forte contamination est de 131 Bq/kg et c’est la seule à dépasser la limite de 100 Bq/kg. En revanche, dans le port, les valeurs sont beaucoup plus élevé et atteignent 85 000 Bq/kg.
Fuites en mer
TEPCo continue de pomper l’eau souterraine en amont pour la rejeter dans l’océan avant contrôle. Les deux derniers rejets ont eu lieu les 5 et 12 août avec, respectivement, 2 007 et 2 123 m3. Comme cette eau a environ 330 Bq/L en tritium, cela conduit à des rejets respectifs de 662 et 700 MBq (millions de becquerels). Cela reste faible par rapport aux fuites quotidiennes estimées à une vingtaine de milliards de becquerels par jour. Et puis le tritium pompé en amont est déjà dans la nappe phréatique et ira, de toutes façons, dans l’océan.
La fuite de tritium en mer représenterait donc un rejet annuel de 7 300 GBq (milliards de becquerels) et est donc inférieure à l’autorisation de rejet en mer donnée à TEPCo avant la catastrophe (22 000 GBq). Cependant, comme TEPCo ne dit pas comment cette fuite a été évaluée, il est impossible de savoir si ce chiffre est réaliste ou pas.
En revanche, pour le césium 137, la fuite quotidienne estimée à 22 GBq par jour environ l’an dernier et 10 fois moins cette année. Cela conduit à un rejet annuel de 8 000 GBq l’an dernier et 800 GBq cette année. Dans les deux cas, l’autorisation de rejet annuelle, fixée à 220 GBq est dépassée. Pour le strontium, la limite de rejet est aussi dépassée. C’est pourquoi TEPCo ne dit rien à ce sujet…
TEPCo veut rejeter l’eau souterraine en mer
TEPCo communique en anglais sur son projet de rejeter dans l’océan l’eau souterraine partiellement décontaminée car cela va sûrement faire l’objet de protestations des pays voisins. Rappelons que la compagnie a construit un mur sous-marin le long du littoral pour arrêter les fuites en mer, mais il ne peut fonctionner que si l’eau est pompée en amont, autrement elle est seulement détournée. TEPCo a donc restauré certains puits de pompage, ainsi que les pompes et la tuyauterie qui existaient avant la catastrophe et va en creuser de nouveaux. Avant 2011, la compagnie pompait près de 1 000 m3/jour pour éviter les infiltrations d’eau souterraine dans les sous-sols. Mais maintenant, cette eau est fortement contaminée et TEPCo ne peut pas se permettre de la mettre dans des cuves faute de place : elle compte pomper de l’ordre de 500 à 700 m3 par jour en espérant que cela va diminuer de 200 m3 par jour les infiltrations. Si c’est confirmé, cela signifie qu’elle va se trouver avec de 300 à 500 m3 d’eau contaminée supplémentaire par jour. Comme ses autres prédictions n’étaient pas correctes, cela peut même être plus.
Le mur ne serait fermé qu’une fois le système de pompage en service, pour éviter que la contamination ne se propage partout.
Dans un premier document annexe, un schéma fait apparaître que le césium (Cs), strontium (Sr) et antimoine (Sb) seront partiellement filtrés. La contamination en césium et strontium de cette eau devrait être divisée par 1 000 à 10 000 selon le document. Le communiqué ne mentionne pas le tritium, qui n’est pas retiré.
Dans le premier document annexe, TEPCo précise que cette eau souterraine a été contaminée par l’eau de pluie qui a été en contact avec les débris en surface. Cela dépend où. A proximité des réacteurs et en aval, il y a aussi les fuites des sous-sols vers les nappes phréatiques qui ne sont jamais mentionnées, mais qui expliquent les niveaux très élevés de pollution qui sont relevés.
Un autre document précise aussi que TEPCo va utiliser les mêmes limites que pour l’eau souterraine pompée en bien en amont : 5 Bq/L en bêta total, 1 500 Bq/L pour le tritium et 1 Bq/L pour chaque césium.
Ce qu’il y a de ridicule dans toute cette communication, c’est l’insistance de TEPCo à expliquer qu’elle compte ainsi diminuer les fuites en mer et protéger l’océan. Ah bon, il y a des fuites ? La situation n’est pas « sous-contrôle » ? Le document donne une estimation des rejets en mer pour le strontium, césium et tritium qui sont de l’ordre de quelques milliards à presque 25 milliards de becquerels par jour. TEPCo met en avant une baisse entre l’année dernière et cette année, qui ne semble pas due à une amélioration de la situation, mais à un changement du point de mesure pour estimer les fuites… Son nouveau système de barrière+pompage+rejet devrait diminuer par un facteur quarante les rejets et fuites en mer. Pour le tritium, c’est un facteur 15 alors qu’elle ne le filtre pas. Bizarre.
Par ailleurs, les derniers résultats mis en ligne sur la site de la NRA pour l’eau de mer mettent en évidence une faible contamination, mais systématique de l’eau de mer, sur de grandes distances, et une contamination conséquente des sédiments marins. Cela se traduit, pour les ressources halieutiques, par une faible contamination des animaux qui dépendent du plancton pour se nourrir et une plus forte contamination de ceux qui dépendent de la faune benthique, qui vit au fond.
TEPCo : demande d’autorisation de rejet en mer
Après en avoir informé les pêcheurs, TEPCo a déposé auprès de la NRA sa demande de rejet en mer de l’eau souterraine pompée au pied des réacteurs et le long du littoral. Cette eau, très contaminée, devrait être partiellement décontaminée avent d’être mise dans des cuves tampon pour contrôle avant rejet.
La compagnie va aussi commencer les pompages à titre d’essai dans 14 puits dès mardi, mais l’eau ne sera pas rejetée avant d’obtenir un feu vert.
Nième plan de TEPCo pour l’eau contaminée
L’eau contaminée reste le cauchemar n°1 de TEPCo. Le pompage en amont d’eau souterraine devait réduire les infiltrations, en vain. TEPCo construit aussi un mur de glace en amont des réacteurs. En aval, elle tente de colmater les écoulements d’une galerie souterraine à l’aide d’un mur de glace, mais n’y arrive pas. Quant à sa station expérimentale de traitement des eaux contaminées pompées, elle accumule les déboires.
Dans un tel contexte, TEPCo vient de proposer un nouveau plan lors d’une réunion avec les pêcheurs : pomper l’eau des nappes à proximité des réacteurs au niveau de 42 puits, la décontaminer partiellement et la rejeter dans l’océan. TEPCo va faire la demande d’autorisation auprès de la NRA. Le dossier est prêt.
L’eau serait pompée à proximité des réacteurs et le long du littoral. TEPCo a déjà 27 puits et veut en creuser 15 supplémentaires. Les records à répétition de la contamination de ces nappes montrent que les niveaux atteint peuvent être très élevés et que cela va en s’aggravant. Les pêcheurs se sont montrés très réticents. Le ministre de l’environnement, qui prétend pouvoir tout régler par l’argent, va-t-il être appelé en renfort ?
Par cette action, TEPCo ne va-t-elle pas accélérer la contamination des nappes en favorisant les fuites de l’eau contenue dans les sous-sols ?
Une nouvelle barrière métallique est aussi en construction le long du littoral pour limiter les fuites. Mais on n’arrête pas un écoulement. L’eau va contourner la barrière, sauf si elle est pompée… D’où le plan de TEPCo, qu’elle espère mettre en application à partir de septembre prochain. Une nouvelle station de traitement des eaux qui retirerait essentiellement le césium et le strontium dédiée à l’eau souterraine viendrait s’ajouter à celles déjà existantes. Comme c’est déjà le cas actuellement, l’eau pompée serait entreposée dans des cuves tampon et contrôlée avant rejet en mer. Le tritium n’est pas retiré et sa concentration dépasse souvent la limite de 1 500 Bq/L que la compagnie s’est fixée pour l’eau pompée en amont. Ce risque d’être le cas, même en mélangeant l’eau des différents puits. Comment TEPCo va faire ? Elle va la mélanger avec l’eau pompée en amont pour diluer la pollution. Au pied du réacteur n°1 par exemple, il y a jusqu’à 150 000 Bq/L en tritium : TEPCo devra donc diluer 100 fois cette eau pour passer sous la limite de 1 500 Bq/L. Est-ce réaliste ?
En attendant, les fuites d’eau contaminée vers l’océan continuent. L’estimation officielle, faite à la louche, est de 200 m3 jour. TEPCo présente sa nouvelle idée comme un moyen de limiter ces fuites vers l’océan. Elle affirme aussi que les infiltrations d’eau souterraine dans les sous-sols seront diminuées de moitié. Elles devraient passer de 400 à 200 m3 par jour. Mais, les pompages en amont devaient déjà diminuer de 100 m3 par jour ces infiltrations et ce n’est pas le cas.
La situation n’est pas sous contrôle depuis l’été 2013, comme le premier ministre l’avait affirmé ?
Avant la catastrophe, TEPCo pompait déjà l’eau souterraine au niveau de 57 puits pour éviter qu’elle n’inonde les sous-sols de la centrale. Elle la rejetait ensuite dans l’océan. Ce système de drains et de pompes a été endommagé par le séisme et le tsunami.
Césium près de la côte Ouest des Etats-Unis
Le Woods Hole Oceanographic Institute a lancé une surveillance citoyenne de la radioactivité dans l’eau du Pacifique le long des côtes américaines, à l’instar de ce que fait l’ACRO en France. La grande différence est que l’ACRO ne fait pas payer ses préleveurs volontaires, cet Institut, si.
Les premiers résultats sont ici en ligne. L’institut trouve une contamination systématique en césium 137, de l’ordre de 1,1 à 1,5 Bq/m3, soit 0,001 1 à 0,001 5 Bq/L en 2014. Le césium 134, qui disparaît plus vite grâce à sa période radioactive de 2 ans, est indétectable, sachant que la limite de détection annoncée est de 0,2 Bq/m3.
La contamination en césium 137 est donc très probablement beaucoup plus ancienne que l’accident de Fukushima : essais nucléaires atmosphériques et rejets de l’industrie nucléaire américaine.
A noter qu’en 2011, les quelques mesures qui ont été faites font parfois apparaître une contamination une peu plus forte en césium 137 et la présence de césium 134. Il avait donc une contribution des rejets aériens, massifs en 2011, qui sont partiellement retombés dans l’océan et sur le sol américain qui a été lessivé par la pluie.