Nationalisation d’un site d’enfouissement de déchets radioactifs

Une fois l’ordre d’évacuer levé et les habitants rentrés, la vie dans les territoires contaminés devrait produire des déchets ordinaires qui peuvent être radioactifs. Ils devraient être pris en charge dans une filière spéciale si leur contamination en césium dépasse 8 000 Bq/kg. Il y a aussi des boues de station d’épuration, de la paille de riz contaminée, plus des débris du tsunami contaminés.

Il est prévu d’enfouir ces déchets à Tomioka sur un site de stockage de déchets industriels existant, qui appartient actuellement à Fukushima Ecotech. Le site a été retenu en 2013, mais les autorités locales ont demandé au gouvernement de l’acheter pour en prendre la responsabilité. Ce dernier vient d’accepter. Le ministre de l’environnement a aussi annoncé des mesures d’accompagnement économique au gouverneur de Fukushima, au maire de Tomioka et à celui de Naraha, commune traversée par la route d’accès.

Les déchets stockés sur ce site auront une contamination en césium comprise entre 8 000 et 100 000 Bq/kg. Les plus radioactifs devraient être coulés dans des fûts en ciment.

Le Réseau Action Climat décerne le “Fossile du Jour” au Japon

Le Réseau Action Climat International, qui est un collectif d’ONG, a décerné, à Bonn, un triple « Fossile du Jour » au Japon à cause de sa politique en défaveur du climat. Trois raisons ont conduit à cette distinction :
  • le manque d’ambition dans ses engagements de réduction de gaz à effet de serre ;
  • la tentative de bloquer une proposition du G7 de prendre en compte le climat dans les politiques des banques de développement, comme la Banque mondiale ou le FMI ;
  • d’investir dans les centrales à charbon dans des pays en voie de développement.

Décontamination et gestion des déchets : un chantier titanesque

Le ministère de l’environnement a mis en ligne son dernier bilan en anglais sur l’avancement du titanesque chantier de décontamination et sur la gestion des déchets engendrés. Les premières pages sont des rappels sur la politique mise en œuvre et le zonage effectué, comme nous l’avons expliqué ici. L’avancement des travaux par commune évacuée est présenté à la page 9. Il apparaît que les travaux de décontamination ne sont terminés que dans 4 communes sur 11 : Tamura, Kawauchi, Naraha et Ôkuma. Pour cette dernière, il s’agit seulement de la petite zone où la contamination n’est pas trop élevée. Pour les deux premières, l’ordre d’évacuation a été levé. Ailleurs, c’est « work in progress ». Même chose pour le site d’entreposage provisoire des déchets dans chaque commune. Les travaux devraient être terminés cette année à Kawamata et Katsurao.

A partir de la page 14, il y a un graphe avec l’impact de la décontamination à Naraha : le débit de dose a diminué de 46% dans les zones résidentielles, de 39% sur les terrains agricoles, 26% dans les forêts et 44% sur les routes. Ce n’est pas beaucoup. Mais cette commune, située à moins de 20 km de la centrale, n’a pas été la plus touchée. L’exposition externe y était inférieure à 20 mSv/an avant les travaux. Ces chiffres sont assez similaires à Tamura, page 20. Rappelons que les travaux de décontamination ne sont effectués qu’à proximité des zones de vie.

A partir de la page 23, est présenté l’avancement des travaux de décontamination dans les zones non-évacuées, là où l’exposition externe peut être comprise entre 1 et 20 mSv/an. 41 communes étaient initialement concernées dans la province de Fukushima. Elles ne sont plus que 39 grâce à la diminution naturelle de la radioactivité. Les travaux de décontamination ne sont pas terminés. Dans 3 communes, le plan de décontamination n’est même pas prêt.

Dans sept autres provinces touchées, ce chiffre est passé de 63 à 60 communes. Dans 19 d’entre elles, situées à Ibaraki et Gunma, les travaux de décontamination seraient terminés et dans 29 autres, « presque terminés ».

Le document rappelle ensuite que le but des travaux de décontamination n’est pas de ramener l’exposition externe sous la limite pré-catastrophe de 1 mSv/an, car ce n’est pas possible. C’est pourquoi les autorités tentent de promouvoir une culture de sûreté et l’utilisation de dosimètres individuels pour apprendre à limiter la dose effectivement reçue, comme nous l’avons déjà expliqué. Page 29, des doses enregistrées pour des enfants de Daté sont placées sur un graphe : plusieurs d’entre eux ont reçu une dose supérieure à 1 mSv/an. Aucune mention n’est faite de l’écart dû aux seuls instruments de mesure, comme nous l’avions révélé.

Au-delà des zones de vie, il n’y a pas de travaux de décontamination. A partir de la page 38, il est mentionné que des recherches sont faites pour évaluer l’impact des forêts contaminées. De même pour les cours d’eau, lacs, bassins… car l’eau atténue les rayonnements. Dans ce dernier cas, il est juste prévu d’améliorer la communication pour que le public ait une perception appropriée des risques (sic).

Enfin, à partir de la page 41, le ministère présente sa politique de gestion des déchets engendrés par ces chantiers. A Fukushima, il est prévu un centre d’entreposage sur 16 km2 tout autour de la centrale de Fukushima daï-ichi (voir la carte page 48) pour un volume de déchets de l’ordre de 22 millions de mètres cube. Le graphe de la page 47 montre qu’il s’agit surtout de sols qui sont, pour moitié environ, contaminés entre 8 000 et 100 000 Bq/kg et pour l’autre moitié, à plus de 100 000 Bq/kg pour le césium radioactif. Rappelons que cet entreposage n’est prévu que pour 30 ans. Après, le gouvernement s’est engager à tout stocker définitivement en dehors de la province de Fukushima. A partir de la page 55, est présentée la stratégie pour y arriver. C’est, bien-entendu, complètement irréaliste. Comment trouver un site sur plusieurs kilomètres carrés et déplacer à nouveau plusieurs millions de mètres cubes ?

Pour le moment, même le centre provisoire n’avance pas et ce n’est pas dit dans le rapport. Seuls deux petits sites ont été aménagés, pour seulement 20 000 m3 de déchets. Seulement 3 000 m3 y ont été effectivement transférés depuis mars dernier. Deux autres sites devraient ouvrir prochainement, pour arriver à 40 000 m3. On est encore loin des 22 millions de m3 prévus ! Les négociations avec les 2 300 propriétaires de terrain n’avancent pas.

La recherche de site est bloquée dans les autres provinces et le document n’évoque pas ce problème. Rappelons qu’à Kami, dans la province de Miyagi, les habitants ont bloqué l’accès au site envisagé. Puis, avec l’arrivée de la neige, la route d’accès a été barrée. Elle vient juste de rouvrir, comme le rapporte le Maïnichi, mais les habitants semblent toujours aussi déterminés à faire barrage au projet.

Forte augmentation des doses reçues et amélioration des conditions de vie à la centrale de Fukushima daï-ichi

TEPCo communique sur le nouveau centre de repos qui vient d’ouvrir à la centrale de Fukushima daï-ichi. Il peut servir jusqu’à 3 000 repas chauds par jour et offrir une aire de repos à 1 200 travailleurs. Il s’agit d’un progrès indéniable pour les travailleurs concernés. L’ancienne structure, installée dans des préfabriqués, était salle et peu confortable. Les travailleurs mangeaient des repas froids debout ou devaient s’asseoir par terre dans les couloirs.

Rappelons qu’il y a environ 7 000 travailleurs par jour sur ce site, employés par quelques 800 compagnies.

Les cuisines de la cantine ne sont pas sur le site et les repas sont livrés par camion à la centrale. Ce service devrait employer une centaine de personnes originaires de Fukushima. TEPCo insiste sur ce dernier point. Les aliments devraient aussi être produits localement.

Une vidéo de présentation est aussi disponible. Elle est sans grand intérêt.

Les dernières statistiques sur les doses prises par les travailleurs sont aussi disponibles en ligne. Au 31 mars 2015, ils étaient 42 610 à être passés sur le site de la centrale accidentée, dont 38 180 sous-traitants. Sur les trois derniers mois enregistrés, de janvier à mars 2015, la dose moyenne reçue chaque mois par les sous-traitants a plus que doublé : 0,56, 0,89 et 1,14 mSv respectivement. Sur ce sujet, TEPCo ne communique pas et ne fournit donc aucune explication. La dose maximale reçue en un mois augmente aussi : 12,8, 16,8 et 18,8 mSv respectivement. Rappelons que la dose à ne pas dépasser est de 20 mSv en moyenne par an. Certains y sont presque en un mois.

Le nombre de travailleurs qui ont pris une dose comprise entre 10 et 20 mSv en un mois a aussi beaucoup augmenté : un en janvier 2015, 36 en février et 104 en mars. Toujours pas d’explication fournie. Entre 5 et 10 mSv, c’est passé de 56 à 481 travailleurs.

Pétition de soutien aux évacués “volontaires”

Les Amis de la Terre du Japon, qui se sont beaucoup impliqués dans le soutien aux victimes de la catastrophe nucléaire, ont lancé une pétition pour soutenir les évacués “volontaires”. En effet, comme nous l’avons signalé, les autorités veulent cesser la mise à disposition de logements gratuits alors que la situation évolue lentement dans les territoires non-évacués.

La pétition est disponible ici en japonais, en français et en anglais.

L’eau du tuyau qui a fuit était plus radioactive qu’admis

La fuite de la semaine précédente fait encore parler d’elle. Jusqu’à récemment, seule de l’eau de pluie contaminée circulait dans ce tuyau. Mais depuis la mi-mai l’eau provient des sous-sols du bâtiment turbine du réacteur n°3, et est donc fortement radioactive : 1,1 million de becquerels par litre en bêta total. TEPCo n’avait pas informé l’Agence de Régulation Nucléaire, la NRA, qui vient de le découvrir lors d’une réunion commune.

Ce qui signifie que TEPCo a fait couler une eau très radioactive dans un tuyau qu’elle savait fragile et de durée d’utilisation limitée sans le contrôler au préalable. Il a été mis en place en octobre 2013 et n’a jamais été contrôlé depuis.

On comprend que la NRA ne soit pas contente. Son président a déclaré que TEPCo n’avait pas d’approche stratégique pour gérer l’eau contaminée.

Retour sur la dernière fuite

C’est par un tweet que TEPCo a annoncé que la dernière fuite dans le port était de 15 m3 au maximum. Les médias parlent d’une fuite comprise entre 7 et 15 m3. L’eau provenait des sous-sols du bâtiment turbine du réacteur n°3. Elle est donc très radioactive.

Le tuyau qui a fui n’a pas été contrôlé alors qu’il était connu qu’il ne pouvait pas être utilisé longtemps. TEPCo a remplacé des tuyaux similaires en d’autres emplacements, mais pas ici. La compagnie explique ce fait par la proximité avec le chantier de gel des sous-sols. Il n’était pas non plus sur le trajet des patrouilles de surveillance. C’est par hasard que la fuite a été découverte.

Le tuyau aurait aussi subi une flexion qui dépasse la limite fixée par le fabricant.

La compagnie a promis d’accélérer le remplacement de ce type de tuyaux par d’autres plus solides et d’améliorer le manuel de contrôle…

Des photos et des explications sont disponibles dans un document mis en ligne en japonais uniquement.

Part du nucléaire à court et moyen terme

Sans surprise, le groupe de 14 experts mis en place par le gouvernement a endossé la proposition du ministère de l’industrie concernant le mix électrique à l’horizon 2030. Rappelons qu’il est question que la part du nucléaire soit comprise entre 20 et 22% à cette date, ce qui est complètement irréaliste, car cela nécessiterait de construire de nouveaux réacteurs. Le gouvernement cherche à faire bonne figure avant la conférence sur le climat de Paris.

Il y a bien eu des débats : certains soulignant que la part du nucléaire était trop élevée et ne correspondait pas à l’engager de réduire cette dépendance. Qu’une part à 20 à 22% impliquait d’utiliser les réacteurs au-delà de 40 ans. D’autres demandaient la construction de nouveaux réacteurs.

Une consultation du public va être organisée pendant un mois et la décision finale sera prise en août prochain.

Sans surprise non plus, Kyûshû Electric a reporté la date de démarrage prévue du réacteur n°1 de sa centrale de Sendaï à Kagoshima : ce sera la mi-août, au plus tôt. Le Japon va donc passer son deuxième été de suite sans énergie nucléaire.

Les températures étaient déjà anormalement élevées en mai de cette année. Qu’en sera-t-il cet été ? La campagne « super cool-biz » qui consiste à aller en travailler sans cravate et chemisette pour économiser sur la climatisation vient de débuter.

Du côté de Kansaï Electric, comme il n’y a pas de perspective de redémarrage de réacteur à court terme, les tarifs de l’électricité ont augmenté le 1er juin, comme prévu. L’augmentation est de 4,62% en moyenne durant l’été, puis sera de 8,36% à partir du 1er octobre.

Rapport de l’AIEA

Selon les média japonais, l’AIEA a préparé un rapport sur la catastrophe nucléaire à Fukushima qui devrait être adopté à l’automne prochain. Ce rapport expliquerait que TEPCo et les autorités de contrôle ont sous-estimé le risque tsunami. Quelle perspicacité !

Il aurait été préférable que l’AIEA souligne ces lacunes avant la catastrophe. Qu’en est-il actuellement au Japon et ailleurs ? Y-a-t-il des lacunes graves ?

Greenpeace Belgique a mis en ligne ce rapport avec des commentaires. Pas encore lu.